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samedi 30 juillet 2011

Les juges (les hommes) intègres

L' Agneau mystique est une oeuvre majeure de la peinture flamande du XVème siècle (elle fut achevée en 1432) réalisée par les frères Van Eyck. On désigne les peintres flamands de cette époque de primitifs flamands, comme quoi il ne faut jamais utiliser le terme "primitif" dans un sens péjoratif. Cette oeuvre est conservée à la cathédrale Saint Bavon de Gand, lieu qu'il m'est arrivé de fréquenter plus souvent qu'à mon tour pendant mon mois de service militaire à Gand. J'étais libre en effet tous les jours à 16 heures et avais pour seule contrainte de rentrer pour 22 heures (j'aurais pu, étant marié, rentrer le lendemain à 8 heures, si j'avais eu un pied-à-terre, et échapper ainsi à l'ambiance désolante de la chambrée). Ce fut un temps où le sublime et le prosaïque ont dû faire bon ménage.




Je ne suis vraiment pas compétent pour analyser ou donner des informations à propos de l'Agneau mystique. Je n'en retiendrai ici que l'anecdote, car c'est elle qui inspire ma contribution de ce jour.

En 1934, deux tableaux du retable furent volés par le sacristain de l'église. L'un d'entre eux, Saint Jean-Baptiste, a été restitué par le voleur. Le second, Les juges intègres, n'a jamais été retrouvé (il s'agit des deux panneaux en bas à gauche). Ce que l'on peut voir est une fidèle copie.




Quel beau sujet de réflexion : les vrais juges intègres ont dû être remplacés par de faux juges intègres, des copies. Les copies sont-elles à la hauteur de l'original ? Qu'en est-il de l'intégrité aujourd'hui ?

D'après mon ami Robert "le petit", un homme intègre est un homme honnête, incorruptible, au-dessus de tout soupçon. Cela devait être le cas des hommes représentés par les frères Van Eyck à l'origine. Peut-on en dire autant de ceux qui sont censés les incarner comme copies ?

Je ne pense pas particulièrement ici aux juges, d'un point de vue judiciaire ; le mot "juge" peut être entendu plus largement et concerner tous ceux qui exercent un pouvoir quelconque, dont on peut espérer que le corollaire soit simultanément une responsabilité.

Et bien je suis déçu - et même affligé - par ce que j'entends, tous les jours, dans les media : les "juges" de remplacement sont de moins en moins intègres, qu'il s'agisse de chefs d'Etat, de ministres, de candidats à une élection, de hauts fonctionnaires, de dirigeants d'entreprises publiques, de patrons de la presse, de CEO (comme on dit aujourd'hui) d'entreprises privées. Je vous laisse le soin de mettre des noms, si vous avez lu la presse depuis deux ou trois mois, la liste est effarante.  Cette non-intégrité est révoltante ; je dirais même dégoûtante, car c'est bien le sentiment qui m'anime : un profond dégoût.

Pourquoi en est-on arrivé là ? Comment redresser la barre ?

Il s'agit de lutter contre des démons très puissants qui ont pour nom "pouvoir" et "argent". Mais, je ne vais pas verser ici dans l'ésotérisme ; ce n'est pas mon registre. Il me semble pourtant que le recul des religions, dans ce qu'elles ont de meilleur, mais aussi des philosophies humanistes, laissant ainsi le champ libre à une seule idéologie, mondiale, dominante, injuste et destructrice est une explication plus que plausible.

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/RIMBERT/20857

Ce modèle associant pouvoir et argent craque aujourd'hui de toute part. Il n'échappe à la faillite que par des artifices. Les indignés, les dégoûtés, les révoltés ont peu de moyens, mais disent des choses justes.

J'appelle de mes voeux  l'émergence de sages, intègres par définition, capables de définir de nouvelles priorités pour notre monde, de nouveaux modes de vivre ensemble, de nouvelles relations, de nouvelles valeurs. Passer d'un monde ancien à un monde nouveau (d'un ancien testament à un nouveau) n'est-ce pas, depuis toujours, le fil conducteur de l'aventure humaine ?

P.S. Je ne suis pas un sage et je n'ai pas reçu pour vocation de changer le monde. J'énonçais, il y a quelque temps, sur ce blog, mes priorités.

http://xavierciconia.blogspot.com/2011/05/leurope-doit-etre-un-modele.html

vendredi 29 juillet 2011

Quand tout se passait à Bioul

Bioul est un village du Condroz, une section de la commune d'Anhée dans la province de Namur, depuis 1977, année de la fusion des communes. Selon Wikipedia, 2.058 bioulois et biouloises y vivent. Le nom Bioul trouverait son origine dans un nom celtique bi-gorto signifiant enclos.

On peut y voir un château, appelé aujourd'hui le château Vaxelaire, du nom des actuels propriétaires.




Les origines du village sont très anciennes : la seigneurie de Bioul était déjà connue au Xème siècle.

Pour plus de détails :
http://entresambreetmeuse.skynetblogs.be/archive/2007/04/20/le-chateau-de-bioul.html

Soyons franc, si j'ai fait des recherches à propos de Bioul, c'est suite à la redécouverte du Faux Journal, imaginé par un certain Jacques Jossart, génial représentant de l'humour belge. Il détournait, dans les années 1970-80, des images d'actualité, des interviews de personnalités, de professeurs d'université, de ministres, de policiers, de pompiers avec un réel talent pour imaginer des voix et reproduire les accents. Alors que Bioul était et doit être encore une bourgade fort paisible, dans le Faux journal, il se passait toujours des choses inattendues à Bioul.

http://www.dailymotion.com/video/x1gm2m_faux-journal-iii_fun
http://www.dailymotion.com/video/x1gko2_faux-journal-ii_fun
http://www.dailymotion.com/video/x1gdbi_le-faux-journal_fun

J'ai longtemps cru que Bioul était un lieu imaginaire ; il n'en est rien.

J'ai donc décidé de me rendre prochainement à Bioul d'autant que la région ne manque pas d'attrait, terre de châteaux, d'abbayes et de monastères, de paysages bucoliques et de chapelles au milieu des champs.  Maredsous, Maredret, Ermeton, Annevoye, Falaën ne sont pas loin.

Voici ce que je devrais rencontrer notamment. J'espère, cette fois, ne pas être déçu !







J'en conviens, les lacs et les cascades sont plus modestes, en Belgique, qu'aux Etats-Unis. Les champs ont des limites. On ne doit pas s'équiper comme un aventurier pour découvrir nos régions. Sauf dans le Hainaut, les villes ne sont pas fantômes. Les émotions sont les mêmes, et elles coûtent moins cher en Belgique.

jeudi 28 juillet 2011

Liège, les touristes et les paumés de la vie

Liège, ma ville, a de nombreux atouts pour attirer les touristes de passage : les bâtiments remarquables, les fonds baptismaux de Saint Barthélemy, le Grand Curtius, le Trésor de la Cathédrale, le marché de la Batte, notamment.

L'illumination des ponts est une bonne chose. La gare Calatrava et le port des yachts, avec sa capitainerie, aussi. Un événement annuel, comme les "Côteaux de la Citadelle", attire du monde. L'excellence de l'Orchestre philharmonique, le travail du Théâtre de la Place et celui de l'Opéra contribuent au rayonnement de la ville. Il y a de bons restaurants à Liège et des endroits plaisants comme la place du Marché et la place des Carmes, les quais en bord de Meuse, le parc de la Boverie.

Bientôt, la ville accueillera le Tour de France et peut-être une exposition internationale en 2017.

Ce ne sont pas les atouts qui manquent, ni le dynamisme.

Je ne sais pas ce que les touristes en pensent, mais, moi, j'éprouve un certain malaise quand je parcours des rues où la moitié des commerces sont vides, ou à louer (rue de la Régence, rue Puits-en-Sock, Féronstrée, Neuvice, galerie Pont d'Avroy, jadis florissantes). Or, des circuits touristiques, au demeurant bienvenus, passent par là. J'éprouve un réel malaise face à la pauvreté, et même la précarité, tellement visible (mendiants, SDF, toxicomanes) ; à Maastricht, à 25 kilomètres de chez moi, où le cannabis est en vente libre, je ne rencontre pas cela.

Loin de moi l'idée de parquer les pauvres et les paumés dans un camp à l'abord des villes. Mais, alors que l'on peut se réjouir de l'ouverture d'un hôtel 5 étoiles, on devrait pouvoir se réjouir aussi d'une politique plus active de réinsertion et d'assistance des paumés de la vie. Combien d'immeubles dans le centre ville comprennent-ils un rez-de-chaussée commercial, mais des étages inoccupés ? Combien d'immeubles restent vides parce que les loyers exigés sont exagérés ? Combien de propriétaires renoncent à louer leur bien à cause des locataires réputés mauvais payeurs ? Il y a malheureusement à Liège une frange de la population qui ne participe pas aux atouts et au dynamisme de la ville. J'éprouve de la gêne, et même de la honte, quand je croise le matin un homme (toujours le même) endormi sur un banc public ou quand je finis par dire non à celui qui me sollicite pour une petite pièce "pour manger", dit-il. Je veux bien le croire, car les petites pièces qu'il ramasse ne doivent pas être suffisantes pour acheter de la drogue.

Cela me pose question.

Or, j'ai lu ce matin, dans la presse, ce beau témoignage d'un patron d'hôtel marocain à Bruxelles qui ouvre gratuitement les chambres inoccupées de son hôtel aux sans-abris. Il le fait avec sagesse estimant que le Coran l'appelle à faire cela ; cela s'appelle le zakat, c'est-à-dire l'aumône. Il le fait en toute simplicité. Comme quoi la religion peut avoir du bon. J'observe aussi que les mendiants à Liège ne sont presque jamais musulmans.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/675796/mille-et-une-nuits-offertes-aux-demunis.html

Affligeants sont, par contre, les commentaires de certains lecteurs qui voient dans cet article de la propagande en faveur des musulmans ou accusent de complicité cet hôtelier en cas d'accueil de sans-papiers, car il s'agit d'illégaux. Et dire qu'il faudra pardonner à ceux-là plus qu'aux autres, parce qu'il sont cons ...

http://www.youtube.com/watch?v=gznDOMKeWkA

mercredi 27 juillet 2011

Maurice Maeterlinck, un centenaire

Le 9 novembre 1911, Maurice Maeterlinck (1862 - 1949) recevait le prix Nobel de littérature, rejoignant ainsi les plus grands: Rabîndranâth Tagore, Henri Bergson, Thomas Mann, Luigi Pirandello, Herman Hesse, André Gide, William Faulkner, Ernest Hemingway, Pablo Neruda, entre autres. Il est le seul belge à avoir jamais obtenu ce prix prestigieux. Des espoirs ont été nourris, pendant un temps, concernant Hugo Claus, mais sans succès.































Maurice Maeterlinck s'est illustré dans la poésie, dans l'essai et surtout dans le théâtre, où il est considéré comme l'égal de dramaturges tels que Henrik Ibsen, Anton Tchekov ou August Strindberg. Son théâtre est un théâtre de l'âme, comme le rêvait le symbolisme : personnages passifs, réceptifs à l'inconnu et à la fatalité. Plusieurs de ses oeuvres ont été mises en musique : Pelléas et Mélisande, mis en musique par Claude Debussy ; Serres chaudes, mis en musique par Ernest Chausson ; L'oiseau bleu, opéra du compositeur français Albert Wolff. 

Heureuse époque où, dans les arts, se développaient des mouvements - ou des moments - de convergence entre auteurs, compositeurs, peintres, sculpteurs. Je recommande, à cet égard, l'ouvrage suivant, un beau livre comme on dit : Michel Draguet, Le symbolisme en Belgique, Fonds Mercator et Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 2004, rééd. 2010.




Maurice Maeterlinck était un flamand ayant choisi de s'exprimer en français, comme son contemporain Emile Verhaeren qui, dans ses poèmes, chante la flandre en français. On apprenait par coeur des poésies d'Emile Verhaeren à l'école primaire. Il fallait attendre un peu pour découvrir l'univers de Maurice Maeterlinck. Qu'ils fussent l'un et l'autre flamands ne nous posait pas de problème. Les petits wallons que nous étions découvrions ainsi un peu de l'âme flamande.

Je ne sais pas dans quelle mesure les nationalistes flamands envisagent de commémorer ce centenaire qui va concerner un de leurs enfants, dès lors que celui-ci s'exprimait en français.

P.S. Pour la petite histoire, relevons le deuxième prénom de Maurice Maeterlinck - Polydore - peu usité aujourd'hui ; c'est dommage.

lundi 25 juillet 2011

Paroles d'un sage

J'ai lu aujourd'hui que la Norvège, avant certains choix politiques importants, consultait préalablement des  philosophes. Quelle judicieuse idée ! 

Je cite la Norvège, parce qu'elle a été touchée au coeur même de ses valeurs par un de ses ressortissants, devenu fou au contact des idées véhiculées par l'extrême droite, religieuse et conservatrice. La presse explique que, sur le plan de l'idéologie, autant que sur le plan des méthodes, une filiation existe, dans les actes de ce loup solitaire, avec ce qui se fait de mieux dans le genre aux Etats-Unis d'Amérique. La folie meurtrière ne serait donc pas qu'islamique. La plus grande démocratie du monde créerait aussi des terroristes, même au-delà de ses frontières. Comment être à l'abri ?

Quelle place les sages - les philosophes - peuvent-ils encore revendiquer ?

Je ne sais, mais je vous livre quelques paroles d'un sage, Jordi Savall, un sage musicien.




Pour entretenir une relation, il faut savoir se donner, accepter l’autre. Etablir un lien avec l’inconnu suppose de se laisser interpeller par autrui, accepter une certaine fragilité, abandonner sa position privilégiée. Or, pendant des siècles, le monde occidental a été convaincu de tenir la seule et unique vérité, d’évoluer dans la civilisation la plus brillante. La tolérance, avec ce que cela peut sous-entendre de condescendance, était le signe le plus fort d’ouverture et de générosité. Cependant, les oppositions demeurent et nous les avons ressenties lors de nos projets réunissant des musiciens venus de divers horizons, de pays que la politique divisait. La tension était palpable dans les premières répétitions. Nous avons ensuite été surpris par des Israéliens et des Palestiniens s’amusant à chanter ensemble les mêmes chansons pendant les pauses de nos séances de travail. Rien ni personne ne les y obligeait. C’est là la force de la musique: elle peut apporter la paix car elle oblige à dialoguer et à se respecter. 

Que pensez-vous alors de l’aventure de Daniel Barenboim et de son West Eastern Diwan Orchestra qui réunit Israéliens et Palestiniens?

Elle est bien sûr importante mais un peu déséquilibrée car elle pousse les seconds à adopter le répertoire des premiers. Les musiciens juifs jouent depuis toujours le grand répertoire symphonique. Notre démarche s’en distingue car elle donne la parole, pour ainsi dire, à chaque camp. Nous demandons à tout musicien de jouer son propre répertoire avant de rejoindre le groupe et de travailler collectivement.  
….Le principal obstacle à l’harmonie collective est le fanatisme, cette maladie qui touche ou a touché toutes les religions. On sait pourtant aujourd’hui que la vérité absolue n’existe pas et qu’elle n’appartient pas à une religion plutôt qu’à une autre. La science a montré la relativité des choses. Mais cela n’a pas encore été accepté, même à Rome. La véritable religion n’a d’ailleurs pas besoin de cardinal ni de pape. En Inde, des millions de croyants partagent la même foi sans dépendre de quelqu’un ou d’une hiérarchie.

Extrait d'une interview dans le Vif L'express par Bertrand Dermoncourt.







Découvertes musicales

Mes découvertes musicales sont bien modestes. Je n'ai ni la culture, ni les références, de certains de mes amis. Les miennes sont dues au hasard et à la curiosité.

Première découverte: Ibrahim Maalouf.

Ibrahim Maalouf est un trompettiste franco-libanais. De formation classique, il n'hésite pas à aborder aussi la musique arabe. Il joue alors d'un instrument, dont son père a été l'inventeur, une trompette "micro-tonale" qui permet de jouer les quarts de ton que nos oreilles occidentales ont tellement de peine à apprivoiser, notre clavier depuis Jean-Sébastien Bach étant peut-être un peu trop tempéré. Ce qui me plaît évidemment, chez le personnage, c'est sa capacité à décloisonner les traditions et à les faire se rencontrer. Il propose ainsi  une rencontre entre le jazz et la musique arabe fort stimulante. Le deux traditions ont pourtant ceci en commun: une base répétitive sur laquelle peuvent se greffer de nombreuses improvisations.







Deuxième découverte:  Yodelice.

Yodelice est un personnage imaginaire dans lequel se projette un jeune chanteur français, Maxim Nucci, né en 1979. Il n'y a point ici de vraie surprise, mais un répertoire calme, apaisant et séduisant.










J'aurais pu parler aussi de Chapelier fou ou de Suarez, mais ils m'ont moins marqué que mes deux "nominés" du jour.

dimanche 24 juillet 2011

Une pétition pour la création d'un Etat palestinien

J'ai été invité par un ami Facebook à signer une pétition en faveur de la création d'un Etat palestinien. Et je n'ai pas hésité. Cela me paraissait aller tellement de soi.

http://www.avaaz.org/fr/independence_for_palestine_9/?vl

Mes certitudes ont cependant vacillé après le commentaire d'un ancien étudiant qui me disait : "Qu'est-ce que cela changera ?". Je lui ai demandé le temps de la réflexion.

Quand il y aura deux Etats, avec des frontières définitivement fixées, ne faudra-t-il pas après que ces deux Etats coopèrent ?

Ce qui me frappe, ce sont les étranges similitudes avec la situation belge.

Des territoires disputés, deux communautés différentes se distinguant par la langue, la culture, l'histoire (en Israel, la religion vient en plus), mais néanmoins plus proches l'une de l'autre qu'on veut bien le croire, une communauté plus riche que l'autre surtout, une arrogance, une volonté d'expansion chez les uns et le besoin de se protéger chez les autres ... reste la violence à laquelle nous échappons heureusement en Belgique.

Il est compréhensible qu'une population qui se sent humiliée par une autre nourrisse un sentiment communautaire, pouvant aller jusqu'au nationalisme et à la rébellion. Répondre à ce problème en prônant la création d'un nouvel Etat-nation est-il une solution ? Ne faudrait-il pas travailler davantage sur ce qui constitue le sentiment d'humiliation, en y associant les partenaires ? Pour aller au-delà de ce sentiment et apprendre à vivre ensemble. Il faudrait en somme une psychothérapie collective et pas seulement un débat politique. En Belgique et en Judée-Palestine.

La Belgique a tenté l'expérience d'un Etat unique avec plusieurs régions (deux et demi)  et plusieurs communautés (trois), tentant le pari du vivre ensemble, agissant tantôt selon le droit du sol (cher aux flamands), tantôt selon le droit des personnes (cher aux francophones). Cela a fonctionné vaille que vaille. Ce modèle accuse aujourd'hui ses limites. Construit sur un compromis, il suppose une adhésion loyale. Or, certains sont moins loyaux que d'autres avec les compromis.

Si je devais suivre mon intuition, je plaiderais pour un seul Etat judéo-palestinien, avec des compétences déléguées tantôt liées au territoire, tantôt liées aux personnes, et avec un seul but : le bien-être de tous. Impossible ? L'exemple belge ne rassure pas, il est vrai.

Et si, un jour, les palestiniens et les israéliens venaient nous faire la leçon. Cela ne me déplairait pas que ce jour advienne.

L'excursion ratée

Certes, la meteo était fort peu clémente. Mais j'ai compris surtout combien les souvenirs d'enfance embellissent toute chose.

Dans ma mémoire lointaine, il y avait l'image d'une ville moyen-âgeuse, des venelles à découvrir, un château-fort. Et puis, je me rappelais d'une promenade en bateau sur les lacs de la Rur au départ d'un petit village aux maisons blanches au bord du lac. J'ai été de déception en déception.

D'abord, si les routes sont impeccables en Allemagne (comment qualifier le tronçon belge entre Eupen et Monschau ?), la signalisation est fort déficiente. Vous vous trouvez dans un bled et vous voulez aller dans le bled à côté, sur la base de l'itinéraire que vous avez préparé et vous trouvez pour toute indication : Aachen ou Düren, ce qui vous rend perplexe. Vous arrivez dans un rond-point par une petite route et vous ne disposez d'aucune indication ; vous voyez des panneaux indicateurs mais vous n'en voyez que le recto, car ils n'existent, dans leur autre aspect, qu'à l'entrée de deux autres voies du rond point. Bref, nous nous sommes égarés plus d'une fois.

Monschau comporte quelques belles demeures et devait avoir du charme, il y a longtemps. Mais, il faut bien le reconnaître, c'est aujourd'hui une ville touristique (comme La Roche, en Belgique ou Valkenburg, aux Pays-Bas) : les commerces sont affligeants, les restaurants et les cafés font dans le kitsch allemand le plus absolu et - Benjamin n'avait pas tort - il n'y avait que des vieux. Bref, nous ne nous sommes pas attardés.






Nous n'étions pas équipés pour une ballade en forêt sous la pluie et, si la promenade en bateau pouvait avoir un certain charme sous le soleil, les conditions n'étaient vraiment pas remplies. De plus, le niveau du lac était très bas et les abords guère avenants. 






Quant à l'abbaye de Mariawald, nous ne l'avons jamais atteinte, découragés par la mauvaise signalisation. Heureusement peut-être, j'ai découvert après que cette abbaye, la seule abbaye trappiste en Allemagne, avait obtenu du pape Benoît XVI le droit de pratiquer l'ancienne liturgie et les anciennes constitutions monastiques d'avant le concile Vatican II.




Notre excursion, père et fils, s'est résumée en fin de compte en un long parcours en voiture sans atteindre aucun but valable. Ben m'a dit que c'était quand même bien d'être ensemble comme cela.

Ah, si j'en avais les moyens, je l'emmènerais au Brésil ou aux Etats-Unis ! Mais, c'est décidé, nous allons chausser nos bottes et faire une vraie balade en forêt, avec pic-nic, carte et boussole, un de ces prochains jours. Et il aimerait que je l'emmène à Amsterdam. Pourquoi pas ?

vendredi 22 juillet 2011

Papa, on est du même sang

Benjamin, ce matin. Il avait mal dormi, il avait mal au ventre et à la tête. Nous devions faire ensemble une excursion.

Il est venu m'en parler. Et si nous avons reporté l'excursion, ce n'est pas par caprice.

Il m'a dit : c'est étrange comme nous ressentons les mêmes choses en même temps. Il me décrivait ce qu'il éprouvait dans son corps (douleurs au ventre, un point sensible au niveau du plexus solaire, qui crée des nausées passagères et maux de tête) et c'était exactement la même chose que moi. C'est un fait. Il m'a dit: "on se ressemble tellement, tu sais, tu es vraiment mon papa ; nous avons le même sang". "Tu as dû faire au Brésil des choses que tu nous caches !". Heureusement, il disait cela avec humour, mais aussi avec amour.

Demain, nous ferons notre excursion ... pas très loin. Nous partirons de l'abbaye de Mariawald, dans l'Eifel, pour une promenade en forêt, suivie d'une incursion sur les lacs de la Rur avec promenade en bateau, au départ de Schwammenauel, et puis étape à Monchau (Montjoie).

Puisse la meteo être à notre unisson.

jeudi 21 juillet 2011

Albert II, le ...

Il n'a pas demandé à être roi, Albert. D'ailleurs, Baudouin, devait assumer le rôle comme aîné. Albert, lui, comme son fils Philippe aujourd'hui, était fait pour accompagner des missions économiques à l'étranger ; un prince ouvre, paraît-il, les portes et est né pour serrer des mains. De là vient peut-être que l'on parle de "pince-monseigneur". Albert a serré beaucoup de mains ; sa bonhomie, sa jovialité et son humour ont fait merveille lors de ses missions.

Il ne s'y attendait pas, Albert. Il est devenu roi. Un roi de transition, avait-on dit. Or, c'est tout le contraire qui s'est produit. Albert a dû, et doit encore, gérer, dans les limites très étroites des pouvoirs que la Constitution lui reconnaît, une crise politique, et peut-être de régime, sans précédent.

Lui, qui n'a pas choisi d'être roi, et qui aurait peut-être préféré faire autre chose, manifeste pourtant plus que d'autres le souci de l'intérêt général. En effet, face à lui se trouvent des hommes et des femmes qui ont fait campagne pour être élus et qui semblent plutôt enclins à défendre des intérêts particuliers, quand ce n'est pas simplement leur ego. Albert, roi, est un des rares, en Belgique, à prendre un peu de hauteur.



Son discours, à l'occasion de la fête nationale, en témoigne :


Mesdames et messieurs, chers compatriotes,
En cette Fête Nationale, j’aurais aimé me réjouir avec vous de la prestation de serment d’un nouveau gouvernement fédéral de plein exercice. Nous n’en sommes hélas pas là, et je le déplore.
Entre-temps, pendant cette longue négociation, le gouvernement en affaires courantes a su prendre efficacement les mesures nécessaires pour préserver dans l’avenir proche le bien-être des citoyens.
Toutefois, cela ne diminue en rien l’urgence et la nécessité de former un gouvernement investi de pleines responsabilités et qui devra réaliser les réformes structurelles nécessaires dans les domaines institutionnel et socioéconomique. De là mon nouvel appel à tous les citoyens et en premier lieu aux responsables politiques.
Un célèbre constitutionaliste anglais, Walter Bagehot, précisait les prérogatives de la monarchie constitutionnelle comme suit : le droit d’être informé, le droit d’encourager et le droit de mettre en garde.
Ces derniers mois, dans mes audiences, j’ai beaucoup utilisé les deux premières prérogatives : être informé et encourager. Avec vous, je voudrais à présent faire usage publiquement, en toute transparence, de la troisième prérogative : le droit de mettre en garde.
Je le fais fortement et avec conviction pour les raisons suivantes :
Premièrement.
Comme un très grand nombre de Belges, je suis affligé par la plus longue durée, de mémoire d’homme, de formation d’un gouvernement. Cela crée chez beaucoup d’entre vous un sentiment d’inquiétude quant à l’avenir. J’ai pu m’en rendre compte lors de mes visites dans les différentes régions.
Deuxièmement.
La durée de cette crise suscite aussi, dans une grande partie de la population, de l’incompréhension vis-à-vis du monde politique qui n’apporte pas de solution aux problèmes. Cela risque de développer une forme de poujadisme qui est dangereuse et néfaste pour la démocratie.
Troisièmement.
Si cette situation perdure longtemps encore elle pourrait affecter de façon négative et très concrète le bien-être économique et social de tous les Belges. Il faut en être bien conscient.
Quatrièmement.
Un des atouts importants de la Belgique, depuis la seconde guerre mondiale, est son rôle au sein de l’Europe. Cela nous a valu de devenir de fait, comme pays, la capitale de l’Europe et de jouer un rôle moteur dans cette formidable aventure qu’est la construction européenne. Notre pays, avec sa diversité culturelle, était considéré d’une certaine manière comme un modèle pour l’Union européenne. Notre situation actuelle crée de l’inquiétude auprès de nos partenaires, et pourrait endommager notre position au sein de l’Europe, voire l’élan même de la construction européenne déjà mis à mal par les eurosceptiques et les populistes.
Je ne serais donc pas fidèle à mon rôle, si je ne rappelais pas solennellement les risques qu’une longue crise fait courir à tous les Belges, et si je n’exhortais pas à nouveau tous les hommes et toutes les femmes politiques, et ceux qui peuvent les aider, à se montrer constructifs et à trouver rapidement une solution équilibrée à nos problèmes.
Comme je le rappelais à l’occasion de la Noël, et je cite :
« Dans la recherche de cet accord raisonnable il est évident que chaque partie devra faire des concessions. Chacun aura donc l’obligation de prendre ses responsabilités. Le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions.
Si un tel accord se réalise, un nouveau gouvernement fédéral pourrait être constitué. Avec les entités fédérées, il sera à même de prendre des mesures nécessaires pour sauvegarder le bien- être de la population, et pour rétablir la confiance au sein du pays. C’est cela que tous nos concitoyens attendent ». Fin de citation.
Mais les citoyens ne doivent pas seulement exhorter leurs représentants à prendre les décisions courageuses qui s’imposent. Ils doivent aussi s’efforcer de favoriser une meilleure entente entre nos communautés en faisant des pas concrets vers l’autre, en parlant sa langue, en s’intéressant à sa culture, en essayant de mieux le comprendre. C’est là une forme importante de la citoyenneté moderne.
Par ailleurs, nos problèmes internes ne doivent pas nous conduire vers un repli égoïste sur nous-mêmes et nous faire oublier le monde qui nous entoure. A ce propos, je voudrais partager avec vous l’émotion que j’ai ressentie lors de la remise du prix Roi Baudouin pour le développement au médecin congolais Denis Mukwege. Dans des conditions très difficiles, il soigne et vient en aide aux femmes qui sont victimes de terribles violences dans l’Est du Congo. J’appelle notre pays, l’Union européenne et les Nations Unies à travailler efficacement avec les autorités du Congo, et des pays voisins, pour mettre fin à ce drame. Nous ne pouvons pas rester indifférents à de telles situations.
Mesdames, Messieurs, chers concitoyens,

C’est avec le ferme espoir de voir bientôt prendre fin cette trop longue période d’instabilité politique que la Reine et moi, et notre famille, nous vous adressons nos meilleurs vœux pour une vraie Fête Nationale qui rapproche tous les citoyens.

Lors des célébrations de la fête nationale, Albert va devoir faire semblant. Cela fait partie du métier de roi. Mais je puis imaginer ses sentiments, alors qu'il se trouvera entouré de tous ces responsables élus qui se déchirent et se montrent incapables de tout compromis et, pour certains, lui sont hostiles. Que viennent-ils fêter autour de lui ? J'ai peut-etre mal vu, mais à part Pieter de Crem (ministre de la défense) et Annemie Turtelboom (ministre de l'intérieur), je n'ai pas vu beaucoup de responsables flamands dans les tribunes ...

Il était d'usage, par le passé, d'adjoindre un qualificatif au nom des rois et des princes: le bel, le bon, le juste, le conquérant, le téméraire. Le roi Baudouin ne peut, à ce jeu, que devenir "Baudouin le pieux".

Mais Albert ?

Aidez-moi à trouver.

mardi 19 juillet 2011

Nouvelles d'été

Généralement, les mois d'été véhiculent des informations plus légères, voire un peu frivoles ... Et bien, cette année, ce n'est pas le cas.

Voici en quelques mots-clés une brève synthèse de ma revue de presse de ces derniers jours:

Abois - Addiction au sexe - Augmentation du prix des produits pétroliers - Bi-nationalité (mal vue) - Blocage - Chambre à part (Albert et Charlène) - Chute - Collusion - Corruption  - Crise - Démission - Diffamation - Disparition en montagne - Ecoutes téléphoniques illégales - Effondrement - Expulsion - Fin de règne - Immobilisme - Inculpation - Infantilisme politique - Louveteaux se livrant à des jeux sexuels - Mercato - Meteo pourrie - Piratage - Polémique - Rumeur - Tourmente - Scandale - Victimes de viol qui se manifestent sur le tard - Viol ou tentative de viol par des hommes politiques - Xénophobie ...

N'en jetez plus ! Et vous voulez que j'aie le moral ?

Et pendant que s'ouvrent des "francopholies" à La Rochelle, à Spa et à Montréal, continuent, au nord du pays, des "flamandofolies".

L'organisateur des "franco" de Montréal exprimait, dans un journal, qu'il était ouvert au métissage, mais que la langue anglaise est difficilement acceptable, dans cette manifestation, car elle serait mal perçue par le public. Chez nous, les artistes locaux chantent de plus en plus souvent en anglais, ce que je déplore ; ils n'ont peut-être pas été nourris aux bonnes sources. Le plus inquiétant est que les francophones du Québec sont peut-être plus proches des flamands que de nous wallons francophones !

Tiens, Arno, Axelle Red, Jacques Brel seraient-ils (ou aurait-il) été autorisés à chanter en français, si des "flamandopholies" avaient existé?


Qu'en dit Ray Ventura?



A propos du travail, après un temps de reliure

Il y avait urgence. Ma vieille bible achetée en 1977, dans la version TOB (traduction oecuménique de la Bible), commençait à s'avachir et à se désarticuler. J'ai hésité : une toute nouvelle édition revue et augmentée existe aujourd'hui. Fallait-il l'acheter ? Je n'ai pas pu me résoudre à me défaire de ma vieille Bible, qui m'a accompagné partout et que j'ai lue et méditée bien plus souvent que mes codes. D'ailleurs, je ne pourrais pas avoir les mêmes égards avec ces derniers qu'avec ma Bible.

J'ai donc décidé de consolider ma Bible afin qu'elle m'accompagne pendant un peu de temps encore.

Je l'ai fait avec les moyens du bord, et sans grande compétence, mais je l'ai fait avec application et même avec respect. L'art de la fugue de J.S. Bach était ma musique de fond et j'ai éprouvé une grande paix. J'étais concentré sur mon humble travail et mon esprit se vidait de toutes les pensées qui d'habitude m'envahissent, même au milieu de la nuit. Le résultat de la consolidation de ma Bible n'est pas parfait, mais j'y ai mis tout mon coeur. Et surtout je n'ai pas l'impression d'avoir perdu mon temps, ce qui n'a pas toujours été le cas en d'autres occasions.

Cela me plairait de suivre une formation en reliure.

Aujourd'hui, grâce à ce modeste travail manuel, en solitaire, j'ai lu un peu moins, j'ai passé moins de temps sur internet, j'ai négligé les dernières informations, je ne me suis pas égaré, je me suis recentré et je m'en trouve mieux.

Pardonnez-moi de revenir une fois de plus à l'équilibre bénédictin.

Dans la règle de Saint Benoît, le travail ne doit jamais être pesant ; il ne doit pas occuper toute la place ; il ne doit pas être source de stress ; il doit permettre de vivre, mais pas de s'enrichir ; il doit être relié à l'essentiel qui est d'ouvrir son coeur à Dieu. Chacun à sa juste place exercera donc le travail qui lui convient au sein de la communauté. Le travail alors n'est plus un fardeau. Et si un des frères excelle dans un certain domaine, intellectuel, artisanal ou artistique, l'abbé l'encouragera, mais il n'en tirera pas gloire. Il restera humble.

A méditer.

dimanche 17 juillet 2011

Les loups sont entrés dans Paris

On doit reconnaître à Eva Joly un certain savoir-faire. A peine promue candidate à l'élection présidentielle de 2012, elle s'interroge sur le défilé militaire du 14 juillet et suscite une polémique venant de la droite et de l'extrême-droite en des termes, ma foi, fort inquiétants, en ce compris dans la bouche du premier ministre François Fillon, que je croyais plus modéré.

Chr., ma libraire, a joliment exprimé les choses sur mon profil facebook, en disant : " elle (Eva Joly) est très habile à faire directement sortir tous les loups du bois ". C'est assez juste ; on en sait maintenant un peu plus sur chacun. Ainsi, Martine Aubry a déclaré que, si elle avait été présidente de la République, elle aurait, après les propos du premier ministre, demandé à celui-ci de se retirer. Qu'a-t-il dit encore ? Il a dit que madame Joly n'a pas "une connaissance très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises et de l'histoire française " et que son jugement, concernant le défilé militaire, est dès lors peu crédible. Allusion bien entendu au fait qu'elle n'est devenue française que par mariage, il y a quelques dizaines d'années, alors qu'elle a été aussi magistrat au service de la République française pendant des années et partage les valeurs de celle-ci. D'autres ont fait plus fort encore, comme je l'ai rapporté, dans mon article d'hier.

Grâce à l'intervention d'Eva Joly, on voit surtout à quel point de déliquescence se trouve la droite politique en France, sous l'animation de son inspiré président. A vrai dire, cette France-là est de plus en plus nauséabonde. Et qu'elle arrête de dire qu'elle a un programme, alors que la gauche n'en a pas. C'est trop médiocre. Les résultats sont là : des réformes à-tout-va, adoptées dans l'urgence, contestées de toutes parts, et sur lesquelles le Président revient ensuite. Une politique sécuritaire sans résultat tangible. Et surtout, surtout, un malaise de plus en plus perceptible dans toutes les couches de la société du pêcheur breton au magistrat à la cour de cassation.

On ne doit même plus compter sur les intellectuels (sauf quelques rares exceptions) pour donner un cap. Les seuls qui parlent justes sont étrangement des octogénaires ou des nonagénaires, des anciens résistants souvent (Jean Daniel, Stéphane Hessel, Edgar Morin). Plus récemment, Raymond Aubrac, s'est exprimé, à la Bastille, le 14 juillet dernier, en ces termes :



" Depuis bientôt un an, les plus hautes autorités de l’Etat s’acharnent à dresser les citoyens les uns contre les autres. Elles ont successivement jeté à la vindicte publique les Roms et les gens du voyage, les Français d’origine étrangère, les habitants des quartiers populaires, les chômeurs et précaires qualifiés d’« assistés »… Elles ont ressorti le vieux mensonge d’une immigration délinquante, elles pratiquent la politique de la peur et de la stigmatisation. 

Nous avons manifesté le 4 septembre 2010, dans toute la France, contre ce dévoiement de la République. Aujourd’hui, chacun mesure la terrible responsabilité de ceux qui ont donné un label de respectabilité aux idées d’extrême droite, à la xénophobie, à la haine et au rejet de l’autre. De dérapages verbaux en pseudo-débats, de crispations identitaires en reculs sociaux, la voie a été grande ouverte à une crise démocratique encore plus grave que celle du 21 avril 2002. 

Parce que nous sommes attachés aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, nous ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée dans les propos de ministres et de députés qui prétendent parler en notre nom à tous. Nous refusons que la peur soit utilisée pour faire reculer nos libertés, que les inégalités soient encouragées par l’injustice fiscale, le recul des droits sociaux et la démolition des services publics. 

Nous refusons cette République défigurée ; celle que nous voulons, c’est la République « laïque, démocratique et sociale » que proclame notre Constitution ; celle du 14 juillet 1789, du Rassemblement populaire de 1936, celle enfin du Conseil national de la Résistance. Celle qui s’attache inlassablement à garantir à tous l’égalité en dignité et en droits, l’égale liberté, l’égal respect de la part de ceux qui les gouvernent. 

C’est pourquoi nous lançons un appel solennel au rassemblement de toutes et tous, à la mobilisation des consciences pour le retour de cette République que nous voulons plus que jamais libre, égale et fraternelle. 

Deux cent vingt deuxième anniversaire de la prise de la Bastille, ce 14 juillet est le dernier avant l’échéance présidentielle de 2012. Sachons nous en saisir, nous rassembler pour fêter la République de la meilleure manière qui soit : en appelant nos concitoyennes et concitoyens à faire respecter ses valeurs, aujourd’hui et demain ".


http://www.angersmag.info/14-juillet-2011-Raymond-Aubrac-appelle-a-la-mobilisation_a3049.html

Pendant ce temps, on assiste héberlué :
- à l'effritement du projet européen, jadis si prometteur. Engluée dans une logique néo-libérale et dans l'incapacité des Etats à renoncer à leur souveraineté dans les domaines sensibles, comme la fiscalité, la politique économique, la défense, la politique étrangère, l'Europe devient un poids, alors qu'elle devait être un moteur et un espace d'émancipation ;
- à l'attitude de certains nouveaux Etats membres, comme la Hongrie, qui ne cesse de mener une politique diamétralement opposée aux valeurs européennes.

http://www.rtbf.be/info/monde/detail_des-camps-de-travail-obligatoires-visant-les-roms-en-hongrie?

Alors oui, il n'est pas déplacé de réécouter Serge Reggiani chantant "Les loups sont entrés dans Paris".



http://www.youtube.com/watch?v=8v77VIxElwM



Les hommes avaient perdu le goût
De vivre, et se foutaient de tout
Leurs mères, leurs frangins, leurs nanas
Pour eux c'était qu'du cinéma
Le ciel redevenait sauvage,
Le béton bouffait l'paysage... alors

Les loups, ououh! ououououh!
Les loups étaient loin de Paris
En Croatie, en Germanie
Les loups étaient loin de Paris
J'aimais ton rire, charmante Elvire
Les loups étaient loin de Paris.

Mais ça fait cinquante lieues
Dans une nuit à queue leu leu
Dès que ça flaire une ripaille
De morts sur un champ de bataille
Dès que la peur hante les rues
Les loups s'en viennent la nuit venue... alors

Les loups, ououh! ououououh!
Les loups ont regardé vers Paris
De Croatie, de Germanie
Les loups ont regardé vers Paris
Tu peux sourire, charmante Elvire
Les loups regardent vers Paris.

Et v'là qu'il fit un rude hiver
Cent congestions en fait divers
Volets clos, on claquait des dents
Même dans les beaux arrondissements
Et personne n'osait plus le soir
Affronter la neige des boulevards... alors

Des loups ououh! ououououh!
Des loups sont entrés dans Paris
L'un par Issy, l'autre par Ivry
Deux loups sont entrés dans Paris
Ah tu peux rire, charmante Elvire
Deux loups sont entrés dans Paris.

Le premier n'avait plus qu'un oeil
C'était un vieux mâle de Krivoï
Il installa ses dix femelles
Dans le maigre square de Grenelle
Et nourrit ses deux cents petits
Avec les enfants de Passy... alors

Cent loups, ououh! ououououh!
Cent loups sont entrés dans Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Cent loups sont entrés dans Paris
Cessez de rire, charmante Elvire
Cent loups sont entrés dans Paris.

Le deuxième n'avait que trois pattes
C'était un loup gris des Carpates
Qu'on appelait Carêm'-Prenant
Il fit faire gras à ses enfants
Et leur offrit six ministères
Et tous les gardiens des fourrières... alors

Les loups ououh! ououououh!
Les loups ont envahi Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Les loups ont envahi Paris
Cessez de rire, charmante Elvire
Les loups ont envahi Paris.

Attirés par l'odeur du sang
Il en vint des mille et des cents
Faire carouss', liesse et bombance
Dans ce foutu pays de France
Jusqu'à c'que les hommes aient retrouvé
L'amour et la fraternité.... alors

Les loups ououh! ououououh!
Les loups sont sortis de Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Les loups sont sortis de Paris
Tu peux sourire, charmante Elvire
Les loups sont sortis de Paris
J'aime ton rire, charmante Elvire
Les loups sont sortis de Paris...

Paroles: Albert Vidalie. Musique: Louis Bessières   1967 © Jacques Canetti autres interprètes: Juliette (2001), Les Croquants (2004)

samedi 16 juillet 2011

Eva Joly, la grande duchesse de Gerolstein et les militaires

La désormais candidate écologiste à l'élection  présidentielle française, Eva Joly, a suscité un beau tollé en déclarant qu'elle trouvait le défilé militaire du 14 juillet un peu suranné et qu'elle rêvait d'un défilé citoyen.




A part les membres de la mouvance écologiste, tout le monde lui est tombé dessus, à gauche comme à droite, en des termes qui oscillent entre la médiocrité, la bassesse et le patriotisme "franchouillard". Il est décidément bien difficile de revisiter intelligemment certaines traditions en France.

Il n'y a pas d'antimilitarisme dans les propos de madame Joly. Elle ne met pas en cause l'armée. Elle admet même qu'on rende hommage à son action. Elle se demande si le 14 juillet (pourquoi pas le 11 novembre?) est le bon moment et si cela doit prendre cette forme-là. Il semble que l'on ne puisse pas poser ce genre de question en France.

Cela fait longtemps, en Belgique, que le défilé du 21 juillet, un peu calqué sur le modèle français, fait, à côté des militaires, une part aux civils (des sportifs, des associations, des ONG, des héros anonymes, ...). Bref, le défilé n'est plus seulement militaire. Mais est-il besoin de défiler? C'est encore une autre question.

Si vraiment on veut un défilé, il faudrait alors peut-être s'inspirer de la gaypride, dont je n'approuve pas les excès dans la forme, mais qui, à Paris surtout, associe et réunit les couches les plus diverses de la société: les gay étudiants, les gay enseignants, les gay de la RATP, les gay d'Air France, les parents de gay, les policiers gay, les gay pompiers, les gay de l'armée, les clubs de rugby de foot, de badminton ou de tennis gay, les journalistes gay, les cathos gay ... Remplacez "gay" par citoyen et vous avez un parfait "défilé citoyen".

Il y a un paradoxe évident à mettre en avant les militaires à l'occasion de la commémoration de la prise de la Bastille qui a été une victoire du peuple sur le pouvoir et l'armée d'alors. Et surtout de faire de ce défilé militaire le moment phare de la journée (la garden party, les bals populaires, les feux d'artifice, les légions d'honneur viennent de surcroît).

L'armée française, en tant que bras de la nation, ne mérite pas non plus que des galons. Elle a aussi commis des atrocités et des exactions et a été menée dans des guerres malpropres. Mais, il est vrai, l'armée n'a pas d'état d'âme, l'armée exécute. S'agit-il, en la faisant défiler, de célébrer sa soumission aveugle au pouvoir? Ou d'honorer ses morts que des politiques, pas toujours inspirés ou influencés, ont, sinon sur la conscience, sur les mains. Un défilé vaudrait alors une excuse ritualisée.

L'armée française, il faut le dire, joue aussi un rôle sur le plan humanitaire. Laurent Joffrin souligne, dans un récent éditorial, que l'armée serait dans l'Etat un des derniers bastions où le service désintéressé (je ne dis pas gratuit) serait de mise. Les enseignants apprécieront. Les policiers et les ONG aussi.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/laurent-joffrin/20110715.OBS7113/14-juillet-eva-joly-la-naive-inconsequente.html

Mais, les démonstrations de force, l'expression de la puissance, les torses bombés, plaisent à ceux qui détiennent le pouvoir, cela les valorise. Les empereurs romains aimaient voir défiler leurs troupes. Il s'agit toujours d'une coûteuse mise en scène. Une partie de la population, peu sûre d'elle-même, a besoin de ces manifestations, comme de jeux. Cela la rassure et lui évite de se poser des questions. Elle se sent en sécurité ainsi entourée.

Moi, ce qui me rassure, c'est que madame Joly n'ait pas particulièrement envie de passer les troupes en revue et donne sa priorité aux citoyens. Elle n'a pas dit qu'elle ne le ferait pas. Elle s'est posée la question de la pertinence de la chose.

Les réactions politiques à l'encontre des déclarations de la candidate écologiste sont plus inquiétantes les unes que les autres, surtout à droite et à la droite de la droite. De François Fillon à Marine le Pen, en passant par Henry Guaino, on n'a pas hésité à stigmatiser les origines norvégiennes de la candidate, sa compréhension partielle de la réalité française, sa nationalité française tardive, son incapacité à sentir avec ses tripes le lien que les français ont avec leur armée, j'en passe et des meilleures. Un député UMP lui a même suggéré de retourner en Norvège d'où elle n'aurait jamais dû sortir.

Cette France-là m'inquiète. Dieu sait pourtant si je suis francophile et attaché à la France car elle m'a beaucoup apporté en 55 ans de vie.

Je soutiendrai toujours, pour ma part, ceux qui secouent les traditions, les habitudes et la pensée unique. Et j'abhorrerai toujours les nationalistes quels qu'ils soient.


Dame Felicity Lott, grande duchesse de Gerolstein
... aime les militaires


jeudi 14 juillet 2011

14 juillet 2011: les liégeois et les français. Commentaire du défilé.

Trois jours après les flamands, c'est au tour des français de fêter leur nation et les liégeois avec eux.

Observons ceci. En France, l'Etat et la nation sont censés se superposer parfaitement, ce qui, en ces temps troublés, donne lieu à des débats interpellants et troublants sur l'identité nationale. La Flandre est une nation, tous les historiens le reconnaissent, mais pas encore un Etat et les revendications de la Flandre sont celles d'un Etat-nation: un territoire, une souveraineté, une langue. La Wallonie n'est ni une nation, ni un Etat. La Wallonie n'est pas plus un Etat que la Flandre, mais est comme elle une région, et n'a pas envie d'opposer aux flamands des revendications semblables à celles que les flamands lui opposent. En Wallonie, on donne la priorité aux personnes. La Wallonie vit avec succès la présence sur son territoire d'une population germanophone. Des pouvoirs considérables lui ont été reconnus en tant que communauté germanophone. Et personne ne s'en plaint,  il me semble. Quand les  flamands rencontrent sur leur territoire des communautés où l'on parle majoritairement une autre langue que le flamand, surtout quand c'est le français, ils en font une maladie et pinaillent sur tout ce qui est possible afin que ces communautés aient le moins de droits possibles. L'Etat belge est-il une nation? Tout le monde aujourd'hui est convaincu que non. Mais doit-il y avoir coïncidence entre l'Etat (qui est un mode d'organisation de la vie ensemble) et la nation (qui est un sentiment)? Les liégeois sont peut-être les seuls en Wallonie à avoir une fibre nationale, mais elle est liégeoise. Avoir vécu huit cents ans en tant qu'Etat indépendant laisse sans doute des traces.

Le côté francolâtre des liégeois, où l'on fête le 14 juillet, beaucoup plus que le 21, ne cessera jamais de m'étonner. Car, la principauté de Liège, au temps de sa splendeur était un Etat ecclésiastique de l'Empire germanique. On y parlait plusieurs langues. Ce qui est venu de "France", notamment Charles le Téméraire (certes, il venait de Bourgogne) et Napoléon (certes, il venait de Corse), a-t-il été vraiment bénéfique à la principauté? Le Téméraire a incendié la ville et les révolutionnaires français ont pillé notre patrimoine artistique. Il est plus rassurant de se dire que les liégeois, grâce à certains de leurs princes-évêques, se sont ouverts avant d'autres à l'esprit des Lumières. La révolution liégeoise a été ainsi contemporaine de la révolution française et les valeurs défendues étaient les mêmes (liberté, égalité, fraternité), tandis que d'autres dormaient encore, notamment en Flandre.

Les liégeois ne sont pas, à mon avis, des français du nord. Leur passé les a forgés en un mélange unique. Liège a toujours été un "melting pot"et l'est encore, ville proche de deux frontières, qui ne l'ont pas toujours été, une terre d'intégration et de tolérance, où la langue n'est jamais un problème (on finit toujours par se débrouiller et se comprendre). Je suis fier quand des marocains ou algériens de mon quartier me disent: après être passé en France, ou à Bruxelles, c'est à Liège que je me suis senti accueilli et chez moi. Comme liégeois, je revendique cela.

Mais aujourd'hui, c'est la fête à la France. Comme Frédéric Mitterrand n'était pas disponible pour assurer les commentaires du traditionnel défilé, permettez-moi de me substituer à lui.



Le défilé est ouvert par les miss "gendarmettes".
Elles arborent toutes leur ruban selon leur département de provenance.
Admirez l'élégance de leur tenue
et la féminité de leur port altier.
Leur discipline aussi.
Ayant raté le début du défilé, 
je n'ai pas pu voir si madame de Fontenay les précédait ...
je cherche à présent dans la tribune présidentielle, si elle y est ...
mais voilà déjà que défilent ....



Des hommes, semble-t-il ...
Mais pourquoi sont-ils moins nombreux que les gendarmettes?



Ces glorieux soldats, chasseurs alpins,
tout de neige vêtus,
répètent en fait pour une publicité pour une lessive
"qui lave encore plus blanc que blanc".
Les botines font tache combinées à leur dessous inspiré des précieux du XVIIème siècle.
Observez bien le premier soldat du premier rang:
tout, dans son attitude, montre qu'il sait où il va.



Ceux-ci sont des invités d'un film récemment paru sur les zombies.
Ils participent à la même publicité pour la lessive
"qui lave encore plus blanc que blanc".
Mais eux, c'est avant, tandis que les autres, c'est après.



Ceux-là, des hommes encore,
on les a vus défiler, il y a quelques jours à peine,
lors de la gaypride,
dans la catégorie "bears, daddies et uniformes"




Ceux-ci portent, par tradition, le tablier,
tandis que leur "bobonne" porte la culotte.
Mais à quoi peut bien ressembler la "bobonne" d'un légionnaire?



Le corps des pompiers.
Je m'étonne de leurs attributs.
Je ne sais pas vous, mais moi, ce que j'attends d'un pompier,
ce n'est pas une hache ou un fusil.




Le défilé se termine toujours par le meilleur.
Mon excellent ami parisien me parlait de l'étui pénien du pouvoir.
Rien à ajouter.


Crédit: je dois ces adorables photos à François Desseilles, qui a réalisé le reportage sur place.



mercredi 13 juillet 2011

Quels sont les sujets de préoccupation des juristes?

Le commun des mortels ne sait pas nécessairement de quoi est fait le quotidien des avocats (à l'exception des avocats d'assises médiatisés).

Malgré l'effort requis, j'ai lu de bout en bout le dernier numéro d'une revue belge de jurisprudence fiscale (F.J.F., n° 2011/121-150, juin 2011). Cette revue donne une image quasiment instantanée de ce qui se plaide devant les cours et tribunaux en Belgique et au-delà en matière fiscale. C'est extrêmement instructif.

Voici une compilation, inspirée des mots-clés de la revue, de ce qui se conteste, et a donc fait le quotidien des avocats fiscalistes pendant les derniers mois:

Abus 
Affichage non conforme
Défaut de signature sur un acte
Dissimulation d'une identité
Emploi des langues ("une réclamation en anglais est nulle, mais pas irrecevable, il suffit de la réintroduire en néerlandais"!)
Fraude - Droit de choisir la voie la moins imposée
Harmonisation européenne - Disparités entre les régimes fiscaux nationaux - Discrimination - Conflits d'interprétation
Motivation insuffisante
Point de départ du délai: le jour d'envoi ou le jour de réception?
Pouvoir d'appréciation du juge (à limiter: contrôle marginal)
Preuve insuffisante
Preuve obtenue illégalement (par l'administration)
Violation du secret de l'instruction

On constate, à la vue de ce relevé, que le métier de l'avocat fiscaliste (mais il doit en être de même dans d'autres disciplines juridiques) porte sur deux axes: les manquements et les imprécisions. L'avocat se nourrit intellectuellement et matériellement des failles du système. Par ailleurs, les questions de procédure représentent à peu près les deux tiers du contentieux. Je constate aussi, ayant participé au comité de rédaction de cette revue pendant près de quinze ans, que les causes de conflit ne changent pas. On ressasse toujours les mêmes sujets. Je trouve cela désespérant.

Je dois en convenir, mon enseignement consacrait à ces failles (manquements et imprécisions) à peine 10 %, et à la procédure, à peine 10 % aussi, car il y avait bien d'autres choses à dire. Evidemment, si l'on décide que l'enseignement universitaire doit préparer ses futurs jeunes diplômés à être immédiatement opérationnels sur le marché, en tant que plaideur, la proportion aurait dû être 50/50 peut-être.

C'est ainsi qu'on reproche, de manière récurrente, aux professeurs d'université de n'être pas assez orientés vers la pratique, d'exposer des principes, de s'interroger sur les buts et les intentions des législations et sur leur mode de confection. Autant de choses inutiles, le plus souvent, pour un plaideur.

Cela dit, tous les juristes ne choisissent pas de devenir plaideur.

lundi 11 juillet 2011

La Flandre en fête

La Flandre, ce 11 juillet, s'auto-congratule et roule des mécaniques à l'occasion de la célébration de la "Bataille des éperons d'or", une bataille qui, en 1302, à Courtrai (Kortrijk), a opposé des milices flamandes au roi Philippe le Bel de France. Il s'agissait d'une question de taxes. On se battait alors, avec des armes, quand on trouvait les impôts trop élevés. Les flamands de Belgique (à bien distinguer des flamands de France) voient aujourd'hui dans la victoire des milices créées par leurs boutiquiers contre le Roi de France le symbole de leur indépendance. Bref, déjà à l'époque, ils chassaient le "fransquillon" qui, par définition, les exploite et leur fait payer des impôts qu'ils jugent indus puisqu'ils profiteront à d'autres qu'eux-mêmes. A cette époque lointaine, les flamands n'étaient point hostiles aux wallons. Et sans l'intervention de renforts venant de Namur (capitale actuelle de la Wallonie), tout aussi remontés contre la France, ils n'auraient sans doute jamais remporté la victoire. De là vient peut-être la devise de la Belgique "L'union fait la force". Qui sait?



La bataille des éperons d'or, enluminure



La bataille des éperons d'or
selon Nicaise de Keyser (1836)


La bataille des éperons d'or
selon James Ensor


Aujourd'hui, il y a un formateur, mandaté par le Roi. Il y a un texte amendable (il n'est pas "à prendre ou à laisser"), proposé par ce formateur qui, après un an (!) de négociations et de palabres, tente de faire une synthèse équilibrée et, à certains égards, audacieuse des différentes positions.

Face à cette note, il y a la NVA, le parti qui dit "non" à tout et refuse de se mettre à la table des négociations sur la base de ce texte "inacceptable", ce même parti qui, depuis des mois, refuse aussi toute rencontre avec les autres partis autour d'une même table. Puis, il y a le CD&V, le parti qui dit "je ne sais pas, mais cela devrait être comme la NVA". En face,  il y a le VLD et son président Alexander de Croo qui, prenant de la bouteille, estime que cela ne peut plus durer et est prêt à une négociation sans la NVA. Il y a le SPA, le parti de Johan Vande Lanotte, qui est prêt à négocier aussi et a produit la note la plus constructive de toute cette épouvantable histoire. Puis, il y a le petit parti Groen, qui est aussi ouvert à la négociation qu'il ne mènera pas - c'est à souligner - sans ses alliés d'Ecolo.

Ils sont quand même gonflés ces flamands du CD&V: ils ne reviendront éventuellement à la table des négociations que si le formateur réécrit sa note de synthèse pourtant jugée équilibrée par à peu près tout le monde (7 partis sur 9, patronat, syndicats, presse flamande et francophone).

Qu'est-ce que cela veut dire?

Ce parti se dit prêt à se retrouver à une table de négociation, mais à la condition expresse que le texte à négocier soit préalablement réécrit dans le sens qu'il souhaite ! Non, ce n'est pas une hallucination ! Il n'y a évidemment pas de négociation possible quand une des parties décide unilatéralement, avant même que la négociation débute, de ce qu'elle veut trouver dans l'accord final. Il n'y a alors plus rien à négocier du tout. C'est le propre des pouvoirs totalitaires. Ils ne cèdent rien, parce qu'ils sont persuadés d'être tout. Les autres face à eux peuvent s'épuiser, ils n'en obtiennent rien.

C.D.&V. et N.V.A. ne cessent de parler d'une révolution copernicienne pour la Belgique. Elle est connue: ils ne veulent plus entendre parler d'un Etat fédéral belge, mais d'une confédération entre la Flandre et la Wallonie (avec des statuts particuliers pour Bruxelles, qui serait en Flandre, avec une possibilité de co-gestion, et la partie germanophone du pays, qui ne s'est jamais plainte d'avoir été rattachée à la Région wallonne). Tout ceci provisoirement avant l'indépendance totale de la Flandre, comme Etat au sein de l'Union européenne; mais pas seulement Etat, a précisé Bart de Wever, car il faut que la Flandre devienne un Etat-nation, pas un Etat fédéré, comme la Bavière, le Québec ou le Wisconsin. C'est clair, non?

Je ne parviens pas à croire que tous les flamands soient totalitaires. Je suis même sûr du contraire. Qu'ils soient désireux d'une plus grande efficacité de nos trop nombreux niveaux de pouvoir, je les comprends; qu'ils soient lassés des querelles autour de BHV, je les comprends aussi. Qu'on les ait abreuvés de slogans sur les wallons fainéants, sur les transferts de la Flandre vers la Wallonie, cela ne m'étonne pas; certains usent de tous les moyens, même le mensonge, pour se faire une place dans l'arène politique. Mais apparemment une large fraction des flamands est nationaliste. Cela est inquiétant, car les nationalismes sont synonymes de régression et de repli. Ils nourrissent autour d'un concept flou d'identité nationale tout ce qu'il peut y avoir de plus détestable dans une société.

J'aime beaucoup la vision de Johan Vande Lanotte pour une Union Belge, fédération de quatre Etats (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Germanie).

Mais qui dit Etat dit territoire ... cela promet avec les nationalistes flamands! Pourtant, quand on contemple l'histoire, les frontières ont toujours fluctué au fils du temps, des conflits, des arrangements, des alliances, des mouvements de population. Aucune frontière ne peut jamais prétendre être définitive.

Un Etat implique-t-il une seule langue (sur le modèle républicain français)? On voit bien un peu partout dans le monde que ce n'est pas le cas et qu'il s'agit d'une vision du passé.

Récemment, le Maroc vient de reconnaître à la culture et à la langue amazigh (berbère) un statut national. Au Maroc, on parle donc trois langues et, si l'arabe est la première langue officielle, le français est la langue du droit, des affaires, de l'enseignement supérieur et d'une partie de la presse. Précisément ce que les flamands radicaux ne peuvent accepter chez eux.

Prenons un autre exemple: l'île Maurice. La constitution ne mentionne aucune langue officielle. L'anglais est utilisé pour l'administration (les anglais ayant été les derniers à administrer l'île avant son indépendance). Le français est la langue du monde des affaires et de l'information (presse et télévision). La population au quotidien parle des tas de langues différentes et un créole passe partout. Et personne ne se plaint.

Quand je vois l'extrême créativité de la Flandre dans le domaine des arts et de la création (mode, chanson, théâtre, architecture ...), je ne parviens pas à croire que ces créateurs soient des flamands repliés sur eux-mêmes attendant la création d'un Etat flamand pour être reconnus.

On a souvent dit que la Belgique est le laboratoire de l'Europe. Si tel est le cas, au vu de la situation actuelle, je ne donne pas cher de l'avenir de l'Europe.


Illustrations sonores

Wannes van de Velde: De flamingant ne me traitez
http://www.youtube.com/watch?v=6BE4W7Vp-Cc&feature=youtu.be

Jacques Brel: Les flamingants
http://www.youtube.com/watch?v=fGpV8rX-9oA&feature=related