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mardi 28 février 2012

Incompréhensions

Mon fils, Sam, qui est plus que jamais décidé à prendre son avenir en main, est allé passé, hier, un test au Forem, préalable à une formation en électricité, elle-même requise en vue de se spécialiser dans les métiers liés aux énergies durables (panneaux voltaïques, etc.).

Il a très bien réussi le test, mais il n'est pas autorisé à suivre la formation.

Le motif : il a déjà suivi au Forem une formation de niveau équivalent (formation de cariste). On lui avait dit alors que, dans cette filière, 80 % des participants trouvaient un emploi dans les 6 mois. Cela fait un peu plus de deux ans qu'il cherche du travail, dans ce créneau, et doit se contenter de quelques intérims.

Il était donc décidé à se réorienter et à élargir sa palette de compétence : la réponse du Forem est non. La seule chose qu'il puisse faire aujourd'hui est de suivre une formation spécialisée en logistique.

Deux motifs d'incompréhension :
- le Forem aurait pu avertir Sam qu'il ne lui servait à rien, compte tenu de son profil, de passer ce test ;  d'autant que Sam l'a conscieusement préparé et qu'il s'y est rendu dans un grand état de stress ;
- la mission du Forem n'est-elle pas d'aider à l'insertion dans le monde du travail et donc d'offrir le plus de chances au candidat ? Or, ici, on le limite pour des raisons incompréhensibles. Et on risque de lui dire ensuite que, s'il reste demandeur d'emploi trop longtemps, on réduira ses allocations sociales ...

A mon incompréhension correspond la révolte et le dégoût de Sam.

Il ne suffit donc pas pour un jeune peu diplômé de devoir subir le rejet du marché de l'emploi ; il doit en outre être empêché par les organismes publics d'aide à l'emploi quand il essaye de s'en sortir. Sam manifeste pourtant la volonté claire de ne pas être un assisté.

Quant à mon autre fils, c'est la quatrième fois qu'il rate l'examen théorique du permis de conduire. Cela fait trois fois qu'il obtient 43/50; or, il faut 45/50. Il est aussi dégoûté, parce que lui aussi avait révisé. Et cela coûte 15 euros à chaque fois. Le comble est qu'il l'avait réussi du premier coup il y a 4 ans, avait obtenu un permis provisoire de 18 mois, qui s'est passé sans encombre, mais qu'il n'a jamais réussi l'examen pratique ensuite. Situation paradoxale puisqu'on l'a autorisé à rouler pendant 18 mois, puis qu'on le lui a interdit ensuite, alors qu'il n'a en rien démérité et qu'on lui demande de recommencer tout à zéro.

On parle si souvent d'exclusion dans notre société. Mes deux fils viennent de vivre ce sentiment d'exclusion, une fois de plus, une exclusion qui leur paraît arbitraire, ce que je puis comprendre. Ils sont exclus en effet de manière assez arbitraire, qui plus est en vertu de la loi. Quels peuvent être leurs sentiments à votre avis ? Sentiments que je dois tenter de canaliser, comme père. Révolte, dégoût, lassitude, tentation de vivre hors-la-loi.

L'exemple de mes fils est bien minime, mais, si on le transpose, au niveau de la société, il y a de quoi réfléchir et s'inquiéter. Car, des hors-la-loi, il y en a vraiment beaucoup, et même de plus en plus en ce pays ... Tous ne sont pas sanctionnés de la même manière cependant.

samedi 25 février 2012

Déserts

Cela ne peut être une coïncidence. Un de mes amis, que je n'ai plus vu depuis longtemps, fait actuellement l'expérience du désert, en Jordanie, en touriste. « Communion avec la nature et avec soi-même », me dit-il sur Facebook, je le crois. Les images qu'il propose sur son blog ou sur Facebook en témoignent.

http://rousseaumusique.blog.com/2012/02/25/toujours-le-desert/

Comment faut-il comprendre Cioran quand il dit que « les jardins sont des déserts positifs » ? Beau sujet de dissertation, à vrai dire. Je m’en tiendrai ici au désert, sans me demander si le transformer en jardin (à la française, à l’anglaise, à l’oasis ?) le rend enfin positif. Je m’en tiendrai à ce qu’a dit mon ami : « communion avec la nature et avec soi-même ».

Pourquoi est-ce une coïncidence ? Parce que les chrétiens viennent d’entrer en carême. On évoque plus le ramadan des musulmans, dans les media, que le carême des chrétiens. Cela est un détail. Mais le carême chrétien est un temps de désert, d’une certaine manière, entouré de réjouissances humaines ex ante (carnaval) et spirituelles ex post (la joie de Pâques). Un temps où les chrétiens sont invités à quitter leurs jardins, pour retourner un peu au désert, afin de pouvoir enfin revivre lors de la semaine sainte, symboliquement, sans doute, mais avec foi, l’abandon de ce qui est mortifère en eux pour donner place à ce qui les rend vivants.

On ne voit plus guère aujourd’hui, dans les rues, de ces malheureux sortant d'une église avec des cendres sur leur front, le jour du mercredi des cendres. Je dois l'avouer, j'ai souffert,  il y a longtemps, de ce stigmate qui m'exposait au regard des autres. Ce n’est pas l’image du christianisme que je souhaitais donner.

Un temps de désert. Un retour au désert. Il est intéressant de constater combien cette proposition faite aux chrétiens séduit aujourd’hui des non-chrétiens.

Vivre le désert, c’est comme changer de registre, de longueur d’onde. Se dépouiller de ses habitudes, de ses assuétudes, fût-ce un temps limité. C’est aussi le silence. Bref, quelle que soit la manière dont on vit le désert, c’est l’occasion de donner de la place à autre chose et, plus précisément, je pense à tout ce qui n’est pas nous-mêmes, l’autre, l’altérité, l’Altérité. Donc, aussi du temps pour lire la Bible et du temps pour l’espace que finit toujours pas ouvrir le silence.

La liturgie de ce dimanche aborde le thème du désert.

D’abord en évoquant Noé, après le déluge (Gn, 9, 8-15). Alors que toute vie a disparu sur la terre, celle-ci étant devenue un désert, Noé a réussi à la maintenir autour de lui. Il y a donc toujours un choix possible pour la vie, même dans les pires circonstances. C’est ce choix pour la vie que Dieu reconnaît en établissant une alliance avec Noé et ses fils. Avec un très beau symbole : l’arc-en-ciel. Le choix de ce même symbole par les communautés gay pour s’affirmer est pour moi signifiante : il s’agit bien de s’inscrire dans le courant de la vie et de ne pas s’enfermer dans des schémas qui enferment, culpabilisent, réduisent, isolent.

D’après Pierre (1 Pierre, 3, 18-22), Noé et sa famille représentaient seulement huit personnes. Admettons. Retenons surtout que le dieu de la vie s’est montré patient. Il aura permis à huit individus qui croyaient à la vie de sauver le monde d’alors, plongé dans la révolte contre Dieu et dans les conduites mortifères. Ceci n’est-il pas très actuel ? Et la révolte envers Dieu, et les comportements stériles ou porteurs de mort (guerre, drogue, chômage, argent, dépression, inégalités, discriminations). Il ne faut pas désespérer. Ce n’est pas le nombre des combattants qui comptent, mais leur foi en la vie. Il y aura, et il y a déjà, d’autres arcs-en-ciel.

Du désert, Marc (Mc, 1, 12-15) nous dit aussi qu’il n’est pas sans danger, si on accepte d’y pénétrer vraiment. Bêtes sauvages et tentations de Satan. Jésus n’a pas échappé au lot de ceux qui prennent ce chemin. Temps du doute. Temps de l’absence de Dieu, l’acédie. Envahissement par les aspects de nous-mêmes qui n’ont pour seul objet que de nous ramener seulement à nous-mêmes, alors que nous désirons tellement la conversion, ce mouvement qui doit nous tourner entièrement vers Dieu, notre source de vie.






L'Agneau mystique en "close-up"

Dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand, on peut voir, mais à distance, une des oeuvres les plus célèbres du patrimoine culturel de Belgique, l'Adoration de l'Agneau mystique, une oeuvre des frères Hubert et Jan van Eyck. Le tableau a été achevé en 1432. Il s'agit d'un polyptyque constitué de dix panneaux.




On pourrait écrire, et on a écrit, des ouvrages entiers sur ce chef d'oeuvre. Il peut être regardé avec l'oeil de l'historien, du théologien, du spécialiste de la peinture ancienne et d'autres encore sans doute. Deux panneaux ont été volés, en 1934, par le sacristain de l'église, lors d'une rocambolesque affaire, qui aurait pu inspirer un roman à Iain PEARS, dont j'ai toujours adoré les romans policiers se déroulant dans le monde de l'art. On les trouve aisément, en livre de poche, dans la collection 10/18, chez Belfond. Un des panneaux a été restitué celui concernant Saint Jean-Baptiste (le 5ème en vert sur la partie haute du retable). Celui concernant les Juges intègres (le premier à gauche sur la partie basse) n'a jamais été retrouvé. Il est remplacé aujourd'hui par une copie fidèle réalisée en 1559.

A chaque fois que j'ai pu contempler ce chef d'oeuvre, j'ai éprouvé une certaine frustration. Ce tableau fourmille de détails invisibles à distance. Car ces peintres-là cherchaient moins à communiquer une émotion globale qu'à cultiver le sens du détail et à véhiculer un message.

Je n'oublierai jamais la rétrospective consacrée à Rothko, en 1999, au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Défilé silencieux des visiteurs. Contemplation à distance, car il faut paradoxalement prendre de la distance pour "entrer" dans une toile de Rothko, jusqu'à y être englobé, et touché par elle.




Avec les frères van Eyck, c'est le contraire, on aimerait s'attarder à chaque détail, les découvrir un à un, pour l'extraordinaire technique dont les frères ont fait preuve, bien sûr, autant que pour le sens présent en chaque détail.

Cela est aujourd'hui possible, grâce l'Institut royal du Patrimoine artistique, sur un site internet : http://vaneyck.kikirpa.be/

Nul doute que je vais y passer une partie de mon week-end !

jeudi 23 février 2012

Bob et Enzo, les "pneumatikoi"


Qu’est ce qu’un “pneumatikos” ? Dans la religion orthodoxe, on désigne par ce nom quelques rares individus qui font circuler l’esprit autour d’eux. Parce que leur coeur est ouvert au souffle divin, ils insufflent eux-mêmes un peu de ce souffle, sans laquelle la vie-même n’existe pas.

Je voudrais évoquer deux d’entre eux que l’actualité récente a rappelés à ma mémoire.

BOB WILSON

Bob Wilson est un génial metteur en scène au théâtre et à l’opéra. J’ai lu, ce matin, qu’il remontait son oeuvre culte des années 1970, Einstein on the beach (à l’opéra de Montpellier).






Je ne suis pas un spécialiste de Bob Wilson, mais je sais, pour l’avoir vu, que ses mises en scène donnent à la beauté formelle (une beauté travaillée, épurée) et au temps la priorité, jusqu’à utiliser une certaine lenteur.

Dans une interview qu’il a donnée au magazine Têtu (mars 2012), il dit ceci : “ Je crois que le corps réagit plus vite que la pensée. Ce qui est valable pour le spectateur autant que pour l’acteur”.  L’explication de cette pensée, qui fonde pour l’artiste un critère de mise en scène, repose sur ceci : “La plus grande expérience que j’aie eue, c’était en 1969, quand j ‘ai rencontré le psychiâtre Daniel Stem. Il avait filmé deux cents mères et leurs bébés. Dès que le bébé pleurait, la mère le prenait dans ses bras et le réconfortait. Puis, il a projeté le film au ralenti. On pouvait voir une image à la seconde. Et bien, dans 8 cas sur 10, la réaction de la mère était violente et le bébé effrayé ! Trois ou quatre images plus tard, cela changeait, puis changeait encore. Les mères étaient très choquées ! Toutes disaient : mais, j’aime mon enfant ! Sauf qu’en une fraction de secondes, plusieurs réactions s’enchaînaient. C’est très complexe. Alors, quand Roméo dit à Juliette qu’il l’aime, ce n’est pas si simple …”.

Ceci me touche beaucoup. Cela rejoint le travail de connaissance de moi-même que je mène en profondeur depuis quelque temps.

Pour l’anecdote, j’ai croisé Bob Wilson, dans des circonstances inattendues.  Avec P., nous avions décidé d’un week-end à Amsterdam.  Toujours à l’affût de ce que personne ne va voir, il avait repéré une expo de peintres chinois contemporains (et dire qu’il y avait Rembrandt et le Rijksmuseum !). Nous avons longtemps cherché le lieu de l’expo. A l’adresse indiquée, il n’y avait aucune galerie ! Audacieux, comme je ne suis pas, P. a sonné au numéro dit. L’expo se tenait en fait dans une maison privée, occupée temporairement, en l’absence du propriétaire, par Bob Wilson. Il nous a accueillis de manière très urbaine, nous consacrant beaucoup de son temps. Le oeuvres exposées ne m’inspiraient pas grand chose, mais je tentais de ramasser mon anglais pour ne pas avoir l’air trop bête face à ce grand monsieur.


ENZO BIANCHI

Enzo Bianchi est un drôle de petit bonhomme. Sous sa barbe, il cache bien des savoirs et bien des expériences.





Il est un théologien remarquable, un passeur entre les religions et un grand connaisseur de la voie monastique. Pourtant, bien que prieur de la Communauté de Bosé, il est toujours  resté un laïc, je veux dire par là qu’il n’est pas prêtre consacré.

Ses écrits me rejoignent. Ils sont à la fois documentés et inspirés. Ils puisent dans la tradition, mais la mettent en même temps au défi de l’avenir, avec des pistes très concrètes de réflexion.

Il en est ainsi particulièrement dans l’ouvrage que je viens de lire : “Si tu savais le don de Dieu – La vie religieuse dans l’Eglise” (éd. Lessius, Bruxelles, 2001).

De cet ouvrage dense, je retiens deux choses essentielles.

La première : la chasteté, la pauvreté et l’obéissance bien comprises ne sont pas une caractéristique de la vie religieuse. Tout croyant, tout être humain en fait, est appelé à purifier ses  trois libidos : la libido amandi, la libido possidendi, la libido dominandi. Ne pas aimer l’autre pour la satisfaction que l’on peut en retirer (la chasteté); ne pas posséder des biens au point d’en être satisfait et d’ignorer ceux qui n’en ont pas (la pauvreté); ne pas vivre les relations avec les autres, sans accueillir leurs faiblesses, leurs errements, leurs insuffisances, en croyant pouvoir leur être supérieur (l’obéissance).

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur ces trois défis !

La seconde chose que je retiens est celle-ci : quand des hommes ou des femmes vivent, quelle que soit leur religion ou leur croyance, l’expérience du monachisme (soit le choix du célibat et de la vie en communauté, le premier choix permettant le second), ils se retrouvent aisément, ils ont les mêmes choses à partager. Qu’il s’agisse de difficultés ou de découvertes, ils se comprennent tout de suite. Prier ensemble ne fait alors aucun problème. Mieux même chacun enrichit alors l’autre de sa propre tradition de prière.

La communauté monastique de Bosé (près de Turin), dont Enzo Bianchi est le prieur est un appel à la communion : la communauté est mixte et oecuménique. La psalmodie s’inspire régulièrement de la tradition juive.

Le site du monastère est exceptionnel : un vieux village restauré avec la chaîne des Alpes en arrière-plan. Ici, on donne beaucoup de place aux enfants, aux visiteurs, aux croyants d’autres traditions. J’y ai passé une journée avec fr. Bernard, des familles et des jeunes. Les chants de l’office de midi ont longtemps résonné en moi.


mercredi 22 février 2012

On dit tellement de choses sur monseigneur Léonard

On dit tellement de choses sur monseigneur Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, primat de Belgique, mais point encore cardinal. On ne connaît pas assez cet homme.

On sait qu'il a des  convictions bien ancrées. On peut dire aussi qu'il est expressif dans ses convictions, ne trouvez-vous pas ?









En marche vers le cardinalat, la papauté peut-être ...
En tout cas, la tête précède le corps !


Dois-je rappeler que monseigneur Léonard, bien avant Elio di Rupo, a autorisé qu'on le filme en maillot de bain plongeant et sortant d'une piscine ! Je n'ai pas pu retrouver d'images. Et, je le concède, il ne doit rien y avoir de commun entre la piscine de l'évêché (de Namur, à l'époque) et la piscine publique de la ville de Mons.

lundi 20 février 2012

Comment les disques de notre enfance nous façonnent

Mon ami JPR, qui a l'âme vacancière,  nous a partagé dernièrement, sur son blog, quelques-unes de ses chansons de jeunesse. Cela m'a amusé et m'inspire aujourd'hui.

Comme lui (nous sommes de la même génération), j'ai reçu pour ma communion solennelle, à moins que ce ne soit à Noël, un "tourne-disque". Cela signifiait un pas vers l'autonomie : ce cadeau allait nous permettre d'écouter dans notre chambre la musique que nous voulions.




Avec mon premier tourne-disque, j'avais reçu deux 45 tours. Le premier portait sur un conte de Noël : "Bouli La Loutre". On écoutait le disque en regardant des images dans un livret. J'étais ébloui. Le second 45 tours était des Compagnons de la Chanson : il y avait "Kalinka", "Cheveux fous et lèvres roses", "Compagnons de la Marjolaine" et "L'enfant aux cymbales".



Il a tourné jusqu'à l'usure, je chantais avec. Je me prenais pour Fred Mella. Sans cela, je ne serais sans doute pas aujourd'hui toujours à l'affût des ensembles vocaux : King's singers, Chanticleer, Real Group, Manhattan Transfer, Singers unlimited, Swingle singers, et autres ...

Un autre disque a joué un rôle important pour moi. Mes parents avaient quelques 33 tours, une trentaine tout au plus, Trenet, Piaf, André Claveau, Les pêcheurs de perle, Carmen, Faust, ... et un disque égaré dans ce cénacle : Harry Belafonte chantant des negro-spirituals. Ce disque que je n'aimais pas au début est devenu mon préféré, en même temps que je compilais tout ce qui pouvait exister des Compagnons de la chanson. Ce disque-là aussi a tourné jusqu'à l'usure. Il faut dire qu'il est exceptionnel par l'interprétation et par les arrangements. Avant d'en retrouver une version écoutable, selon les modes d'aujourd'hui, il m'a fallu attendre longtemps. Ma passion pour Mahalia Jackson, The Golden Gate Quartet, The Stars of Faith est née avec ce disque.



Un autre disque a joué un rôle capital dans mon univers musical : ma grand-mère, qui n'était point mélomane, avait quelques disques, dans un petit meuble où se trouvaient aussi la bouteille de porto et celle de cognac ... J'ai longtemps associé la musique aux effluves d'alcool qui baignaient ce petit meuble (que je possède aujourd'hui). Parmi ces disques, un 33 tours petit format, comme on faisait à l'époque, des moines de Chevetogne. Musique monastique et slavonne. Un choc. Pendant des années, je me suis endormi avec le chant des moines de Chevetogne, ce que ma mère trouvait étrange. Ce disque m'aidait à prier aussi. Il est toujours diffusé dans le commerce aujourd'hui, quarante après. Je l'écoute toujours plus d'une fois par semaine.




Tel était mon univers musical d'enfant et d'adolescent.

Il s'est un peu ouvert grâce à quelques amis. Il y a eu Brel, puis Hugues Aufray et Michel Fugain, lors des camps scouts, et ensuite Barbara. Ferré est venu après grâce à un père jésuite audacieux. J'ai découvert Ferrat et Brassens par moi-même. Etrangement, Aznavour était alors absent, alors qu'il dit si souvent ce que je voudrais dire. Mais, suite à un séjour aux Pays-Bas, il y a eu aussi Joan Baez, Peter, Paul and Mary et Bob Dylan. Il y a eu aussi ces longues soirées chez les scouts, avec Paul et Marc, le trio chantant ( à 3 voix, s'il vous plaît ... les autres devaient suivre ou nous contempler). Guantanamera ...

J'étais alors plus ou moins en rhéto. J'ai consacré mon argent de poche à souscrire à une collection de disques classiques sur les symphonies. J'ai toujours ces vinyls qui n'intéressent plus personne. C'est à cette époque aussi que j'ai trouvé un réel intérêt pour la musique ancienne, grâce à un autre père jésuite, intérêt qui ne s'est depuis jamais démenti. Les musiques du monde sont venues après, sans père jésuite du tout.

Je dois bien constater que mon univers musical était limité.

Ainsi, je ne parviens toujours pas à communier avec ceux de ma génération (ou celle juste après) qui ont été marqués par les Beatles, les Rolling Stones, David Bowie, Michael Jackson, Abba, Witney Houston,  ... et que dire de ACDC et autres que je connais encore moins.

Quand j'ai découvert les Beatles, c'est quand ils ont été interprétés, et réorchestrés, par d'autres. C'était, il faut le dire, beaucoup mieux que l'original.

Quant à la musique dite classique, elle a d'abord été marquée par un événement familial. Mon cousin a été demi-finaliste, je crois, au Concours Reine Elisabeth. Il a présenté le 1er concerto pour piano de Tchaikowski. La famille a du coup vibré sur : "Pom, pom, pom, pom ...", à ne pas confondre avec le "Pom, pom, pom" en mi bémol majeur de Ludwig van (von?) Beethoven. Bref, s'il est une oeuvre classique qui a marqué mon jeune temps, c'est bien le 1er Concerto pour piano de Tchaikowski !

Depuis, j'ai aimé batifoler à gauche et à droite, au gré de mes émotions et sans tenir compte des autres, des événements, des festivals et des concerts.  Je constate que je reste "à la marge". J'aime bien Juliette et Thomas Dutronc. Grand corps malade aussi. Les autres, je ne les connais pas.

J'aime bien Cédric Tiberghien, Alexandre Tharaud, Philippe Jaroussky, Christina Pluhar.

Les plus anciens n'ont pas besoin qu'on leur dise qu'on les aime, ils ne le savent que trop, mais on a besoin d'eux pourtant.

Ce texte est provisoire ... évidemment.

samedi 18 février 2012

Lève-toi et marche

L'évangile de ce dimanche (Mc, 2, 1-12) raconte un épisode bien connu. Dans l'imaginaire de mon enfance,  celui qu'on me suggérait, il y avait une image : un paralytique sur un brancard qui descendait du toit au milieu de la foule, pour que Jésus puisse le voir ; il y avait quatre hommes sur le toit qui laissaient descendre un pauvre hère pour lui éviter la foule qui entourait Jésus. Et puis, Jésus le guérissait. Miracle !

Il y a pourtant tellement d'autres choses à dire que ce que l'on me présentait.

D'abord, je relève que c'est un des rares cas de guérison par Jésus (le seul ?)  où il ne prend pas son patient à l'écart et où il ne lui demande pas de n'en rien dire. Cette guérison-ci est publique.

Il y a aussi quatre hommes. Sans eux, le paralytique n'aurait jamais atteint Jésus. Il est, j'en suis convaincu, nécessaire que des intermédiaires interviennent sur notre chemin pour nous conduire à Jésus. Appelons-les des "porteurs d'hommes".

Jésus est étonnant : il n'évoque pas la paralysie de son patient descendu du toit; il lui parle de ses péchés pour les lui pardonner, ce qui va susciter l'ire des pharisiens. Qui peut donc pardonner les péchés ? Cela serait tellement plus simple un Jésus guérisseur des maladies.

La solution apportée par Jésus n'est pas moins interpellante : "Lève-toi, prends ton brancard et marche ".

Lève-toi. Bouge-toi. Sors de ton inertie. Prends ton passé (ton brancard) avec toi et avance. Je t'accompagnerai, quels que soient tes péchés. Je te soutiendrai, si tu crois en moi. Mais, sans toi, je ne peux rien.

Il n'est point de guérison par Jésus sans notre coopération.

Conclaves

Le terme "conclave" désignait, jusqu'il y a peu, la réunion des cardinaux électeurs pour élire un nouveau pape, après la mort d'un précédent. Dans ces conclaves-ci, la moyenne d'âge est plutôt élevée : on ne devient pas cardinal avant 55 ans au moins (et parfois bien plus tard) et on le reste à vie ; pour être électeur, il faut toutefois ne pas avoir plus de 80 ans (encore bien). Bref, il y a des barrettes honorifiques (je veux dire non électrices). Quand le Pape est vieux (ce qui est souvent le cas, sauf Jean-Paul II, lors de son élection, mais il a duré ...), il honore ainsi plutôt des gens de sa génération que des chrétiens plus jeunes et engagés. Benoît XVI n'échappe pas à la règle, loin de là. Les cardinaux électeurs sont d'une moyenne d'âge qui ne permet guère d'espérer quelque évolution que ce soit. A moins que l'Esprit Saint ne s'en mêle. Mais des gérontes peuvent-ils encore être touchés par l'Esprit ? A vrai dire, je l'espère. Et il en existe.

L'anecdote suivante m'a été rapportée récemment. Karl Ratzinger (le pape) et Hans Küng (un théologien peu en odeur de sainteté au Vatican, mais prophétique) ont étudié sur les mêmes bancs. Le futur pape venait au cours à vélo; Hans Küng en Porsche. Cela peut expliquer certaines inimitiés doctrinales.

J'ai aussi appris, à ma plus grande surprise, que l'abbé primat de l'ordre bénédictin (qui n'a qu'un rôle symbolique, puisque chaque monastère est autonome) est un allemand qui roule en BMW, car en Allemagne, même si on est curé, on roule en Audi, en Mercedes ou en BMW (mais pas en Wolkswagen, la première voiture de mon père),  il joue de la flûte traversière dans les monastères qu'il visite et est membre d'un groupe de rock. Je ne sais comment il faut prendre tout cela.

Je me suis rassuré en lisant Enzo Bianchi, un laïc croyant dont l'élévation de la pensée rend insignifiantes nombre d'opinions religieuses ou laïques. Je parlerai de lui plus en détail dans un prochain post.

On parle surtout aujourd'hui de "conclaves budgétaires". Allusion à la fumée blanche ou noire en cas d'accord ou de désaccord. Aussi, parce que les politiques se retirent pour négocier dans un lieu à l'écart (Stuyvenberg - Sixtine).

De ces conclaves-ci, il sort des compromis, rarement satisfaisants, parfois injustes, toujours aléatoires.

Pourquoi l'Esprit qui est sensé inspirer les premiers n'inspire-t-il pas aussi les seconds ?

lundi 13 février 2012

Monsanto, le géant dorénavant aux pieds d'argile

Il n'y a pas, tous les jours, des motifs de se réjouir. Mais aujourd'hui, il en est un.

La multinationale américaine Monsanto, qui pollue la planète entière avec ses engrais et autre produits nocifs, pour son plus grand profit, a cru qu'elle serait toujours au-dessus des lois. L'argent, aux Etats-Unis, est une valeur telle qu'elle permet de tout écraser, de tout piétiner et même d'ignorer les lois. Aux Etats-Unis d'Amérique, ce n'est pas le peuple qui décide, mais de puissants lobbies tous plus ignobles les uns que les autres. Et on ose y parler de démocratie ? Une mascarade.

Un jugement français vient de remettre un peu l'église au milieu du village. Puisse-t-il être suivi de beaucoup d'autres.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/13/monsanto-juge-responsable-de-l-intoxication-d-un-agriculteur-francais_1642727_3224.html#ens_id=1610322

De quoi s'agit-il ?

Un agriculteur français a obtenu la reconnaissance par un tribunal français que les problèmes graves de santé dont il souffre aujourd'hui, l'empêchant de poursuivre son activité comme avant, sont dus à l'inhalation de produits Monsanto. Le tribunal a admis la responsabilité de Monsanto. Ce n'est pas rien.  C'est même le plus important. Monsanto devra payer des dommages et intérêts à cet agriculteur. Et combien à la société, pour les dommages collatéraux ?

Combien de malades ou de morts Monsanto a-t-il sur la conscience ? On ose à peine l'imaginer.
Combien de terres contaminées par les produits de ce groupe ?
Combien de paysans trompés ?

David doit terrasser Goliath.

Je rêve : j'aimerais tellement une croisade des petits contre le géant. Je suis sûr en plus qu'il n'a que des pieds d'argile, comme la plupart des géants.

J'appelle donc de mes voeux une multiplication des actions contre Monsanto, quel qu'en soit le prétexte, partout dans le monde. Juste pour obliger ce monstre à exposer des frais d'avocat (fatalement exorbitants) pour se défendre.

Le jugement rendu par un tribunal, en France, innove : le géant n'est plus au-dessus des lois. Il va devoir dorénavant rendre compte.

C'est cela la bonne nouvelle.

dimanche 12 février 2012

L'ami instituteur, pédagogue, philosophe et théologien

Croisé, ce matin, un ami sous sa Chapka.

Il a été instituteur, puis a formé les jeunes instituteurs ; il travaille aujourd’hui à l’Université. Il est pédagogue, mais aussi philosophe, et un peu théologien. Il est père de famille, il chante aussi. Il est surtout une personnalité chaleureuse, comme j’en connais peu. Il pourrait bien finir sa carrière à l’université en faisant la thèse de doctorat qu’il n’a jamais faite.

Voilà qui me réjouit. La thèse représente un exercice que l’on impose aux jeunes chercheurs pour accéder à une carrière académique. Bref, les thèses sont souvent des œuvres de jeunesse, qui font parfois rougir leurs auteurs quelques années plus tard. Je me réjouis donc d’une thèse qui sera l’œuvre d’un vieux briscard, qui a vécu et a une réelle maturité intellectuelle et humaine.

Je l’ai donc croisé ce matin, alors que j’avais les mains gelées ployant sous mes achats au marché de La Batte. Il faut nous imaginer, au milieu de la passerelle, dans le froid, devisant de Thomas d’Aquin, de maître Eckaert ou de Ruysbroek l’admirable, puis tout à trac de pédagogie et de nos enfants.

Quand il était formateur pour de futurs enseignants, il avait défendu l’idée suivante, jugée saugrenue et indéfendable par les pédagogues de l’université. Il plaidait pour que l’on apprenne par cœur à l’école des grands textes, sans qu’ils soient nécessairement compris, jouant sur leur musicalité. Il expliquait que, plus tard, ces textes mis en mémoire s’ouvriraient à la compréhension au juste moment, au bon moment. Il a été très mal accueilli : son projet ne conduisait à aucune compétence concrète et mesurable (par un qcm, évidemment !).

Il n’a rien d’un vieux conservateur ; ce serait même plutôt le contraire.

Je me réjouis dès lors déjà de lire sa future thèse.

La guérison du lépreux face à deux médecins d'aujourd'hui

Parmi mes amis Facebook, se trouvent notamment deux médecins de qualité. Ils ont commenté mon dernier post concernant le lépreux et sa guérison.

Leurs réflexions m’ont interpelé. Sans vouloir ici ouvrir une polémique où je risquerais bien de finir perdant, je voudrais néanmoins un peu ouvrir la réflexion.

Les écritures (dites saintes) n’ont d’intérêt que si on prend sans cesse la peine de les re-découvrir. Elles n’ont jamais dit leur dernier mot, contrairement à d’autres, c’est leur principale vertu.

La lèpre est omniprésente dans la Bible, dès les livres les plus anciens (Pentateuque).
Il me paraît de peu d’intérêt de savoir si la lèpre, dont les textes parlent, correspond bien scientifiquement à la définition actuelle de la lèpre en médecine (ou à d’autres affections de la peau plus bénignes).  Il est tout aussi peu intéressant de se demander si le Jésus, dont on nous parle, dans les évangiles, était un as du diagnostic, un peu comme Dr House. C’est une question sans objet, comme le suggère un de ces deux médecins, il a fallu attendre Avicenne pour que les choses soient un peu plus claires. Alors, ne la posons pas.

Par contre, d’autres choses me paraissent bien plus signifiantes.

D’abord, à l’époque de Jésus, on ne dissociait pas, chez un malade ce qui relève de la physiologie, de la psychologie ou de la spiritualité. Cela formait un tout. Les médecins d’aujourd’hui reconnaissent que les deux premiers plans peuvent être parfois liés, ils oublient souvent le troisième. Il est vrai qu’avec lui, on quitte le domaine de la science. Et un médecin se doit aujourd’hui d’être avant tout un scientifique, n'est-ce pas ? Ceci pour dire qu’on ne peut pas aborder les récits de guérison, dans la Bible, avec l’oeil d’un médecin rationaliste. Cela serait un contre-sens.

Ensuite, la maladie, qu’elle soit physiologique, psychologique ou spirituelle, est toujours une brêche par laquelle la vie s’écoule, s’échappe, s’enfuit, laissant le malade sans vie ou de moins en moins vivant. On peut alors colmater la brêche et/ou insuffler de la vie nouvelle. Cela marche parfois, pas toujours. Jésus n’a sans doute pas toujours réussi.

Enfin la lèpre, dans la Bible, est bien plus qu’une terrible maladie de la peau. Elle rend impur (et on sait que les juifs, comme les musulmans, sont chatouilleux sur le pur et l’impur).  Il n’y a d’ailleurs pas que le lépreux qui soit impur ; il y a aussi tout ce qu’il touche, ses vêtements, la nourriture qu’il mange. De toutes les maladies de l’époque, celle-ci est la plus globale puisqu’elle conduit en plus à la mort sociale. On veut bien guider un aveugle, soigner un paralytique, avec compassion, mais pas un lépreux. Les lépreux sont mis à l’écart, parqués dans des lieux loin des villes où ils vivent (?) entre eux comme des ombres. Ceci est de nature à nous interpeler en ce monde, qui est le nôtre, où l’on pratique si aisément l’exclusion et où des ombres nous inquiètent encore. Voilà pourquoi Jésus reste toujours prophétique, même dans les récits de miracles, que l’on pourrait ravaler aisément au rang du folklore religieux un peu simplet. Avez-vous remarqué ? Jésus “touche” le lépreux. Il touche l’intouchable. Une fois de plus, il va à contre-courant des idées, des conventions sociales, des catégories pur/impur. Il fait voler en éclat le modèle d’exclusion. En touchant, il recrée le lien avec l’exclu. Et ça marche pour l’exclu ! Tel est le sens profond de cette guérison et le modèle que Jésus nous propose.

Comme le relève un de mes deux amis médecins, Jésus a sans doute été, pendant les années cachées de sa vie, en contact avec des thérapeutes/guérisseurs, comme il en existait à l’époque (égyptiens, venant de Perse ou des Indes). On voyageait beaucoup à l’époque, au moins autant qu’aujourd’hui. De là viennent sans doute les rituels de guérison utilisés par Jésus. Les rituels même obscurs sont, cela dit, importants dans la vie d’un homme. Ceci mériterait une longue réflexion.

Jésus aimait-il ou n’aimait-il pas guérir ?

Observons d’abord qu’il n’a jamais utilisé la guérison comme un moyen de s’attirer les foules, contrairement à d’autres charlatans de son époque. C’est tout à son honneur.

Si Jésus est si réticent à l’égard des guérisons qu’il a opérées, c’est parce qu’il craint qu’on se méprenne sur son action, sur lui-même, sur son message. Il ne veut pas être confondu avec ceux qui sévissaient de son temps et que l’on retrouve toujours aujourd’hui dans les églises pentecôtistes américaines et les mouvements charismatiques, lors de leurs spectaculaires séances de guérison.

Alors Jésus aimait-il ou n’aimait-il pas guérir ? Je trouve la question mal posée. En fait, il ne pouvait pas faire autrement. Et non point pour avoir la paix avec tous ces gens qui le pourchassaient, vrais ou faux malades. Il n’existe, dans les évangiles, aucun récit de guérison collective, Jésus aurait pu.  Chacune des guérisons qu’il a faites passe toujours par un contact singulier, personnalisé, un coeur à coeur - fût-il fugace - où toujours étaient en jeu, c’est mon opinion à ce jour, les trois facettes de l’être : phsysiologique, psychologique et spirituelle. Il ne faut pas toujours beaucoup de temps pour connaître quelqu’un de l’intérieur. Un regard suffit parfois.

Mais alors pourrait-on rétorquer, Jésus était injuste ; il ne soignait que quelques-uns et non les autres. Pas du tout ! Pour les autres, Jésus faisait confiance aux médecins (et aux progrès futurs de la médecine) !

samedi 11 février 2012

Le lépreux

Je ne suis pas lépreux, mais je souffre d'un psoriasis de plus en plus envahissant. D'abord limité au cuir chevelu, il s'est répandu un peu partout sur mon corps. Déjà que je n'avais pas trop confiance en mon corps. Le voilà marqué. Heureusement, cela n'est pas contagieux, mais cela n'est pas très esthétique. Et j'ai peur que cela envahisse mon visage. Je découvre des petits signes avant-coureurs. Oui, j'observe la progression et j'ai peur.

Je ressens avec d'autant plus de force l'épisode du lépreux guéri par Jésus (Mc, 1, 40-45).

La lèpre est une terrible maladie qui peut aller jusqu'à perdre la face. Le visage, ce qui nous distingue entre tous, peut être atteint. Restent les yeux.

La lèpre est aussi une maladie qui effraie et conduit à exclure ceux qui en sont atteints. Il faut les tenir à l'écart.

L'actualité ne cesse de donner des exemples d'exclusions, comme si tout à coup une autre lèpre surgissait. Aux yeux de certains, l'autre, le visage même de l'autre, n'est pas ou plus supportable, acceptable. Je vous laisse trouver des exemples, mais comment ne pas penser, à l'actualité immédiate et proche.

Que nous dit l'évangile de Marc ?

D'abord, c'est le lépreux qui prend l'initiative vis-à-vis de Jésus. " il s'approche de lui ; il le supplie, et tombe à genoux en lui disant : " Si tu le veux, tu peux me purifier ".


Le plus beau, dans cette déclaration, est le "si tu veux, tu peux". Il y a, dans cette déclaration, à la fois de l'abandon et de la confiance. Je fais confiance en ta volonté, car je sais qu'elle peut. Cela nous interpelle directement.

Notre volonté est aussi en question : "Si tu veux, tu peux" toi aussi détruire les lèpres autour de toi, celles qui privent de visage, d'humanité, des êtres humains autour de toi.


Pour que le lépreux soit purifié, Jésus agit de manière très sobre : "il étend la main sur lui et le touche" (Mc, 1, 41). Ce geste n'est pas magique. Il n'a de sens que parce qu'il y'a eu le "Si tu veux, tu peux". Il y a aussi une dimension incroyable dans le geste de Jésus : il touche de la main l'impur, sans gêne, sans retenue, pas par hasard, mais parce qu'il le veut.

Comme d'habitude, Jésus demandera au lépreux guéri de n'en parler à personne, ce qu'il ne fera pas. Ce qui touche à l'intime ne doit pas se partager ainsi. Ceci est important pour comprendre ces récits de guérisons. La guérison est toujours plus intérieure qu'extérieure.

Restent deux sentiments contradictoires de Jésus qui me perturbent un peu. D'abord, Jésus est pris de pitié pour le lépreux (Mc, 1, 41) ; mais, une fois celui-ci guéri, il s'irrite contre lui et le renvoie aussitôt (Mc, 1, 43). On a un peu l'impression que, quand Jésus guérit, cela le dérange et qu'il veut évacuer au plus vite l'épisode. J'avoue ne pas bien comprendre. Je me mets à la place du lépreux à peine guéri qui subit l'irritation du maître et se voit renvoyé. Mais je renvoie à mon précédent post concernant le sourd-muet.







vendredi 10 février 2012

Le sourd-muet

Cet homme est né avec un problème de surdité, et, s'il n'est pas muet, il parle difficilement après une longue rééducation sans doute. Il faut faire un effort pour le comprendre. Mais c'est un esprit simple, cela ne le tracasse pas. Je le croise tous les matins. Il est comme il est. On parle un peu. Il rend des petits services aux uns et aux autres. On l'aime bien dans mon quartier où l'on a encore un peu le coeur sur la main et où on aime les gens simples.

Parmi les récits de guérison figurant dans les évangiles, celui du sourd-muet m'interpelle particulièrement (Mc, 7, 31-37).

Un homme sourd et parlant difficilement est amené à Jésus, pour qu'il lui impose les mains.

La réaction de Jésus me touche et m'intrigue.

D'abord, Jésus le prend à l'écart, loin de la foule (Mc, 7, 33). Ceci est très important. La guérison selon Jésus se joue toujours dans l'intimité, dans le coeur à coeur. Elle s'accommode mal du grand public, qui ne demande qu'à s'extasier devant des miracles. Jésus prend d'ailleurs toujours soin de recommander à ceux qu'il a guéris de n'en parler à personne (Mc, 7, 36). Les guérisons par Jésus sont toujours une expérience intime.

Une fois à l'écart avec le sourd-muet, Jésus suit un rituel fait de gestes et de mots.

Les gestes m'échappent, je dois le dire : il lui met les doigts dans les oreilles, il crache et il lui touche la langue (Mc, 7, 33). Les mots me parlent plus. D'abord, Jésus soupire, puis il dit : "Ephphata", c'est-à-dire: "Ouvre toi" (Mc, 7, 34).

Arrêtons-nous donc aux mots.

On sait que ce qui touche à la respiration, au souffle, inspiré et expiré, a toujours une grande importance dans la Bible, mais aussi dans les religions extrême-orientales. Impossible d'aborder ce large thème ici. Retenons que le souffle donne et nourrit la vie. Le petit d'homme qui naît détermine sa vie future dans un premier réflexe: aspirer l'air. Nous en faisons tous l'expérience, sans nous en rendre compte, tant notre respiration nous est naturelle. "Soupirer", cela veut dire ici que Jésus communique, partage, le souffle de vie qui est en lui. Car, c'est bien de cela qu'il s'agit. Rendre vie à ce qui est mort ou s'est endormi chez son "patient".

Et puis, il y a un mot : "Ephphata" ("Ouvre-toi"). Je vais t'aider à briser les liens qui t'empêchent d'entendre et de dire.

Demain, tu entendras plus largement, ton univers ne sera plus limité à quelques paroles, quelques idées, quelques certitudes, quelques caucus, autour desquels tu t'es construit (mais avais-tu un autre choix ?).

Demain, tu trouveras les mots, tu parleras plus librement, tu quitteras les formules toutes faites, tu auras l'audace de dire ce que tu penses et surtout ce que tu es.

Cela veut dire que tu vas devoir user de ta liberté. La guérison qui t'est offerte fait de toi un homme libre. Et ce n'est pas si facile d'être un homme libre.

Ceci aussi est important : quand Jésus libère, il ne garantit pas le "service après-vente". Il fait un cadeau et nous laisse libres d'en faire quelque chose.

jeudi 9 février 2012

J'aime Christina Pluhar

Voilà une femme comme je les aime : généreuse en formes et généreuse selon le coeur.





Cela fait dix ans qu'elle m'entraîne à sa suite dans ses voyages musicaux. Je la vois toujours aussi réjouie de mener son ensemble Arpeggiata et tellement reconnaissante, maternelle, dirais-je, avec ceux qui l'entourent. Parmi eux, des intervenants que j'aime par dessus tout : les King's Singers et Philippe Jaroussky. Mais, je devrais citer aussi Marco Beasley. Et puis d'autres qu'elle m'a fait découvrir.



J'aime sa démarche musicale. Il n'y a aucun anachronisme à interpréter avec des instruments baroques des mélodies traditionnelles (siciliennes, sud-américaines, portugaises,  espagnoles, arabes ...). Ces mélodies, connues encore aujourd'hui, et même toujours interprétées parfois avec de nouveaux arrangements, existaient bien à l'époque et étaient chantées accompagnées peut-être comme Christina cherche à le reconstituer, avec le décalage et l'humour qui sont les siens.

Il est intéressant, par exemple, de voir un thème né en Italie au 17ème siècle, atteindre l'Espagne, puis le Mexique et, à partir de là, la Bolivie ou le Pérou, à chaque fois un peu revisité. Et finir, inconsciemment sans doute, par inspirer Charles Aznavour.

On voyageait beaucoup à l'époque (et pas moins du temps du Christ) et rien n'est plus intéressant que tous ces métissages.

Et il y a l'album tout neuf ... de 2012



Bien entendu, la critique n'est pas tendre : la nouvelle Cesaria Evora (ai-je lu ?) ;  un mélange des genres peu conventionnel fatalement suspect de caresser le public dans le sens du poil, enfin cela dépend du public.

Comme d'autres, Christina propose au public de l'émotion avec des artistes de grand talent. Et moi, ça me touche beaucoup, autant qu'une symphonie de Mahler ou une cantate de Bach.


Je puis vous partager un concert exceptionnel. Exceptionnel parce qu'il rend heureux : les musiciens, le public, moi et vous aussi, je l'espère, amis lecteurs. Comme cela vous jugerez sur pièces.

mercredi 8 février 2012

Les civilisations selon Guéant et le mieux-dit

Généralement, je ne trouve guère de commentaire inspiré sur les forums des journaux, sauf celui-ci, glané sur le Figaro (!), que je reproduis intégralement . Il concerne les propos de Claude Guéant, ministre en Sarkozie, sur les civilisations.



Toutes les civilisations ne se valent pas ! C'est vrai, mais y-a-t-il un moyen de mesurer, surtout de façon instantanée, leur valeur réelle qui ne saurait être que leur contribution au plein épanouissement de l'homme? 
Si une telle mesure est possible elle ne saurait se faire que dans le temps, en prenant en compte, dans leur évolution, les efforts que font cultures et civilisations pour parvenir à cet épanouissement.
Civilisations et cultures qui cohabitent sur terre, ont en effet un cycle, une courbe de vie. Sans doute pourrait-on si l'on définissait un coefficient de "qualité de vie" de nos systèmes sociaux, qui serait un produit pondéré du confort matériel et du degré de spiritualité ou de référence à des normes morales, une sorte de coefficient d'euphorie; sans doute pourrait-on tracer en fonction du temps une courbe de GAUSS de la vie de ces civilisations.
Le premier enseignement à en tirer, serait que les courbes de vie décalées dans le temps ne sont pas superposables et qu'il faut donc qu'il existe un Racisme au sens le plus noble du terme, à savoir une attitude reconnaissant un droit à la différence entre cultures et civilisations.
Le second serait que chaque civilisation doit inexorablement passer par un certain nombre d'étapes, nous avons nous-mêmes à partir des règles morales Judéo-chrétiennes, que nous avons trop tendance à rejeter avec une espèce de honte, connu Inquisition, guerres meurtrières, Siècle des lumières, révolutions. Il y a peu de chances que la civilisation de l'Islam chronologiquement derrière nous puisse échapper à ces diverses étapes de sa vie.
Le troisième serait que notre système de valeurs est inapplicable brutalement à d'autres cultures ou civilisations. Comment pourrions-nous juger des crimes commis en l'an mil, en nous appuyant sur la Grande Charte, ou sur le Code Civil ?
Le corollaire de ces enseignements, est qu'il y a un sens et une vitesse de l'histoire de nos cultures. Si l'on veut établir des passerelles entre elles, ce ne peut-être que dans le sens de la marche, à condition encore que la distance entre les deux et le différentiel de vitesses ne soient pas trop grands. Peut on passer de l'an 1433 de l'Hégire à l'an 2012 de l'Occident ? Peut être à condition qu'ils courent vite et que nous leur tendions fermement la main.
L'inverse est impossible. Sauter dans un train à contre sens est suicidaire. La civilisation "sanitized" du CANIGOU du latex et du silence des cloches des églises, ne peut, hors un contexte touristique, s'accommoder ni des odeurs de méchoui, de couscous, ou de manioc, ni de l'appel du Muezzin.
Il en résulte que toute notion d'intégration est un leurre. Paradoxalement les "sales racistes" sont ceux qui prétendent cette intégration possible, parce qu'ils entendent priver des civilisations et cultures qui ont un droit à la vie, des étapes, essentielles et indispensables, même si elles sont douloureuses, de leur développement. Nous avons attendu 18 siècles pour codifier les Droits de l'Homme, nous l'avons fait dans une déclaration "Universelle", sans nous soucier qu'il y aurait des précautions à prendre avant de l'imposer à ceux qui derrière nous n'avaient pas franchi les étapes quasi initiatiques, et sans doute obligatoires permettant d'atteindre cet idéal.
Lorsque l'Occident tend la main au tiers-monde, pour l'aider à passer le plus confortablement possible les étapes les plus dures qu'il a lui même vécu, il accélère le temps dans le sens de l'histoire.
Lorsque l'Occident se contente de distribuer au tiers-monde les miettes de sa richesse, il enclenche par un processus d'envie et de jalousie le mécanisme de nivellement par le bas qui, en sens inverse de l'Histoire conduira à la perte de tous.
Nous avons apporté au tiers-monde les bienfaits de la médecine, nous avons sensiblement abaissé le taux de mortalité de la pré ou prime enfance. Nous avons provoqué une surnatalité qui n'a pas comme chez nous été compensée par une élévation du niveau de vie.
Nous avons oublié de mettre en place les moyens permettant d'assurer l'autosuffisance alimentaire, ou plus exactement nous nous sommes arrêtés en chemin, et plus grave, nous organisons aujourd'hui même, dans les pays en difficulté de développement les conditions de la famine de demain et de la dramatique émigration qui en découle. Nous avons aidé à légaliser un avortement post natal.
La valeur de nos cultures ne devrait-elle pas finalement se mesurer au niveau qu'elles ont atteint sur leur courbe de vie ?
On découvrirait peut-être ainsi que notre civilisation, dont nous avons désormais honte de rappeler les valeurs fondamentales, a atteint un sommet au siècle des lumières pour amorcer ensuite la pente de la décadence.
Cette décadence se manifeste par la primauté que prend désormais le matériel sur le spirituel. C'est a un retour à l'animalité, voire à la bestialité que nous conduit l'abandon de toutes les références morales qu'il est désormais ringard et de mauvais gout de vouloir citer.
La valeur des civilisations se mesure par leur progrès dans les domaines, scientifique, matériel au sens large, social et moral.
Sur ces deux dernières composantes, il est à craindre que la valeur de la notre soit en forte baisse.
L'Homme a toujours aspiré à vivre dans des cercles d'intimité concentriques, la famille étant le cercle de base, il est désormais patent que notre culture qui aurait pour certains une si grande valeur, tend non seulement à la destruction de la cellule familiale, mais à la condamnation pour phobies et discriminations diverses de ceux qui entendent dénoncer cet état de choses.
Ne trouverait-on pas finalement dans tout cela les limites à la mondialisation et autres constructions de tours de Babel, que maints irresponsables entendent poursuivre, au risque de détruire les jeunes cultures en phase ascendante pour les remplacer par la plus avancée en âge et dont le déclin est largement amorcé.


L'auteur de ces lignes est manifestement mieux inspiré que le funeste ministre du désolant président Sarkozy.

Les assistés et la fraude (fiscale et sociale)

J'écoutais distraitement, ce matin, les conversations de "café de commerce" de trois consommateurs : deux agents immobiliers et un démarcheur pour un plan de pension adapté aux indépendants, à moins que ce ne soit le contraire, des habitués du Randaxhe, le matin. Trois individus que je ressens aux antipodes de moi à tous égards. Ils dénonçaient, après avoir parlé de foot, tous ces gens qui, en Wallonie, ne travaillent pas et profitent du chômage ou vivent avec l'aide du C.P.A.S. Rien que des assistés ...alors que eux travaillent au moins 60 heures par semaine. Il était 9 h 45, et ils n'avaient pas l'air très pressés, quant à eux, de se rendre à leur premier rendez-vous de la journée. Aux clients qui leur téléphonaient, ils répondaient qu'ils allaient arriver.  Ils préféraient dénigrer tous les profiteurs (chômeurs, invalides, pensionnés, étrangers) et déploraient que tout se perd dans le quartier (bientôt il n'y aura plus que des commerces arabes). Pourtant en voilà qui travaillent, tiens, les arabes : leurs magasins sont même ouverts quand les autres sont fermés !

Ce qui m'a énervé évidemment, c'était le discours stigmatisant les assistés, qui ne sont pas tous loin de là des profiteurs. Je me suis demandé alors qui étaient, dans le fond, les assistés en Belgique.

Il y a bien entendu les pauvres hères (sdf, réfugiés, demandeurs d'asile, paumés en tous genres ...) qui, sans l'intervention d'associations ou d'initiatives privées, ne survivraient même pas. Celui qui s'est offusqué que le gouvernement ait pu trouver, en un week-end, des milliards pour sauver les banques, alors qu'il bafouille (cafouille) quand il doit donner, dans l'urgence du froid, un toit aux plus démunis, a été peut-être réducteur, mais il n'avait pas tort. Un article, ce matin, évoque le cas des mineurs non accompagnés issus de l'immigration (principalement maghrébine) qui, n'étant pas demandeurs d'asile, sont totalement laissés à eux-mêmes. Vivant dans la rue, ils tentent d'échapper à leur condition avec les pires moyens qui soient (drogue, petite délinquance), comme dans les favelas du Brésil. Le mythe de l'eldorado. La ministre de l'intégration et de la lutte contre la pauvreté devrait se sentir interpelée par ce phénomène, elle qui a assuré benoîtement que personne n'a dormi dans la rue, ces derniers jours, involontairement. Pourquoi ne pas coordonner un plan d'action avec l'exécutif des musulmans et les mosquées, puisque ces jeunes sont surtout originaires du Maghreb ? Il y a bien un réseau catholique d'institutions (dans l'enseignement, dans la santé, dans l'aide sociale), pourquoi pas un réseau musulman ?



http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/718280/des-dizaines-d-ados-laisses-a-la-rue.html

Il y a aussi les jeunes en recherche d'un emploi, les licenciés par leur entreprise, les pré-pensionnés, les retraités, les invalides, etc. Généralement, ils ne se réjouissent pas de leur statut, ils le subissent plutôt. Est-il abusif de les aider ? Abusent-ils tous de leur situation ?

Mais il est bien d'autres assistés par l'Etat : les banques, les sociétés et les entreprises. On en parle moins. Pourtant, elles pèsent lourdement dans le budget de l'Etat.

On l'a vu avec les banques qui ne semblent pas se montrer en quoi que ce soit reconnaissantes du geste fait par la collectivité en leur faveur. Sauvées du naufrage, elles ont recommencé comme avant. Mêmes stratégies, même bonus.

Pour soutenir l'économie nationale, des mesures spectaculaires ont été prises pour soutenir les entreprises. Il apparaît ainsi que la plupart des grandes sociétés établies en Belgique ne paient pas d'impôt sur leurs bénéfices. On a évoqué le cas de Bekaert, mais aussi d'Arcelor Mittal. Quand je devais enseigner que le taux de l'impôt belge sur le bénéfice des sociétés est de 33,39 %, un des taux les plus élevés en Europe, il me fallait bien expliquer en même temps que cela ne voulait rien dire ... Cela peut juste servir d'argument à un homme politique de mauvaise foi.



http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/717233/bekaert-zero-impot-en-cinq-ans.html
http://trends.levif.be/economie/actualite/politique-economique/magie-des-notionnels-arcelormittal-paie-500-euros-d-impot/article-1194827011342.htm

Il y a donc d'autres assistés que ceux que l'on montre généralement du doigt. Sont-ils comparables ? Les seconds n'ont-ils pas une responsabilité plus grande que les premiers ? Les premiers subissent en effet souvent la décision des seconds et ont un certain mal à comprendre quand l'Etat aide les plus fortunés tout en rognant sur l'aide offerte aux moins favorisés ou aux plus précaires.

On serait plus convaincu si les aides servaient à créer de l'emploi, à investir .. et non à enrichir des actionnaires.

Je terminerai par une réflexion qui a été faite par un ancien étudiant : il relevait, dans la presse, une lutte plus efficace contre la fraude sociale et s'exprimait plus ou moins comme ceci : "enfin, on reconnaît qu'il y a une fraude sociale et pas seulement une fraude fiscale, la fraude fiscale étant toujours associée aux indépendants". Je n'aborderai pas ici la fraude fiscale imputable aux indépendants, qui est réelle.



http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/718002/chomage-la-lutte-anti-fraude-est-un-succes.html

Parlons de la fraude sociale. De quoi s'agit-il avant tout? De travailleurs, parfois sans papiers, engagés en noir par un indépendant, de travailleurs engagés par une entreprise sous un statut de "faux indépendant" ou de "faux intérimaire", de chômeurs qui complètent leur allocation par des petits travaux non déclarés. Je constate, dans tous les cas de figure, qu'il y a toujours un indépendant non déclaré ou un indépendant instigateur (complice) ...

A cet ancien étudiant, qui aime défendre les indépendants (et il y a en de très méritants), j'aimerais simplement faire remarquer que les choses sont plus nuancées que ce qu'il dit. Si tous les indépendants ne fraudent pas le fisc, tous les travailleurs et allocataires sociaux ne fraudent pas non plus la sécurité sociale. Et, quand ils le font, c'est, dans un nombre de cas non négligeable, parce qu'un indépendant ne leur donne pas d'autre choix, pour s'en sortir
.

dimanche 5 février 2012

J'ai reçu un avertissement de Facebook

Lorsque je ne me suis connecté sur Facebook, ce matin, j'ai reçu le message suivant : "Vous avez demandé à devenir ami de personnes que vous ne connaissiez pas personnellement, ceci est contraire à la Charte de Facebook". Cela m'a fort étonné.

Bien sûr, il m'est arrivé de faire une "demande d'amitié" à des personnes que je ne connaissais pas "personnellement" ou peu. Je ne vois pas en quoi j'ai mal agi. Les personnes sollicitées pouvaient refuser ma demande ou limiter mon accès à leur profil. Le message reçu, ce matin, me faisait passer, à mon grand étonnement, pour un "quasi-délinquant", qui ne respecte pas la Charte.

Si Facebook ne permet pas d'élargir le cercle de ses amis, il perd une très grande part de son intérêt.

Certains de mes "amis" d'aujourd'hui sont des amis d'amis, des personnes connues ou des personnes dont les commentaires me plaisaient et où je pressentais une connivence possible. D'en avoir fait mes amis contrevient donc à la charte de Facebook, puisque je ne les connaissais pas personnellement ! Dois-je signaler que je n'ai jamais forcé qui que ce soit à devenir mon ami Facebook et que des gens que je croyais être de vrais amis se sont révélés, sur Facebook, les pires qui soient, une fois ouverte la porte des commentaires ...

A méditer.

Le secret de la présence

On ne pourra jamais reprocher à Jésus d'avoir ignoré le monde qui l'entourait. Il a manifesté une exceptionnelle présence auprès de ceux qu'il rencontrait par hasard, auprès de ceux qui venaient en masse vers lui, pour une guérison, ou un mieux dans leur vie, et auprès de ceux qui venaient à lui parce que sa parole les touchait, un peu, beaucoup, sans explication, parce que c'était comme cela, parce qu’ils étaient touchés et sans doute bouleversés, sans trop comprendre.

Tant de présence. Comment Jésus faisait-il pour être à ce point présent, d’une qualité telle de présence, que ses mots et ses gestes parvenaient à remuer le coeur et à guérir.

Il ne réussissait pas toujours. Il l’avait dit : pour se trouver transformé par lui, il faut se convertir et lui faire confiance. Se convertir, cela veut dire quitter ses certitudes, son savoir, ses préjugés, ses habitudes stériles, qu’on appellerait aujourd’hui « addictions ». C’est accepter de faire table rase. Et puis, faire confiance. Arriver à admettre que la réponse, la vie, se trouvent en dehors de nous, hors de tout ce que nous contrôlons et avons mis en place, consciemment ou inconsciemment, pour nous construire et tenir notre place dans le monde des hommes.

Cela ne nous dit pas comment Jésus faisait pour être à ce point présent au monde qui l’entourait. L'évangile de ce dimanche donne une piste d'explication.

Après avoir enseigné à la synagogue – « il y parlait d’autorité » (et non comme les rabbins), dit le texte (Mc, 1, 27) – il a généreusement accueilli les éclopés du coin, ceux qui nous ressemblent tellement. Il les a guéris à la synagogue, puis, jusqu’à la nuit noire, dans la maison de famille de Simon (Pierre) et André, car ils étaient, ce jour de shabbat, à Capharnaum (Mc, 1, 29 et sv.).

Après tout cela, "Jésus sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait" (Mc, 1, 35). Solitude et silence. Silence et solitude. Rien à voir avec la prière rabâchée des rabbins et du temple, les sacrifices et les dévotions. Solitude et silence. Silence et solitude. Jésus n’aurait pas pu être aussi présent au monde sans ces moments d'intimité avec le coeur de son être, là où il peut nouer un dialogue vrai avec son Père du ciel, celui qui l’habite de son amour et qui est la source de tout. L’évangile nous indique de la sorte que la parole et l’action, si elles sont bonnes en soi, ne sont fécondes que s’il y a aussi prière et donc communion à l’amour. Comment ne pas penser ici aux hommes et femmes politiques, que l’on voit tellement s’agiter dans des déclarations et des réformes creuses, à défaut de prière, je le crois. Le chemin de la conversion leur est pourtant ouvert.

Je suis aussi frappé, dans le texte d’aujourd’hui, par quelque chose qui m’avait échappé jusqu’à aujourd’hui.

Les disciples viennent interrompre Jésus dans sa prière solitaire : « Tout le monde te cherche » (Mc, 1, 37). Point de répit pour Jésus !
Jésus leur répond : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins pour que j’y proclame aussi l’Evangile, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc, 1, 38).

Ce qui me frappe, c’est ceci : Jésus n’aime pas s’attarder. Il est un itinérant. Il sème et nous laisse le soin de faire grandir la semence. Cela veut dire que tout qui a, un jour, rencontré Jésus est aussitôt confronté à son absence. N’est-ce pas l’expérience des apôtres, après la crucifixion, la mort de Jésus ?

Nous aimerions tant garder Jésus auprès de nous. Cela serait tellement plus rassurant. Il nous parlerait encore et nous l’écouterions. Il nous regarderait, ou nous toucherait, et nous serions guéris. Son invitation est autre. Il nous invite, à sa suite, à faire simplement (mais ce n’est pas toujours si simple) le chemin jusqu’au plus intime de notre cœur.
Les médecins de l’âme, que sont les psys, en savent quelque chose et je leur rends grâce d’écouter, d’accompagner, de suggérer, d’apaiser ceux qui ont plus de peine que d’autres à suivre ce chemin. Car, j’en suis convaincu, au bout du parcours sur soi, il y a fatalement un apaisement et un abandon possible.

vendredi 3 février 2012

Information ou publicité ?


Mon quotidien, depuis bientôt quarante ans, est de lire le matin La libre Belgique, journal qui est ainsi devenu mon quotidien. Une tradition familiale. Un moment à moi avant toutes les autres choses de la journée.

En quarante ans, mon quotidien a bien changé. Il publie de plus en plus souvent des articles copyright Libération … or,  Libé était mon deuxième quotidien de référence. Je pensais équilibrer ainsi par une pensée plus à gauche les articles de mon quotidien plus à droite. Etais-je naïf ?

Mon abonnement à La Libre Belgique me donne droit à plusieurs suppléments : La Libre Culture, La Libre entreprise, Momento, Immo, Arts.

Depuis quelque temps se faufile, de temps en temps, dans ces suppléments habituels, un Supplément juridique, le plus souvent consacré à la fiscalité ou à la gestion du patrimoine.

Je ne sais pas si tous les lecteurs ont lu comme moi le bandeau, à peu près illisible, figurant en première page : «  Supplément gratuit à La Libre Belgique réalisé par la Régie générale de publicité ». Ils auraient dû.

Que trouve-t-on dans le dernier supplément de ce type du 28 janvier 2012, consacré à la fiscalité ?

Le compte-rendu d’une table-ronde entre divers intervenants, avec le ministre chargé de la lutte contre la fraude fiscale et sociale, puis quelques articles de fond purement informatifs.

Un lecteur un peu attentif - j’espère n’avoir pas été le seul - aura remarqué qu’un article informatif lui est proposé en page de gauche par un expert, tandis qu’en page de droite figurent toutes les coordonnées du cabinet auquel il appartient.

La table-ronde, autour du secrétaire d’Etat chargé de la lutte contre la fraude fiscale et sociale, apparaît un peu comme l’alibi dans ce supplément. On y apprend des choses. Mais il suffit de lire les propos des différents intervenants pour voir qu’il n’y a guère d’opposants à une pensée unique, même si le tout est enrobé pour rendre les choses crédibles.

Ce n’est en rien de l’information. Au pire, c’est de la manipulation. Au mieux, c’est de la publicité pour quelques cabinets d’affaires. Il paraît que c’est autorisé aujourd’hui.


Je m'étonne particulièrement de voir figurer, dans ces pages publicitaires, des figures du monde académique qu'on interroge parfois, comme expert neutre. N'y a-t-il pas là une malencontreuse confusion des genres ?

Que mon quotidien d’information se rende coupable d’une telle compromission me dégoûte profondément, ce n’est pas ce que j’attends de lui et d’autres comme moi sans doute. Mon abonnement en dépend.

Bientôt peut-être un supplément gratuit à La Libre Belgique, réalisé par la Régie Générale de Publicité, sur les problèmes de surpoids, commençant par une table-ronde, puis des articles de fond rédigés par différents médecins, spécialistes des régimes, avec en page de droite leurs coordonnées … ?

Eglise, mosquée, temple et synagogue

Certains ont beau se dire que la religion est une chose révolue, substituant au dieu des autres leur propre dieu : la raison et la libre pensée, il n'en reste pas moins que, pour de nombreux individus, la religion est une manière de communiquer, de se relier, au-delà de leur individualité. Communion avec d'autres et communion avec un au-delà, qui l'un et l'autre invitent à se définir autrement que par le seul rapport à soi.

Tel est pour moi le plus grand mérite des religions. Elles déplacent le centre. En religion, on cesse à tout jamais d'être le centre de tout. Il y a toujours une altérité face à soi.

L'histoire des religions montre malheureusement qu'elles ont été de tout temps manipulées par les hommes qui en ont fait tantôt un instrument de pouvoir, tantôt l'expression d'une morale contraignante et culpabilisante. Epouvantables déviances, particulièrement présentes dans les religions dites "du Livre", judaïsme, christianisme, islam.

On le voit encore dans les pays que l’on croyait libérés par le printemps arabe.

Il est temps de tourner la page.

Je crois, pour ma part, que les hommes "religieux" ont un rôle à jouer sur la scène publique. Ne fût-ce que pour donner un peu de souffle et d'âme, quand ils font défaut. Il ne s'agit point de nier la laïcité de l'Etat et la séparation de l'Eglise et de l'Etat ... mais quand je vois les Etats occidentaux, contraints par des forces supérieures, quasi-obligés de se convertir au néo-libéralisme, je me pose des questions : n'est-ce pas une autre religion dont le seul dieu est l'argent qu’on leur impose? 

Mgr Léonard n'a pas tort quand il invite les chrétiens à affirmer leur différence dans le débat public (mais il a tort quand il met en cause la légitimité du Parlement sur certains sujets, qui relèvent pour lui d’un droit naturel supérieur).

Chemsi Cheref-Khan, musulman et franc-maçon ( !), a raison quand il invite à un islam belge intégrant les lumières. Il ne suit en cela que la voie ouverte par Malek Chebel.


Je plaide ici pour que le dialogue interreligieux soit toujours plus approfondi. Il passe par trois étapes : la simple rencontre, l’accent mis sur ce qui réunit plutôt que sur ce qui divise, des actes de solidarité accomplis en commun.

J’ai aimé que l’exécutif des musulmans de Belgique ait invité les mosquées à ouvrir leurs portes en ces périodes de grand froid aux sans-abris, aux exilés, aux demandeurs d’asile.


Des chrétiens sont aussi impliqués en ce moment … mais il faut dire que les églises sont souvent mal chauffées, voire impossibles à chauffer.

Un autre aspect m’a interpelé, ces derniers jours. J’ai lu que le maire radical de la ville de Bussy-Saint-Georges, en Seine et Marne, commune multiculturelle et multiconfessionnelle, avait pris l’initiative de créer, en sa ville, une esplanade des religions et un quartier autoure de celle-ci. S’y trouvent déjà ou s’y trouveront à terme : une mosquée, une synagogue, deux temples tao et taïwanais, une église évangélique chinoise … Le maire entend faire ainsi de sa ville une « vitrine de la laïcité intelligente ». Les catholiques, déjà dotés d’une église, ne sont pas associés au projet. Il faut dire que le curé n’est pas très chaud pour ce « parc interreligieux ». Dommage pour un prêtre de la Mission de France … celle qui a permis aux prêtres ouvriers d’exister et a pris, en son temps, le parti de la liberté des couples contre l’encyclique Humanae vitae.


J’ai ainsi repensé à ma vieille idée d’offrir au culte musulman en expansion, mais à l’étroit, certaines de nos églises désaffectées ou désertées, avec obligation d’entretenir les lieux et de préserver le partrimoine. Ne serait-ce pas une affectation plus conforme aux lieux que d’en faire des habitations, une discothèque, une salle de concert, un restaurant, par exemple … je dois reconnaître cependant que la réaffectation de l’église des dominicains à Maastricht en librairie est une réussite.