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samedi 31 mars 2012

Quel étrange système électoral que le système électoral français

Tous les cinq ans (avant c'était sept), on assiste, en France, à un combat des chefs, comme du temps d'Astérix.

Les chefs en présence n'ont pas tous un "gabarit suffisant" (comme a déclaré Bernadette Chirac, à propos de François Hollande, avant de regretter son propos peut-être excessif). Disons qu'il y a, dans ce combat, des chefs qui sont là pour faire de la figuration et donner, peut-être, aux français l'illusion de la démocratie.

Certains sont complètement folkloriques, tel le sieur Cheminade. D'autres se demandent ce qu'ils font là (Eva Joly, Patrick Poutou). Ils sont là parce qu'on leur a demandé d'y être, pour garantir une certaine diversité. Ils défendent mollement leurs idées ; à vrai dire, ils n'en ont rien à foutre. Ils pensent, à juste titre, je vais y revenir, que c'est lors des élections législatives qu'ils devront se battre, pas aux élections présidentielles. D'autres encore, comme Nicolas Dupont-Aignant, y croient "dur comme fer". Laissons-le croire. Notons qu'ils ont tous dû recueillir 500 signatures d'élus pour pouvoir être candidat. Les élus qui ont soutenu monsieur Cheminade sont sans doute des adeptes du second degré. Dire que Marine Le Pen a failli ne pas obtenir les 500 soutiens requis ! Un coup de com, un de plus, pour se présenter en victime ? Elle a trouvé ces derniers soutiens à la toute dernière minute. Car s'il s'est trouvé 500 élus pour soutenir monsieur Cheminade, il devait bien s'en trouver autant pour soutenir la candidate du Front national, vu qu'à certains égards, ils ne valent pas mieux l'un que l'autre ; je pense à la crédibilité de leur programme. Je comprends toutefois les élus : il est plus facile de soutenir un doux dingue, sans aucune chance, qu'une candidate tout aussi dingue, mais au potentiel de dangerosité bien plus grand. Il est quand même étonnant de voir, dans une démocratie, des "déjà élus" décider de qui est digne ou non de concourir à une future élection et donc de définir préalablement l'offre qui sera présentée aux électeurs. Au vu du résultat final, on se demande à quoi cela sert vraiment. A quoi peuvent bien ressembler les candidats qui n'ont pas obtenu les 500 candidatures, car il doit  bien y en avoir, enfin je le suppose ? Evidemment s'il y avait 24 candidats, et non dix, comment le C.S.A. pourrait-il régler le temps de parole de chacun ? Car, en effet, à partir d'une certaine date, tous les candidats admis à la joute, doivent être traités sur un pied d'égalité en ce qui concerne le temps de parole. Cela est assez grotesque. Les gros calibres ont déjà occupé l'antenne bien avant. On voit alors défiler tous les plus ou moins farfelus, sympas parfois au demeurant. Comme ils n'ont pas toujours grand chose à dire, les chaînes d'information diffusent leurs déclarations en boucle pendant la nuit pour leur assurer la même audience qu'aux autres. Non vous n'êtes pas en Belgique, mais en France.

Restent cinq chefs sur dix qui comptent : deux poids lourds et trois poids moyens. Tout le monde sait depuis bien des semaines déjà que tout se jouera entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Les trois poids moyens sont : Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Une observation en passant concernant les deux poids lourds : François Hollande est présenté par le parti socialiste, après une élection primaire interne au parti ; à l'UMP, rien de tel, le Président actuel et à nouveau candidat est aussi le chef du parti qui le présente à l'élection. Pourquoi s'embarrasser d'une primaire quand on sait de manière absolue qu'on est assuré d'une très large majorité ? Je ne sais pas, mais moi, cela me fait penser à certains régimes politiques où le chef est incontesté et obtient au moins 95 % des voix, lorsqu'il se soumet à l'élection des siens (ce qui, dans certaines dictatures, représente toute la population, qui n'a d'ailleurs pas d'autre choix que de voter pour le chef).

Le premier tour viendra confirmer ce que tout le monde sait déjà. Ni Le Pen, ni Bayrou, ni Mélenchon n'ont aucune chance de figurer au second tour. Obligatoirement, ils vont devoir inviter leurs électeurs à reporter leurs voix sur un des deux candidats poids lourds, ou à s'abstenir. Gagnons du temps : qu'ils indiquent, dès le premier tour, leur préférence. C'est le vote "utile" dont parle François Hollande. C'est aussi ce que recommande Daniel Cohn-Bendit, qui trouve la campagne longue, ennuyeuse, sans souffle, sans vision de l'avenir.

Le résultat final pourrait ainsi apparaître dès le premier tour, rendant le second inutile. Faites un petit effort les petits et moyens candidats, désistez-vous, indiquez votre consigne de vote éventuelle et réservez-vous pour les législatives, car c'est au Parlement que vous pourrez travailler, si le scrutin majoritaire vous en laisse la possibilité.

Y aurait-il déni de démocratie ? Pas du tout, vu que les élections présidentielles sont suivies d'élections législatives donnant à toutes les opinions, toutes les tendances, le loisir de s'exprimer. Avec une dose de proportionnelle, cela serait naturellement encore mieux. Mais les élus français sont tellement attachés à "leur" circonscription acquise au scrutin majoritaire qu'ils ne sont sans doute pas prêts pour un système proportionnel. N'est-ce pas après avoir constaté que le scrutin majoritaire avait fait basculer à gauche toutes les conseils régionaux, sauf un, je crois, que le toujours génial président Sarko a commencé à parler d'une "dose de proportionnelle", encouragé immédiatement par Marine Le Pen.

Voilà ce qui est étrange dans le système décrit : après une première sélection par des élus, on propose aux électeurs français un choix de candidats censés représenter plusieurs tendances, sachant très bien dès le départ que cette sélection ne sert pas à grand chose. Si cette sélection par les élus a pour but de désigner les plus crédibles, elle ne remplit de toute évidence pas son rôle. Que se passe-t-il ensuite entre les deux tours ? Des négociations, des alliances, des reports de voix, prévisibles dans la plupart des cas, mais qui échappent aux électeurs. Quel est le sens de tout cela ? De bétonner une majorité de gouvernement ? Mais alors pourquoi les électeurs sont-ils invités, quelques semaines après, pour une élection législative, à nouveau majoritaire et à deux tours ? Pour confirmer ou destituer les barons dans leurs baronnies ? Pourquoi les présidentielles viennent-elles avant les législatives ? Ne serait-il pas plus simple d'élire le président sur la base de la majorité au parlement ? Ou de voir les deux blocs les plus importants (au-delà des partis) présenter chacun un candidat soumis au vote du parlement, comme pour les présidents d'assemblée, par exemple. Non, la France a besoin d'un monarque et elle se complaît à penser qu'aujourd'hui elle l'élit.

Si j'étais citoyen français, je me sentirais quelque peu désorienté. En plus, le vote en France n'étant pas obligatoire, n'est-il pas à redouter que vont seuls voter ceux qui se reconnaissent dans ce système pour le moins complexe et peu transparent ou votent sans comprendre. Le taux d'abstention est toujours un sujet clé lors des élections françaises. Au caractère artificiel de tout ce qui précède, s'ajoute, si le taux d'abstention est élevé, la question de la légitimité réelle des élus. Pensez donc, ce que l'on appelle la majorité en France peut très bien ne pas correspondre du tout à la majorité réelle. Pour compenser cela, on parle de politique d'ouverture. Sarko, toujours lui, a fait entrer, par exemple, dans son gouvernement des personnalités de gauche. Ce qui me gêne profondément, c'est qu'il s'agit alors du fait du Prince plutôt que la volonté de l'électeur.

Bref, je ne comprends pas vraiment ce système. Mais je ne suis pas politologue et tiens sans doute encore des propos de café du commerce.

vendredi 30 mars 2012

Peut-on être à la fois contre la peine de mort et pour l'avortement ?

Voilà huit jours que j'hésite à publier ce post. Tant pis, je me lance. Je vais déplaire et choquer.

Peut-on être à la fois contre la peine de mort et pour l'avortement ? Et inversement, peut-on être à la fois pour la peine de mort et contre l'avortement ? Cela ne me semble pas clair du tout, en tout cas dans la tête de ceux qui ont manifesté le week-end dernier, pro ou anti avortement, à Bruxelles. Il eût été intéressant d'y faire un sondage conjoint sur les deux sujets auprès des participants. Mais, je ne veux pas polémiquer.

Je vais aborder aujourd'hui un thème fort difficile. A Bruxelles, le week-end dernier, deux manifestations ont eu lieu l'une pour la défense du "droit" à l'avortement, l'autre pour "la défense de la vie".

J'ai éprouvé un profond malaise, tellement ce sujet délicat se voit réduit, lors de ces manifestations, à deux factions idéologiques qui s'opposent, depuis plus de trente ans, sans beaucoup de finesse ni de profondeur dans les arguments.

Avant tout, il faut le dire et le répéter sans cesse, l'avortement est TOUJOURS un épisode douloureux dans une vie. Je le sais, j'ai cheminé avec un jeune couple concerné. Je connais aussi le travail de ceux qui accompagnent de jeunes mères songeant à l'avortement afin de les convaincre d'abandonner plutôt leur enfant et de le confier à l'adoption. Leur générosité ne fait aucun doute, leur idéalisme non plus. Malheureusement, ces croisés de la vie ne mesurent pas toujours bien les conséquences de la solution qu'ils recommandent tant pour la mère que pour l'enfant. Dans leur idéalisme pro-vita, ils semblent ne pas connaître grand chose des aléas, des écueils et des échecs de l'adoption, a fortiori dans ce contexte. Pour sauver une vie encore en devenir, ils sont prêts à créer de grands problèmes autant chez la mère invitée à abandonner son enfant que chez l'enfant abandonné à la naissance pour être adopté. Certes, des adoptions sont réussies, mais toutes ne le sont pas. Il n'y a donc pas une solution miracle, mais plutôt des issues boîteuses.

On aimerait entendre, sur l'avortement, d'autres propos que des clichés dogmatiques et des pétitions de principe.

Eric de Beukelaer a dénoncé, sur son blog, l'idée d'un "curseur" qui déterminerait à quel moment le foetus peut être considéré comme un être vivant. Il faut bien reconnaître que la question de savoir s'il faut poser le curseur à 5 ou à 14 semaines ne résiste pas longtemps à l'analyse. Cela a été l'option du législateur pourtant. Je suis d'accord avec Eric de Beukelaer ... mais il ne répond pas à la question ce faisant. Il n'offre aucun critère de discernement. J'aurais aimé qu'en tant qu'exprimant sa foi, selon la tradition biblique, il donne une vision étayée. La question mérite en effet d'être abordée d'un point de vue biologique, anthropologique, culturel, et, je le pense, aussi religieux.

http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/2012/03/26/avortement-blabla/

On aimerait, dans le fond, que ce débat soit inspiré. Il ne l'est pas.

Je vais sans doute choquer (particulièrement, je le sais, de nombreuses femmes qui n'ont pas pu enfanter). La réalité est pourtant celle-là : des femmes tombent (comme on dit) enceintes, sans l'avoir désiré (par légèreté, par manque de précaution, suite à un viol, qu'importe finalement) ; d'autres, qui désirent enfanter, n'y arrivent pas ou avec difficulté. Les premières pensent à l'avortement, les secondes à la fécondation in vitro et à tous les moyens possibles pour réaliser leur désir. Les unes et les autres méritent autant d'attention. Mais il s'agit toujours d'un désir, bien ou mal vécu. Je ne suis pas une femme, donc je ne puis éprouver  ce qu'une femme éprouve quand elle porte en elle la vie. Je constate simplement que les femmes ne sont pas d'accord entre elles sur le fait qu'être femme signifie aussi (obligatoirement, accessoirement, fatalement ...) la vocation d'être mère. Dans ces discours-là, on ne parle guère des pères de toute façon. Comme si la question de l'avortement était une question de femme à régler entre femmes (et accessoirement avec les politiques). Quel mépris des hommes !

A partir du moment où il s'agit de désir, la loi peut-elle apporter une réponse adéquate ? N'est-ce pas plutôt aux psys d'aider ces femmes à gérer leur désir ou non-désir ?

Il n'en reste pas moins qu'une réponse de la société est attendue : toujours ce besoin de dire ce qui est bien et ce qui est mal et à partir de quand il faut interdire et punir. C'est le rôle du politique.

Le législateur, en ce qui concerne l'avortement, a donc défini un délai raisonnable. Son critère est biologique, il se définit par le nombre de semaines d'existence du foetus. On peut discuter sur le nombre de semaines ; cela est un peu ridicule. Chercher un curseur biologique est, je le pense, en l'espèce, non seulement inadéquat, mais non fondé.

Eric de Beukelaer réfute, dans son blog, cette idée d'un curseur. Il ne dit pas toute la vérité. Car il situe bien le cursus quelque part : au moment où l'ovocyte se voit fécondé et ouvre la voie à une vie possible, quoique aléatoire. C'est un choix. Mais il s'agit bien d'un curseur, il devrait le reconnaître. Pourquoi à ce moment-là ?

Au risque d'être frappé d'hérésie, je m'étonne de ne pas entendre, dans les milieux croyants, plus de subtilité. La vie est multiple : elle commence avec la division de la cellule. J'avais cru cependant comprendre qu'entre l'amibe et l'homme, il y a une différence : un degré de conscience différent. L'homme n'est pas qu'un être vivant, il est appelé à devenir une personne, un fils aimé de Dieu, créé "à son image et à sa ressemblance".

Or, la Bible, quand elle parle de Dieu, parle beaucoup du souffle de Dieu, l'anima. Ce souffle qui donne vie. Les guérisons réalisées par Jésus reposent, d'ailleurs, dans de nombreux cas, sur ce principe: la vie s'insuffle et, pour la réveiller, il faut  communiquer son souffle pour permettre à l'autre de retrouver vie.

Est-il hérétique de considérer que le petit d'homme ne naît, en tant que personne, qu'à partir du moment où il pousse son premier cri, c'est-à-dire où il inspire pour la première fois le souffle de la vie et respire de manière autonome ? Est-il inconvenant de penser qu'il ne devient, qu'à ce moment précis, totalement un être "à l'image de Dieu et à sa ressemblance" ? Ce moment symbolique pourrait constituer un curseur clair et signifiant, avec en outre un fondement biblique. Pourquoi n'a-t-il pas été retenu, voire discuté, dans les milieux catholiques ? A vrai dire, je n'en sais rien.

Je n'ai pas de réponse à cette question. Sans compétence aucune, je me suis permis d'ouvrir une brèche. Je vais peut-être le regretter.

J'entends déjà les objections possibles ...

- le premier cri, le premier souffle, n'est pas propre à l'homme, il en va de même de tous les vertébrés ... or, la vie existe aussi chez les invertébrés ;
- le premier cri, le premier souffle, n'est pas propre à l'homme, il en va de même de tous les vertébrés et on ne demande pas à un mouton d'être une personne ;
- la mère qui porte, dans son ventre, un enfant en devenir sait que cette vie en elle, n'est pas elle ; le père lui est obligé de croire la mère sur paroles. Cela dit, quand on voit, les efforts que certains doivent faire pour "rompre le cordon ombilical", on ne m'enlèvera pas de la tête que peu de mères acceptent l'autonomie de leur rejeton, tant elles considèrent qu'ils font partie d'elles-mêmes.

Il apparaît en tout cas qu'on ne naît pas à la vie en une fois, cela peut même prendre des années. Ce qui repose la question du curseur. Pour ma part, à ce stade de ma réflexion, entre le souffle et l'amibe, je trouve plus signifiant le souffle que l'amibe. J'ai plus l'âme symbolique que scientifique.

A ceux qui vont me lire, je tiens à dire que mon propos n'est pas de stigmatiser ou de condamner. J'ai essayé une certaine lecture, qui est peut-être erronée. Je fais preuve ici de beaucoup d'humilité. Simplement, il m' a semblé que tout n'était pas dit et j'ai cherché à dire autre chose.

Je suis, par conséquent, ouvert à toute critique un peu argumentée.

jeudi 29 mars 2012

Valse

VALSE

Quel que soit le songe
Où l'âme se plonge
Il faut au mensonge
Une vérité

Quel que soit le drame
Où l'acteur déclame
Il faut à la flamme
Une obscurité

Quel que soit le vase
Où l'amour s'embrase
Il faut à l'extase
Un goût de péché

Quel que soit l'espace
Où le rêve passe
Il faut à la grâce
Une liberté

Jean-Claude Carrière

mardi 27 mars 2012

Chansons et romans d'amour

Je ne sais plus exactement quand, mais j'avais réalisé une compilation de chansons pour mes parents, avec des chanteurs de leur époque. Mes parents n'ont pas, comme moi, le besoin de vivre en musique. Pourquoi, un jour récent, ont-ils décidé d'écouter le CD que je leur avais offert ?

Ils ont été bouleversés par la chanson de Charles Trenet "Que reste-t-il de nos amours ?". Elle les a fait pleurer tous les deux. Je n'en sais pas plus. Je ne puis donc interpréter leur émotion : y avait-il de la nostalgie, des regrets ? Ou l'émotion d'avoir vécu ensemble pendant 60 ans, avec autant de joies que d'épreuves ? Il me semble souvent, quant à moi, qu'ils oublient les joies pour se concentrer sur les problèmes.

L'amour entre deux êtres a été, et sera toujours, une source d'inspiration pour les artistes, les poètes, les écrivains, les chanteurs, les cinéastes.

J'ai beaucoup appris sur l'amour en écoutant des chansons. Une forme en somme toute simple, singulièrement inspirée chez Françoise Hardy, Jacques Brel ou Charles Aznavour. Et en mode pas si mineur que cela chez Charles Dumont. L'exaltation de l'amour, les désillusions, les doutes de l'amour. J'ai ainsi appris que l'amour était moins simple que je ne croyais et qu'on ne me le disait. Mon ami, P., lisait et disait ses amours au travers des chansons. Il m'a appris beaucoup. Celui qui a un coeur ouvert à l'amour éprouve souvent le besoin de mettre des mots sur ce qu'il éprouve. Alors quand les mots d'un autre plus grand conviennent, pourquoi ne pas s'y référer ?

Quelques exemples :

Charles Trenet : Que reste-t-il de nos amours ? Je choisis cette version d'un Charles Trenet âgé, parce que je pense à mes parents âgés
http://www.youtube.com/watch?v=ttxb2wlsTHM&feature=related

Françoise Hardy: Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin
http://www.youtube.com/watch?v=t4bl_2N_OcU

Françoise Hardy : Fais-moi une place (ou Julien Clerc)
http://www.youtube.com/watch?v=2uLkVn7wlQ0

Françoise Hardy : A quoi ça sert ?
http://www.youtube.com/watch?v=vqRBDopJ3Ts&feature=related

Jacques Brel :  La chanson des vieux amants
http://www.youtube.com/watch?v=H1DpjXQUDsI


Charles Aznavour : L'amour c'est comme un jour (et tellement d'autres)
http://www.youtube.com/watch?v=9H1p2rVAHOc

Charles Dumont : Les amants
http://www.youtube.com/watch?v=m92LKxFDoHE&feature=related

A cette époque, il y aura bientôt vingt ans, où l'amour faisait irruption dans ma vie sous une autre forme, à tous égards, j'ai aussi trouvé les mots pour décrire ce que j'éprouvais dans quelques romans.

J'évoquerai ici trois auteurs : Michel Tremblay (québecois, comme son nom l'indique), Yves Simon (le chanteur reconverti) et René de Ceccaty.

Michel Tremblay (Le coeur découvert, Babel/Actes Sud, 1996).




"Il aurait voulu avoir une relation suivie et simple ... il avait même envie de bâtir quelque chose ; pas nécessairement une histoire d'amour ... mais peut-être une amitié privilégiée qui frôlerait l'amour de près sans en comporter les conséquences si souvent désastreuses. Mais tout ça n'était pas clair ..."


" Je ne voulais sous aucun prétexte lui donner l'impression qu'il me devait fidélité et obéissance uniquement parce que nous vivions une superbe aventure ... Il était libre de ses agissements et de ses déplacements. C'est du moins ce que je lui ai dit. C'est drôle comme il nous arrive de maquiller nos vrais sentiments quand la peur entre en ligne de compte ... "

Yves Simon (Le prochain amour, Grasset, 1996)  :



 "  Il est de toute évidence que celui qui aime le plus vit en permanence avec une douleur qu'il s'oblige à accepter ..." 

"L'amour, c'est du plaisir et de la souffrance. Evidemment, si l'un envahit l'autre, on s'écarte de la vie et de l'amour ... Das le cas d'Irène, il y a une seule chose à laquelle vous devez veiller, une seule, c'est que le malheur ne l'emporte jamais sur le plaisir, auquel cas, ce ne serait plus une histoire amoureuse, mais un chemin de croix "


" ... une telle rencontre des corps est rare. Fusionnelle, magique, elle nous surprenait autant qu'elle m'effrayait, et lorsque nous nous apercevions que le jour avait baissé, qu'il s'était déroulé pour tout l'univers, sans nous, nous défaisions nos bras et nos jambes l'un de l'autre comme des jumeaux tristes, malheureux d'avoir à continuer de vivre séparés, éloignés, elle et moi, d'un gouffre d'à peine quelques centimètres "


" Que signifie pour vous aimer cette femme ? L'intranquillité ".

René de Ceccaty (Aimer, 1996, Gallimard)




" L'important n'est pas tant le regard que l'on porte sur autrui, si chargé de désir soit-il, que celui qu'on accepte d'autrui. Ce qui compte, c'est l'échange de regards, le dialogue qui en peut naître ... "


" Qui étais-je pour exiger d'être aimé d'amour ? N'était-il pas déjà miraculeux que ce garçon soit venu vers moi et ait tenté de m'aimer ? 


" J'agis comme agissent les amants qui se sacrifient et veulent que l'autre, pour moins souffrir, ignore le sacrifice ... Je voulais le délivrer de moi ".

La minorité silencieuse

" Vous savez que, jadis, je faisais de la politique comme tout le monde.
Je m'occupais de minorités agissantes.
J'organisais des réunions publiques clandestines.
Et au cours d'une ces réunions, tandis que j'exposais mon programme,
alors que la majorité de la minorité était d'accord avec mes idées,
je remarquai, à côté de moi, un  homme qui ne disait rien.
Inquiétant, non, un homme qui ne dit rien !
Je ne sais pas si vous l'avez constaté,
mais quand un homme ne dit rien
alors que tout le monde parle,
on n'entend plus que lui !
Redoutable !
Je n'en continuai pas moins mon exposé ...
mais je commençais à faire attention à ce que je disais.
De temps en temps, je me tournais vers celui qui ne disait rien,
pour savoir ce qu'il en pensait ...
Mais comment voulez-vous savoir ce que pense qui ne dit rien ... et qui en plus écoute ...
Car, de plus, il écoutait !
Je me dis : "Il est en train de saper ma réunion. Abrégeons !"
J'ai dit : 
- Mes amis, puisque vous êtes tous d'accord avec mes idées ...
Quelqu'un s'est levé.
Il m'a dit : 
- Monsieur, tout compte fait, nous serions plutôt de l'avis de ce monsieur qui n'a rien dit.
Et ils ont quitté la salle !
Sauf celui n'avait rien dit.
... Restés seuls, je lui ai dit :
- Monsieur, bravo !
Je viens de parler à ces gens pendant une heure et ils ne m'ont pas écouté.
Vous, vous n'avez rien dit et ils vous ont entendu !
Chapeau !
Il m'a regardé, il a sorti sa carte, y a griffonné quelque chose dessus et me l'a tendue.
Et j'y ai lu :
" Bien que sourd et muet, je suis entièrement d'accord avec vos idées. "
Alors depuis ...
je ne m'occupe plus que de la majorité silencieuse ".


Raymond Devos (bien entendu)







dimanche 25 mars 2012

Un beau texte de Grégoire de Nysse (mort en 394)

Supposons quelqu'un qui, par la pleine chaleur de midi, chemine, la tête brûlée des rayons du soleil, toute l'humidité de son corps aspirée par cette flamme, le sol est rude que foulent ses pieds, la route est rocailleuse, aride. Mais voici tout à coup qu'il rencontre une fontaine dont les eaux sont limpides et coulent transparentes ; ses flots en abondance lui offrent doucement d'étancher sa soif. Va-t-il s'asseoir près de cette source et se mettre à philosopher sur sa nature, à en scruter l'origine, le comment et le pourquoi, examinant avec soin les questions que se posent les faiseurs de vains discours, à savoir qu'une vapeur venue d'en haut, dans les profondeurs de la terre bondit et devient un filet d'eau, ou que les veines de la terre, débordant des profondeurs d'en bas, s'écoulent pour jaillir en source ? Ou plutôt, congédiant tout cela, ne se penchera-t-il pas pour approcher ses lèvres des eaux vives, rafraîchir sa bouche, combler son désir et remercier celui qui a fait ce don ?


Es-tu assoiffé ?
As-tu jamais connu le désert ?
A quoi t'es-tu abreuvé ?
Ta soif est-elle assouvie ?

Manger de saison

Je ne puis concevoir un dimanche matin, avec ou sans messe, sans un passage sur le marché de la Batte.

J'aime l'ambiance, le fait d'entendre les gens parler différentes langues (français, wallon, italien, espagnol, arabe, néerlandais, allemand). J'aime retrouver, semaine après semaine, mes commerçants habituels, ceux qui m'offrent de bons produits et leur amitié au fil du temps. Si je dois vivre un jour "à l'écart du monde", c'est sans doute l'aspect du monde que je regretterai le plus. Il faut dire que j'ai déjà renoncé à beaucoup de mondanités depuis longtemps, par choix, par paresse ou par fatalité. Je ne sais pas vraiment si je me suis privé de quelque chose en n'ayant pas vu le dernier film ou spectacle à voir, ou entendu le dernier concert-événement. J'ai tellement raté d'événement culturels dans ma vie que je me demande comment je survis encore ! Quand je vois la vie de mon ami Jean-Pierre, je me dis que sa vie est, sur ce plan, palpitante. Peut-être n'ai-je pas, comme lui, le besoin de palpiter tout le temps ...

Ce matin, au pied de la Passerelle, des représentants d'Ecolo distribuaient un fascicule intitulé "Manger de saison. C'est trop bon". Je l'ai accepté avec d'autant plus de chaleur que cela correspond parfaitement à mon mode de consommation (le vin se consommant en toute saison ... sauf l'infâme Beaujolais nouveau).

21 recettes de chefs, avec quelques trucs. Des choses simples, mais, me semble-t-il, goûteuses.

Bien entendu, certains légumes ne se trouvent pas partout : les topinambours, les patissons, les orties, les panais ou les carottes jaunes, par exemple. Quant à la cardamome ... Je me souviens avoir mangé une glace à la cardamome, dans un restaurant parisien aujourd'hui disparu, je pense, il s'agissait du "Dos de la Baleine". Avec qui étais-je encore, P. ou N. ?

Un jour, j'ai été invité chez la connaissance d'une connaissance qui avait servi des pommes de terre mauves. Cela m'avait intrigué d'autant qu'il habitait non loin de la centrale nucléaire de Tihange ! On trafique aujourd'hui, comme on veut, la couleur des légumes, parfois de manière naturelle, semble-t-il. Mais dans quel but ?

Parmi les recettes proposées par Ecolo, je compose mon menu comme suit :

- Goulée de soupe aux jeunes orties ;
- Filet de sandre en vert et jaune ;
- Croquant de maquée fermière aux fines herbes.

En dessert, je propose : le véritable café liégeois en cafetière ou les poires à la liégeoise (poires cuites, dans un sirop de café et crème fraîche à volonté).

Pour d'autres recettes : www.ecolo.be/recettes

vendredi 23 mars 2012

Le visage de Dieu

La liturgie de ce jeudi 22 mars invitait à lire et à méditer un extrait du livre de l'Exode (32, 7-14).

Le passage en question me pose beaucoup de questions.

Il y est dit que, dans son dialogue avec Dieu, Moïse "apaisa le visage de Dieu". Je suis surpris que le texte parle ainsi du visage de Dieu. Dieu, qu'on ne peut même pas, dans l'Ancien Testament, nommer, aurait donc un visage. Dieu, un tétragramme qui ne pouvait être dit. J'en étais resté, avec Moïse, au buisson ardent (Ex, 3, 1 et sv.). Un feu, qui l'intrigue avant toute chose (il brûle, mais ne se consume jamais), un feu qu'il va contourner sans jamais oser le regarder en face. D'ailleurs, quand une voix se fait entendre, en son coeur, comme une intuition, Moïse se voile la face : il craint de regarder Dieu. Je me reconnais tellement dans le parcours spirituel de Moïse, tel qu'il est décrit ici.





Dans la religion juive, comme dans la religion musulmane, il ne peut y avoir de représentation de Dieu, du visage de Dieu. L'islam ira même plus loin en interdisant, dans certaines régions, la représentation humaine, l'homme étant à l'image de Dieu. D'où cet art abstrait musulman sans cesse renouvelé et fécond. Le Dieu de l'islam est d'abord avant tout un concept, une idée. En Islam, Dieu est-il une personne ?

http://www.patterninislamicart.com/

Cfr. aussi : Malek Chebel, Dictionnaire amoureux de l'islam, Plon, 2004, p. 41 (à propos d'Allah)

Voici ce que dit Jacques Attali : "J'ai aimé cette idée d'une présence abstraite, d'une immanence (en hébreu, Chekhinah, signifie demeure), d'une idée universelle hors de toute culture spécifique. Une réalité abstraite".  Il cite alors Spinoza "Dieu est en tout et partout", phrase qui valut au philosophe juif d'être exclu de la communauté juive d'Amsterdam. Attali traduit Spinoza en des termes qui me plaisent : "Dieu est comme celui - ou celle - qui sacrifie tout pour ceux qu'il (ou elle) aime et qui les suit là où ils vont" (J. Attali, Dictionnaire amoureux du judaïsme, Plon, 2009, 133).

C'est le christianisme, avec Jésus, fils de Dieu, qui a rendu possible le visage de Dieu, à tort ou à raison, et a conduit des artistes à représenter Dieu, parfois avec génie, mais aussi à voir en tout être humain le visage de Dieu. Le côté ineffable du Dieu de l'islam me paraît pourtant fort juste. Il laisse à Dieu sa part de mystère, d'infini, d'innommable. Dieu ne peut jamais être réduit à un mot, un nom, une image, une représentation, une idéologie. Il est toujours au-delà. Je dis bien: toujours.

Le christianisme a peut-être eu tort de vouloir donner un visage à Dieu en Jésus ou de voir en Jésus le visage de Dieu. Cela ne change rien à ma foi chrétienne. J'adhère toujours autant aux invitations, aux paroles et aux actes de Jésus. Et je reconnais en lui un modèle exemplaire pour un chemin vers la vérité et la vie. Un des chemins les plus aboutis à ce jour même, me semble-t-il, pour qui veut grandir en humanité, le bouddhisme en étant, à  mon avis, le seul autre.

Dans le même passage, Moïse apparaît comme l'intermédiaire obligé entre Dieu et le peuple d'Israël. Oui, obligé, comme si le dialogue entre Dieu et son peuple ne pouvait pas se passer de relais. Voilà une dimension importante et peut-être un peu oubliée. La foi, le dialogue avec Dieu, est devenu de plus en plus un dialogue intime et individualiste. Le coeur à coeur existe évidemment. Il n'est pourtant pas accessible à tous et la plupart ont besoin d'intermédiaires pour nouer le dialogue. On en trouve dans tous les pays, toutes les cultures, toutes les croyances, toutes les Eglises. Les  bons relais sont-ils offerts ?

Le reste du texte me pose problème. Il dit que, grâce à l'intervention de Moïse, Dieu renonça au mal qu'il avait voulu faire à son peuple. N'est-il pas choquant de voir Dieu animé d'une intention de faire du mal ? Et plus étonnant encore de le voir empêché d'agir de la sorte grâce à une intervention humaine, l'intercession de Moïse ?

Des questions fondamentales sont ici posées :
- Dieu n'est-il que bon ? Ou faut-il voir, à travers l'action de Moïse, une tentative de l'humanité de faire face à un dilemme, qui le dépasse depuis toujours, le dilemme bien/mal ? Une tentative, désespérée peut-être, pour faire pencher le plateau de la balance plutôt du côté du bien que du côté du mal ;
- ce qui nous dépasse n'est pas nécessairement que l'amour ... des événements récents viennent de nous le rappeler ;
- quelle est notre marge de manoeuvre face à ce qui nous dépasse ? Avons-nous réellement un pouvoir d'action ? Ou faut-il nous soumettre à un éternel conflit bien/mal, jusqu'au jour peut-être du jugement dernier ?

jeudi 22 mars 2012

Les candidats à la présidentielle française et les drames de Montauban et Toulouse

Il me semble évident que les récents événements de Montauban et Toulouse, et leur issue, vont peser lourd sur le reste de la campagne électorale française. Cela ne me réjouit pas : il ne faudrait pas que les questions sécuritaires occultent les autres problèmes, bien plus nombreux et importants.

Comment ont réagi les candidats à la présidentielle ?

Le Président-candidat, puisqu'il se fait qu'un des candidats est l'actuel président de la République, a tenu son rôle de président avec retenue, tact et dignité. On ne peut pas en dire autant de son entourage. Alors que le Président avait appelé à une trêve dans la campagne électorale, il n'a pas pu empêcher certains des siens de déraper. Alors que François Hollande s'est montré d'une dignité exemplaire, rendant notamment hommage à l'intervention des forces de police, certains membres de l'UMP, à commencer par  François Copé et une obscure députée de Meurthe-et-Moselle, ont cru bon, alors que les victimes n'étaient pas encore inhumées, de stigmatiser la gauche et son angélisme.Toutes les mesures que Nicolas Sarkozy a proposées, durant son quinquennat, pour améliorer la sécurité du pays, auraient été contrées par la gauche ... ce qui n'a pas empêché qu'elles soient votées. Etrange raisonnement. La gauche a joué son rôle d'opposition dans un système majoritaire qui n'a de cesse d'opposer les uns aux autres. Etrange raisonnement surtout, car on pourrait dire aussi bien - ce que François Hollande s'est abstenu de faire - qu'on en est arrivé à une extrémité aussi fatale, à cause des défaillances de dix ans de politique sécuritaire Sarkozyste, faite d'attitudes matamoresques et d'une réduction drastique des moyens. Faut-il considérer le fait comme rassurant ? Le Président étant ce qu'il est, a, dès ce matin, annoncé de nouvelles mesures et réformes, comme le contrôle à l'accès des sites internet djihadistes, par exemple. Ce brave homme, j'en suis convaincu, croit bien faire. Ces nouvelles mesures législatives sont-elles nécessaires, indispensables, ou simplement un effet d'annonce ? On a déjà indiqué qu'elles pourraient être contraires à la Constitution et au-delà de celle-ci à certains engagements internationaux de la France. Plutôt qu'agir dans la précipitation, pour montrer qu'on agit, ne conviendrait-il pas plutôt de réfléchir en profondeur ?

François Hollande a cherché à être juste et digne. Il n'a fait aucune déclaration fracassante. Il aurait pu, pour rééquilibrer l'espace que l'événement offrait à son rival. Il a fait preuve de sobriété. Le fait qu'il ait assisté (il n'était pas le seul) aux funérailles des militaires de Montauban constituait-il une récupération de l'événement ? Certains à droite ont considéré qu'il n'aurait pas dû être là. Je trouve au contraire très bien qu'il ait été là. Il se présente comme président pour tous les français, il était dès lors normal qu'il soit présent au coeur d'un événement qui a touché l'ensemble des français, en outre dans leur diversité culturelle et religieuse. La déclaration qu'il a faite n'a pas du tout indiqué qu'il serait laxiste, comme le sont tous les gauchistes aux yeux des gens de droite.

Ah si. Marine Le Pen, bien sûr, avant tout le monde même. N'oublions pas que le tueur, à ses yeux, n'était pas fou, ni aliéné à une idéologie sectaire ; bien que né en France, il se considérait "plus musulman que français", a-t-elle dit. Tel était son défaut. Je n'ai jamais rien entendu d'aussi idiot. Bien entendu, tout cela est de la faute de l'UMP qui n'a pas su prendre les mesures qui s'imposent. Mais les sympathisants du  Front national ont aussi le chic de fonder leurs opinions sur des idioties et un programme inconsistant. Comme presque toujours, Marine Le Pen ferait mieux, de parler moins ou alors de se taire (comme ce n'est pas compatible avec la démocratie,  il faudra donc encore la supporter).

François Bayrou n'a pas vraiment respecté la trêve. Les journalistes ont dit qu'il avait posé les "questions qui fâchent". Si, Bayrou, le centriste mou, pouvait toujours jouer ce rôle-là, et bien je me réjouirais. Le centre qui dérange ! A un mauvais moment, j'en conviens, il s'est demandé (et nous a demandé) si le drame intervenu, qui met en question notre société, ne pouvait pas être, si pas justifié, expliqué, par certains discours, particulièrement en odeur de sainteté en Sarkozye, consistant à diviser, à opposer. Les pauvres et les riches. Les vrais français et ceux qui le sont un peu moins ou pas tout à fait. N'oublions pas, par exemple, que le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant - qu'on félicite pour son efficacité dans le drame de Toulouse - est aussi celui qui a osé affirmer que "toutes les civilisations ne se valent pas" entre autres amabilités. Quand Sarko, après cela, réunit les dignitaires religieux des trois religions monothéistes, pour une union nationale, qui récupère l'événement ?

Oublions, madame Joly. J'ai de la peine pour elle, je la trouve sympathique, mais insignifiante.

Reste le candidat Mélenchon, le candidat atypique, le seul des candidats qui sache discourir de manière fluide dans un français correct, avec des phrases construites, et même mieux que cela, des phrases que l'on citera peut-être un jour en exemple pour la forme et pour le fond. Il n'a pas fait la trêve de la campagne. Il a maintenu ses rendez-vous, ses meetings. Il n'a pas ignoré les événements tragiques qui s'étaient produits. A chaque fois, il les a évoqués en termes justes et invité au recueillement.

Parenthèse : la minute de silence devrait toujours être un moment choisi et pas imposé. On y adhère ou pas. Quand Sarko, par voie de circulaire, impose à toutes les écoles de la République de faire une minute de silence, les enseignants (fonctionnaires chargés d'appliquer les circulaires) sont vraiment fort embarrassés, parce que partagés sur la pertinence de l'initiative. Comme si la volonté présidentielle était totalement déconnectée de la réalité des classes, des élèves (parfois très jeunes) et de leurs parents.

Revenons à Mélenchon, il trouve souvent les mots justes. Il détecte l'indécence là où elle se trouve. Il dénonce quand il faut dénoncer. Mais aussi il a du respect, quand il faut en avoir. Il est indispensable dans cette campagne électorale. J'oubliais, il est le seul à avoir une réelle vision, quoiqu'on pense de celle-ci.

Ceci est un résumé de mes sentiments, après de nombreuses lectures ... Elles ont été tellement nombreuses que les citer était impossible. Il faudra donc me croire, sur parole, quand je relate quelque chose.

mercredi 21 mars 2012

DSK et les féministes du Parlement européen

J'avais pensé écrire un petit texte suite à la réaction de parlementaires européennes, féminines et de surcroît féministes, ayant finalement  réussi à interdire de parole Dominique Strauss Kahn dans l'enceinte du Parlement européen à propos de la crise financière mondiale.


J'avais trouvé leur propos fort médiocre et même pathétique.


Quelqu'un d'autre que moi a fait le travail à ma place. Je souscris à ce qu'il dit et reproduit donc son texte intégralement.


LES TRICOTEUSES


Dominique Strauss-Kahn n’est pas un homme sympathique. Il est, à bien des égards, l’image inversée des valeurs qu’il a prétendu défendre. Il semble acquis qu’il ait vis-à-vis des femmes un comportement archaïque et détestable. Rétrospectivement, on se réjouit qu’il ne soit pas candidat à l’élection présidentielle. Si tel avait été le cas, d’aucuns se seraient probablement empressés de dévoiler l’une ou l’autre affaire graveleuse qui aurait abîmé l’homme mais, surtout, bien plus grave, blessé irrémédiablement l’idéal qu’il était censé incarner et trompé les millions de citoyens qui voient, dans la gauche française, une bouée de sauvetage pour une Europe oscillant entre la sclérose et l’intransigeance obtuse. 



L’homme peut difficilement se plaindre d’avoir fait la une de tous les tabloïds du monde. Celui qui a le rang de chef d’Etat sait qu’il ne quitte jamais la lumière, que rien ne lui sera pardonné et que le moindre dérapage aura, médiatiquement, des conséquences exponentielles. Dominique Strauss-Kahn a lui-même, par son comportement, provoqué le lynchage médiatique, certes nauséeux, dont il a été l’objet. C’est aujourd’hui un homme déchu et il est l’artisan de sa déchéance. Mais le constat doit s’arrêter là. Le lynchage doit s’arrêter. Dominique Strauss-Kahn a été blanchi des poursuites pénales engagées à son encontre aux Etats-Unis. Pour ces faits, il n’est pas présumé innocent, il est innocent. D’autres faits sont à l’instruction en France pour lesquels il est présumé d’innocence. Et s’il doit être jugé un jour, il ne le sera avec justice que pour autant que ce procès s’inscrive dans la sérénité et la dignité. Les journalistes qui sonnent l’hallali ne servent pas la justice. Ils se comportent comme les tricoteuses de la Révolution française qui célébraient une justice rendue dans le sang. Il est un devoir de tout responsable public, soucieux de justice, d’aller à contre-courant et de contribuer à la restauration d’un climat plus serein. 



Comment comprendre alors l’intervention de deux eurodéputées belges, Isabelle Durant (Ecolo) et Véronique De Keyzer (PS), qui ont écrit au Président du Parlement européen pour que Dominique Strauss-Kahn ne soit pas invité au sein de cette institution. Elles écrivent : "Au nom du combat que nous menons pour la dignité des femmes, nous nous opposons à cette invitation et vous demandons, Monsieur le Président, de veiller à ce que ce Parlement reste un lieu de travail législatif, où les sensibilités de chacun sont respectées, et non une arène médiatique où il faut faire ‘des coups’, du show et du spectacle". Et d’ajouter : "Nous respectons la présomption d’innocence, nous respectons le droit à la libre expression et nous refusons toute ingérence moralisatrice dans la vie privée de chacun. Mais, après le déballage public et les prises de position de Dominique Strauss-Kahn sur les différentes affaires auxquelles il est confronté aujourd’hui, cette invitation est à proprement parler indécente".



N’est-il pas indécent, précisément, de constater que deux élues du peuple hurlent avec les loups des médias, et qu’elles invoquent la présomption d’innocence pour mieux la mépriser ? Dominique Strauss-Kahn serait-il le premier homme à la moralité contestable à fouler les parquets du Parlement européen, là où prolifèrent les lobbyistes en tout genre et où siègent quelques députés d’extrême droite ? Interdire à cet homme d’être invité au sein d’une institution démocratique revient en quelque sorte à lui administrer une vieille peine oubliée, la mort civile, alors même qu’il n’a été condamné à rien. Car, l’ancien patron du FMI n’est pas invité au Parlement européen pour évoquer sa vie sexuelle, mais bien les leçons à tirer de la crise économique. 



Est-ce être de gauche que de bâillonner les déchus ? Est-ce être humaniste que de réduire au silence celui dont on réprouve la morale ? Les intéressées justifient leur position par la volonté de ne pas provoquer de troubles au sein du Parlement. Le trouble est inhérent au débat démocratique. Comment, par exemple, ne pas se réjouir du trouble tonique provoqué par les déclarations d’un autre eurodéputé belge, Guy Verhofstadt, comparant Sarkozy à Le Pen ? 



Non, ici, le but, dans leur chef, n’est pas d’éviter un trouble qu’elles alimentent elles-mêmes, mais bien au contraire de faire "un coup" et de conquérir une publicité facile en s’en prenant à celui que nul ne daigne plus défendre. L’égalité entre femmes et hommes, le respect dû aux femmes, la dénonciation du comportement odieux de certains hommes méritent assurément une défense d’une plus haute tenue. Ce n’est assurément pas en frappant un homme au sol que l’on rend crédible un combat pour l’égalité.



Marc UYTTENDAELE
Chroniqueur
La Libre belgique, 22 mars 2012

mardi 20 mars 2012

Une société, pour quoi faire ?

Le ministre Johan van de Lanotte (S.P.A.) a dû s’expliquer, ces derniers jours, sur l’existence d’une société dont il est le seul actionnaire et qui servirait à recueillir les revenus qu’il perçoit en tant qu’administrateur dans des sociétés privées. Il a expliqué qu’il s’agissait pour lui de faire une distinction claire entre ce qui relève de son activité publique (comme parlementaire et aujourd’hui ministre) et de son activité privée. Observons qu’il est en outre professeur d’université.


A l’origine, pour faire une société, il fallait être au moins deux (après, parfois plus, 3 ou 7). Il s’agissait d’un contrat entre plusieurs associés décidant de mettre en commun un certain nombre de moyens pour exercer une activité destinée à générer des bénéfices que les associés se répartiront ou décideront de réinvestir dans leur aventure commune. En cas de perte, il était acquis qu’ils en subiraient le poids chacun pour sa part. Il s’agissait donc d’une structure destinée à encadrer les activités économiques exercées à plusieurs.

Deux facteurs ont modifié ce schéma simple : d'une part, certaines formes de sociétés vont être dotées d’une personnalité juridique propre ; d'autre part, d'autres formes de sociétés vont assurer une responsabilité limitée aux associés.

J’ai ainsi longtemps expliqué à mes étudiants en comptabilité, ignorant tout du droit des sociétés, mon cours intervenant avant le cours portant sur cette matière , que :
la personnalité morale accordée aux sociétés permet de les rendre seulement responsables des dettes qui leur sont propres. Les créanciers personnels des associés n’ont aucun pouvoir sur le patrimoine de la société, ce qui est une garantie de continuité pour les entreprises en société; 
- la responsabilité limitée permet aux associés de ne pas devoir contribuer aux pertes éventuelles au-delà de leur mise de départ.

Un grand bouleversement est intervenu, lorsqu’il a été décidé qu’il serait dorénavant possible de créer une société unipersonnelle dotée de la personnalité juridique et offrant en outre la responsabilité limitée (S.P.R.L.U : société privée à responsabilité limitée unipersonnelle). L’intention était noble : la société “à soi tout seul” évite aux indépendants d’être mis sur la paille en cas de mauvais sort.

Les choses sont cependant plus complexes, car à ce mouvement s’adjoint la dimension fiscale. Ma thèse de doctorat, qui allait plutôt à rebours de l’idéologie alors en vigueur, s’interrogeait sur une question simple somme toute : la taxation des entreprises doit-elle être unique ? Peut-elle être différente selon la forme juridique donnée à l’entreprise ? En d’autres termes, est-il acceptable, rationnellement, moralement, politiquement, juridiquement, de taxer différemment deux entreprises semblables pour la seule raison qu’elles ont adopté une structure juridique différente ?

Je m’étais limité à l’exercice d’une activité d’entreprise.

Etant donné que le taux de l’impôt des sociétés est inférieur à celui de l’impôt des personnes physiques et qu’une société offre des déductions que ne permet pas le régime de l’impôt des personnes physiques, des conseillers éclairés ont vu les avantages que l’on pouvait tirer de la constitution d’une société pour d’autres usages qu’une activité d’entreprise.

Je me limiterai ici à celles pour lesquelles il est difficile de nier l’intérêt fiscal. Une société patrimoniale peut servir, en effet, dans certaines grandes familles, ayant un important patrimoine immobilier et de nombreux enfants, à éviter les aléas de l’indivision et à sauvegarder le patrimoine familial. C’est bien entendu autre chose.

Il n’en est pas de même des “sociétés villa” (pures ou mixtes) où un immeuble d’usage privé est mis en société pour bénéficier d’avantages fiscaux. Cela fait trente ans au moins que le phénomène existe et perdure. Il y a eu l’une ou l’autre réaction du législateur pour s’opposer  à celui-ci, mais il renaît toujours de ses cendres.

Il n’en est pas de même non plus des “sociétés de management”. Le phénomène est complexe. A l’origine, il s’agissait de cadres dans une entreprise. En n’étant plus rémunéré personnellement, mais via une société prestataire de services, qu’ils avaient constituée généralement personnellement, la société consommatrice des services n’avait plus de charges sociales à payer pour ce collaborateur … qui, en société, bénéficiait en outre du taux de l’impôt des sociétés sur ses revenus et d’autres avantages. On découvre, en l’espèce, une des formes de ce que l’on appelle parfois “le faux indépendant”.

Cela dit, c’est bien de thésauriser ses revenus dans une société; encore faut-il pouvoir les faire sortir de la société, sans dommage … mais c’est une autre question et pour une autre fois.

Le ministre S.P.A., dans la tourmente, s’accroche au volet commercial de la question pour se justifier : grâce à sa société de management, il sépare différents aspects de son activité lucrative (publique et privée). C’est légal. Je le concède.

Que retenir ?

Deux choses :
- le commercial et le fiscal s’articulent mal : les bonnes raisons commerciales ouvrent souvent la voie à de mauvaises raisons fiscales ;
- la société, personne morale, fausse depuis toujours les règles du jeu fiscal. Elle est comme un “électron libre”, qui ne rentre dans aucun moule. Tous les débats concernant l’impôt des sociétés sont en fait de faux débats. Les sociétés ne sont fiscalement que des écrans de fumée. Les seuls contribuables sont toujours les individus, les citoyens. Il faut cependant bien constater que certains citoyens répugnent à être soumis au même traitement que les autres et que la diversité des régimes de taxation leur donnant raison, ils en tirent profit.

Un débat en profondeur sur l’impôt des sociétés me paraît une priorité pour les gouvernements à venir. Rappelons qu'avant la réforme de 1962-63, la Belgique ne connaissait pas d'impôt sur le bénéfice des sociétés, mais des impôts équivalents pour les personnes physiques et morales sur les revenus immobiliers, mobiliers et professionnels. La seule différence entre les personnes physiques et morales était un impôt supplémentaire, pour les personnes physiques, sur l'ensemble de leurs revenus (une espèce de C.G.S., dans le fond).

A méditer.








lundi 19 mars 2012

Laetare

Ce dimanche était le dimanche de la mi-carême, ce qui ne veut rien dire pour la plupart de mes concitoyens.

Ce jour-là, on chante une très belle antienne grégorienne "Laetare Jerusalem".

http://www.youtube.com/watch?v=jws7aQOr6o0

En voici une version du début de la polyphonie.

http://www.youtube.com/watch?v=huzrblil90A

Laetare. Réjouis-toi. Pourquoi cette joie ? Parce que les croyants se rappellent, ce dimanche, que leur Dieu aimant n'attend pas d'eux de bonnes oeuvres, mais l'offrande de leurs faiblesses. Car Dieu communie toujours à nos faiblesses, nos chagrins, nos incompréhensions, nos doutes. Il n'attend pas de nous des performances. On rapporte que Saint Jérôme avait offert au bon Dieu ses veilles, ses jeûnes, ses prières, ses travaux, sa vie entière, consumée dans l'oraison et le labeur. Et il croyait, le saint ermite, l'aimer enfin, ce Dieu à qui il avait tout donné, jusqu'au jour où le Seigneur lui fit dire : "Et tes péchés, Jérôme, tu ne me les donnes pas ? Allez, aime-moi, donne-toi tout entier. Tes bonnes oeuvres et ton péché, place-les dans la lumière de ma miséricorde". Le message est capital ! Il porte en lui un potentiel inestimable de guérison.

Ce jour-là aussi est le seul de l'année où les couleurs liturgiques peuvent être roses. Nul doute que Benoît XVI se sera régalé de cette opportunité.

Cette mi-carême est aussi l'occasion de réjouissances, notamment à Stavelot et à Tilff.

Le carême, temps de pénitence (on ne fait toutefois pas carême le dimanche), devait paraître bien lourd à supporter du temps où on le vivait vraiment. Il fallait offrir un temps de respiration et de bombances à la mi-temps de ces quarante jours. Boire, manger gras et s'encanailler. Mêmes les moines, si on en croit la tradition du carnaval du Laetare à Stavelot. Ce jour-là, les moines se mêlaient à la population incognito pour profiter, eux aussi, de quelques libertés. La vie monastique n'est pas toujours aussi austère qu'on le croit. Un édit de 1499 d'un prince-abbé remit de l'ordre dans ces privautés, ce dont la population prit parti de se moquer.

Le costume des Blancs Moussis de Stavelot évoque, paraît-il, l'habit monastique. Le masque permettait aux moines de n'être pas reconnus.



A Tilff, le propos n'est guère monastique. On y célèbre le poireau ("porè" en wallon). Le costume n'en est que plus seyant.

Anniversaire

Aujourd'hui, mon plus jeune fils a 24 ans. Il est encore un gamin, il le reconnaît. Un gamin déluré cependant. Pas de diplôme, du travail de temps en temps. Il vit de l'air du temps, de peu sur le plan matériel, et il a toujours l'air épanoui, heureux, virevoltant. Je ne connais pas son secret. L'insouciance peut-être ?

Il passe d'un rêve à un autre. Il s'enthousiasme alors. Puis le rêve passe, car un autre rêve surgit.

Il se dit déçu par ses amis. Des profiteurs, dit-il. Il préfère ne plus avoir d'amis. Cela m'inquiète un peu. Il m'a touché et surpris l'autre jour. Deux jours s'étaient passés sans contact. Or, je ne veux pas m'imposer et faire pression sur lui pour lui rappeler sans cesse tout ce que je trouve qu'il devrait faire. C'est lui qui m'a dit : papa, tu dois prendre de mes nouvelles tous les jours.

Chez lui, il met de la musique connotée latino et il danse tout seul. Il n'éprouve guère le besoin d'aller en discothèque.

Après une relation très précoce de plusieurs années, il se méfie un peu des filles. D'ailleurs, il m'avoue ne pas savoir comment s'y prendre pour draguer concrètement. Sur ce point, je ne suis vraiment pas le meilleur conseiller.

Il est la joie de mes parents, quand il va leur rendre visite. Parfois, cela lui pèse, mais il me dit : une fois que j'y suis allé, je découvre que j'aurais regretté si je n'y étais pas allé.

Il préfère les vacances et le sport au travail.

Nous avons beaucoup de terrains d'entente. Souvent, il me dit : nous deux, nous sommes les deux-mêmes, toi et moi. Je m'inquiète, enfin un peu, parce que cela me fait plaisir aussi.

Je m'interroge beaucoup. Les psys pensaient que l'abandon, au Brésil, par sa mère à la naissance, son père étant inconnu, le focaliserait sur une quête de la mère. Retrouver sa mère d'origine lui est passé par l'esprit en effet. Il se réfère pourtant aujourd'hui principalement au pauvre père que je suis. C'est une lourde responsabilité.  Une grande joie aussi. Parfois pourtant, je me sens un peu dépassé et sans grands moyens ...

Il m'arrive parfois de me dire qu'il est pour moi une leçon.

Heureux anniversaire, mon fils ! Et plein de bisous.

vendredi 16 mars 2012

Deuil national ?

Le tragique et spectaculaire accident d'autocar survenu, il y a quelques jours, à Sierre, en Suisse, avec son effroyable lot de victimes directes et collatérales (je pense aux familles) a suscité une vague d'émotion réelle dans le pays.

Elle est amplifiée par le fait que la plupart des victimes sont des enfants (22 enfants tués). De nombreux pères et mères  s'imaginent à la place des parents de ces jeunes enfants. Les condisciples des jeunes victimes ne sont pas moins concernés. Ils ne reverront plus certains de leurs amis et doivent se dire qu'ils auraient pu être à leur place. C'est dire si le traumatisme est grand et touche un grand nombre de personnes de tous âges.

Comment réagir face à un tel événement ?

D'abord se taire pour communier. Ou confier à d'autres les mots justes.

J'ai ainsi apprécié, pour sa grande justesse, l'hommage de mon ami J.P.R. renvoyant aux Kindertotenlieder de Malher.

http://rousseaumusique.blog.com/2012/03/14/kindertotenlieder/

J'aime aussi Gabriel Ringlet quand il évoque, dans la Libre Belgique de ce jour, Dostoïevski : " Si vous considérez que Dieu est un Dieu tout puissant, censé régler vos problèmes dans l'heure, alors, après un tel événement, vous devenez incroyant sur le champ, car vous ne pouvez plus le reconnaître, il ne peut appeler que votre colère. Mais si, comme moi, cvotere vision est celle d'un Dieu fragile, qui souffre de ma souffrance, qui marche à mes côtés, cela change votre ref-gard. Dostoïevski disait que si l'enfer existe, alors Dieu s'y trouve et il ne le quittera pas tant que le denier homme n'en sera pas sorti. Les parents des victimes, les victimes elles-même sont en enfer et Dieu est en enfer avec eux. Il restera à leurs côtés et n'en sortira que quand ils en sermon eux-même sortis".

Les media ont, dans un premier temps, joué leur rôle d'information, pour bien vite céder au sensationnalisme : je ne vois pas en quoi la qualité de l'information se trouve améliorée quand elle filme et exhibe (avec leur accord ?) les visages bouleversés et défaits de parents, de sauveteurs, du responsable de la police du Valais ou quand elle interroge des passants dans la rue qui témoignent avec un trémolo dans la voix. Cela manque de dignité. Je salue la décision des autorités suisses et belges de tenir à distance des familles les media. Il faut permettre à ces familles blessées de vivre cette blessure intime dans l'intimité.

Le gouvernement a décidé d'un jour de deuil national (drapeaux en berne) et d'une minute de silence, ce matin, à onze heures, en hommage aux familles et aux victimes.

La mesure est exceptionnelle. Elle est le plus souvent réservée au décès d'un souverain.

Le gouvernement a-t-il voulu en faire trop dans la compassion ?

Certains le pensent et, sur les forums, on peut lire une fois de plus tous les amalgames, tous les raccourcis, toutes les comparaisons égoïstes, possibles et imaginables. Certains jours, il y a vraiment de quoi désespérer de ses semblables. D'autres sont déjà passés à autre chose et s'estiment saoulés par l'envahissement de leur univers par cet événement.

Il semble que l'initiative du gouvernement, que je trouve légitime, a été suivie dans certains cénacles. N'étant point à onze heures dans un lieu public, mais chez moi, j'ai fait une minute de silence que je pensais  être close, d'après ce qui avait été annoncé, par les cloches des églises sonnant le glas et les sirènes dans les casernes de pompiers. Je n'ai pas vu de bus à l'arrêt, ni de passants s'arrêtant de marcher ; de sirènes il n'y en eut point et, seule, une pauvre église sur les nombreuses églises que compte ma ville a sonné le glas.

Bref, ce deuil national ne m'a pas paru en être un à la mesure du lieu où je vis.

L'initiative était-elle adéquate ? A moins que l'émotion médiatisée et officielle ne corresponde pas vraiment à ce qu'éprouve la population. Cruelle question.

lundi 12 mars 2012

L'enfant adopté

L’enfant adopté a dit (ou on lui a fait dire) : “Comment pourrais-je savoir où je dois aller, alors que je ne sais même pas d’où je viens”.

Il est né, par exemple, loin des mers, il est arrivé ici alors qu’il avait quelques semaines à peine. Il ne sait rien de ses origines. Il n’en a rien vécu. Il est né sous “x”. Sur son acte de naissance, établi là-bas, il est déclaré fils d’une belge, qui n’était même pas là le jour de sa naissance. Il a été confié, les premiers jours de sa vie, à une nounou. Il sait qu’il a une autre mère là-bas. Sa vraie mère. Vit-elle encore ? Où est-elle ? Comment est-elle ? Cela le travaille. Il est arrivé ici avec un “casier vierge”. Tous ont cru que cela serait dès lors plus facile. Lui ? Non seulement,  il ne sait rien, mais il ne peut même pas se dire avec certitude : “ma maman m’a tenu dans ses bras” (ne fût-ce que juste un peu). Il a des parents ici qui l’aiment autant qu’ils le peuvent, mais qui n’ont pas de réponse à cette question.

Je suis frappé par une chose importante : il ne parle jamais de son père et, quand il parle de sa mère là-bas, celle qui aurait dû le prendre et le garder dans ses bras, il ne la juge pas, il voudrait la retrouver. Il sait que c’est impossible. Mais il veut tenter sa chance : aller là-bas et juste croiser, dans sa ville ou son village d’origine, en rue, une femme dont il pourrait se dire qu’elle aurait pu être sa mère. Il faut accompagner adroitement un tel questionnement.

L’enfant dont l’origine, ou une part de l’origine, est inconnue ou nébuleuse se posera toujours, tôt ou tard, la question de ses origines, quoi qu’on lui ait dit.

Un jeune papa adoptant, dans un couple gay, me disait récemment : “L’important n’est pas de savoir d’où on vient, mais de savoir où on est”.  Je ne veux  pas le décourager et je lui demande, dans un premier temps, d’adhérer fermement à ce qu’il croit. Je veux juste lui dire que, tôt ou tard, la question des origines se posera.  Cela ne dépend, ni de la quantité, ni de la qualité d’amour dont on fait preuve.

Je suis, pour ma part, favorable à l’adoption par des couples homosexuels stables, bien dans leur peau, et entourés d’une famille de frères et soeurs, de cousins et de cousines.  Un couple homosexuel peut offrir un véritable lieu d’épanouissement pour un enfant. Comme toujours, il s’agit de parcours individuels. Tout le monde n’est pas fait pour élever et aimer des enfants.

A l’époque où j’ai moi-même adopté, j’étais marié, je ne savais vraiment pas qu’aujourd’hui je serais amené à parler de l’adoption d’un petit bonhomme par un couple gay, ni, avec un autre couple gay, parents de deux petites filles, nées d’une mère porteuse, qui ont l’air fort heureuses dans leur nouvelle famille (les deux papas et tout l’entourage familial étant exemplaires). Dans l’un et l’autre cas, il s’agit d’anciens étudiants.

Ceci m’a amené à réfléchir.

Il ne faut jamais idéaliser l’adoption (ni non plus sans doute le recours à une mère porteuse). Les parents adoptifs, au début, voient beaucoup la vie en rose. Ils sont passés, il faut le dire, souvent par un long chemin, un long combat même, avant d’accueillir leur enfant. Pour beaucoup de ces couples, l’arrivée de l’enfant est comme une délivrance. Il les libère en effet de leur infertilité, réelle ou symbolique. Leur vie s’ouvre alors. Cela crée bien entendu un moment de grand bonheur et d’engagement total.

Seulement, le rêve et la réalité ne coïncident pas toujours.

J’admets qu’il puisse en être ainsi aussi lors de filiations (plus) naturelles. Les enfants qui doivent correspondre aux rêves de leurs parents souffrent parfois beaucoup. La situation ne sera pourtant jamais comparable, car un conflit vraiment singulier peut naître lorsque le lien d’origine reste inconnu.

Il n’est pas rare qu’un enfant étranger adopté dise : “Pourquoi m’avez-vous fait venir ici ? J’aurais mieux fait de rester là-bas. Vous m’avez déraciné “. Oh, il ne le dit pas tous les jours.  Il sait très bien que nous, parents adoptifs, nous lui offrons une  certaine sécurité, un avenir (?). Simplement, il ne peut pas s’empêcher, dans sa tête, de se dire que “la vie est plus belle au soleil”. Ce n’est pas le cas de tous évidemment, mais cela arrive fréquemment.

Les organismes d’adoption (à tout le moins ceux que j’ai rencontrés) concentrent toute leur attention sur le début de l’aventure … ils s’intéressent rarement à ce qui suit l’accueil et encore moins à l’enfant adopté devenu jeune adulte ou adulte.

Je viens d’acheter un livre qui m’apportera peut-être plus de lumière : Diane Drory, Colette Frère, Le complexe de MoïseParoles d’adoptés devenus adultes, De Boeck, Bruxelles, 2011. 





dimanche 11 mars 2012

Le temple et les idoles

Comme souvent, je vais voguer sur les textes de la liturgie de ce week-end et m’arrêter à quelques mots.

Le livre de l’Exode, en son passage lu aujourd’hui (Ex, 20, 1-17) nous révèle une facette de Dieu qui est peut-être la plus essentielle : “Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage”. Ce que Dieu dit au peuple d’Israël, il nous le dit  à nous aussi. Il y aurait donc aussi, en nous, dans nos vies, une maison d’esclavage dont il veut nous délivrer. Réfléchissons un instant : ne sommes-nous pas esclaves de bien des choses ? Quand devenons-nous esclaves ? Nous devenons esclaves, quand, malgré notre bonne volonté et nos efforts, quelque chose d’extérieur à nous nous asservit, auquel nous nous soumettons, dont ne pouvons plus nous passer et qui inverse les priorités. Cela peut être l’alcool, la drogue, le sexe, la mode, le travail, internet, l’addiction aux informations, le besoin viscéral d’être toujours entouré pour ne pas se sentir seul, et même parfois l’habitude, le besoin de répéter tout le temps les mêmes choses pour se sentir bien. Face à ces comportements, qui tournent bien souvent en rond, Dieu nous dit qu’il peut, qu’il veut, nous en faire sortir.  “Tu ne feras aucune idole”, dit le texte un peu plus loin (Ex. , 20, 4). Nous n’avons pas toujours assez conscience,  à vrai dire, de nos idoles.

Dans la lettre de Paul (Cor. , 1, 22-25), je retiens ceci : “alors que les juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec réclame une sagesse, nous nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les peuples païens …”. Je dois être un peu juif et un peu grec. Oui, dans ma vie, j’ai souvent attendu “un signe”, qui n’est jamais venu ou que je n’ai pas été capable de voir.  Je ne dois pas être le seul. Mon parcours professionnel, m’a plutôt conduit à interroger la raison. S’agissait-il de sagesse ? Il s’agissait en tout cas d’agir selon l’intellect. Je me pose la question : suis-je prêt aujourd’hui, sans signe, ni sagesse, à proclamer un Messie crucifié qui est scandale pour les uns et folie pour les autres ? L'attente de signes ou l'espoir de trouver uner réponse dans la sage raison ne peuvent-ils pas aussi être des idoles ? Quoi qu'il en soit, le chemin est long et ardu pour se défaire de ses idoles.

Le passage de l’évangile de Jean (Jn, 2, 13-22) nous rappelle cet épisode célèbre de Jésus chassant les marchands du temple. On le présente parfois comme un des rares coups de colère de Jésus. L’imagerie de mon livre d’Histoire sainte, quand j’étais écolier, se situait dans cette veine. Les artistes du passé n’ont pas été en reste décrivant toujours une scène tourmentée autour de Jésus, le fouet à la main.



El Greco (1541 ? - 1614)


Van Hemessen (1500-1566)



Jacob Jordaens (1593-1678)



Leandro Bassano (1557-1622)



J’emprunterai partiellement au père R. Devillers, O.P., qui officiait, ce matin, chez les bénédictines de Liège, ce qui suit.

L’ordre du temple allait de soi pour tous les juifs: les sacrifices d’animaux (d’où les vendeurs de veau, d’agneau, de brebis, de pigeons), l’impôt à verser au Temple dans la monnaie propre du temple (d’où les changeurs). C’était l’ordre établi et certains en profitaient plus que d’autres, Caïphe, le grand prêtre en premier. Personne ne s’en offusquait, tant cela allait de soi. Ce fut même le cas de Jésus jusqu’au jour décrit par le récit de ce jour.

Par quel angle, Jésus défie-t-il ici l’ordre établi ? Aucun discours sur le pouvoir exorbitant des hommes du temple, aucun discours sur les marchands voleurs et les changeurs malhonnêtes. Ce n’est pas comme cela que Jésus va remettre en cause cet état de fait. Ce que Jésus trouve inacceptable, c’est que, dans la maison de Dieu, il soit nécessaire de monnayer les faveurs de Dieu. Il va dénoncer la religion juive de son temps. Il ne faut pas s’étonner que les gens du Temple aient cherché sa mort après cela.

Pour avoir les faveurs de Dieu, il faut, en ce temps-là, pouvoir offrir des sacrifices. Plus on est riche et plus les sacrifices sont fatalement grandioses et plus les faveurs promises seront à la mesure du sacrifice. Quant à ceux qui sont pauvres et dont le sacrifice est modeste, voire impossible, parce qu’ils n’ont même pas, ou plus, les moyens d’acheter un animal pur pour l’offrande sacrificielle, on ne trouve pas anormal qu’ils soient laissés pour compte dans la maison de Dieu. 

Voilà ce que Jésus va dénoncer, avec une certaine violence. Il ne peut accepter que les hommes soient inégaux devant son Père. Pour Jésus, on n’achète pas les faveurs de Dieu. Ce serait le trahir. Cela annonce, bien avant l’heure, la question du trafic des indulgences, chère à Luther.

Voilà pourquoi Jésus s’emporte. Je ne crois pas vraiment qu’il ait fouetté les marchands et les agents de change, les animaux peut-être, ils ont l’habitude qu’on leur tape dessus. Il fallait bien donner un peu d’éclat à son action. Il est vrai, le piquet de grève n’existait pas encore : j’imagine déjà Jésus et ses disciples, en piquet, avec des braseros et des pains saucisses, interdisant l’entrée du temple.

Petite parenthèse : en tant qu’ancien fiscaliste, je dois reconnaître que Caïphe avait trouvé une excellente manière de faire payer plus les riches que les pauvres. Quand je vois les débats d’aujourd’hui à propos de la progressivité de l’impôt sur les revenus ou de l’impôt sur la fortune …

Le père Devillers a relevé une chose intéressante : le récit des marchands du temple, chez Matthieu, Marc et Luc, est plus court que chez Jean. Jean (dernier évangile écrit) ajoute quelque chose.

Il y a, chez  Jean, cette réponse totalement incompréhensible de Jésus. Vous qui voulez un signe, le voici : “Détruisez ce temple et je le reconstruirai en trois jours” (Jn, 2, 19). Je ne sais pas si Jésus a réellement dit cela, mais Jean le lui fait dire.  Comme s’il voulait nous dire ceci : moi, sur le fait, je n’ai pas compris grand chose et il m’a fallu quarante ans ou cinquante ans pour donner du sens aux événements auxquels j’ai assisté.

Rappelez-vous, il s’agit de la maison de Dieu, de la conception qu’on en a. Pour Jean, la manière dont Jésus a vécu sa mort, nous donne le sens : c’est en s’offrant, et non en faisant des sacrifices, qu’on appartient à la maison de Dieu. Le temple de Dieu n’est pas fait de pierres, il est fait de coeurs et de corps. Il s'agit donc bien de donner un sens. C’est en ce temple que bat le coeur du monde et non là où on veut trop souvent nous convaincre qu’il se trouve, aujourd'hui encore plus qu'hier.

J’ai aussi relevé une particularité : Jean situe cet épisode au début de son évangile (2, 13-22). Il  vient bien plus tard dans les récits de Mathieu (21, 12-13), de Marc (11, 15-19) et de Luc (19, 45-48). Je ne suis pas en mesure de dire si cela a une signification particulière.




jeudi 8 mars 2012

Qu'est-ce qu'un bon prof de droit pour ses étudiants ?

Le hasard fait que je suis l'ami Facebook d'actuels étudiants en droit, qui ne m'auront jamais comme prof et qui parfois me connaissent à peine. Ce lien me donne accès à certaines réflexions et à quelques états d'âme.

Au risque de paraître ringard, une fois de plus, je définirais le bon prof de droit à l'université comme ceci.

Il peut arriver à son cours les mains dans les poches et user de sa parole, d'une craie et d'un tableau pour faire passer l'essentiel. Il maîtrise la matière et est capable d'improviser son cours. Les cours que j'ai improvisés ont toujours été les meilleurs. Cela ne veut pas dire qu'ils n'étaient pas précédés de longs temps de lecture, de méditation et de prises de note, puis d'une certaine rumination, toute monastique dans le fond.

Je veux dire par là qu'il n'est pas nécessaire de disposer de "power points" ou d'animations sur écran pour  faire un bon cours. Je veux dire aussi que l'on perd beaucoup de temps à s'adonner à ces nouvelles méthodes de communication.

Un bon syllabus pour un cours de 60 heures ne doit pas excéder 150 à 200 pages. Il ne sert à rien de donner à ses étudiants le dernier traité de 800 pages qu'on vient de publier, avec les tout derniers développements jurisprudentiels, les moindres détails du détail. Le public étudiant représente cependant pour certains profs une clientèle obligée. Ces professeurs se trompent de métier. Ils feraient mieux de consacrer leur temps à rédiger pour leurs étudiants un syllabus digne de ce nom.

Ce que les étudiants attendent de leurs professeurs, c'est, outre leur connaissance approfondie d'une matière, d'une part, leur capacité à en faire la synthèse avec le recul suffisant, d'autre part, leur aptitude à discerner dans cette matière ce qui bouge, les fractures annonciatrices de débats à venir, de choix à faire. Ces débats à venir doivent être éclairés à l'aune du passé autant que par les enjeux plus actuels. Il n'incombe pas au professeur, vis-à-vis de ses étudiants, de les informer de la dernière décision somme toute provisoire rendue par un tribunal quelconque dans une question controversée, mais de les sensibiliser au problème posé, d'en mesurer les enjeux, de peser les arguments.

J'ai toujours été surpris par mes collègues qui donnent des dossiers de documentation monumentaux ... comme si l'apprentissage à l'université s'apparentait à une compilation, toujours plus énorme, d'informations.

Je crois profondément aux vertus de l'enseignement ex cathedra, et tout autant aux vertus de l'examen oral. Je ne dis pas que l'enseignement ex cathedra est tout. Il doit évidemment se poursuivre au contact des réalités, quoique la réalité sert tout le temps à illustrer l'enseignement ex cathedra dans la vision que j'en ai. La différence est peut-être celle-ci : le but de l'enseignement universitaire n'est pas d'apprendre aux étudiants des solutions. Il est de les confronter à des questions ... parfois sans solution.

Il est un autre aspect. L'enseignement du droit à l'université doit évidemment doter les étudiants d'un certain bagage intellectuel. Il repose sur deux piliers :

- des bases solides dans les matières juridiques ... mais aussi malheureusement de plus en plus des compétences, qui n'avaient pas leur place à l'université, auparavant, car elles étaient censées acquises, mais qu'il faut aborder aujourd'hui : l'art de la dissertation, l'art de l'argumentation, l'art de la rhétorique. Aujourd'hui, certains étudiants maîtrisent à peine le français et ses subtilités, quant à l'orthographe ! Un jour, je lisais à des étudiants de 2ème bac (licence en France) l'extrait d'un arrêt où figurait le mot "nonobstant", personne dans l'auditoire ne comprenait ce terme. Certains résistent, jusqu'à tenter l'épuration des auditoires. Ainsi, un de mes collègues, disciple de son maître, n'hésite pas à proposer à ses étudiants de 2ème bac, semble-t-il, la lecture d'une phrase comme celle-ci : " ...  mais il faut renoncer à rien comprendre aux sociétés humaines si l'on ne réfléchit sur ce dont l'homme est capable qu'à partir des êtres que l'on accepte de fréquenter " (sic). C'est un étudiant qui me l'a communiquée. Cette phrase est lexicalement correcte, mais obscure. Certains étudiants face à une telle phrase s'avouent vaincus : ils ne comprennent rien. D'autres, les nouveaux disciples, se targuent, eux, de comprendre, et font preuve d'euphuisme : ils partagent le bel esprit et le style particulier de l'auteur et par ricochet du personnage fictif qui donna son nom à cette posture. Ils finissent par s'exprimer de la même manière quitte à n'être compris que par quelques-uns. Horresco referens, comme disait un romain dans Astérix. Il est intéressant de relever que cette posture, car telle est bien le nom, a sévi, dans tous les domaines, au 17ème siècle anglais, avant d'être stigmatisée, un peu plus tard, par  Walter Scott (une brute), qui la couvrit de ridicule. Il parla alors d'individus pédants.

- si on donne à nos étudiants des outils, ne faut-il pas aussi qu'on leur apprenne à s'en servir ? Cela me paraît évident. Pour cela, quand j'étais étudiant, l'université organisait des séances de travaux pratiques où l'on étudiait des casus, souvent un peu tordus, avec un assistant. J'ai toujours pensé que des assistants bien formés auraient pu prodiguer utilement l'enseignement théorique, conçu par le professeur, mais que le professeur devait être là pour les séances de travaux pratiques, car il faut alors canaliser les suggestions diverses, faire le lien avec l'une ou l'autre théorie, et surtout conclure (avec souvent le constat que tout reste possible et ouvert). Dit par un assistant, cela peut paraître un signe de faiblesse ; dit par le prof, cela devient un signe d'humilité. Il n'en a pas souvent été ainsi dans ma faculté.

Quand et comment faut-il apprendre à jouer avec les outils dans un cursus d'étudiant en droit ? Je pose la question parce qu'il existe une ambiguité. Pour devenir avocat, il faut plusieurs années de stage. Pour devenir notaire, itou, plus un concours. Pour devenir magistrat, il vaut mieux avoir été avocat, puis réussir un concours. Si des stages professionnels sont prévus, dans les filières les plus prestigieuses du droit, pourquoi l'université doit-elle faire la même chose, au détriment d'autre chose ?

Je ne parle ici que des carrières prestigieuses : car on ne parle guère, dans les facultés de droit, des juristes qui finissent par travailler comme fonctionnaire aux finances, comme gestionnaire de dossiers dans une compagnie d'assurances, comme secrétaire communal, comme conseiller dans un centre d'accueil aux jeunes en difficulté. J'ai toujours eu l'impression qu'ils étaient considérés comme des juristes de seconde zone. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours eu en horreur la séance de remise des diplômes qui, pour moi, ne devrait pas avoir lieu en présence de magistrats et de membres du barreau et du notariat. Si ces solennités veulent dire quelque chose, il y a lieu de s'interroger sur ce qu'elles veulent dire. Je ne dis pas qu'il faut se contenter d'afficher les résultats ad valvas, comme pour le bac en France, mais une proclamation sobre, digne, sans flonflon, avec juste les parents et les lauréats, et sans mettre toujours les meilleurs en avant me conviendrait mieux. Ainsi, à l'issue, ne verrait-on pas, toujours le même tableau, les parents du sérail, gonflés d'orgueil pour leur progéniture, parfois médiocre, serrant les mains de tous les professeurs, qu'ils avaient croisé au Rotary ou dans d'autres cénacles, deux jours avant, et les autres, hors sérail, qui sont heureux aussi, mais un peu exclus ... à moins qu'un prof n'aille vers eux.