Rechercher dans ce blog

mardi 14 août 2012

L'assomption comporterait-elle un message politique ?


Les chrétiens vont fêter ce 15 août la fête de l'assomption. Dans mon quartier d'Outremeuse, c'est aussi une fête folklorique et plusieurs jours de libation fort arrosés.

La fête de l'assomption de Marie serait-elle devenue un simple prétexte ? Le public présent à la messe en wallon, les dévotions ferventes à la Vierge dans l'Eglise Saint Nicolas et l'exceptionnelle bénédiction des amoureux témoignent du contraire.



Le mot "assomption" se réfère à un dogme de l'Eglise catholique romaine, selon lequel Marie, la mère de Jésus, aurait été, après sa vie terrestre, "élevée au ciel". Je n'aime pas les dogmes en tant que vérités incontestables. Je ne les refuse pas, s'ils sont porteurs de sens, fût-ce un certain sens.

A part Jésus, lors de l'ascension - mais, lui, on peut comprendre, il était le fils de Dieu - personne d'autre que Marie, sa mère, n'a ainsi été élevé au ciel, même pas les saints. Pourquoi ce privilège ? Je me dois de souligner que l'Ancien Testament comporte un précédent étrange : Elie a été emporté vivant au ciel sur un char de feu (2 Rois, 2, 1-11).

J'y vois au moins deux raisons, pour ma part (il s'agit donc de ma propre lecture du dogme).

La première : Marie, femme, simple mère, modèle d'humanité, a eu accès au ciel, au royaume de Dieu, avant tout jugement dernier. C'est dire si ce Royaume n'est pas réservé, qu'il est ouvert à tout homme, à toute femme, à condition peut-être ... de suivre l'exemple unique de Marie.

La seconde : qu'a fait Marie, comment Marie a-t-elle vécu pour mériter ce privilège ? Marie a-t-elle fait de grandes choses ? On sait peu d'elles, à vrai dire. Elle a accepté l'impossible, l'incroyable, annoncé par l'ange Gabriel (Lc, 1, 26 et sv.). Elle est allée rencontrer et aider sa cousine Elisabeth ( Lc, 1, 39 et sv.). Elle s'est inquiétée de la disparition de Jésus à Jérusalem, quand il avait douze ans (Lc, 2, 11 et sv.). Elle a laissé Jésus vivre son destin et a sans doute souffert quand il a posé la question : "qui sont ma mère et mes frères ?" (Mt, 1, 48). Elle était au pied de la croix pleurant devant son fils humilié et mourant (Jn, 19, 25). Elle était aussi auprès des disciples après la mort de Jésus (Ac, 1, 14). Rien d'héroïque. Juste une vie normale de mère pleinement investie par sa condition de mère et son humanité. Ce n'est pas par l'héroïsme, ou les actes extraordinaires, qu'on accède au Royaume de Dieu, mais par une confiance totale, un abandon même, à vivre ce que l'on doit vivre comme humain, chacun dans sa singularité.

Mon quartier, qui est fait de beaucoup de petites gens, incarne beaucoup ce Royaume de Dieu.

Oui, ce message est politique, au sens de vivre sa vie dans la cité d'une certaine manière.

Je me dois de souligner particulièrement la bénédiction des amoureux, le 15 août, à 18 heures à l'église Saint Nicolas, devant Marie, car cette bénédiction doit être unique au monde. Cette bénédiction est ouverte à tous les amoureux, jeunes et vieux, fiancés et vieux couples, couples recomposés, couples homos, quelle que soit la conviction religieuse, le curé l'a bien précisé. Il s'agit de rendre grâce pour l'amour vécu et de le confier à celui que nous voulons bien appeler Dieu, avec l'aide de Marie qui nous a précédés.

Au même moment, en France, à l'initiative de Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, une prière a été proposée à toutes les paroisses de France, pour la fête de l'assomption.

En voici les termes :

" En ces temps de crise économique,  beaucoup de nos concitoyens sont victimes de restrictions diverses et voient l'avenir avec inquiétude ; prions pour celles et ceux qui ont des pouvoirs de décision dans ce domaine et demandons à Dieu qu'il nous rende encore plus généreux encore dans la solidarité avec nos semblables ;

Pour celles et ceux qui ont été élus pour légiférer et gouverner; que leur sens du bien commun l'emportent sur les requêtes particulières et qu'ils aient la force de suivre les indications de leur conscience ;

Pour les familles, que leur attente légitime d'un soutien de la société ne soit pas déçue; que leurs membres se soutiennent avec fidélité et tendresse tout au long de leur existence, particulièrement dans les moments douloureux. Que l'engagement des époux et envers leurs enfants soit un signe de la fidélité de l'amour ;

Pour les enfants et les jeunes ; que tous nous aidions chacun à découvrir son propre chemin vers le bonheur; qu'ils cessent d'être l'objet des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère".


Cette prière, qui n'est qu'une prière, me semble fort consensuelle et même d'inspiration plus laïque que véritablement chrétienne (à part la référence à Dieu et, dans la finale, non reproduite, celle à Marie, patronne de la France). Je savais que saint Benoît était le patron de l'Europe et viens d'apprendre que saint Joseph était le saint patron de la Belgique !

Elle suscite pourtant la polémique. La raison est double :
- d'abord, l'Eglise de France y réaffirme, sans surprise pourtant, sa vision de la famille (un père et une mère) et manifesterait ainsi sa totale incompréhension à l'égard des couples homosexuels (voire des familles monoparentales);
- ensuite, elle semble vouloir faire pression sur la conscience des élus, ce qui ne peut se tolérer dans un Etat laïc.


N'est-ce pas une tempête dans un verre d'eau de la part de ceux qui critiquent, en l'espèce, l'Eglise ? Une prière a-t-elle jamais influencé le vote d'un parlementaire élu ?

Ce qui m'inquiète, c'est la réaction médiatique de l'Eglise de France, par la bouche du cardinal Barbarin, face à cette polémique :

" La prière a une dimension politique ... C'est une rupture de civilisation  de vouloir dénaturer le mariage qui est depuis toujours une réalité merveilleuse et fragile", juge Philippe Barbarin, qui se défend de toute atteinte à la laïcité (à propos du projet du gouvernement de légaliser le mariage homosexuel). "La laïcité interdirait-elle la prière ?" s'est-il interrogé.



Si on peut espérer qu'aucune prière à Dieu n'ait jamais influencé un élu, on peut douter du contraire s'agissant de certains électeurs. Le cardinal Barbarin a bien situé l'enjeu au-delà du côté apparement consensuel et ouvert du propos. Oui, une simple prière peut avoir une dimension politique ... Cette initiative de l'église de France, par son côté médiatisé, appelle au moins une réserve et, de ma part, une certaine incompréhension. 

Quant à Nadine Morano, pour l'anecdote, une fois de plus, elle aurait mieux fait de se taire :


Je suis tellement content de résider dans la République libre et multi-cultu(r)elle d'Outremeuse, là où on ne polémique pas et où le curé bénit les amoureux sans distinction. Là où un musulman prend la parole lors de la messe du 15 août et où on se souhaite bonne fête de Pâques" et "bonne fête de l'Aïd".

2 commentaires:

  1. Un de mes lecteurs (Jean-Noël Fabiani) me suggère une explication à l'élévation de Marie. Marie n'est-elle pas celle qui est à l'origine du mystère le plus profond qui soit, qui n'est pas la Résurrection, mais l'Incarnation. Je lui promets de creuser la question avec mes modestes moyens (je ne suis pas théologien, juste un chercheur de la foi).

    RépondreSupprimer
  2. Complément d'information :
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/08/15/mariage-homosexuel-certaines-paroisses-choisissent-leur-propre-priere-pour-l-assomption_1746022_3224.html

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.