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mercredi 31 août 2011

Le coq et le lion

J'ai eu beau parcourir le volume intégral des Fables de Lafontaine, reçu au collège comme prix (de sagesse vraisemblablement), je ne trouve pas de fable s'intitulant "Le coq et le lion". L'auteur met cependant en scène ces deux animaux emblématiques pas nécessairement comme on pourrait s'y attendre.

Le coq.

Dans "Le coq et la perle", le coq est mis en parallèle avec un ignorant. L'un et l'autre monnaient un trésor, au lieu de le conserver, une perle pour le premier, un manuscrit précieux pour le second.

Dans "Le coq et le renard", un vieux coq " adroit et matois " se gausse d'un renard qui vient lui proposer la paix. Il entre d'abord dans son jeu, avant de lui annoncer la venue de deux lévriers, le renard s'enfuyant sur le champ. " Le vieux coq en soi-même se mit à rire de sa peur ; car c'est double plaisir de tromper le trompeur ".

Le lion.

Dans "Le lion et l'âne chassant". Le roi des animaux s'en remet à un âne et à son braillement pour faire fuir de chez elles ses possibles proies jusqu'aux moins intimidées d'entre elles et ainsi les dévorer. Toutes tombaient au piège inévitable. L'âne s'est mis en tête que l'honneur de la chasse lui revenait. Oui, dit le lion, si je ne connaissais ta personne et ta race, j'en serais moi-même effrayé.

Le lion retrouve l'âne dans "Le lion devenu vieux"

Le lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans, et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le cheval s'approchant lui donne un coup de pied,
Le loup, un coup de dent, le Boeuf un coup de corne.
Le malheureux lion, languissant, triste et morne,
Peut à peine rugir, par l'âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucune plaintes,
Quand voyant l'âne même à son antre accourir :
Ah ! c'est trop, lui dit-il : je voulais bien mourir;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.


Dans une autre fable encore, "Le lion et le moucheron", le lion traite le moucheron comme un moins que rien. Ce dernier n'éprouve aucune peur et répond : "Un boeuf est plus puissant que toi, je le mène à ma fantaisie " et s'acharne derechef sur le royal félin. Une des moralités de la fable est que "les plus à craindre sont souvent les plus petits ".


Qu'est-ce qui peut amener un peuple, une nation, à choisir un animal comme emblème ? Est-ce toujours bien réfléchi ? Ou bien cela relève-t-il de l'inconscient ? Pourquoi le "Lion des Flandres " et "Le Coq de  Wallonie " ? D'autres ont choisi l'aigle bicéphale ... En ce qui concerne le coq wallon, il est un cousin du coq gaulois. En effet, par un curieux raccourci, les gaulois se sont assimilés au fier gallinacé.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_de_la_Wallonie

Après avoir relu Lafontaine, je préfère encore être le coq que le lion, surtout s'il s'agit d'être " adroit et matois " ; en ce qui concerne le lion et l'âne, il faut sans doute être flamand pour cela. Si j'avais pu choisir, j'aurais assez aimé, quant à moi, que l'emblème de la Wallonie soit un cerf "dix cors" ou ... une mésange charbonnière.

J'ai naturellement cité ces fables pour vous inciter à les incarner en fonction de l'actualité, sans donner d'indication, sinon elles auraient perdu leur statut de fables (de paraboles).

Il en est une qui mérite d'être narrée encore pourtant :

Sur son clocher, le fier gallinacé tourne selon le vent.
Car girouette, il est aussi ; cela est bien utile pour connaître la direction du vent.
Il domine l'horizon depuis des lustres ;
il voit loin et il voit tôt, étant le premier à être éveillé. 
En cela, il est un symbole.
Du haut de son clocher, le coq, un jour, eut à contempler le concert de quelques petits hommes.
Ils n'étaient pas seulement petits, parce qu'ils les voyaient de haut.
Ils étaient petits, parce qu'ils n'avaient pas de grandeur d'âme.
Du haut de son clocher, cela, le coq l'a immédiatement perçu de manière infaillible.
Tout à leurs rancoeurs et à leur étroitesse d'esprit, 
les petits hommes avaient programmé la mort du coq.
Ils envisageaient de le remplacer par un lion.
Le coq, qui se situe pourtant au-dessus de toute langue humaine, 
était trop francophone à leurs yeux et au sommet du clocher d'une église flamande.
Ces hommes-là sont vraiment petits en effet.
Le coq, bon philosophe, eut alors l'idée de se passer des petits hommes
et de conclure un accord avec le lion, dont voici le résultat :
























mardi 30 août 2011

Beethoven et Michel Fugain

Un peu de légèreté aujourd'hui.

Il n'est évidemment pas rare qu'en écoutant une oeuvre musicale on retrouve une inspiration venue d'ailleurs, une ligne mélodique déjà connue, mais revisitée, voire un trait qui rappelle quelque chose.

Pour les musicologues, cela doit être passionnant d'établir toutes ces correspondances.

Je ne suis pas assez compétent pour jouer ce jeu-là, mais j'ai été frappé dernièrement par une certaine similitude entre la marche turque, extraite des "Ruines d'Athènes", composée par Beethoven et la chanson bien connue de Michel Fugain "Le printemps".

A vous de reconnaître les similitudes et à me dire, si je me trompe.

Beethoven :

http://www.youtube.com/watch?v=1IXLfPcgX1U

Michel Fugain

http://www.youtube.com/watch?v=RPm-h5qE83I


lundi 29 août 2011

En ce temps-là, il y avait des prophètes

En ce temps-là, il y avait des prophètes. Prenons le cas de Jérémie. Un grand solitaire, incompris et persécuté, mal aimé de ceux qui auraient dû l'entourer et l'encourager. Il vivra toute sa vie comme malgré  lui. Mais il a accueilli une parole, qui lui a demandé d'être à son tour parole pour dire des choses à d'autres, paroles pas nécessairement agréables. Que cela soit dit, Jérémie n'avait aucune envie d'être prophète, il ne s'en sentait d'ailleurs pas l'étoffe. Il a essayé d'échapper à cette mission tant qu'il a pu. Cela donne peut-être plus de poids encore à ses paroles, d'autant qu'elles ont une portée politique et révolutionnaire. On s'est moqué de lui, on l'a injurié, parce qu'il parlait " à contre-courant ".

Pourquoi donc ?

Jérémie va heurter de front les certitudes de son peuple, de ses dirigeants et de ses prêtres. Il y avait un ordre établi : Israël est le peuple élu et le Dieu unique en assure la protection contre les ennemis ; il fonde la nation. Ce dieu-là est un dieu sécuritaire, c'est-à-dire qui garantit la protection, la cohésion, à la condition qu'on respecte sa loi. Exactement comme dans l'islam encore aujourd'hui.

Jérémie, au nom de Dieu, va annoncer sans doute le pire pour ses auditeurs : il va annoncer qu'Israël n'a pas d'autre choix que de perdre son indépendance et de devenir une simple province de l'empire babylonien. L'ordre établi en frémit. Cela sonne comme une trahison. Et si cela était plutôt une invitation à considérer les choses autrement ?

Un prophète, à mon avis, est toujours un homme qui conduit à voir les choses autrement, qui ouvre des perspectives nouvelles. C'est la raison pour laquelle je considère Jésus comme un prophète, mais que je ne parviens pas à considérer Muhamad comme le dernier des prophètes.  Prophète, Muhamad l'a été dans le milieu qui était le sien, en un temps et selon des circonstances précises, mais elles n'ouvrent des perspectives nouvelles que dans ce contexte. Ailleurs, un grand chemin avait été parcouru. Je sais que je n'arriverai jamais à convaincre mes amis musulmans, sur ce point, mais je sais que j'ai au moins autant raison qu'eux ... si pas plus. La religion musulmane, qui comporte de bons côtés, m'apparaît depuis toujours, par rapport au christianisme le plus pur, comme une régression, comme si les croyants musulmans avaient raté une étape. J'ai pourtant beaucoup  de sympathie et même d'affection pour eux.

Jérémie, par ses paroles, va déstabiliser deux choses essentielles : le rapport des juifs à Dieu et l'idée de nation juive.

Il y a donc une dimension spirituelle et une dimension politique dans ses propos.

Dieu n'est pas celui qui sécurise, qui rassure, qui garantit l'ordre établi et excuse ses dérives. Dieu n'est pas celui qui satisfait nos désirs. Il est celui qui interpelle, perturbe, déstabilise et fait tomber les masques. Il n'est jamais dans nos certitudes, mais toujours dans nos fragilités et dans nos doutes. Pourquoi ? Parce c'est là qu'il peut nous aimer et qu'il ne demande rien d'autre que de nous aimer.

Cela en dit long sur les faux dieux, et les certitudes qui les accompagnent, qui font malheureusement le lot de la société occidentale. "God bless America", il n'y a que les américains pour oser exprimer pareil contre-sens. Dieu ne peut pas bénir les valeurs de l'Amérique, elles lui sont étrangères. Les dieux du monde occidental et mondialisé (argent, pouvoir, plaisir, consommation, suprématie, croissance) sont vieux comme le monde. N'est-il pas enfin temps de passer de ces dieux, qui n'ont d'autre but que de satisfaire nos piètres désirs, à autre chose ? Juste pour avancer un peu et être un peu plus humain. Devenir un peu plus humain, n'est-ce pas le plus beau chemin qui puisse nous être offert ?

Les mouvements nationalistes, fondés sur des bases étriquées, comme la langue, la religion, le passé, la fortune, sont aussi d'un autre temps, nous suggère Jérémie. Puissent ceux qui défendent encore ces vieilleries (en Flandre comme en Israël, par exemple) écouter le vieux Jérémie !

J'appelle de mes voeux de nouveaux prophètes.
























dimanche 28 août 2011

L'impôt sur le superflu

Dans une récente interview à la presse, le vicomte Davignon, homme d'affaires belge bien connu, a déclaré qu'il trouvait acceptable de réclamer aux plus riches plus d'impôts qu'ils n'en payent actuellement. Il avoue, avec une grande franchise, que de toute façon cela ne changera rien à son train de vie. Il rejoint ainsi Warren Buffet et une liste de grandes fortunes françaises qui ont signé une lettre en ce sens à l'instigation du Nouvel Observateur.

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20110826_00036596
http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/warren-buffet-reclame-plus-d-impots-pour-les-riches_260851.html
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/08/23/que-faut-il-attendre-de-l-appel-des-patrons-francais-a-une-contribution-exceptionnelle_1562685_3234.html

Le président Sarkozy, qui n'est pas à une contradiction près, lui, le champion du bouclier fiscal, des niches fiscales profitant aux riches, celui qui a annoncé qu'il n'y aurait pas de hausse des impôts en France, sous son quinquennat, annonce aujourd'hui par la bouche de son premier ministre les mesures suivantes :

- la défiscalisation des heures supplémentaires, symbole pourtant du "travailler plus pour gagner plus", si cher au président, et aussi la mesure la plus aberrante qu'il m'ait jamais été donné de voir, au regard d'une politique de l'emploi, ne sera plus ce qu'elle était : elle sera réduite et il s'en suivra une hausse des impôts dans la mesure du retrait des avantages octroyés;
- une taxation exceptionnelle, limitée dans le temps, à charge des plus hauts revenus. Le produit escompté semble dérisoire, ce qui en fait, selon nombre de commentateurs, une mesure anecdotique qui ne résout rien à long terme ; il s'agit d'une rustine, là où il faudrait une mesure structurelle ;
- une augmentation des impôts sur le tabac et les alcools et la création de nouvelles taxes sur les sodas et sur l'accès aux parcs d'attraction. Je m'étonne que rien ne soit prévu à charge des automobilistes, vache à lait habituelle.

Bref, des mesures dispersées et qui misent pour l'essentiel, selon une vieille tradition française, sur les impôts indirects, plus injustes, mais plus indolores. J'en appelle aux fumeurs, ce que je ne suis pas, une hausse de 20 cents de votre paquet de clopes va vous faire râler un temps, avant que cela ne devienne habituel. C'est ça l'impôt indirect. Un autre argument est évoqué, toujours le même :  non seulement ces taxes rapportent de l'argent à l'Etat, mais elles sont en outre socialement utiles (lutte contre le cancer du poumon, la cirrhose du foie ou l'obésité). On y ménage toujours le riche, vu qu'il paie son paquet de clopes au même prix que le chômeur. On aimerait que les cadeaux faits aux plus riches soient de la même manière justifiés par leur utilité sociale.

Il ne fait aucun doute que les buralistes, les tenanciers de bars-tabac ou de bars tout court vont hurler, arguant que le gouvernement veut leur mort, qu'ils vont perdre de la clientèle, voire être contraints de fermer leur commerce. Si c'est le cas, bravo monsieur le président, vous qui aviez annoncé que l'emploi était votre priorité ! Crieront-ils aussi fort que les restaurateurs qui ont, quant à eux, obtenu de votre part une réduction du taux de la TVA ... sans vraiment tenir les promesses, que vous aviez exigées d'eux, d'une réduction des prix et d'une embauche accrue hors travail au noir ?

La politique du président Sarkozy a le chic de réunir contre elle toutes les corporations possibles et imaginables (enseignants, chercheurs, magistrats, pêcheurs, gardiens de prison, policiers, chauffeurs de taxi, fonctionnaires, agriculteurs, sages-femmes, personnel des hôpitaux publics, anciens combattants, étudiants, parents d'élèves...) et tout se joue alors en une épreuve de force entre ces corporations et lui, épreuve à l'issue de laquelle l'Etat n'est pas toujours gagnant, car Sarko perd plus qu'il ne gagne. Quant à espérer une vision globale, une réforme fiscale d'envergure, il faudra sans doute encore attendre longtemps.

Bien entendu, le génial président ne manquera pas de faire remarquer, lors de la campagne présidentielle de 2012, que l'impôt n'est plus pour lui un tabou et qu'il a même décidé de taxer les plus riches !

La déclaration du vicomte Davignon m'a interpelé : (en tant que riche) " payer plus d'impôts ne changera rien à mon train de vie".

Il y a donc des citoyens pour lesquels une hausse des impôts ne peut que les contraindre à réduire leur train de vie et d'autres pas du tout. Autrement dit, certains sont amenés à se serrer la ceinture tandis que d'autres pas et l'Etat, le parlement, les élus trouvent cela défendable. Je trouve cela inquiétant.

En période d'austérité pour tous, un utile critère de jugement, en matière fiscale, ne devrait-il pas être celui-ci : à partir de quand l'impôt implique-t-il du citoyen qu'il doive se serrer la ceinture et dans quelle mesure est-il contraint de modifier son train de vie ? Si, pour certains, l'impôt n'a pas cette répercussion, ils manifestent alors une capacité contributive sans doute trop peu sollicitée. Si, pour d'autres, une hausse des impôts (je pense surtout aux impôts sur la consommation) doit les conduire à restreindre leur train de vie, c'est qu'on les taxe au-delà de leur capacité contributive, jouant évidemment sur le fait que certaines consommations sont incompressibles.

Cela demande de se mettre d'accord sur ce qu'est le train de vie communément acceptable et de s'interroger sur l'essentiel, l'utile et le superflu. Bien entendu, la définition de ce qui est essentiel, utile ou superflu se heurte à la subjectivité. Bien entendu aussi, il faut des nuances.

Si l'économie permet à certains de disposer de moyens au-delà du superflu, ceux-là ne sont-ils pas plus que d'autres redevables vis-à-vis de cette économie ? Leur richesse n'est d'ailleurs pas toujours seulement le fruit de leur patrimoine acquis et/ou de leur intelligence, ils sont riches aussi parce que d'autres leur permettent de s'enrichir.  D'autres, à travers la spéculation, jouent sur un enrichissement factice, mais, on le constate, nocif pour la collectivité. Cette richesse-là ne devrait-elle pas être très lourdement taxée, à moins de prouver son utilité sociale (création d'emplois, investissements dans la recherche, mécénat, philanthropie, par exemple) ? En d'autres termes, ne pas considérer la richesse comme une valeur en soi, et pour soi, mais comme une responsabilité.

Le superflu est agréable, il permet de s'offrir quelques plaisirs que d'autres ne peuvent pas s'offrir. Je ne suis pas contre les plaisirs. Mais c'est aussi quelque chose dont il est possible de se passer, la meilleure preuve en est que les moins nantis n'ont pas d'autre choix que de s'en passer et qu'ils vivent quand même. De toute façon, en matière de plaisir, il reste toujours le sexe, à ce jour non taxé, quand il reste gratuit. Il serait donc raisonnable de taxer le superflu plus que le reste. L'impôt sur la consommation peut éventuellement intervenir ici : voitures d'une certaine catégorie, 4x4, yachts, équipements luxueux, piscines, jacuzzi, voyages en avion, villas à la côte, vacances à l'étranger, télévisions à écran plat ... On peut y aller fort. En temps d'austérité pour tous, n'est-ce pas l'évidence ?  Il s'agirait d'imposer, sans complaisance, les comportements exprimant des signes extérieurs de richesse, ceux qu'on adopte parce qu'on en a les moyens, sans devoir se serrer la ceinture. On ferait alors oeuvre morale, tant il est vain de vouloir exhiber sa richesse. Cette piste a été fort utilisée, dans le passé : taxe sur les loggias, taxe sur le personnel domestique, taxe sur les pianos, taxe sur les portes cochères, taxe sur les billards ... mais le monde a changé et les signes de richesse aussi. Un biais existe cependant ici : il n'y a pas que les riches qui soient sensibles aux grosses bagnoles, par exemple ; certains sont même prêts à s'endetter pour avoir l'air riches. L'impôt sur la vanité est toutefois défendable. Ainsi, un impôt était-il dû, en Belgique, pour officialiser un titre de noblesse nouvellement acquis.

L'utile relève d'un tout autre ordre. Le contribuable fait avec ce qu'il a et cherche légitimement à assurer aux siens un meilleur train de vie ou une progression sociale. Il fait ce qu'il peut et réussit parfois. Il doit compter aussi pour y arriver. Or, c'est lui qui contribue globalement le plus aux besoins de l'Etat. Peut-être profite-t-il aussi plus que les autres des services de l'Etat ? Il est vrai qu'un enfant de famille riche pourra toujours être inscrit dans une école privée, tandis que le citoyen utile fera appel aux réseaux d'enseignement publics ou subventionnés. Il en est de même sans doute en matière de soins de santé et dans bien d'autres domaines. Le citoyen utile a des rêves communs : devenir propriétaire de son habitation, amener ses enfants à un statut social si possible meilleur que le sien et les aider en conséquence, disposer d'un certain confort, partir de temps en temps en vacances. Dans le fond, sans lui, l'économie de marché ne serait rien, c'est lui qui fait tourner la machine et sans qui rien ne serait. Il ne refuse pas de payer des impôts, pour autant qu'ils soient justes, il est conscient que l'Etat lui apporte des choses en retour.

Celui qui n'a pour ressources que de quoi faire face à l'essentiel, se loger, se nourrir, se vêtir, toujours au moindre coût, quelles qu'en soient les raisons - la décence voudrait qu'on ne les envisage même pas - devrait être exempté de toute contribution ; or, ce n'est pas le cas (cfr. les impôts indirects).

Excusez-moi de revenir à mes classiques : la règle de Saint Benoît. Les moines de la tradition bénédictine font trois voeux :  le voeu de stabilité,  le voeu de conversion de vie,  le voeu d'obéissance. Le troisième voeu est sans doute le plus difficile à respecter, si l'on a un peu de caractère. Vous êtes peut-être surpris de ne pas y voir figurer le voeu de chasteté et le voeu de pauvreté.

J'évoquerai un jour le voeu de chasteté. Je m'en tiendrai ici au voeu de pauvreté.

Les monastères bénédictins peuvent être riches, posséder des biens, des bâtiments, des fermes, des forêts, un portefeuille titres, une entreprise. Les moines bénédictins ne font pas voeu de pauvreté. Tous les monastères ne sont pas riches, certains le sont plus que d'autres. Mais selon la règle bénédictine :
- il n'y a point de propriété individuelle, tout est mis en commun et géré par l'abbé qui doit agir comme un père pour ses frères, tenir compte des besoins et des faiblesses de chacun ; il ne prendra aucune décision importante sans avoir écouté l'avis des frères les plus sages et des frères les plus jeunes, soumettant les décisions les plus importantes au vote de toute la communauté ;
- les revenus de la communauté doivent servir à l'essentiel et à l'utile, tout le reste, doit être partagé ou donné à ceux qui en ont le plus besoin et, s'il faut rogner sur l'utile ou l'essentiel, cela se fera de bon coeur.

Dans une telle organisation, toutes les considérations sur le rôle de l'impôt, sur la capacité contributive, sont dépourvues de pertinence ...

La règle de Saint Benoît a été rédigée au 6ème siècle et ses enseignements sont toujours d'actualité, bien plus que les idéologies ultérieures. Saint Benoît avait compris les vertus du capitalisme, bien avant l'heure, mais en avait tiré d'autres conclusions que celles que l'on subit aujourd'hui.

vendredi 26 août 2011

Ils sont sympa les écolos

Comme chaque année, le parti Ecolo organise ce week-end ses traditionnelles " Rencontres écologiques d'été ". Ils ne parleront pas de BHV, ni des transferts de compétence, ni de la loi de financement, ni de la réforme de l'Etat ... ce n'est pas grave, vu qu'ils savent en parler à la table des négociations.

Les sujets de réflexion annoncés sont réjouissants, et même rassurants :

- Faut-il mener des politiques de bonheur ? Et faut-il le mesurer ?
- Les autres et moi : mode d'emploi. Pour une écologie relationnelle
- Le vin, source de plaisir culinaire et culturel
- Ecologie politique et évolution de la vie sexuelle contemporaine

Tout cela précédé, chaque jour, par un atelier de yoga.


mercredi 24 août 2011

Le plus important et DSK

Il faudrait en finir, dans les media, avec l'affaire DSK, d'autant que des choses bien plus importantes, bien plus graves, méritent l'attention.

Je pense à la famine dans la Corne de l'Afrique ; à ce qu'il se passe en Lybie, en Syrie, et à tout ce printemps arabe qu'il va falloir accompagner ; je pense aussi à tous ces indignés de par le monde (en Espagne, au Chili, en Grèce, en Israël, au Maghreb, en Belgique ...) qui réclament un changement radical de société et qui espèrent une société plus juste, plus respectueuse de chacun, plus solidaire. J'ai vu aussi plus d'un million de jeunes aux JMJ à Madrid.  Face à eux, des politiques, le plus souvent à vie, qui ne voient pas l'avantage de rompre avec ceux qui détiennent le pouvoir de l'argent auxquels ils sont soumis, voire compromis. L'ange/dieu Mammon, celui qui corrompt tout, est bien présent. "Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent " (Mt, 6, 24) , avait annoncé Jésus, toujours le plus lucide d'entre nous. La société américaine, qui aime invoquer Dieu à tout bout de champ - vu que " God bless America " - n'a manifestement pas réussi à choisir le bon maître. Et dire que certains nous la présentent comme modèle.

Dans l'affaire DSK, le juge de New York, monsieur Obus, a accepté de tirer les conséquences découlant des conclusions du rapport du procureur Cyrus Vance et a décidé d'abandonner toutes les poursuites pénales contre DSK. DSK ne sera pas jugé et est libre. Cet événement suscite des commentaires un peu partout ... parfois délirants.

J'aimerais apporter quelques précisions :

1. - La justice américaine, étant ce qu'elle est, a fonctionné correctement. D'une part, la procédure américaine est accusatoire : le procureur doit  dès lors disposer d'éléments suffisants pour convaincre douze jurés "au delà du doute raisonnable". Le procureur a estimé, au vu des éléments dont il disposait, qu'il allait droit dans le mur. Jamais, il ne parviendrait à convaincre les douze jurés, il y avait trop de zones d'ombre et d'incertitudes dans le témoignage de la prétendue victime. Notons aussi que DSK n'a pas nié le rapport sexuel. D'autre part, il faut retenir qu'être procureur dans l'Etat de New-York ne correspond pas un statut de fonctionnaire de l'Etat, comme chez nous. Le procureur est un avocat comme les autres, auquel l'Etat confie ses intérêts ... à la condition de se montrer à la hauteur. Bref, le procureur Vance engageait son avenir et un échec devant le tribunal, dans une telle affaire, risquait de compromettre sa carrière.

2. - A ce stade, l'argent de DSK n'a joué aucun rôle dans ses rapports avec sa prétendue victime. DSK n'a jamais proposé à celle-ci quelque argent que ce soit pour étouffer l'affaire. Ce sont plutôt les avocats de madame Diallo qui agissent en ce sens : n'ont-ils pas introduit une action au civil, avant même l'issue de la procédure pénale ? Ils continuent, je crois, à penser qu'il y a, en cette affaire, de l'argent à prendre pour leur cliente et sans doute pour eux-mêmes. Comment ne pas s'étonner qu'une simple femme de chambre, immigrée, et dans un statut précaire, dit-on, bénéficie aujourd'hui, comme on le rapporte, d'une cohorte d'avocats aux Etats-Unis, mais aussi en France, pour défendre ses intérêts ? Qui paiera leurs honoraires ?

3. - La justice américaine ne sort pas grandie de cette affaire. Certes, on ne peut totalement éviter les erreurs judiciaires ; il y en a eu et il y en aura encore. Mais, quand on décide de soumettre à l'opprobre publique un suspect, avant même qu'il ne soit jugé et sur la base de déclarations non encore vérifiées d'une plaignante, on se situe au Far-West, à l'époque du goudron et des plumes, pas dans un Etat civilisé. La volte-face du procureur en dit long sur le système en vigueur là-bas. Cela est inacceptable pour un européen pour qui la présomption d'innocence est un principe absolu.

4. -  Les media font leurs choux gras de cet étalage sur la place publique. Rien ne leur fait plus plaisir que de montrer un puissant humilié pour une incartade sexuelle (cfr. Clinton). Dans ce pays, qui est le plus grand producteur de films porno, mais qui se veut puritain, toute parole, tout geste, toute attitude peut donner lieu à une plainte, dès lors qu'une prétendue victime peut y trouver un intérêt et des avocats pour la défendre ... Sincèrement, je ne pourrais jamais vivre dans ce pays-là.

5. - Certains, à la curiosité malsaine, espéraient savoir ce qu'il s'est réellement passé dans cette chambre du Sofitel. La décision de justice qui a été rendue les prive de ce qu'ils attendaient. Leur frustration les rend hargneux et haineux. DSK et madame Diallo seront, à tout jamais, les seuls à savoir.

6. - Les commentaires les plus affligeants émanent de deux catégories très ciblées :
- les féministes, ou néo-féministes. Bien entendu, toutes les décisions judiciaires intervenues sont un affront à la femme, au bénéfice d'un homme, macho, puissant et prédateur ;
- les habituels défenseurs des "gens de couleur" qui font de la couleur de peau l'explication de toutes les oppressions et manie le racisme ... avec plus de maladresse que d'adresse (cfr. mon précédent article sur le racisme ordinaire : http://xavierciconia.blogspot.com/2011/08/racisme-au-quotidien-et-cauchemar.html ).

7. - Quelles sont objectivement les victimes de cette lamentable affaire ?

Madame Diallo peut-être, selon ses dires, mais elle ne se révèle pas une victime très crédible. Je lui laisse le bénéfice du doute. Il lui appartient aujourd'hui de démontrer, au civil, le dommage qu'elle a subi. Et, si j'étais le juge, je mettrais son dommage, à supposer qu'il soit vrai, en balance avec le dommage que sa plainte a fait subir à d'autres.

DSK ? Oui, il est bien une victime de cette lamentable affaire. Il a dû démissionner de son poste au FMI ... et curieusement (mais je ne voudrais pas insinuer quoique ce soit), il y a été remplacé par une française, proche du Président Sarko, Christine Lagarde. Aucun débordement sexuel n'est reproché, à ce jour, à cette dernière, simplement des arrangements financiers pas très catholiques, sur le dos des contribuables, avec monsieur B. Tapie, ce qui est beaucoup moins grave évidemment qu'un comportement sexuel inadéquat. Politiquement, DSK est grillé, en France, pour l'élection présidentielle de 2012. Le candidat de la gauche le plus à même d'emporter la victoire est mis au tapis. A qui profite le crime ?

Anne Sinclair. Voilà peut-être la principale victime de cette affaire. Epouse trompée, elle est restée digne de bout en bout et indéfectiblement aux côtés de son époux. On ne parle pas assez d'elle, notamment chez les féministes acharnées, qui n'ont d'autre but que de s'acharner sur le mâle fautif.

Les enfants de DSK. Imaginez un instant la situation. Une inconnue porte plainte contre votre père pour des faits de nature sexuelle ; votre père est montré à la télévision, comme un criminel de grand chemin ; il est assigné à résidence. Et vous êtes son fils ou sa fille.

J'ai donc un peu de peine à mettre en balance les dommages présumés, mais non prouvés, de madame Diallo, et les dommages, bien réels, subis par DSK et son entourage.

Ainsi, en ce monde, une dénonciation, une plainte, fondée ou pas, peut décider de la carrière et même de la vie de quelqu'un. Je trouve cela fort inquiétant.

Je tiens à préciser, pour conclure, que je n'éprouve aucune sympathie particulière pour DSK.

mardi 23 août 2011

Lectures

Je me suis montré paresseux en tant que lecteur, ces derniers temps : trop peu d'ouvrage légers, trop d'ouvrages sérieux, que je ne finis pas, à mon image en quelque sorte. Je dévore par contre les quotidiens et les magazines, même Femmes d'aujourd'hui, que je lis chez ma mère pour les recettes de cuisine, c'est dire. Je suis abonné à Têtu, "le" magazine gay, qui me séduit de moins en moins, animé par une fidélité semblable sans doute à celle qui fait de moi un abonné à La Libre Belgique, depuis 1971 ! Pour être franc, je pense à résilier mon abonnement à Têtu n'y trouvant plus rien qui me nourrisse vraiment. Je le lisais dans l'espoir de me reconnaître dans une communauté et de m'y relier dans cette mesure. Une fois de plus, cela ne marche pas. Je devrais être dedans et je me sens en grande partie étranger.

J'aime les livres qui me font rêver et ceux qui me font réfléchir.

Dans la première catégorie, j'ai relu récemment avec émotion le roman de Jean Giono "Que ma joie demeure" (1934).






C'est en lisant ce roman, à l'âge de 17 ans, que j'ai compris ce qu'était la poésie, à travers les mots suivants:

- Tu te souviens, dit Bobi, de la grande nuit ? Elle fermait la terre sur tous les bords.
- Je me souviens.
- Alors, je t'ai dit : " Regarde là-haut, Orion-fleur-de-carotte, un petit paquet d'étoiles ".
Jourdan ne répondit pas. Il regarda Jacquou, et Radoulet, et Carle. Ils écoutaient.
Et si je t'avais dit "Orion" tout seul, dit Bobi, tu aurais vu les étoiles, pas plus, et des étoiles, ça n'était pas la première fois que tu en voyais, et ça n'avait pas guéri les lépreux cependant. Et si je t'avais dit : " fleur de carotte ", tout seul, tu aurais vu seulement la fleur de carotte comme tu l'avais déjà vue mille fois sans résultat. Mais je t'ai dit : " Orion-fleur de-carotte ", et d'abord tu m'as demandé : "Pardon ? " pour que je répète, et je l'ai répété. Alors tu as vu cette fleur de carotte dans le ciel et le ciel a été fleuri.
- Je me souviens, dit Jourdan à voix basse.
- Et tu étais déjà un peu guéri, dis la vérité.
- Oui, dit Jourdan.
Bobi laissa le silence s'allonger. Il voulait voir. Tout le monde écoutait. Personne n'avait envie de parler.
De cet Orion-fleur-de-carotte, dit Bobi, je suis le propriétaire. Si je ne le dis pas, personne ne voit ; si je le dis,  tout le monde voit. Si je ne le dis pas, je le garde. Si je le dis, je le donne. Qu'est-ce qui vaut mieux ?

Ce passage m'a beaucoup marqué. Je me sentais alors une âme de Bobi, aujourd'hui encore d'ailleurs.

J'ai relu aussi, cet été, un très beau roman de Yves Simon, Le prochain amour, Grasset, 1996, lu pour la première fois il y a quinze ans.




Des passages de ce roman m'ont marqué à vie :

Il est de toute évidence que celui qui aime le plus vit en permanence avec une douleur qu'il s'oblige à accepter, mais n'a de cesse de retrouver l'énergie et le pouvoir de la faire disparaître.


L'amour, c'est du plaisir et de la souffrance. Evidemment, si l'un envahit l'autre, on s'écarte de la vie et de l'amour ...


... un telle rencontre des corps est rare. Fusionnelle, magique, elle nous surprenait autant qu'elle nous effrayait, et lorsque nous apercevions que le jour avait baissé, qu'il s'était déroulé pour tout l'univers, sans nous, nous défaisions nos bras et nos jambes l'un de l'autre comme des jumeaux tristes, malheureux d'avoir à continuer de vivre séparés, éloignés, elle et moi, d'un gouffre d'à peine quelques centimètres ...

Parmi mes lectures plus sérieuses, il en est deux que je souhaite mentionner. J'aime assez les penseurs chrétiens qui se situent un peu à la marge. J'ai déjà parlé sur ce blog de Marcel Légaut et d'Eugen Drewermann.

Deux petits livres ont retenu mon attention, cet été.

Maurice Bellet, Dieu, personne ne l'a jamais vu, Albin Michel, 2008. Cela tranche rigoureusement avec le cri d'André Frossard, journaliste et écrivain français, qui a écrit un livre, en 1969, intitulé "Dieu existe, je l'ai rencontré".







Maurice Bellet est psychanalyste, théologien, prêtre et dominicain.

Le propos de son ouvrage, qu'il qualifie de "petite théologie à grande vitesse " n'a qu'une fonction : désencombrer, défaire les préjugés de tous genres, du même coup ouvrir l'espace de parole où " ce qu'il en est de Dieu " puisse être abordé librement. Librement, c'est-à-dire : " de cette liberté de pensée qui n'est pas le droit de penser n'importe quoi, mais recherche inconditionnelle de la vérité".

 - Qu'est-ce que vous cherchez ?
- Je n'ose le dire.
- Qu'est-ce que vous cherchez ?
- Je ne peux le dire - c'est impossible.
- Qu'est-ce que vous cherchez ?
- Dieu.
- Savez-vous ce qu'il est ?
- Non.
- Savez-vous du moins comment le trouver ?
- Non.
- C'est donc une quête désespérée ..
- Non.
- Comment, si vous ne savez le trouver ?
- Le chercher, c'est le trouver. Ainsi parlent les vieux maîtres.
- Ah ! Vous voici rassuré. Vous l'avez trouvé.
- Non.
- Comment cela ?
- Le trouver, c'est le chercher.
- Encore la parole des vieux maîtres ?
- Oui.
- Supposons que vos projets aient un sens. A quoi peuvent-ils aboutir ? Au silence ?
- Oui. 
- Alors, la parole meurt ...
- Non. Le silence est frère de la parole, la parole est soeur du silence.
- Eh bien, parlez !
- J'en dirai ce que je peux dire, et comme de biais, et provisoirement, et dans le sentiment irrépressible de passer outre à la limite qui s'impose aux humains.
- Mais il le faut, n'est-ce pas ?
- Sans doute.
- Ainsi espérez-vous vous perdre en Dieu, loin du tracas des hommes et dans la solitude bienheureuse du seul, contemplant l'ineffable ...
- Ce n'est pas là mon Dieu.
- Vraiment ? Mais comment le savez-vous, puisque vous ne savez pas ce qu'il est ?
- Je sais ce qu'il n'est pas.
- Alors, il n'est rien pour nous et ne change rien à rien.
- Il change tout en tout.
- Pourriez-vous m'expliquer ? Car c'est obscur ...Mais soyez bref. La théologie est trop souvent un épanchement sans fin de considérations, elle aime l'interminable, c'est sa façon de respecter l'infini !
- Rassurez-vous, je serai bref. Et humble, autant que faire se peut : car s'il est un thème où est durement requise l'humilité de la pensée, c'est bien celui-là.


La suite, dans le livre ...

J'ai acquis un deuxième ouvrage, que je n'ai pas encore complètement lu : Jean-Yves Leloup, Jésus, Marie-Madeleine et l'Incarnation, Albin Michel, 2008.







Quelle fut la nature des relations entre Jésus de Nazareth et Marie-Madeleine ? Si "le Verbe s'est fait chair", s'il faut prendre au sérieux le mystère de l'Incarnation, peut-on imaginer que le Christ se soit interdit tout amour charnel ? La question est subversive, car elle touche à quelques interdits de la religion catholique romaine. L'auteur, qui était dominicain, est aujourd'hui prêtre orthodoxe, en partie pour cette raison-là. Il s'en explique dans un très beau récit autobiographique : L'absurde et la grâce, Albin Michel, 2001.



La sexualité, tout comme l'intelligence et l'affectivité, si elle manque d'orientation (d'orient) ne peut conduire qu'à des abîmes ou à des régressions ... Rendre au Christ une sexualité humaine et véritable, c'est rendre à l'être humain la possibilité de vivre spirituellement cette dimension inévitable de lui-même, peut-être même de la transfigurer, et trouver le soleil là où on l'avait habitué à ne voir que des ombres.



dimanche 21 août 2011

Rallye entre Condroz, Namurois et Haute Meuse

C'était jeudi dernier, parti tôt, j'ai sillonné les routes du Condroz, du Namurois et de la Haute Meuse, seul, au volant de ma voiture, avec une seule consigne : prendre les chemins de traverse, sans but précis, me fiant à chaque carrefour à mon instinct. Je me suis perdu, puis retrouvé, et ai découvert ainsi des lieux inconnus et fort avenants. J'avais bien l'un ou l'autre repère ; étant ce que je suis, il s'agissait de l'abbaye de Maredsous et du monastère de Chevetogne dont la particularité est de comporter deux églises : une latine et une bizantine (la communauté assurant l'office selon le rite latin et selon le rite byzantin, tantôt en grec, tantôt en slavon).

http://www.maredsous.be/
http://www.monasterechevetogne.com

Cette région, qui comporte un "circuit des vallées", est fort verdoyante et est une terre de châteaux et d'abbayes. J'avais quand même un but précis en tête : visiter le château de Freyr et ses jardins. Quand j'étais encore enfant et que nous partions en Bretagne pour les vacances, mon père suivait un itinéraire qui m'a toujours surpris (il n'y avait pas d'autoroutes à cette époque ; la seule autoroute qui existait en Belgique était l'autoroute de la mer de Bruxelles à Ostende). L'itinéraire de mon père, pour aller en Bretagne, passait par Dinant et Givet, en longeant la Meuse, et nous passions, toujours sans nous arrêter devant le château de Freyr. Ma journée a donc consisté à baguenauder et à faire quelques étapes.

Entre Liège et Dinant, j'ai d'abord pris la voie rapide, puis quitté celle-ci, passant par de charmants villages avec leurs demeures aux pierres grises. J'ai vu le château de Leignon, mais je ne me suis pas attardé. Il m'a paru un peu présomptueux. Les guides touristiques l'appellent le "château aux mille fenêtres" ! Le plus intéressant a été d'apprendre que les terres sur lequel se trouve le château de Leignon relevaient jadis de la principauté abbatiale de Stavelot, pourtant bien éloignée !




Il faut dire qu'au tournant du 19ème siècle, de grandes fortunes souvent liées au monde des affaires ont tenu à afficher leur opulence. Quand on a de l'argent, il faut que cela se voit, sinon à quoi bon.  Le château de Leignon en est, je pense, un exemple. On trouve des constructions du même type un peu partout. Je pense, par exemple, au manoir de Lébioles, à Spa, aujourd'hui transformé en hôtel de luxe, ou, un peu plus loin, à la villa Henessy à Dinard.


Manoir de Lébioles à Spa


Villa Hennessy à Dinard


Après une traversée de la ville de Dinant chaotique, comme toujours - ce qui m'enlève à chaque fois toute envie de m'y arrêter et de m'y attarder - direction Givet et première vraie étape: le château de Freyr et ses jardins, à ras de Meuse, entre Dinant et Givet : une résidence pour de vrais seigneurs, un lieu chargé d'histoire, un site naturel exceptionnel et un des rares exemples de jardin "à la française", en Belgique.

Le site est d'une grande beauté. Sur la rive droite de la Meuse, des rochers abrupts plongent dans l'eau. Sur la rive gauche, plus douce, le château et ses jardins. Ceux-ci s'organisent en deux axes et quelques figures géométriques. Je ne me suis guère attardé à l'histoire : c'est le site que je voulais découvrir et ressentir.







L'heure de midi approchait et un sentiment de faim commençait à m'envahir. Retourner à Dinant, pour y manger ? Impensable. Je décidai de remonter la Meuse en direction de Namur. Je n'étais pas très loin de Maredsous. Je savais que j'y trouverais de quoi me nourrir sainement. La route sinueuse (12 km) qui longe la Molignée, de la Meuse jusqu'à Maredsous, paraît interminable, quand enfin apparaissent les bâtiments imposants sur la colline. Je suis arrivé "pile-poile" pour l'office de midi et la messe communautaire, puis ai mangé frugalement : une tartine (sans beurre) au jambon fumé, puis une autre (toujours sans beurre) au fromage de Maredsous, avec une bière blonde ... de Maredsous évidemment (j'en ai même repris une deuxième).





Je n'aime pas trop l'abbaye de Maredsous. Les bâtiments ne manquent pas de grandeur, mais, à chaque fois que j'y vais, je suis déçu. Je ne me sens pas touché. Certes, j'étais, ce jeudi, un visiteur touriste, comme de très nombreux autres, le lieu étant très fréquenté en été.

Comme de nombreuses autres abbayes, l'histoire de Maredsous est liée à de grandes familles, celles qui portent un nom. Elles ont donné des terres, elles ont financé la construction du monastère, elles y ont envoyé comme moines certains de leurs fils. Maredsous donne plus que d'autres l'image d'une abbaye aristocratique. A Maredsous, il y a aussi un collège et un internat, plus ouvert aujourd'hui qu'hier, je crois, mais qui a été un lieu où les fils de bonne famille se préparaient à de grands destins (économiques, diplomatiques, politiques). J'ai été fort surpris, me promenant au départ de l'abbaye, de constater que juste à côté de celle-ci se trouve un terrain de golf, avec une enseigne "propriété privée". Est-il destiné aux moines, ou à leurs élèves, peut-être apprendre à jouer au golf fait-il partie du cursus de tout homme de bien ?

Etrange région : à moins d'un kilomètre de l'abbaye de Maredsous, existe une autre abbaye, à Maredret, un peu moins imposante, mais apparemment du même architecte, où vivent des moniales bénédictines. Il serait intéressant de recouper les noms de famille des moines de Maredsous et des moniales de Maredret. On y trouverait des frères et soeurs, des cousins et cousines ... Cela donne l'impression que, dans les grandes familles, qui ont toujours compté - Dieu sait pourquoi - beaucoup d'enfants, on misait sur les poulains prometteurs et on assurait aux autres une vie digne de leur rang au couvent. Entrait-on alors au monastère par vocation ? Aussi sans doute parfois.




Le plus inattendu est de découvrir qu'à trois kilomètres de là se trouve encore un autre monastère de moniales bénédictines à Ermeton-sur-Biert, dans un château en plein village, dont la fondation relève d'un moine de Maredsous. S'ils ne se reproduisent pas, ils essaiment en tout cas. Il est pathétique pourtant de constater que les stalles du choeur des moniales à Maredret ont été conçues, il y a à un peu plus de cent ans, à peine, pour accueillir au moins 60 religieuses et qu'elle sont aujourd'hui une poignée, très âgées ou venant d'Afrique.

J'ai décidé de me concentrer sur la nature, très belle, pour une très agréable promenade de 6 km dans des sous-bois ombragés.

Je reprends ensuite mon périple : Ermeton, Mettet, ... et Bioul! Bioul, méritait une halte. Ce lieu mythique, depuis le faux journal de Jacques Jossart, dans les années 1980, existe donc bien. Une jolie église en pierre du pays, jouxtant un château de belle allure, un café des sports et une épicerie. Je longe le château d'Annevoie et ses célèbres jardins d'eau, à l'image de ceux que l'on peut découvrir dans les palais italiens autour de Rome.

Je plonge vers la Meuse. Les ponts ne sont pas légion pour passer d'une rive à l'autre à cet endroit.

La signalisation me parle de Mont-Godinne ... je me rappelle alors que le premier hôpital où Az. a été envoyé, quand il est arrivé en Belgique, était l'hôpital de Mont-Godinne. Il a dû se sentir fort perdu  là-bas. Village de Ohey (un compagnon de classe, au collège, venait de ce village). Puis bifurcation, je rejoins Crupet, un très beau village, son donjon et son étrange grotte dédiée à Saint Antoine.







Oui, les personnages sont grandeur nature ! L'ambiance est un peu glauque et je n'ai à ce jour rencontré d'équivalent qu'en Espagne et au Portugal. Mais si vous voulez vous faire caresser les cheveux par le diable, c'est là qu'il faut aller.

Retour vers le Condroz. Havelange, Pailhe, Les Avins (lieu d'un week-end scout mémorable), Pont-de-Bonne (le château de Modave est tout proche, ce sera pour une autre fois). J'aperçois alors une plaque indiquant Villers-le-Temple. Il y a quelques années, nous avions fêté, à l'époque où la famille était moins chétive qu'aujourd'hui, les cinquante ans de ma mère dans un très beau et très bon restaurant sis dans une ancienne commanderie de templiers. Le bâtiment existe toujours, le restaurant plus. Je poursuis l'aventure découvrant avec surprise à quel point les côteaux de la rive droite de la Meuse, sont, à cet endroit, boisés.

Tout à coup, une invitation à rejoindre Saint Séverin. J'y parviens à travers une petite route de campagne totalement cabossée serpentant entre champs, pâtures et chemins creux. Et là, le miracle. Cette petite place au milieu du village, l'étang, l'église romane du 12ème siècle parfaitement entretenue, de style bourguignon. J'en fais le tour à travers le cimetière ancien. J'y pénètre et j'y reste un temps assez long ; j'ai même de la peine à partir. Les panneaux expliquant l'architecture et l'histoire me paraissent superflus. Quand je pénètre dans une église comme celle-là, je ressens en moi des choses, comme une dilatation de mon être. J'avais envie de chanter une mélodie grégorienne : le Salve Regina de la Trappe, une des rares mélodies grégoriennes que je connaisse par coeur. J'étais seul, j'ai commencé, des gens sont entrés, je n'ai plus osé, je me suis arrêté net.



J'y retournerai pour faire des photos. Par un des ce mystères dont seul mon fils Sam a le secret  - car il en est généralement l'explication - mon appareil photo refusait obstinément de prendre quelque photo que ce soit.

De retour sur la grand-route, je décide de rejoindre la "Roche aux Faucons" pour contempler un autre beau paysage ; puis Esneux, Tilff et Liège.




L'Ourthe vue de la Roche aux Faucons


J'ai beaucoup roulé, pendant cette journée, vu beaucoup de belles choses et ressenti autant d'émotions. Et puis, rouler sans but me plaît.




vendredi 19 août 2011

Remèdes de bonnes femmes et élixirs de moines

Connaissez-vous le lait de jument ?

On en vend chez Knapen, rue Puits-en-Stock, à 100 mètres de chez moi, la crémerie du quartier la plus proche. Chaque fois que je vois l'écriteau "lait de jument",  je me pose la question : mais qui peut bien acheter et consommer du lait de jument ?

Je suis prêt à changer d'avis. Le lait de jument serait fort proche du lait maternel pour les petits d'hommes et serait bénéfique, à de multiples égards, pour les plus grands.

Je savais que Cléopâtre se plongeait dans des bains de lait d'ânesse, pour avoir la peau lisse, douce et sans tâche. Je m'imagine mal faire de même : pour quel résultat et pour qui d'ailleurs ?

Voici néanmoins quelques vertus du lait de jument :
- mauvaise digestion et problèmes d'estomac (brûlures d'estomac, ulcère ...) ;
- problèmes de peau (névrodermite, psoriasis) ;
- baisse du taux de cholestérol ;
- renfort en cas de stress, fatigue ... ménopause;
- faiblesse musculaire, articulations raides ;
- manque de vitamine et/ou de minéraux ;
- fournit plus d'énergie et de résistance ;
- soutien en cas d'opération ou de chimiothérapie.

http://www.stutenmilch.be/content.aspx?CategoryID=1558&EntryID=6534

Au vu de ces bienfaits, je me demande comment mon médecin traitant ne m'a pas encore suggéré ce remède traditionnel. Comme ses solutions médicamenteuses à lui sont d'une efficacité toute relative, je suis en train de me demander si le lait de jument ne pourrait pas m'aider, relevant d'un grand nombre - pas toutes quand même - des indications relevées.

Connaissez-vous l'eau d'Emeraude ?

Je viens de la découvrir. Une humble bonne entrée chez les bénédictines au XVIIème siècle y emporta avec elle le secret d'un alcool médicinal qu'un apothicaire lui avait légué en remerciement de ses services (le site des bénédictines de Bouzy, en France, qui maintient la tradition, ne précise pas de quels services il s'agissait).





L'eau d'émeraude est une lotion naturelle pour la peau et l'hygiène buccale. A partir de miel, une fermentation alcoolique dans laquelle macèrent des plantes médicinales produit un hydromel, qui est ensuite distillé afin d'obtenir un alcool à 50 %, riche en huiles essentielles.

Après un accident de carrosse l'ayant blessée à la jambe, madame de Sévigné eut recours à cette eau. Elle en fait l'éloge dans deux lettres à sa fille : "Je mets d'une eau d'émeraude si agréable .. sur ma jambe ... elle console et  perfectionne tout" ( 20 juin et 1er juillet 1685). Consolation et perfection, n'est-ce pas ce qu'il me faut ?

Quelles sont les vertus de l'eau d'Emeraude ? Dans la notice, on peut lire ceci :

En compresse, l'Eau d'Emeraude, grâce à ses propriétés purifiantes, calmantes et apaisantes
 contribue à soulager vos petits problèmes cutanés. 
Elle est très utile pour nettoyer les égratignures, les peaux jeunes à problèmes, par exemple.
Utilisée après rasage, l'Eau d'Emeraude aide à calmer le feu du rasoir. 

En friction, l'Eau d'Emeraude contribue à délasser les jambes fatiguées. 
Immédiatement après une agression légère, appliquée en compresse
 ou bain local, l'eau d'Emeraude procure un apaisement. 
En bain de bouche, en tampon sur un coton ou en gargarisme diluée dans un peu d'eau chaude,
 l'eau d'Emeraude favorise une bonne hygiène buccale.


Pardonnez-moi, si c'est difficilement lisible. C'est le style "notice pour médicaments". Quand j'ai ouvert le flacon, car j'en ai acheté un pour tester le remède contre mes problèmes de peau, la fragrance m'était connue : elle se rapprochait de celle de la Chartreuse verte, la liqueur sans doute la plus alcoolisée de tout le territoire français. Je me suis toujours demandé pourquoi ces moines, les chartreux, qui vivent la règle la plus ascétique qui soit, proposent aux péquenauds que nous sommes un des alcools les plus forts du marché.


J'ai ainsi appris que les chartreux de la Grande chartreuse, près de Grenoble, ont reçu, au XVIIème siècle, du duc d'Estrée, un curieux manuscrit contenant la recette d'un Elixir de longue vie. Trop complexe, la recette sera abandonnée et un frère chartreux élabora un Elixir végétal de la Grande chartreuse. J'adore le mot "élixir". A partir de l'élixir, les chartreux ont créé un digestif original. Mais il faudra attendre 1764 pour que la Chartreuse verte soit commercialisée comme liqueur de santé.


Aujourd'hui, nos bons ascètes nous proposent :
- l'Elixir végétal de la Grande Chartreuse, selon la recette originale, comportant 130 plantes. Jusqu'il y a peu, son degré d'alcool était de 71° ; le degré d'alcool a dû être réduit, en 2010, à cause d'une directive européenne.  Il va sans dire que le dit élixir ne peut se consommer que dilué dans un grog, une infusion ou sur un morceau de sucre ;
- la Chartreuse verte, 55°, à consommer sur glace ou en cocktail ;
- la Chartreuse jaune, 40°, les mêmes plantes dosées autrement pour un goût plus doux et un résultat plus sucré.








Je me suis demandé comment ces bons pères pouvaient faire dévôtement leurs prières, après avoir surveillé l'alambic. Deux moines seulement sont détenteurs du secret, lequel n'est pas breveté et ne tombera donc jamais dans le domaine public, mais les pères ont confié à d'autres qu'eux-mêmes la fabrication du brevage. Est-ce bien catholique d'ainsi soumettre aux effluves de l'alambic des quidam ?


Un souvenir et une question : 
- lors de nos vacances, en Bretagne, ma prude et catholique grand-mère achetait, au début du séjour, une bouteille de Chartreuse verte. Elle devait durer tout le mois des vacances, mais elle en buvait un petit verre tous les jours ;
- où vend-on, à Liège, de la Chartreuse ?


P.S. J'ai appris, étant jeune, qu'on ne dit pas "j'ai mal à mes dents", mais "j'ai mal aux dents", car il m'est évidemment impossible d'avoir mal aux dents de mon voisin. La marquise de Sévigné apporte ici le petit plus : "je mets d'une eau d'émeraude si admirable .. sur ma jambe". Elle ne dit pas s'il s'agit de la jambe gauche ou de la jambe droite, mais elle a évidemment raison. Elle aurait pu tout aussi bien se préoccuper de la jambe d'un autre.

mercredi 17 août 2011

Racisme au quotidien et cauchemar

J'ai vécu, ce matin, l'événement suivant.

Je me trouvais faisant la file à la caisse de mon GB local (je ne parviens toujours pas à dire Carrefour). Juste avant moi, une mamie d'un âge respectable ; avant la mamie, une jeune femme enceinte d'origine africaine.

La jeune femme dépose sur le tapis roulant ses achats, mais laisse plusieurs choses dans le panier qu'elle abandonne sur la pile des paniers. Une distraction peut-être ?
La mamie lui dit : " madame, n'avez-vous pas oublié quelque chose ? "
Réponse de la jeune femme : " de quoi vous mêlez-vous ? Cela ne se fait pas de parler à quelqu'un qu'on ne connaît pas ".
La mamie, un peu interloquée : " mais si vous ne voulez pas acheter ces produits, dites-le à la caissière, rendez-les lui, mais ne le les laissez pas dans le panier ".
La jeune femme: " mais qui vous donne le droit de me dire ce que je dois faire ? Je suis enceinte, et je ne dois pas me stresser. Je suis née en Suède, je suis européenne, et jamais, en Suède, personne ne m'a parlé comme vous ".
La mamie, piquée au vif: " alors madame, pourquoi n'êtes-vous pas restée en Suède ? "
La jeune femme : " vous n'êtes qu'une raciste ! "

Voilà comment on devient raciste, sans l'avoir voulu.

La caissière tente tant bien que mal de calmer la polémique.
Mais, ce n'est pas fini ...

Tous les achats de cette jeune femme étant passés et s'étant amassés, elle paie en liquide, puis, après avoir payé, demande un sac en plastic. La caissière lui dit que c'est payant.
La jeune femme conteste (sans doute, les sacs ne sont-ils pas payants, en Suède).
Elle finit par payer 10 cents et reçoit un sac bien trop petit pour ses achats.
Pendant qu'elle remplit son sac, la mamie voit ses courses qui défilent et qui se mêlent avec celles de la jeune femme, qui prend tout son temps (n'oublions pas qu'elle est enceinte et qu'elle ne doit pas connaître de stress).
Vient mon tour, mes courses à moi commençant à arriver sur le tapis roulant,  alors que la jeune femme est toujours en train de remplir son sac en plastic. Tout à coup, elle prétend qu'on ne lui a pas donné son reste, ce que la caissière dément. La jeune femme commence à chercher au fond du sac en plastic, si le reste s'y trouve et commence à le vider, pour être sûre que le reste n'est pas au fond !
Je bous, mais je prends le parti de me taire.
Je remplis mon sac réutilisable dans un espace devenu fort réduit, compte tenu de la présence envahissante de cette sympathique cliente, quand tout à coup, elle soulève son sac en plastic, et celui-ci cède. Elle fait alors un scandale ... alors que je m'apprêtais à payer. Elle exige qu'on lui remplace le sac en plastic qu'elle a acheté.
Fatima, la caissière lui dit que, si le sac s'est rompu, c'est de sa faute, elle l'a trop rempli.
La caissière, du coup, se fait aussi traiter de raciste.
" Madame, vous auriez dû demander deux sacs, dit Fatima. Voulez-vous deux sacs ? "
" Oui, mais je n'en paierai qu'un. "

Quand j'ai quitté, elle tentait de faire entrer le sac cassé et son contenu dans l'unique sac qu'elle a accepté de payer en plus. Dois-je dire que personne n'avait envie de l'aider ?

Cette histoire est véridique. Pendant que je bouillais, j'imaginais un discours de Salomon pour apaiser les tensions. Je le garderai pour moi. Il évoquait le respect des autres, la désinvolture, le sans-gêne, l'agressivité et l'arrogance. En bref, j'aurais voulu dire à cette jeune femme enceinte qu'elle ne doit pas espérer que les autres la respectent, si elle témoigne d'aussi peu de respect pour les autres.

Qui était raciste dans cette aventure ?

Moi, je le suis devenu un peu, après cela, non pas à cause du fait que cette jeune citoyenne suédoise enceinte était de race noire, mais parce ce qu'elle est une emmerdeuse de première. Bref, je suis raciste à l'égard des emmerdeurs et des emmerdeuses, sans discrimination de sexe, de genre, de race, de couleur, de culture ou de religion.

Photos d'ambiance: l'enterrement de Matî l'ohè

Les fêtes du 15 août, dans mon quartier, se terminent par un dernier événement, plus confidentiel, mais peut-être plus authentique, juste avant le feu d'artifice de clôture. C'était hier, le 16 août.


Il n'est plus question ici d'aubades aux "potales" vouées à la madonne du quartier, mais d'une parodie de procession funèbre où l'on enterre un os de jambon, dans son petit cercueil, après avoir fait le tour non plus des "potales", mais des cafés du quartier ... je vous laisse imaginer la fin du cortège. Dress code: être habillé en ecclésiastique ou en noir, style 1900, pleureuses à voilettes bienvenues. D'après la tradition, ce rite est nécessaire pour garantir les fêtes de l'année prochaine. A "Matî l'ohè", on n'offre ni fleurs, ni couronnes, mais des poireaux et du céleri.

Voici quelques photos d'ambiance (la plupart ont été prises, hier, par mon fils Samuel).


















Pendant ce temps, affluent, à Madrid, des cohortes de jeunes chrétiens pour les JMJ - un million, dit-on - pour prier, se rencontrer, en attendant le clou du spectacle Benoît XVI himself ! Nous sommes vraiment des amateurs dans mon quartier, il n'y a pas à dire.

mardi 16 août 2011

Impressions du 15 août 2011 entre tradition et répétition

Je trouve nécessaire que les traditions soient conservées et même préservées. J'aime mon quartier pour cela, car c'est un quartier de traditions. Mais il ne faut pas non plus que la tradition devienne répétition.

Cela fait quinze ans que j'habite le quartier d'Outremeuse, au coeur des fêtes du 15 août. Je sais que pendant deux ou trois jours, le sommeil sera difficile à trouver. Je sais aussi, année après année, que je vais revoir la même chose : les mêmes excès, les mêmes beuveries, les mêmes têtes, les mêmes rituels, les mêmes cortèges et processions, la même foule.

Quand j'étais un nouvel habitant du quartier, je m'y suis investi un peu, dans le cadre d'une association, et déversais abondamment le péket jusqu'à 3 heures du matin à de nombreux jeunes étudiants, parmi lesquels un certain nombre d'entre les miens tout étonnés de me trouver là. Ce qui m'a valu une réputation de guindailleur à l'extrême opposé de ce que je suis. Une fois de plus, dans ma vie, je jouais un rôle en décalage avec ce que je suis.

Depuis, avec les contradictions qui sont les miennes, je navigue, comme toujours entre deux eaux, l'envie d'être dedans et le sentiment d'être dehors (à moins que ce ne soit le sentiment d'être dedans et l'envie d'être dehors). Je n'arrive pas vraiment à me sentir à l'unisson des autres et j'erre plutôt solitaire. Je n'ai pas beaucoup d'amis, et parmi les rares que j'ai, aucun n'imagine que sa condition puisse le conduire à se compromettre dans un événement aussi populaire, où la musique est inaudible et les plaisirs fort prosaïques. Et puis, comment pourraient-ils s'accommoder d'autant de vulgarité ?

Cette année, les fêtes du 15 août tombaient en plein ramadan. La plupart des snacks et restaurants musulmans ont ouvert leurs portes, mais n'ont pas investi les rues, comme les autres années. Le ramadan pourtant n'est pas un temps d'austérité ; c'est comme un temps de retraite, de retour sur soi où l'on donne un peu plus de place à l'intériorité, un temps de purification. Mais ce n'est pas un temps triste, de pénitence, de mortification. Certes, il y a le jeûne ; mais, la nuit, on se rattrape et on aime se réunir en famille ou entre amis autour de bonnes choses à manger. C'est d'ailleurs la période de l'année où les commerces musulmans font leur meilleur chiffre d'affaires ! Le doyen d'Outremeuse a eu une belle initiative en invitant un musulman du quartier à s'exprimer lors de la messe en wallon du 15 août. Marie n'est pas une inconnue pour les musulmans. Le Coran en parle et ils la respectent. Je ne sais pas ce qu'ils pensent de la statue de la Vierge noire que l'on promène dans les rues, accompagnée de personnages déguisés. Mais je n'ai jamais ressenti aucune hostilité. Le jeune musulman qui a pris la parole, lors de la messe, est né à Liège. C'est sa ville, Outremeuse est son quartier et donc le 15 août est aussi sa fête. Il la fêtera à sa façon, un peu en retrait par rapport à nous, mais c'est sa fête. De ces propos, comment ne pas retenir l'appel à la tolérance et au respect de l'autre, l'invitation à faire de ce qui nous est commun le point central de nos relations humaines. Propos d'une grande sagesse ; en effet, je le pense, nous nous ressemblons plus les uns les autres que nous ne sommes différents les uns des autres.

Comme le quartier est devenu multiculturel, ne serait-il pas bien d'intégrer davantage cette dimension dans nos festivités ? Deux réflexions :
- il y a une dizaine d'années, quand il était encore permis aux particuliers du quartier de vendre du péket et des bouquettes à la fenêtre de leur maison, j'étais passé rue Beauregard - je crois - et une famille marocaine vendait elle aussi, à sa fenêtre, des crêpes marocaines avec du miel et offrait le thé à la menthe. Maintenant que c'est interdit, une belle occasion de rencontre, d'intégration et de vie ensemble a été perdue ;
- pourquoi les communautés étrangères qui vivent dans le quartier ne sont-elles pas associées au cortège folklorique ou présentes dans les concerts ? Parce qu'il s'agit d'illustrer uniquement les traditions wallonnes ?  Je suis sûr que les africains du quartier, les asiatiques et les maghrébins ont un folklore aussi riche que le nôtre, qu'ils ont quelque chose à partager et puis ... les africains savent mettre de l'ambiance, beaucoup plus que N., 60 ans et des balais, fan de Johnny avec son orchestre de bal. On peut être populaire, sans finir par verser dans le pathétique.

La messe en wallon est une institution. Et, pour faire le sermon, l'idéal est d'avoir un curé du terroir, proche des gens, populaire, voire même un peu truculent. Il s'agit, dans le fond, d'offrir un spectacle, dans la même veine qu'au théâtre de marionnettes Tchantchès. C'est ça que les fidèles attendent. Son discours doit être simple et direct. Existe-t-il encore des curés du terroir ? Quand notre clergé ne sera plus qu'africain ou polonais, qui prononcera le sermon en wallon ? Je n'ai pas assisté à la messe, mais il m'a été rapporté qu'une des intentions, lors de la prière universelle, était plus ou moins rédigée comme suit : "Nous confions à Marie ... turtôt, les blancs, les neûrs, les djennes é to ceû qui n'magnent nen d'pourçè " (orthographe non certifiée). Dans le fond, ce qui caractérise l'esprit de mon quartier, c'est le basculement perpétuel entre respect et irrévérence, dans un esprit toujours bon enfant. On se moque un peu de tout, mais jamais méchamment.

Et puis, il y a ce que j'appelle les pépites. Ces petits moments qui me rassurent, qui me font dépasser ma solitude.

Il y en a eu trois.

Il s'agissait d'un étudiant français et de sa copine américaine. Un moment de cohue et puis la conversation s'engage. J'explique alors un peu Outremeuse, la tradition du 15 août, pourquoi Marie, la tradition des géants ... Je confesse aussi que c'est évidemment moins bien qu'à Disneyworld ! Ici, on n'est que des amateurs.

Un peu plus loin, je me trouve côte à côte avec une famille africaine avec deux jeunes enfants. Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve les très jeunes enfants africains adorables ; à chaque fois, mon coeur fond. Le papa tenait sur ses épaules son petit garçon de 3 ans, la maman, veillait sur la petite fille à peine plus âgée assise dans un buggy. Tous les quatre regardaient avec des yeux émerveillés la parade. Un groupe folklorique avait collé sur le front du petit garçon un coeur en papier de couleur verte. A un moment, je pointe du doigt son petit coeur sur le front ; il me fait d'abord les gros yeux, puis il me sourit. Le papa aussi. Je dis à la maman : vous êtes une belle famille. Elle me dit : merci. La maman était belle comme une sainte vierge, tout en elle exprimait la douceur, la bienveillance. On avait promené la statue de la Vierge noire, le matin ; elle était ma vierge noire à moi. Le papa était petit, avec de très beaux traits aussi, et avec le même regard doux et lumineux que sa femme. Ce jeune couple, pour moi, représentait la bonté et la lumière. Comme quoi, parfois, il arrive que les plans de Dieu se réalisent. J'ai demandé : d'où venez-vous ? De Somalie. Le pays de la faim aujourd'hui. Je leur ai souhaité une bonne fête. Et j'ai eu un regret : j'aurais aimé qu'ils fassent dorénavant partie de mes amis.

Bien plus tard, après avoir joué à cache-cache avec Sam, tous nos rendez-vous ayant été manqués, je me préparais à rentrer. Je me suis assis un instant sur le banc juste en bas de mon immeuble. Une pause. Deux garçons africains, dans la vingtaine, me demandent poliment s'ils peuvent s'asseoir sur le banc. Je réponds: bien volontiers. La conversation s'engage. Cela m'étonne combien parfois des confidences peuvent se faire comme cela sur un banc. Ils étaient originaires du Congo, l'un d'entre eux étant né ici. Ce qui m'a frappé une fois de plus, c'était l'extrême gentillesse dans leur attitude. Ils habitent dans le quartier de Saint Léonard. Quand je leur ai dit que j'habite juste derrière, ils m'ont dit :  alors, vous êtes un riche. Cela doit être un peu vrai. Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais plus. J'ai dit que j'habitais avec mon fils. Tu n'as pas de femme ? Je n'ai plus de femme. Tu es riche, tu peux encore avoir une femme ; l'amour, c'est autre chose ! Je tente de leur expliquer que je n'ai pas particulièrement envie d'une autre femme et qu'on finit par accepter certaines situations. La conversation se poursuit. Finalement, ils me laissent, en me souhaitant le bonheur et en disant qu'on se croisera peut-être encore, non sans souligner que leur jeune libido va les conduire plus loin ... Vous allez sûrement trouver, dis-je ! Nous ne sommes pas là pour trouver, me répond l'un des deux.








vendredi 12 août 2011

Les prédateurs

Dans le monde sauvage, un prédateur est un organisme vivant qui met à mort des proies pour s'en nourrir ou pour alimenter sa progéniture. Il peut s'agir d'un animal ou d'un végétal. Il se nourrit d'un autre, de l'autre. De l'homme du paléolithique, celui qui vivait il y a bien longtemps, on a dit qu'il était un prédateur, car il vivait de chasse et de cueillette.

Le monde des hommes d'aujourd'hui n'est plus le monde sauvage, cependant, les hommes tuent toujours d'autres espèces animales pour manger, ils ont même développé - depuis très longtemps - l'élevage à cette fin ; ils cultivent aussi aujourd'hui de manière extensive ; dans nos sociétés occidentales, on industrialise tout. On y tue donc dorénavant, de manière organisée et planifiée, pour nourrir des cohortes d'êtres pas nécessairement affamés, et même parfois obèses. Il faut être riche pour manger de la viande. Pendant ce temps, d'autres, dans la Corne de l'Afrique, meurent de faim.

Certains peuples sont adeptes d'une cuisine végétarienne (voire végétalienne) par respect de la vie animale. Grande question ! Celui qui mange un oeuf de poule tue-t-il la poule dans l'oeuf ? Il est vrai que la poule ne se pose guère de questions : le lendemain, elle pond de nouveaux oeufs. Puisse-t-elle seulement avoir la liberté de courir partout et ne pas être enfermée dans une batterie. S'il devait s'agir de manger la poule, cela serait évidemment tout différent ! Il faut laisser les poules mourir de vieillesse. Celui qui mange des carottes, ou du riz, ou des pommes tue-t-il la plante qui a produit ce qu'il mange ? Non, il en recueille les fruits et la plante continue pour autant qu'on lui donne un peu d'amour et de soin.  Cela dit, l'éleveur qui aime sa vache, vend son lait et mène à l'abattoir les veaux qu'elle accouche, n'en fait-il pas autant ?

Mais, il est un autre aspect, car qui dit "prédateur" dit "proie" et "mise à mort". Il y a alors toujours un plus fort et un plus faible. Le plus faible nourrit le plus fort, selon une loi que d'aucuns qualifient de naturelle. Le plus fort se nourrit donc, et nourrit sa progéniture, avec la vie même du plus faible. Dans le monde sauvage, cette loi naturelle garantit, dit-on, un certain équilibre. L'appétit du plus fort évite la prolifération des plus faibles. Une sélection naturelle s'opère ainsi.

Considérons maintenant le monde des hommes, tel qu'il se présente à nous, aujourd'hui, après des siècles et des siècles de civilisation, de philosophie, de religions, de création artistique, de Lumières et de droits de l'homme.

On y trouve toujours autant de prédateurs. Et on y trouve toujours autant de faibles à la merci de plus forts. Comme si la civilisation n'était pas assez forte pour sortir de la sauvagerie ... ou de la loi naturelle.

Despotes et tyrans, politiques trousseurs de jupons, corrompus et corrupteurs, fauteurs de troubles et vandales, spéculateurs et agences de notation, tous vivent de la vie des autres, dans le plus profond mépris de ceux-ci.

Tous ces gens-là se nourrissent, ou cherchent à se nourrir, de la vie des autres.

La société des hommes, tellement sophistiquée, qui a donné lieu à tant de belles créations de la pensée, serait-elle, envers et contre tout, soumise à une loi naturelle celle du monde sauvage où le plus fort se nourrit toujours du plus faible pour garantir un équilibre naturel ? Je frémis rien qu'à y penser, mais espère.