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samedi 31 décembre 2011

Citations

Quelques fragments de lecture qui m'ont touché ou ému, cette dernière semaine :

Jean-Lous Bory, à propos de son expérience d'enseignant au lycée Henry IV : " J'ai vécu avec des gens qui ne vieillissent jamais, mes élèves. Nous nous écartions l'un des autres, chaque année davantage. Je le sentais dans leur regard, dans leur attitude. J'étais de moins en moins un des leurs ". Toute ressemblance avec l'auteur de ces lignes ...


" Dans le judaïsme, le dogme n'a pas sa place. Tout est affaire d'argumentation et d'opinions divergentes ". Le texte du Lévitique (20-13) condamnant l'homosexualité masculine est envisagé par le rabbin Azoulay (rabbin français du principal courant orthodoxe) de la façon suivante. Pas question de négocier avec le texte ... "mais la loi juive prend en compte l'épanouissement sexuel ". Il lui paraît donc logique d'intégrer cette donnée dans l'équation. "Le texte est très culpabilisant. Or, dans le judaïsme seul celui qui dispose de son libre arbitre est sanctionné. Aussi, qu'on nous culpabilise sur des choix ne pose pas de problème. En revanche, les homosexuels n'ont pas le choix d'aimer ou pas les hommes. Ils les aiment ". Et cette conclusion : "Les textes sont donnés pour être interrogés et les interroger n'est pas leur manquer de respect ". A méditer grandement ... J'ai lu ceci dans le magazine Têtu de janvier  2012, dans un article intitulé " Sous la kippa arc-en-ciel ".

A propos de la conversation des dandys, Charles Baudelaire a parlé du "plaisir aristocratique de déplaire ". Et ceci, " tout dans le dandysme tient dans cette volonté d'être "spirituel ", impertinence, insolence, défi lancé au monde social, bien sûr, mais plus profondément,  prétention démesurée à s'élaborer soi-même comme une oeuvre d'art, à fabriquer de l'être à partir d'apparences ou d'illusions ... " ( Gildas Le Dem, dans le même magazine Têtu ). A méditer grandement aussi ... toute ressemblance avec des personnes que je connais étant naturellement pure coïncidence.

Et puis, parce que, ce soir, c'est jour de réveillon, quelque chose de plus léger : " Souvent la seule chose qui me rappelle à la réalité est ce délicat filet d'écume qui, prenant naissance au coin de ma bouche ourlée, court sur ma joue fraîche comme la rosée du petit matin, pour ensuite finir sa course sur mon coussin de tête, aussi communément appelé " oreiller ". D'aucuns auront la crudité de prétendre que " je bave en dormant ", là où il s'agit, en réalité, d'une des expressions les plus intimes d'un bien-être extatique " (Isabelle Thomas, avocate et ancienne étudiante ).

vendredi 30 décembre 2011

La lumière dans la petite maison, le corps et l'avenir

Permettez-moi de revenir à la lumière et à la petite maison dont j'ai parlé dans la perspective de Noël.

http://xavierciconia.blogspot.com/2011/12/une-vision-de-noel.html

Déjà, je laissais entendre que cette lumière risquait de nous conduire bien plus loin que notre attente ou notre curiosité.

Frère Pierre, le 25 décembre, a donc lui parlé du corps.

La lumière et le corps. Le corps, notre corps, auquel nous ne pouvons échapper, encore plus quand il est fragilisé ou mutilé. Le corps et la lumière.

Le corps qui laisse transparaître la lumière. Le corps qui disparaît dans la lumière. Le corps ET la lumière. La lumière ET le corps.

Voici mon interprétation à moi :

S'il existe une résurrection, elle doit vouloir dire que la lumière, dans la petite maison de notre intimité, est devenue tellement ardente qu'on n'en voit plus les murs, les façades, les structures. La maison brûle tellement de l'intérieur qu'elle en devient transparente. On oublie alors les murs, les façades, les structures . C'est le moment où le corps n'est plus nécessaire pour exprimer la lumière. Jésus, après la résurrection, ses disciples ne le verront plus vraiment, mais ils ressentiront encore sa présence ardente. Rappelez-vous Moïse et le buisson ardent. D'ailleurs, à chaque fois, qu'ils tentent de retrouver un souvenir de son corps, ils se méprennent (un jardinier, un marcheur, un inconnu sur la grève).

Et puis, n'y a-t-il pas une correspondance évidente entre la petite maison entrouverte de Noël, avec une faible lueur à l'intérieur, et le tombeau de la résurrection, ouvert lui aussi, avec la lumière de Pâques si vive qu'elle aveugle, nous appelant à voir autrement, avec le coeur.

N'est-ce pas cela le mystère de Noël/Pâques ? Auquel nous sommes associés, si nous le voulons.

Pâques, ce jour où Jésus est devenu transparence, parce qu'il a été au bout de tout ce qu'il devait vivre et où la petite lumière, devenue grande lumière, a tout submergé.

Soyons clair, on ne devient pas transparent, " ressuscité ", sans un certain parcours, des doutes, des moments de grâce, des épreuves, des morts à soi-même ... Jésus en est l'exemple.

Je me réjouis quand je vois, autour de moi, des non-croyants, ou des non-croyants prêts à croire, se retrouver ne fût-ce qu'un peu dans ce discours.

Je croise, heureusement pour moi, des personnes qui sont lumière. Dont le corps laisse passer la lumière qui est en eux. C'est une grande chance. Quand je les croise, cela est tellement évident. Souvent, il s'agit de personnes très simples et même souvent marquées par la vie. Il s'agit aussi de personnes de grande intelligence et de grande culture, mais qui ont décidé de privilégier la vie selon le coeur. Ces êtres-là sont les plus empreints d'humanité. Le plus beau destin pour un être humain n'est-il pas de grandir en humanité ? Au-delà de cela, c'est l'homme qui cherche à jouer au plus malin avec Dieu.

Je suis tellement triste pour ceux qui sont insensibles à tout ceci. Ils s'excluent du mystère. Ils ont tellement substitué, il est vrai, Les lumières à la lumière, qu'ils sont passé à côté d'un certain nombre de choses. Je le crois profondément. Au lieu de réunir les deux.

Les voeux de ma mutuelle pour 2012 et mon état abasourdi

J'ai reçu, ce matin, de ma mutuelle la lettre suivante :

" A partir du 1er janvier 2012, toutes les mutualités sont priées d'adapter leur organisation et leur mode de fonctionnement au niveau des services complémentaires qu'elles offrent (assurance hospitalisation, séjours de revalidation, camps de jeunesse, interventions complémentaires dans les soins dentaires, par exemple). Cette obligation légale trouve son origine dans des actions judiciaires intentées depuis de nombreuses années par le secteur privé des assurances qui considère que le monde mutualiste crée des disparités de concurrence au niveau de ces services. En effet, le monde mutualiste, non lié exclusivement à des impératifs de rentabilité, se base depuis plus d'un siècle sur une logique de solidarité et de redistribution des risques au sens strict. Cette contrainte nouvelle touche l'ensemble du monde mutualiste belge et entraîne des changements non désirés de notre part et qui peuvent avoir des conséquences sur votre situation personnelle ...
Sachez que l'humain reste et restera à la base de notre action, loin des logiques purement mercantiles qui trouvent leurs limites dans la grave crise financière actuelle.
Dans l'espoir qu'en 2012 et au-delà, la solidarité soit réellement à la base d'un monde meilleur, nous vous présentons, ainsi qu'à votre famille, nos meilleurs voeux et vous remercions pour la confiance toujours renouvelée que vous nous faites ".


Je suis resté abasourdi pendant quelques instants.

De mes quelques rudiments de pensée libérale, j'avais retenu ceci :
- chacun est libre d'entreprendre et de gérer comme il l'entend son entreprise, en termes de coûts, de rendement et de profits ;
- les prix sont fixés par les marchés, ceux-ci étant censés s'aligner sur les prix les plus bas, car ce que le consommateur veut c'est le meilleur service au meilleur prix ;
- l'Etat doit se mêler le moins possible de ce qui relève de l'exercice de la liberté d'entreprendre.

Je n'ai rien compris au libéralisme, et encore moins au néo-libéralisme sans doute, vu que j'entends que certaines grandes entreprises de ce système s'entendent sur les prix, pour éviter la concurrence entre elles et sauvegarder leurs profits. Cela a beau être illicite, elles le font quand même. Elles ne peuvent s'en empêcher,montrant à quel point elles ne retiennent de la loi du marché que ce qui les arrange.

http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/709712/entente-illicite-entre-brasseurs.html

Dans le cas présent, c'est encore plus ahurissant. Les sociétés privées d'assurances, grand suppôts du capitalisme, accusent en quelque sorte de concurrence déloyale, les mutuelles, dont les méthodes de gestion sont trop favorables aux usagers. Au lieu donc de s'aligner sur ceux qui pratiquent le moindre coût, ce qui devrait être la seule réaction possible dans un régime de marché, ces sociétés privées ont introduit des actions en justice pour que leurs concurrents s'alignent à la hausse sur leurs prix et adaptent leur mode de fonctionnement à elles! Les sociétés privées ont ainsi gagné ! Il doit y avoir du côté du pouvoir quelques complicités, certainement pas judiciaires - ou alors c'est à désespérer de tout - mais politiques sûrement, c'est de plus en plus évident au niveau national, et encore plus européen.

Vous m'avez bien lu : les mutuelles vont devoir augmenter leurs tarifs, pour tous les services complémentaires qu'elles offrent, revoir leurs modes de fonctionnement, et renoncer à la philosophie qui les anime depuis 100 ans, solidarité et partage du risque, pour faire plaisir à quelques entreprises qui décident aujourd'hui de tout. Mon père, deux soirs, par semaine, travaillait, après journée, à la mutuelle quasiment bénévolement. Quelle horreur !

Toutes proportions gardées, bien entendu, j'imagine une action judiciaire de la société Point chaud, qui vend au prix d'un euro des croissants industriels de merde, un peu partout, et aussi dans mon quartier ;  son concurrent local le plus direct est Le théâtre du pain, qui vend des croissants bien meilleurs à 0,90 euro, sans compter le boulanger arabe, où ils sont très bons aussi, qui lui les vend à 0,75 euro. La société Point chaud ne serait-elle pas en droit de dire qu'en adoptant d'autres critères de rentabilité et de coûts, les deux autres font preuve de concurrence déloyale ... et qu'il faut les contraindre à aligner leurs prix sur ceux qu'elle pratique. Cela vous paraît invraisemblable. Alors, ce qui se passe aujourd'hui au niveau des mutuelles à l'initiative des sociétés privées d'assurances doit vous paraître invraisemblable aussi. Et immoral, cela va sans dire.

Il faut dénoncer encore et toujours, ne fût-ce que pour rendre les gens un peu plus conscients.

J'ai lu ainsi, ces derniers jours, quelques déclarations qui méritent qu'on s'y arrête :

Emmanuel Todd, Le Point, 13 décembre 2011 :


" Ne soyons pas dupes de ces concepts mystificateurs : Bruxelles, les marchés, les banques, les agences de notation américaines, ces faux-nez, camouflent la prise du pouvoir politique à l'échelle mondiale par les plus riches ... les plus riches jouant avec l'Etat ". Et un peu plus loin, à propos de l'endettement des Etats : "
On analyse la dette publique à partir du point de vue d'un emprunteur qui serait coupable d'avoir dépensé sans compter. Les peuples doivent payer parce qu'ils ont vécu à crédit. Or, ce ne sont pas les emprunteurs qui sont, fondamentalement, à l'origine de la dette, mais les prêteurs qui veulent placer leurs excédents financiers ... Un Etat qui s'endette est un Etat qui, grâce au monopole de la contrainte légale, permet aux riches une sécurité maximale pour leur argent ".


Pierre Larrouturou, économiste, sur Matin première, le 23 décembre 2011 (compte-rendu/commentaire) :

"Globalement tout ce qu'on a fait depuis quatre ans ne marche pas et aggrave le problème, parce que le diagnostic est faux ". Citant l'exemple américain, il explique que "pendant trente ans, avant l'arrivée de Reagan au pouvoir (en 1981), il n'y avait besoin, ni de dette privée, ni de dette publique, pour nourrir l'économie ". Durant cette période,  " il y a eu un équilibre social : ce qui allait aux actionnaires, ce qui allait aux salariés, était à peu près équilibré ",  constate-t-il, " mais depuis l'arrivée de Ronald Reagan, depuis le succès des politiques libérales, nos pays ont besoin de dette parce que l'on a consenti trop de baisses d'impôts pour les plus riches et que ce qui va aux salaires est trop bas ". Dès lors, ce que l'on ne donnait pas par le salaire, on l'a donné par le crédit, ce qui a créé une immense dette privée. Ce qui n'est plus rentré dans les caisses de l'Etat, à force d'offrir des "ponts d'or" aux plus riches a créé de la dette publique.

Pourtant, avant, les politiques qu'avait mises en place le président Roosevelt ont fonctionné. Elles montrent que d'autres solutions que les solutions néo-libérales sont possibles face aux crises structurelles.

Si l'on maintient le cap actuellement choisi par les autorités européennes, on court tout droit vers un nouveau choc. Qui est prêt sincèrement à engager un travailleur de 67 ans, quand un plus jeune plus qualifié parfois et surtout moins cher se trouve en concurrence (sans ancienneté, avec éventuellement un statut précaire) et peut faire l'affaire ?  Repousser l'âge de la retraite risque bien de se traduire de deux manières : une carrière allongée pour avoir droit à la retraite complète, mais entrecoupée de périodes de chômage (à charge de l'Etat) ; soit des départs anticipés, qui se traduiront par une retraite rabotée (cela doit être là le souhait de l'Etat). Alors les étudiants et les papys se disputeront les petits boulots, comme cela est déjà le cas aux Etats-Unis. Géniale concurrence entre générations.

La banque centrale des Etat-Unis a prêté, en une semaine, 1.200 milliards aux banques privées au taux de 0,01 %. La Banque centrale européenne a prêté, dans le même temps, aux banques privées 480 milliards d'euros aux taux de 0,01%, à cause de la crise que subissent ces banques de plein fouet, tandis que les mêmes banques prêtent aux Etats à des taux de plus en plus élevés (de 4 à 7%), en raison de la même crise, les agences de notation fixant en quelque sorte le taux d'intérêt au gré de leurs AAA, etc. Pour faire face à cette hausse des taux d'intérêt, les  Etats n'ont rien trouvé d'autre que l'austérité, soit faire payer aux citoyens la cupidité de quelques uns. Il ne s'agit point de dire qu'une gestion rigoureuse des finances publiques ne doit pas être encouragée, mais de ne pas se laisser dire n'importe quoi, ni de se laisser faire.

Révélation : " dans les statuts de la BCE (Banque centrale européenne), il est dit qu'elle peut prêter au taux de 0,01 % à la BEI (Banque européenne d'investissement) qui, elle, a le droit de prêter à 0,02 % aux Etats". Et voilà qu'on nous dit que pour sauver l'euro, il faudra passer par une modification des traités.

Si cet économiste distingué dit vrai, il me parait clair que vous et moi sommes bernés !

jeudi 29 décembre 2011

Dispute à la basilique de la Nativité à Bethléem

Lors de mon voyage en Israêl, en 1973 - j'avais dix-huit ans - plusieurs choses m'avaient frappé, séduit et questionné :
- la cohabitation tendue des trois religions monothéistes ;
- le Mur des lamentations auquel j'avais eu accès, et où j'ai prié, et les mosquées que j'avais dû contempler de loin ;
- la diversité des rites chrétiens (qui me passionnait) et les invraisemblables rivalités entre eux (qui me désolaient). On m'avait expliqué qu'à Bethléem, dans la basilique de la Nativité, partagée entre grecs-orthodoxes, catholiques et arméniens, le nettoyage posait souvent problème tant les querelles de territoire étaient vives (il pouvait s'agir de la position d'un tapis qui aurait été déplacé d'un centimètre). Au Saint-Sépulchre, ce n'était pas mieux ... à certains moments, les diverses liturgies se superposaient, l'enjeu étant de chanter plus fort que les autres ;
- l'armée qui, à cette époque, était à tous les coins de rue ;
- et puis, cela me frappait, les riches étaient toujours juifs ou arméniens, et les pauvres, arabes ou palestiniens. Cela sautait aux yeux. J'ai passé deux jours dans un kibboutz, prospère et abondantdans la vallée du Jourdain,  puis rejoint la Cisjordanie, où tout avait l'air plus délabré, plus désenchanté, moins prospère. Pourquoi ? Les samaritains de Naplouse, que j'ai rencontrés, partageaient, il faut le dire, le même sort d'exclu que celui des palestiniens que j'y ai croisés. Les samaritains qui sont aujourd'hui moins d'un millier prient sur le mont Garizim, et non à Jérusalem, n'acceptant des livre sacrés que le Pentateuque.




Cela me faisait penser à des choses de mon pays : les querelles de territoire, les riches et les pauvres qui ne se mélangent pas vraiment, les ethnies (croyances, langues, ...) qui se veulent séparées, comme si l'éternelle opposition entre les flamands et les wallons se trouvait ici dupliquée en plus complexe avec les mêmes revendications.

Apparemment rien n'a changé, quarante ans après. On se bat toujours lors du nettoyage de la basilique de la Nativité à Bethléem. Il faut dire, m'avait-on expliqué, que les grecs-orthodoxes ont la main mise sur la quasi-totalité du lieu. Les arméniens et les catholiques romains se contentent des miettes. Mais, il y a un tapis qui traverse la basilique (sans doute la plus ancienne église du monde) de la porte d'entrée de celle-ci jusqu'à l'entrée de la crypte. Ce tapis représente une servitude de passage en terre orthodoxe. Une concession faite aux arméniens et accessoirement aux catholiques romains. Ces hommes qui se battent, revêtus d'habits religieux, qui sont-ils ? De quelle croyance ou foi témoignent-ils ?


Ces querelles de clochers ne sont pas rassurantes. Elles semblent être pourtant le lot d'une très, très, grande région ...

Des dictatures ont été renversées, dans le monde arabe, tantôt sur l'initiative fort intéressée de pouvoirs occidentaux, tantôt sur la base de mouvements populaires qui aspirent à la liberté, à plus de démocratie.

Cette aspiration est-elle simplement concevable, quand le moindre trou d'air, devient une porte ouverte pour les luttes de clans, les oppositions tribales, les factions religieuses ? Tout ceci, saupoudré de quelques violences ou massacres ... 

Ces querelles, trop souvent violentes, feraient-elles partie de la culture ou de la tradition de ces pays ?  Il faudra sans doute du temps, beaucoup de temps, pour définir des partis politiques, délivrés de références d'un autre temps. Le faut-il seulement ? Ne faut-il pas inventer autre chose ?

Tout le monde oriental, pas seulement musulman - c'est cela que je veux dire - est marqué par une culture clanique ou tribale. Il ne s'agit donc pas de religion, mais de culture, de tradition et de communautarisme. La religion musulmane ne contribue guère à l'ouverture, malheureusement, il faut le reconnaître. Elle préfère généralement le repli : être entre soi à l'exclusion de l'autre. Je le regrette. Il faut dès lors sans cesse jeter des ponts. Mais, les juifs orthodoxes ne valent pas mieux. Et j'attendais mieux des moines arméniens et orthodoxes de Bethléem.








mardi 27 décembre 2011

L'amitié selon Facebook

Facebook, dont je ne connais pas encore toutes les possibilités, se caractérise avant tout,  pour moi, par le nombre inouï d' "amis" qu'on peut s'y faire et par la possibilité d'envoyer des voeux d'anniversaire à ses amis sans trop se déranger. Cela fait quand même plaisir d'en recevoir, cela dit.

J'ai beaucoup aimé le message de Sébastien Fauconnet, un de mes amis FB, que je n'ai jamais rencontré et que je ne rencontrerai sans doute jamais. Hier, jour du 25 décembre, il avait posté le message suivant : " @ Jésus-Christ : bon anniversaire, mon vieux !". Sans un peu d'humour dans la vie, comment tenir ?

Les amis FB ?

Il y a là des gens que vous connaissez et qui vous connaissent bien ; des inconnus dont on se demande ce qu'il font là ; des connaissances rencontrées au gré de la vie privée ou professionnelle, qui sont là comme une mémoire : un carnet d'adresses (style Alumni ou association des anciens de ..., ou carnet d'adresses professionnel) ; des gens aussi que vous n'avez jamais rencontrés, mais qui partagent cependant un peu de votre vision de la vie, ou le même humour, ou les mêmes goûts musicaux (ils se trouvent parfois aux antipodes de la planète) ; et aussi, des personnes que vous croyez être de vrais amis, et qui, un jour, n'acceptent pas que vous ne soyez pas, pensiez pas, comme eux. Aucun règlement de compte, entre ces amis, mais de petites phrases. Comme un "je n'aime pas", suivi  d'un "je m'en contrefiche". Comme d'une anecdote racontée, suivie de propos désobligeants destinés à des individus bien précis (mon fils et moi, par exemple). Facebook serait-il un révélateur de la vraie amitié ? La vraie amitié doit faire preuve de délicatesse. Quant à moi, j'essaye en tout cas. Je préfère, à la limite, des amis lointains que je ne verrai peut-être jamais, ou que je ne verrai plus jamais, à de soi-disants amis proches qui, en trois mots, vous assassinent à la moindre occasion.

Heureusement, tous les amis FB ne se ressemblent pas.

Soyons clair, ni sur Facebook, ni dans mon blog, je ne cherche à créer l'unanimité sur ma personne. Je dis des choses qui sont à prendre ou à laisser, et qui surtout n'attentent pas l'adhésion. Bref, je partage ce que je pense, ce que je crois, et sans doute un peu de ce que je suis. Et je ne joue pas avec l'autre. Mon discours n'est jamais réservé à des initiés. Il s'agit d'un partage qui n'exclut pas le débat.

Je dois reconnaître n'avoir pas toujours bien maîtrisé l'outil FB. Mais l'outil, lui-même, est d'une rare ambiguïté.

Vous pouvez y apparaître sous des noms différents ; vous pouvez "bloquer" vos amis ou "filtrer" leurs messages, leurs commentaires, tout en les gardant comme amis ; vous pouvez ne plus être l'ami de quelqu'un, mais quand même recevoir de ses nouvelles, sans avoir pourtant le droit de les commenter, et réciproquement ; vous pouvez n'être l'ami de personne et néanmoins recevoir des demandes d'amis les plus invraisemblables. Quelle est donc cette amitié où l'on a le pouvoir de signifier à un ami : toi, je te situe à tel endroit, dans tel créneau, où je te donne les droits suivants ou te prive de certains droits ?

Quelle curieuse conception de l'amitié !

Certains s'en accommodent. Moi, je suis trop naïf.  Je revendique le droit de ne pas jouer avec les catégories et d'être simplement moi-même avec tous.

Je dois l'avouer, je n'ai jamais été doué pour m'entourer d'un cercle d'amis et de connaissances et je n'en ai jamais souffert. Mes vrais amis auront été, à la fin de ma vie, trois ou quatre peut-être, guère plus. C'est bien comme cela, je trouve. Non multa, sed multum, comme nous l'enseignaient les pères jésuites de mon collège.

dimanche 25 décembre 2011

Noël de la nuit et Noël du jour

La répartition des textes liturgiques ne doit rien au hasard !

Hier, à la messe de minuit, l'évangile nous renvoyait à l'imagerie de Noël la plus connue. L'étable, les bergers, les anges (Lc, 2, 1-14). Le boeuf et l'âne ont été ajoutés bien plus tard par François d'Assise qui aimait beaucoup les animaux et ne comprenait pas pourquoi ils ne pouvaient pas avoir une petite place dans ce ménage.

Des humbles, auquel l'ange doit dire : "Ne craignez pas". Le plus beau terreau qui soit pour accueillir un sauveur. Sans un peu d'humilité, il est bien difficile en effet d'accueillir un sauveur.

Dans mon imaginaire d'enfance, j'avais retenu que la paix sur la terre était, depuis ce jour, offerte aux "hommes de bonne volonté". Je suis déçu, les hommes de bonne volonté ne sont guère récompensés dans le monde d'aujourd'hui. Qui a inventé cette expression ? Le texte ne dit pas cela : il parle "des hommes" (il faut comprendre l'humanité) que Dieu aime, les "bien-aimés" de Dieu que nous sommes, vous comme moi.

Au Noël de la nuit, on contemple un nourrisson, fragile, mais, les anges le disent, plein de promesses. Il y a lieu de réfléchir à son destin : tellement peu gâté lors de sa venue au monde, plus de deux mille ans après,  il continue d'inspirer une multitude d'humains. Il y a lieu aussi de tirer une leçon : les destins les plus féconds s'enracinent, je le pense, dans une certaine précarité et une certaine fragilité. Quelle leçon pour notre monde, pour les modèles de notre monde !

C'est seulement le lendemain, à la messe du jour de Noël, que la liturgie éclaire le destin si particulier de ce nourrisson attendrissant.

La rupture est totale. L'évangile proposé à la réflexion n'est rien moins que le prologue de l'Evangile de Jean. Peut-être vous souvenez-vous : "Au commencement était le Verbe ..." (Jn, 1, 1-18). Allez le lire (ou le relire). Un texte extraordinaire, mais plutôt difficile d'accès.

J'en retiens deux mots : "verbe" et "lumière".

Il y a tant de ténèbres dans notre monde et même en nous qu'un peu de lumière fait du bien.

D'une parole, la lumière peut surgir. D'une parole dite et/ou une parole écoutée.

Lumière de Noël et lumière de Pâques. Indissolublement liées.

Et si Dieu, dans le fond, n'était rien d'autre que notre chemin vers la lumière, la transparence.

Il y aurait bien d'autres choses à dire. Frère Pierre, lui, ce matin, a beaucoup parlé du corps. C'est important aussi en ce temps de Noël, en ce temps d'incarnation. Venant de lui, c'est d'autant plus touchant qu'il sait très bien ce qu'est un corps fragile.

Il a cité aussi un théologien, Maurice Zundel, que je ne connaissais évidemment pas, mais qui a dit cette belle phrase : " La question n'est pas de savoir s'il y a une vie après la mort, mais d'arriver à être pleinement vivant avant la mort ".

Ma foi, c'est un peu cela.

samedi 24 décembre 2011

Une vision de Noël

Cette année, je serai seul le 24, et entouré des mes parents et de mes fils, le 25 au soir.

Nous avons pris le parti de ne plus nous offrir de cadeaux. Notre cadeau sera l'affection que nous allons nous témoigner. Le plaisir d'être ensemble autour d'un repas un peu plus festif que d'habitude, certes, mais sans excès. Chaque année, on se dit : le dernier peut-être avec mes deux parents.

Je décore sobrement mon appartement - deux ou trois éléments qui attirent l'attention et beaucoup de bougies - mais je n'ai plus de crèche depuis longtemps. Parfois, il m'est arrivé d'afficher la reproduction d'une nativité peinte par un maître.




Cette année, Sam m'a offert, bien avant l'heure, une petite maison en terre cuite dans laquelle on peut mettre une bougie à l'intérieur.




J'ai toujours été fasciné par le monde en miniature. Le complexe de Gulliver peut-être ? Il faudra que j'en parle à ma psy.

Cette petite maison me plaît, elle sera ma crèche.

Elle me plaît parce qu'on ne sait pas ce qui, ou qui, se trouve à l'intérieur. Les portes sont entrouvertes et on aperçoit seulement une lumière tantôt vive, tantôt vacillante.

Les portes surtout sont ouvertes. On est donc invité à entrer. Cette petite maison en terre cuite n'est pas un lieu clos. Tout le monde est invité à entrer.

Cela veut dire aussi qu'il faut oser y entrer, être assez curieux, pour y faire une découverte.

Quand on y pénètre, qu'y trouve-t-on ? Rien de sensationnel, mais quelque chose de capital : on y découvre le coeur de son être, l'intérieur intime, dépouillé de tout ce qui constitue l'être extérieur. L'être extérieur, celui qu'on montre aux autres parce qu'il faut bien, ou parce ce qu'on a toujours fonctionné comme cela, ou parce qu'on a besoin de paraître aux yeux des autres.

Il est fort possible qu'on rencontre, dans la petite maison, un nouveau-né fragile. Et si cet enfant était nous ?

Mais on n'est pas seul, dans la petite maison, on trouve d'autres que soi, qui ont franchi le pas de la porte bien avant. Ils ont grandi, ils ont été transformés, ils se disent "unifiés".

Et puis, il y a ceux qui n'entreront jamais, par indifférence ou par principe.

Le nouveau-né de la crèche était-il le fils de Dieu ? Autant que moi, dirais-je (mais un peu plus sans doute). Me reconnaître en lui me rassure : un jour, moi aussi, je serai "unifié". Cela suppose bien entendu tout un chemin : on ne ressuscite pas comme cela, sans quelques épreuves faites de doute, d'abandon, d'incompréhension, de persécutions diverses ...

A ceux qui sont entrés, qui hésitent à entrer, qui refusent d'entrer, je souhaite de tout coeur un heureux Noël !

mardi 20 décembre 2011

Le fonctionnaire de Dieu et la môme Marie (pochade)

Tout a  commencé à cause d'un fonctionnaire. Il s'appelait Gabriel. Un grand "efflanqué", comme on dit chez nous.  Sauf qu'il était un fonctionnaire de Dieu. Bref, un ange.

Il a frappé ( "toqué", comme on dit chez nous) à la porte de Marie.

- " J'ai une bonne nouvelle pour toi " (dans ces cas-là, il vaut toujours mieux se méfier ... on, finit toujours par se voir promettre une croisière dans les Caraîbes ou un week-end à Poulseur, à la condition de répondre aux bonnes questions et de souscrire à un abonnement quelconque ;
- " Quelle nouvelle " ?
- " Tu as été choisie pour être la mère du Sauveur " (mettez-vous un instant à la place de Marie ...) ;
- " Binameye (comme on dit chez nous), en voilà une bonne nouvelle ", ne trouve-t-elle rien d'autre à répondre.

L'ange-fonctionnaire explique alors à Marie que le Sauveur a déjà une carte d'identité : il descend de David et est même un rejeton de l'arbre de Jessé. Marie, qui n'avait pas encore été chercher sa nouvelle carte d'identité électronique à la commune, fut toute troublée.

Mais elle avait un caractère où, quand l'on se trouble, on ne se trouble qu'un instant.

Rationnelle avant tout, de cette rationalité qu'on appelle le "pur bon sens", elle signale à toutes fins utiles au dit Gabriel qu'elle est fort jeune,  qu'elle n'a jamais connu d'homme (la connaissance, à l'époque de Marie, évoquant avant tout l'expérimentation du sexe). Elle pense que Joseph, son promis, ne sera peut-être pas d'accord, enfin pas maintenant, pas tout de suite. Il est déjà vieux et elle a beau être jeune. Et puis ils ne sont même pas encore mariés.

C'est alors que le fonctionnaire de Dieu, le nommé Gabriel, vite fait bien fait, récupère la situation.

L'Esprit-Saint va tout arranger. Il va " venir sur toi "et il te  " couvrira de son aile "" (ou  " de son ombre ", selon les traductions). Rien que ça.

J'essaye toujours de me mettre à la place de Marie, enfin, très modestement ; mais elle n'a pas dû se sentir très rassurée à ce moment-là. Qui est donc cet équivoque Esprit-saint ?

Marie finira pourtant par dire : "oui", après bien des questionnements.

Que se passe-t-il au même moment ?

Sa vieille cousine Elisabeth (j'aime tellement mieux quand on dit "la cuzène Babette", comme on dit chez nous) va aussi enfanter.

Rendez-vous compte de la situation : d'une part, une vieille stérile, qui, Dieu sait comment, enfante quand même, et, d'autre part, une vierge, qui va enfanter d'un Sauveur, sans avoir connu d'autre homme que l'Esprit Saint !

Le plus inouï, c'est que je crois quand même.

Le Sapin et l'Apparu. Non, ce n'est pas un conte de Noël

Non, ce n'est pas un conte de Noël ! C'est plutôt un tissu de mauvaise foi.

http://www.liberation.fr/politiques/01012378686-apparu-juge-stupide-la-proposition-du-ps-d-un-blocage-des-loyers

Soit un monsieur Sapin, qui prend la crise du logement à bras le corps, et demande un blocage des loyers, non pas partout, mais "dans les zones où le marché est tendu". La dépêche de l'AFP n'en dit pas plus. Il ne s'agit que d'une dépêche.

"Stupide ", répond le sieur Apparu (secrétaire d'Etat au logement de la Sarkozie). Voici son raisonnement : "Quand vous avez un propriétaire qui gagne comme rapport locatif 800 euros par mois et que vous lui dites : ce n'est plus 800 euros, c'est 700 euros, est-ce que vous croyez vraiment qu'il va continuer à faire des travaux dans son logement ? " (sic).

Cette réponse du sieur Apparu vaut son pesant d'or, si j'ose dire.

Tout étudiant qui prépare le bac est capable de lui répondre :

- il ne s'agit pas de réduire les loyers, mais de les bloquer : vous aurez donc toujours 800 euros, il n'est pas question que vous n'en obteniez que 700 !

- depuis combien de temps, avec votre loyer de 800 euros, avez-vous fait des travaux dans le logement que vous mettez en location ? En ferez-vous davantage, si on vous autorise à demander aux candidats à un logement un loyer de 900 euros ?

C'est alors que vient l'argument imparable : si c'est comme ça " je vais vendre mon logement et investirai mon argent ailleurs. La conséquence sera catastrophique ".


Que le sieur Apparu soit ministre ou secrétaire d'Etat m'afflige.





Je préfère de loin me réfugier sous le sapin.





lundi 19 décembre 2011

Hommage : Vaclav Havel

On a dit de lui qu'il a été un président philosophe, un président qui a connu la prison, un président résistant, un président comme "malgré lui". Moi, je veux bien de président de cette trempe.





Il n'est plus bel hommage à rendre à quelqu'un qui nous quitte pour l'autre rive que de le citer :

L’homme semble bien être la seule créature connue qui puisse affirmer sans aucun doute possible qu’elle sait qu’elle va mourir. (...) 
Mais puisque nous savons que nous allons vers la mort et que tout est en fin de compte inutile, quel intérêt avons-nous à vivre et à faire tant d’efforts ? Et surtout pourquoi presque toutes les questions essentielles pour lesquelles nous nous battons ou qui servent à donner un sens à notre vie dépassent si clairement l’horizon de notre propre existence? (...)
“L’espérance, de par sa nature même, dépasse notre mort. Et plus encore: si on la met en relation avec la conscience que nous avons de nous acheminer vers la mort, elle est incompréhensible et absurde. Nous ne pouvons pas croire que notre vie a un sens et conserver dans notre esprit une espérance permanente si nous avons la certitude que tout s’arrête définitivement avec notre fin.
“L’unique explication de l’espérance véritable tient à notre certitude profonde et par essence, archétypale, une certitude pourtant maintes
et maintes fois rejetée ou ignorée: celle que la vie sur terre n’est pas
un événement aléatoire au milieu de milliards d’autres événements cosmiques eux aussi aléatoires et promis à une disparition totale,mais qu’elle est une partie intégrante, ou un maillon, fût-il microscopique,
d’un grand et mystérieux ordre de la vie dans lequel tout a sa place unique, où rien de ce qui est arrivé ne peut être effacé, où tout s’inscrit à jamais et se trouve mystérieusement évalué. Oui, seul notre sentiment de l’infini et de l’éternité, qu’il soit intuitif ou raisonné, peut expliquer ce phénomène non moins mystérieux qu’est l’espérance. (...)
“En exagérant un peu, on pourrait (...) dire que la mort ou la conscience de la mort, cette dimension étonnante s’il en est du passage de l’homme sur terre, qui nous remplit d’effroi, de crainte et de terreur, constitue enmême temps une sorte de condition à l’accomplissement de notre vie aumeilleur sens du terme. Car c’est un obstacle placé dans l’esprit humain pour le
mettre à l’épreuve et le défier d’être vraiment cemiracle de la création qu’il prétend être. Cette conscience lui offre en effet la possibilité de vaincre lamort, non en refusant de l’admettre,mais en semontrant
capable de voir audelà d’elle ou d’agirmalgré elle, en toute connaissance
de cause. Sans l’expérience de la transcendance, ni l’espérance ni la responsabilité humaine n’ont de sens. (...).




Je vous salue, Marie

Pour bien des gens, " Je vous salue, Marie, pleine de grâces ", cela représente des mots, des mots dits - ou chantés - par coeur, en chapelet parfois, dans une infinité de langues de par le monde. Cela représente une manière simple de prier, de se confier, de se décharger - fût-ce symboliquement - d'un fardeau que l'on sent trop lourd ou d'un manque affectif.

Il faut, une fois au moins dans sa vie, aller à Lourdes, non comme touriste, mais comme accompagnant de personnes blessées, et dire, avec elles, en même temps qu'elles : " Je vous salue, Marie ". Même si vous ne priez généralement pas avec ces mots-là, même si vous ne priez jamais, et même si vous n'êtes pas croyant, faites-le simplement, sans réfléchir, avec celui que vous accompagnez. Je vous garantis que vous allez vous sentir transformé. C'est cela le miracle de Lourdes et non pas les apparitions, les guérisons inexpliquées, la source. J'ai vécu cette expérience. Elle n'a pas toujours été facile, je vous préviens. J'ai été confronté à des situations que je n'avais pas imaginées, parfois très prosaïques. Mais le miracle du lien créé avec ceux qui m'étaient confiés m'auraient fait soulever les montagnes proches. Cela m'a marqué pour toujours.

Mais, mon propos de ce jour n'est pas celui-là.

Je suis surpris de constater à quel point la salutation de Gabriel à Marie a marqué les esprits, au point que certains parmi les moins susceptibles d'être croyants ont cru utile de s'y référer (qu'ils en détournent le propos m'importe peu ; ce qui compte c'est qu'ils n'ont pas pu s'empêcher de dire eux aussi : " Je vous salue Marie "). Ainsi de Jean-Luc Godard, en 1985, avec son film "Je vous salue Marie ". Ou quand Georges Brasssens chante, dans " La prière ", des vers de Francis Jammes (1868-1938), issus de son poème Rosaire. Et puis tous ces peintres, croyants ou non, qui ont représenté l'événement,  et que tant de croyants, ou non, contemplent dans les églises et les musées.

Mais il y a avant tout le récit de l'évangéliste Luc (1, 26-38).

Un récit qui peut paraître simplet, avec un ange nommé Gabriel, une jeune vierge nommée Marie, et un Esprit Saint qui, pour permettre à la vierge d'enfanter, sans l'intermédiaire de Joseph auquel la vierge est promise, viendra sur elle et la prendra sous son ombre. De quoi imaginer bien des scénarios !

Le croyant d'aujourd'hui sait très bien que ce récit ne relate rien de réel.

Le croyant d'aujourd'hui lit, dans ce récit, bien d'autres choses. Je veux vous en confier deux.

Les plans de Dieu sont toujours surprenants, inattendus, voire invraisemblables.


Enfanter un enfant avec un grand destin ? Comment veux-tu, Gabriel, que je donne naissance à un enfant ; je suis vierge, je n'ai jamais connu d'homme, dit Marie.

J'aime beaucoup la réaction de Marie, pétrie de bon sens. N'est-ce pas ainsi que nous réagissons (parfois, souvent .. cela dépend de notre caractère) ? Par exemple, quand il nous arrive de dire, de penser ou de rêver une chose impossible à nos yeux. Nous opposons alors frileusement notre bon sens. Et nous passons peut-être à côté de ce que Dieu nous propose.

Les naissances impossibles sont pourtant légion dans la Bible : que de femmes stériles ou trop âgées qui finissent par enfanter : Saraï, femme d'Abraham et mère d'Isaac (Gn, 18, 10-15) ; Anne, mère de Samuel (1 Sam, 1); Elizabeth (Lc, 1, 36), par exemple.

Dieu serait-il celui qui fait naître la vie quand on ne l'espère plus ?
Dieu suggérerait-il aussi que la stérilité ne rend pas nécessairement infécond ?
On peut enfanter de tant de façons.

Le récit indique aussi, me semble-t-il, que le plan de Dieu n'emprunte pas toujours les voies les plus naturelles, je veux dire les les plus conformes à l'ordre établi ou attendu.

Dieu serait-il anti-conformiste ? Je n'en ai jamais douté.

Si les plans de Dieu sont toujours surprenants, inattendus, voire invraisemblables, je gagne en espérance. Mon parcours de vie ne m'exclut pas du plan de Dieu, peut-être était-ce son plan d'ailleurs ? Et je n'ai rien à perdre à être l'ouvrier de la onzième heure (Mt, 20, 1-16).

Les plans de Dieu ne se réalisent jamais sans un consentement.


"Que tout se passe pour moi selon ta parole" (Lc, 1, 18). Loin d'être une soumission de Marie au message de Gabriel, ces mots signifient un consentement, ce qui sous-entend une liberté. N'a-t-elle pas eu précédemment, dans le récit, tout loisir d'exprimer ses doutes, ses objections, ses questions ? N'hésitons jamais à les exprimer ; après, tout dépend de notre liberté.

dimanche 18 décembre 2011

J'ai lu dans la presse des choses étonnantes, cette semaine

Le Canada a décidé de supprimer l'"âge obligatoire de la retraite".

http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/general/l-age-obligatoire-de-la-retraite-aboli/539014

Voilà donc un pays où le gouvernement considère que les citoyens en ont tellement marre d'être "contraints" de prendre leur retraite à 65 ans, qu'il faut les autoriser à travailler après cet âge puisqu'ils ne demandent que cela. Etonnant, non ? De l'autre côté de l'Atlantique, les citoyens pensent plutôt au moment où ils "pourront" prendre enfin leur retraite. Le pouvoir politique ne cesse pourtant de réduire de plus en plus leurs espérances, en repoussant l'âge à partir duquel ils seront "autorisés" à partir à la retraite. En Belgique en tout cas, le même pouvoir ne manque pas de limiter le droit à la pension de retraite, qui est le résultat d'années de travail, et le cumul avec une nouvelle activité lucrative. Etrange ?

Un océan de différences.

Ya -t-il là une certaine logique ?

Oui peut-être, le Canada connaît, paraît-il, une pénurie de main d'oeuvre et l'Europe un trop plein de chômeurs. C'est donc la quantité de travail offerte qui est en cause. Nous avons trop de chômeurs parce que nous n'offrons pas assez d'emplois. Les canadiens n'ont pas assez de travailleurs parce qu'ils offrent trop d'emplois. Je sais que la réalité est un peu plus subtile que cela, mais laissez-moi jouer le jeu. Car ce n'est qu'un jeu, même si le jeu permet de dire certaines vérités.

Une première mesure pourrait être que le Canada offre aux chômeurs européens le trop-plein d'emploi dont ils ne savent que faire, quitte à décevoir leurs papys. Deux possibilités : importer au Canada des chômeurs européens (belges, si possible) ; délocaliser en Europe (en Belgique, si possible) la part excédentaire de l'offre d'emploi canadienne.

Je pressens pourtant un blocage. Non que les européens soient rétifs à s'expatrier au Canada - à voir le nombre de citoyens du Québec qui portent le patronyme "Parent" - ma lignée en est un exemple. Mes descendants nés au Brésil, après un passage par la Belgique, pourraient prendre la relève. Une nouvelle délocalisation en quelque sorte.

Puisque le Canada manque cruellement de main d'oeuvre, on trouverait naturel que les entreprises canadiennes fassent appel à des travailleurs des pays de l'Orient que l'on dit extrême, la main d'oeuvre y est tellement moins coûteuse. Cela se fait beaucoup, paraît-il. Non, non, ce pays, préfère ses papys aux chinois.

Je trouve cette préférence assez géniale. Mais je me dis qu'il y a un "hic".

Je ne suis pas sûr de ce que je vais avancer, mais j'ose quand même. Les papys canadiens n'ont peut-être pas (ou plus) envie d'être mis obligatoirement à la retraite à 65 ans, parce qu'ils risquent de ne gagner que des clopinettes, à moins d'avoir souscrit un plan privé de pension auprès d'un fonds, qui cependant n'aura aucun scrupule à leur annoncer que des "bulles imprévisibles" ne lui permet pas d'assurer ce qu' ils comptaient. S'ils veulent survivre, les papys canadiens n'ont donc pas d'autre solution que de continuer à travailler. Ils devaient en obtenir l'autorisation ! Dans ce vaste marché surabondant de l'emploi du Canada, voilà une manière élégante de faire passer l'idée du report de l'âge de la retraite. Nous manquons tellement de mains d'oeuvre que nous voulons permettre aux papys de travailler aussi longtemps qu'ils le veulent. Plus jésuite que ça ...

Un océan de différences, disais-je.

Chez nous, ce n'est pas mieux. On va "contraindre" les papys à travailler plus longtemps, pour financer leurs retraites. Dans un marché de l'emploi aussi restreint, l'allongement de la durée du travail ne va pas faire le bonheur des jeunes demandeurs d'emploi et des chômeurs, qui aimeraient beaucoup qu'on leur "permette" de travailler. C'est un peu comme l'irréaliste "travailler plus, pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy, qui, pour les salariés, signifie que certains, par leur effort certes pour devenir plus riches, prendront une part de l'offre de travail au détriments d'autres qui n'ont jamais demandé à être plus pauvres. La gauche plus réaliste, et moins individualiste, avait osé l'idée de partager le temps de travail.

Car, l'enjeu est là : comment se fait-il que le Canada crée une offre d'emploi excédentaire et l'Europe pas ?

Pourquoi nos entreprises offrent-elles si peu d'emploi ? Pourquoi nos pays, la  Belgique notamment, se sont-ils "désindustrialisés" ? Pourquoi, le pouvoir de décision s'est-il déplacé chez les financiers ? Pourquoi les patrons "paternalistes", il y en a eu (allez visiter le site du Grand Hornu), ont-ils cédé la place à des requins sans scrupule ?

Un économiste détient la solution : "il faut absolument réduire les salaires pour exporter plus" (j'ai lu ça dans la presse, mais je ne sais plus où). Il faut savoir que les économistes n'ont jamais de solution. Ils échafaudent des hypothèses, en les couvrant de chiffres, de graphiques et de statistiques pour leur donner un statut d'honorabilité. Mais il n'est point de science plus inexacte que la science économique.  Quand ils ouvrent une perspective, ils créent une brèche, dont ils s'abstiennent de parler. J'aime cette citation d'un auteur qui m'est inconnu : "Le premier économiste s'appelait Christophe Colomb : il est parti sans savoir où il allait, il est arrivé sans savoir où il était et tout a été financé par les deniers de l'Etat".

Dans le cas présent, le salarié, dont le salaire préalablement réduit aura permis d'exporter plus, en sortira-t-il gagnant ? Y aura-t-il création d'emplois en réduisant les salaires ? Car, bon  sang, tous ces gens qui gagneront moins, consommeront moins et ne seront guère à même de relancer l'économie locale.

Je m'étonne que cet excellent économiste n'évoque pas une autre alternative. Et si on importait moins ? Et si on confiait davantage à l'emploi local la satisfaction des besoins locaux et la consommation locale ? Et si on revoyait un peu nos besoins ? Cela coûterait-t-il plus cher ? Oui peut-être un peu à cause du coût salarial, mais on économisera par contre beaucoup sur les frais de transport et sur les intermédiaires.

Oui, mais cela veut dire alors qu'on risque de mettre au chômage des transporteurs et des intermédiaires ? Je n'hésite pas à dire oui. Mais on peut les aider à se reconvertir.

S'il fallait utiliser un critère, cela pourrait être : l'utile et l'inutile.

Terminons ces propos dominicaux par cette citation de Maurice (pas Alphonse) Allais : " Que les bourses soient devenues de véritables casinos, où se jouent de gigantesques parties de poker, ne présenteraient guère d'importance après tout, les uns gagnant ce que les autres perdent, si les fluctuations générales des cours n'engendraient pas, par leurs implications, de profondes vagues d'optimisme ou de pessimisme qui influent considérablement sur l'économie  réelle  (...). Le système actuel est fondamentalement anti-économique et défavorable à un fonctionnement correct des économies. Il ne peut être avantageux que pour de très petites minorités ".

Et, pour se rassurer un peu, cette citation d'Alphonse (pas Maurice) Allais : "La misère a cela de bon qu'elle supprime la crainte des voleurs ".

vendredi 16 décembre 2011

Lettre à un huissier (sur le mode huissier)

NNN. réf. Huissier XZYJKLSEOP
réf. requérant et ou avocat XZ8021009567
à partie AJKL

SOMMATION-CITATION

Attendu que vous  réclamez, pour une dette de 55, 71 euros, des  frais de 136,55 euros , emportant citation devant le juge de paix, avec menace de frais supplémentaires, sans compter les intérêts de 1,79 euros ;

Attendu que le débiteur n'a jamais rien compris à vos courriers qui auraient pu être plus lisibles et que vous n'estimez pas de votre devoir d'expliquer ;

Attendu que le débiteur n'est pas à même de payer ses dettes, étant déjà en règlement collectif de dettes pour des dettes passées, et en incapacité de travail ;

Attendu que vous n'hésitez pas à vous enrichir sur son dos, multipliant en vain des actes que vous lui facturez pour des sommes supérieures à sa dette, tout en sachant qu'il ne pourra y répondre ;

Attendu que, au lieu d'aider ce débiteur, vous l'enfoncez toujours un peu plus, à votre grand profit ;

Attendu qu'il faut bien constater que la loi n'est pas juste, mais qu'elle vous est anormalement favorable ;

En vertu de mon code à moi, vous êtes sommé de déposer en mes mains et au moins 20 jours avant la date de l'audience, dores et déjà fixée le 21 mars 2012, tout ce que vous avez gagné indûment sur le dos des plus faibles.

P.S.  Ce jour-là, ne demandez pas de remise. Si on doit fixer une audience pour une dette de 55, 71 euros (le reste étant pour vous), je comprends maintenant pourquoi on parle d'encombrement de la justice et d'arriéré judiciaire.

jeudi 15 décembre 2011

Les bien-pensants

Certaines conversations récentes, dans la réalité et dans la virtualité (Facebook), m'amènent à m'interroger sur la "bien-pensance".

On désigne habituellement, et de manière péjorative, par "bien-pensant" une personne conformiste, aux idées conservatrices et traditionnelles, aimant la bienséance. Je ne corresponds guère à cette définition. Ma vie et mes choix de vie en témoignent. Quant à la bienséance, je lui préfère de loin la sagesse ou la délicatesse.

Mais il existe une autre catégorie de "bien-pensants", ceux qui "pensent bien", du moins le pensent-ils et le prétendent-ils, parce que leur pensée est censée libre, fruit de la raison et d'un irréductible individualisme.

J'aimerais un instant mettre en parallèle les "bien-pensants", dont je ne suis pas, et ceux qui "pensent bien", auxquels je ne puis prétendre appartenir.

Les "bien-pensants" et ceux qui "pensent bien" se ressemblent tellement que je comprends mieux pourquoi, en fin de compte, je n'ai aucune envie d'appartenir à leurs coteries. On constate ainsi, chez les uns et chez les autres, une propension à se retrouver entre soi, à s'encourager, à se stimuler mutuellement, à rire des même choses, à faire preuve de condescendance pour ceux qui ne font pas partie du lot ... etc.

Je me demande dès lors s'ils sont vraiment des esprits libres.

Car c'est cela qui est intéressant : être un esprit libre, quelle que soit la coterie à laquelle on appartient, affranchi des gourous et des trop nombreuses références. Cela ne veut pas dire qu'on ne puisse pas puiser son inspiration dans une tradition.

Je vous recommande, à cet égard, l'ouvrage suivant d'un esprit libre : Simon Pierre Arnold,  La foi sauvage - Bilan provisoire d'un théologien perplexe, Khartala, Paris, 2011.





Combien de ceux qui "pensent bien" liront-ils cet ouvrage ?

Mais je n'ai rien dit encore des "mal-pensants" ! Ils sont bien plus nombreux que les autres. Le pire est qu'ils pensent parfois, et dans ce cas souvent très bien. La médisance leur plaît. L'ironie les réunit. Leur pensée, ou à tout le moins l'expression de leur pensée, est le plus souvent stérile. Ils ne construisent rien, ils parlent. Selon leur sensibilité, les "mal-pensants" tantôt  nourrissent des propos populistes, extrémistes, racistes, tantôt cherchent à se complaire dans des propos ravageurs, provocateurs, cyniques, voire supposés drôles. Le point commun aux uns et aux autres, car il est un point commun entre eux, est la vanité. La vanité peut en effet suffire à faire mal penser tout qui croit bien penser.

Vous allez me dire : de quel droit jugez-vous ainsi les uns et les autres ? Soit tous ceux auxquels vous ne vous sentez pas relié. A ce seul critère : on juge un arbre à son fruit. Ce critère-là relève de la tradition.

Je me rassure un instant. La vanité dont parle le livre de l'Ecclésiaste " הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָֽבֶל" signifie littéralement "souffle léger, vapeur éphémère". Encore bien.

mercredi 14 décembre 2011

Christmas carols

Comme beaucoup, je suis vite saturé par les chants de Noël (ou de pseudo-Noël) toujours les mêmes  diffusés dans les rues et sur les inévitables marchés de Noël. Rien ne m'irrite plus, à cet égard, que les versions des grands classiques interprétées par les anciens élèves de la Star Academy et autres, que je cite ici comme simple exemple. Irritant est le mot.

Et pourtant ... Je dois l'avouer, j'aime entendre - à petite dose - certaines mélodies qui évoquent mon enfance. Je prends plaisir surtout à les réentendre dans de nouveaux arrangements, de nouvelles interprétations, de qualité bien entendu.

Mais, il n'y a pas que les mélodies de mon enfance. Le thème de la nativité, comme bien d'autres thèmes religieux, a nourri autant la musique populaire que la musique classique. Et je n'en finis pas de découvrir de petits joyaux en ce domaine. Sublimes ou cocasses, mais qu'on n'entend guère sur les ondes.

Le motet "O magnum mysterium" a inspiré des compositeurs de toutes les époques : Tomas Luis de Victoria, Francis Poulenc, Morten Lauridsen, par exemple:

http://www.youtube.com/watch?v=pjuZL6v2H9A&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=VShyqHcWjPY
http://www.youtube.com/watch?v=nn5ken3RJBo

"Riu, riu, chu" est un air du moyen-âge, dont il existe aujourd'hui de nombreuses versions. En voici une :

http://www.youtube.com/watch?v=RzGQU5VMPdI

El nino querido (tradition catalane)

http://www.youtube.com/watch?v=HFUj5ZMZOc0

Arvo Pârt est l'auteur de cette berceuse de Noël interprétée par Jordi Savall et Hysperion XXI

http://www.youtube.com/watch?v=3KPxkKaTmxo

Connaissiez-vous, cette chanson parfaitement nunuche de Charles Trenet ?

http://www.youtube.com/watch?v=c_Q8XrTaLK8

Et celle-ci de Charles Aznavour ?

http://www.youtube.com/watch?v=Eg8eXrTyw5g

Et celle-ci de Barbara ?

http://www.youtube.com/watch?v=7MtxXfzjs3s&feature=related

D'autres découvertes suivront sûrement ...

Tuerie à Liège

Hier, en plein temps de midi, un tueur fou a lancé quatre grenades et tiré des coups de feu sur la foule, place Saint Lambert, en plein coeur de ma cité. Le bilan provisoire est lourd : une femme de 45 ans tuée au domicile du tueur, deux adolescents de 15 et 17 ans, un bébé de 17 mois, sans compter le tueur qui s'est apparemment suicidé et plus d'une centaine de blessés dont plusieurs sont toujours en soins intensifs.

J'étais passé sur la place une heure avant les faits, la police ordonnait la fermeture des chalets du village de Noël pour cause de  grands vents. Tout ce que j'ai appris, en temps et heure, je l'ai appris par les media et les réseaux sociaux.

Un tel événement se traduit d'abord par un flot d'émotions : la panique de ceux qui sont sur place et ont peur pour leur vie, l'inquiétude de ceux qui savent un proche près du périmètre de sécurité, le stress des forces de l'ordre et de secours. Viennent après l'incompréhension, la révolte, la colère, la tristesse, l'affliction. Ces émotions-là méritent le plus grand respect.

Beaucoup de rumeurs aussi, alimentées par des personnes non autorisées et immédiatement relayées par les agences de presse et les réseaux sociaux. On a ainsi parlé de plusieurs tueurs, d'un autre tueur réfugié dans une annexe du palais de justice, d'une chasse à l'homme dans les rues du centre ville du côté de la cathédrale, puis de la rue Louvrex. Tout ceci quelques minutes après les faits qui ont duré à peine quelques dizaines de secondes. Cela a prolongé le chaos et la panique pendant un temps très long. Je m'interroge sur ce qui peut amener quelqu'un, en de telles circonstances, à créer semblables rumeurs. Une projection de ses propres peurs sans doute. Le besoin de créer la subversion ?

Puis vient le temps des réactions.

Celles du plus grand nombre sont la solidarité et la compassion avec les victimes et leur famille (et pourquoi pas la famille du tueur, s'il en a une).

Celles des dénonciateurs des travers de la société : le tueur était un  belge d'origine marocaine ; la justice est trop laxiste ... Cela renvoie à de vraies questions, mais il faut les envisager avec recul.

Celles de ceux qui ne savent plus rien faire d'autre que de prendre la pose, se démarquer, faire preuve de cynisme, utiliser l'événement pour détourner l'attention sur eux. J'en connais. Pour y arriver, ils cherchent l'arme du rire ou d'un certain rire. Ce qui est terrible avec les narcissiques, c'est qu'ils arrivent souvent à leur fin. Ils ont, par exemple, beaucoup d'amis sur Facebook, ce qui les rassure et les conforte. Tant qu'ils se confortent entre eux, cela ne me dérange pas. Je les trouve seulement un peu ridicules. Quand la pose sert à séduire de jeunes esprits, cela devient douteux. Bref, certaines réactions de proches sur Facebook m'ont paru déplacées. Ils utilisaient l'événement pour ramener l'attention sur eux.

De tels événements révèlent bien des aspects de l'âme humaine, pas tous très reluisants, il faut le dire.

Je suis, pour le moment, solidaire de tous ceux que ces événements ont traumatisé et qui auront besoin de temps pour apaiser le choc en eux.

Et je veux croire, parce qu'on n'a pas le choix, qu'il faut continuer envers et contre tout à faire le pari de l'intelligence, de la connaissance de l'autre, de la solidarité, du dialogue.



vendredi 9 décembre 2011

La raison pour avoir raison

"Avoir raison" ... une formule qui suscite la réflexion.

Je ne me serais pas posé la question, si je n'avais lu sur facebook l'hommage rendu par un ancien étudiant à un de ses professeurs (il ne s'agit pas de moi) , qu'il citait : "on peut avoir raison seul, et tort avec le plus grand nombre". La formule est belle et fait mouche. Seul contre tous. Seul à avoir raison, les autres étant  censés fatalement avoir tort. Les autres sont tellement bêtes, il est vrai. La raison ne les inspire pas (suffisamment ou exclusivement). C'est à un point tel qu'ils sont à peine fréquentables.

Dans "avoir raison", il y a deux mots "avoir" et "raison", qui sous-entendent leurs contraires "ne pas avoir" et "tort".

"Avoir raison". Curieuse expression, n'est-il pas ? "Avoir" veut dire que l'on possède quelque chose. Ce que l'on possède, on le détient en propre, on peut le partager aussi. On peut agir ou penser selon la raison, cela suffit-il pour "avoir" raison ? Le monde ne se réduit pas à la raison pure. Heureusement.

Le culte (je dis bien : le culte) de la raison, comme critère absolu de lecture de la réalité, n'appelle-t-il pas les mêmes critiques que celles que l'on peut faire à certains religieux "dogmatiques", qui se fixent un autre absolu, peut-être, mais aussi rigide dans le fond que celui de la raison ?

"Ne pas avoir" suggère que la raison puisse conduire au doute, à la remise en question. Mais, on préfère généralement parler plus de ses certitudes que de ses doutes. Un professeur, à mes yeux, s'il veut être utile, doit faire part de ses doutes.

"Tort". Avoir tort. Reconnaître s'être trompé. Avoir eu une mauvaise perception de la réalité. Une opinion mal ajustée. Une faiblesse dans le raisonnement. Le reconnaître surtout. Il est rare qu'un livre, chez les penseurs, soit écrit pour dire : je me suis trompé, ne fût-ce qu'un peu. Quand un auteur prévient ses lecteurs que ce qu'ils vont lire est la pensée de quelqu'un qui a raison, et qu'il revendique le fait d'avoir raison contre tous, on est en droit de s"interroger ...

Pour avoir raison, il faut, à mon avis, ne pas se contenter de raisonner, de faire appel à son intelligence, aussi brillante soit elle ; il faut aller à la rencontre des gens, de ceux qui pensent moins bien, mais ont des tas de choses à dire. Il faut tenir compte de ce qu'ils disent, pour ouvrir son esprit.

User de sa raison pour avoir raison me paraît un chemin limité.

Dans le fond, je me méfie autant des apôtres de la raison que des apôtres de la religion. Je poursuivrai donc mon chemin là où il doit aller.

jeudi 8 décembre 2011

Psaume

Mon partage, Seigneur, je l'ai dit,
c'est d'observer tes paroles.
De tout mon coeur, je quête ton regard ;
pitié pour moi selon tes promesses.
J'examine la voie que j'ai prise :
mes pas me ramènent à tes exigences.
Je me hâte, et ne tarde pas,
d'observer tes volontés.
Les pièges de l'impie m'environnent,
je n'oublie pas ta loi.

Ps. 118

Chacun en pensera ce qu'il voudra, mais ces mots d'hier sont les miens aujourd'hui.

Désaccord

"Manifester sans aucune chance d'efficacité, ce n'est pas se battre, c'est s'agiter, comme font ces combattants vaincus qui tirent absurdement des coups de fusil en l'air pour protester contre leur défaîte. Faire d'un rituel aussi vain une obligation est encore moins justifié".




C'est en ces termes qu'un professeur, aujourd'hui émérite de la faculté de droit, mais très admiré par un petit cercle, s'est exprimé sur Facebook, à propos de la manifestation qui a réuni à Liège, hier, aux alentours de 20.000 personnes pour protester contre la décision d'Arcelor Mittal de fermer la phase à chaud dans le bassin sidérurgique liégeois. Il me paraît évident que la manifestation d'hier entendait certes exprimer une inquiétude ponctuelle, mais qu'elle entendait aussi dénoncer les travers du néo-libéralisme mondialisé.

Hier, le recteur de l'Université de Liège avait invité la communauté universitaire a témoigner de sa solidarité avec les manifestants, car c'est une part de l'avenir de notre région qui est en cause et bien au-delà une réflexion sur les valeurs dans nos sociétés. Il me semble, comme lui, que l'université a un rôle à jouer à cet égard, en suscitant le débat et en nourrissant la réflexion pour l'avenir. Tel était le sens de la proposition du recteur. Ces débats ont d'ailleurs eu lieu. La suspension des activités universitaires était suggérée.

Certains collègues, et néanmoins amis, ont refusé de jouer le jeu. Ils ont maintenu leur cours, non pas nécessairement pour le donner, mais pour expliquer pourquoi ils refusaient de ne pas donner cours. Je n'ai pas pu les entendre évidemment et ils ont peut-être expliqué des choses fort intéressantes aux étudiants en quête d'individualisme, de liberté de penser, d'esprit critique. Je respecte leur choix.

Moi, qui suis bien moins admirable que tous mes collègues et n'ai pas leur envergure intellectuelle, pense modestement ceci :

- "manifester", c'est aussi et peut-être surtout exprimer une émotion, une inquiétude, une révolte. Cette expression est nécessaire. Je ne comprends pas que certains ne comprennent pas cela, à moins qu'ils ne soient imperméables à certaines émotions ou à toute forme de manifestation collective de celles-ci ;

- parler d'un "rituel vain" est un jugement de valeur aveugle ; peut-être n'est-il pas vain pour certains de se sentir entourés, soutenus ? Autrement dit, le jugement posé est fort orienté. En quoi l'émotion mériterait-elle moins de place que la raison ?

- l'avis exprimé ressemble à celui d'un observateur froid et extérieur, qui pense bien entendu, et dit ce qu'il pense, mais que répond-il à l'inquiétude de ceux qui manifestaient ? Les 20.000 manifestants d'hier auront appris, grâce au penseur, qu' "ils s'agitent, mais ne se battent pas". L'issue du combat leur appartient-elle seulement ? Et que proposent donc les penseurs observateurs ? Moi, qui n'ai pas grand chose à proposer à ces manifestants, je m'abstiens à tout le moins de les juger ; je les soutiens avec empathie ;

- le recteur n'a imposé ni grève, ni manifestation ; bien au contraire, me semble-t-il. Il a appelé à une solidarité. Sa démarche inspire le respect. Chacun était libre. Donc, le prof qui avait décidé de maintenir son cours pouvait le donner, les bâtiments n'étaient pas fermés, les étudiants désireux de manifester prenaient aussi le risque de rater ce cours. Alors pourquoi maintenir son cours, sans le donner, juste pour expliquer à ceux qui sont là pourquoi il n'a pas été suspendu ? Connaissant les étudiants qui ont toujours peur de rater quelque chose au cours, surtout les filles, l'attitude ne me parait pas saine. Elle ressemble à une posture, dans le sens de prendre la pose, pour se démarquer. Il faut en convenir, cette attitude assure toujours son lot d'admirateurs.

lundi 5 décembre 2011

Le gouvernement Elio Ier

Plusieurs constatations sautent aux yeux, concernant l'inespéré gouvernement Elio Ier :
- les partis flamands qui le composent ne lui donnent pas la majorité en Flandre ;
- sauf le P.S. (+6), tous les partis qui le composent sont des partis qui ont perdu des sièges, lors des élections de 2010 ;
- deux partis avaient alors été particulièrement sanctionnés : l'Open VLD (-5) et le MR (-5) ... étrangement, ils se retrouvent au pouvoir, avec des exigences importantes ;
- les partis verts ne sont pas associés à l'aventure, alors qu'ils n'ont pas démérité ; les autres partis comptent néanmoins sur eux pour faire passer la réforme de l'Etat tellement exigée par les partis flamands.

Le PS n'accroît pas son nombre de ministres
Le MR, malgré le désaveu, conserve la même représentation ...

dimanche 4 décembre 2011

Des hommes et des femmes dans la rue

La Belgique se réveille avec un gouvernement ... après 538 jours de négociations, de psychodrames et de conflits idéologiques. Que représente ce gouvernement ?

Vu "la crise", on ne pouvait sans doute aller que vers un gouvernement  d'union (plus ou moins) nationale. Je dis bien d'union : c'est-à-dire une union de sensibilités politiques différentes. Union ou compromis, on vérifiera à l'usure. Les nationalistes flamands, ayant paralysé tout effort pendant des mois, se sont exclus d'eux-mêmes. Leur avenir politique est maintenant le suivant : jouer sur le mécontentement en Flandre pour encore se renforcer, dès les prochaines élections communales. C'est un excellent pari : car, demain, il n'y aura bientôt plus que des mécontents dans ce pays. La NVA pourra ainsi toujours affirmer qu'elle détenait la solution à tous les problèmes, mais qu'on n'en a pas voulu. Sans résultat tangible à son actif, elle arrivera ainsi à encore augmenter le capital de sympathie dont elle bénéficie auprès de l'électorat flamand. Je l'ai dit, c'est un excellent pari, mais un pari fort médiocre.

Le nouveau gouvernement issu de ces 538 jours de négociations a déjà perdu beaucoup de temps, il lui reste les deux tiers du temps de la législature pour travailler efficacement et la fin de celle-ci sera bien entendu déjà axée sur les élections suivantes. Il faudra faire vite, plus vite en tout cas que pendant les négociations. Or, ce gouvernement semble bien fragile, divisé par des courants idéologiques antagonistes. Après avoir consacré des jours et des jours à une réforme institutionnelle de l'Etat, à la demande de deux partis flamands, la néfaste NVA et le pâle CD&V - qui en avaient fait un préalable à toute autre discussion - le volet socio-économique a été réglé en relativement peu de temps, sous la pression des marchés et les contraintes européennes, sans grande vision d'avenir, sans recul : un travail de comptables appliqués jouant avec les mesurettes proposées par chaque parti. C'est donc cela le projet d'avenir offert aux citoyens ? Suffira-t-il de leur vanter l'accord sur BHV et de leur parler de la crise et des marchés pour les convaincre de la rigueur, voire de l'austérité?

Quand les choses importantes sont venues sur la table - le volet socio-économique, le reste étant broutille -  on a vu qui était qui. Des socialistes, plus ou moins durs ou mous, des centristes humanistes indéfinissables et toujours imprévisibles, des libéraux, plus ou moins aussi, mais toujours arrogants, comme si l'arrogance et les convictions libérales allaient souvent de pair. Les verts ont été éjectés, pour négocier ce deuxième volet. On les voulait bien pour disposer d'une majorité des deux tiers sur le volet institutionnel, mais, pas pour le volet socio-économique. Ils risquaient de faire basculer l'union nationale trop à gauche peut-être ?  Dommage. S'il y a bien une mouvance politique qui prône l'union et rejette les frontières intra-nationales, c'est bien Groen/Ecolo pourtant. Conscient des enjeux de ce monde, ils trouvent déplacées les divisions linguistiques des autres.

Ce qui me frappe, dans les propositions qui font l'objet de ce budget, que je ne connais encore que par la presse, relève de ceci :

- il n'y a pas de plan concret de relance de l'activité économique (mais est-ce encore une compétence fédérale, ou régionale, ou les deux et qui doit faire quoi ?) ;

- on fait porter par les plus fragilisés sur le marché de l'emploi un poids extrêmement lourd (chômeurs, demandeurs d'emploi, jeunes en stage d'attente, pré-pensionnés, pensionnés), comme s'ils étaient tous des profiteurs d'un système. Mais quel emploi leur offre-t-on ? Et qui finance le système ? L'Etat réduit le nombre de ses fonctionnaires, car il faut sabrer dans les dépenses, disent les libéraux. Les entreprises ? Il faut les aider à être plus compétitives, avec moult avantages fiscaux et autres. Les plus grandes d'entre elles, celles qui pèsent le plus lourd, en termes d'emploi, ne cessent pourtant pas de licencier et de délocaliser, quand bon leur chante, malgré les avantages offerts. J'attends des politiques libéraux qu'ils révèlent, un jour, en un tableau, le nombre d'emplois que leurs ministres, en charge des questions économiques et financières, dans les gouvernements où ils sont actifs, ont créés et supprimés. Cela serait fort instructif.

- il n'y a rien sur la régulation et l'encadrement des marchés financiers, à peine sur la spéculation, rien sur une séparation entre les banques de crédit et les banques d'affaires ;

- on supprime, sans crier gare, les aides aux particuliers qui ont fait le choix d'une énergie durable, alors que, pendant ce temps, à genoux devant les arrogants dirigeants d'Electrabel, le gouvernement en devenir a réduit au minimum minimorum la contribution de cette société privée sur la rente nucléaire ;

- j'allais oublier les classes moyennes ! Que fait-on des classes moyennes et quand fait-on partie des classes moyennes ? Il faut, si j'ai  bien compris, avoir un revenu qui vous situe au dessus des mal nantis - qu'il faut protéger par bonne conscience - et en dessous de ceux qu'il faut protéger aussi, parce qu'ils représentent l'argent, l'espoir, le potentiel d'investissement du pays, dit-on. Une étude a fixé, je crois, le revenu mensuel moyen des classes moyennes entre 1240 et 3000 euros net. Dorénavant, la catégorie des mal nantis va être un peu élargie : on sera plus souvent qu'avant un mal nanti (fiscalement parlant, bien entendu, mais est-ce bien rassurant ?). Alors que le MR s'est présenté comme le défenseur des classes moyennes, il est aussi le signataire d'un accord portant de 15 à 21 % le taux du précompte mobilier sur les intérêts, soit le produit du mode de placement préféré des bons pères de famille dans les classes moyennes. Mon père n'en croit pas ses oreilles, lui qui n'est pas gauchiste. Déjà qu'il a dû subir la menace d'un impôt allemand de 17 % sur la retraite de 85 euros qu'il touche chaque mois pour avoir été enrôlé de force pour travailler en Allemagne, lors de la deuxième guerre mondiale. Mon père en effet ne s'est pas enfui dans le sud de la France - en avait-il les moyens ? - comme d'autres de ses congénères. Le MR, le parti qui défend les classes moyennes, a su imposer en négociation un choix qui interpelle : ne pas trop toucher aux intérêts notionnels, dont on a certes retenu les abus, mais dont personne ne semble capable de démontrer rigoureusement l'effet bénéfique. C'est le propre des mesures libérales. Elle repose toujours sur un acte de foi : le marché libre conduit toujours à l'utilisation la plus opportune des ressources. Même la réalité n'est pas capable de déstabiliser un dogme.

- quant aux autres, ceux qui se situent un cran au dessus des classes moyennes, on leur impose ceci: une maigre contribution, s'ils recueillent un peu trop de revenus de leur patrimoine (mais pas d'impôt sur la fortune). En outre qu'ils se rassurent : une nouvelle "déclaration libératoire unique" (ce sera la troisième !) leur permettra de rapatrier, sous nos nuages, leurs capitaux massés (ou planqués ?) à l'étranger. On passera l'éponge sur toutes leurs turpitudes, une contribution symbolique suffira ... Ceci est contradictoire, quand on évoque par ailleurs, de manière incantatoire, un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale et sociale. La DLU est un autre exemple type d'une mesure d'inspiration libérale. Le ministre Reynders, triomphaliste, s'est beaucoup vanté du succès des DLU précédentes. Les régularisations - entendez par là, les arrangements entre bons amis - ont bien entendu rapporté un peu d'argent à l'Etat. Quant à l'affectation des fonds rapatriés, aucune information. Ont-ils été utiles à l'économie belge ? Nul ne le saura jamais. Un emprunt de l'Etat belge a été lancé, il y a quelques jours et il rencontre un succès inattendu. Si j'ai bien entendu, les experts du gouvernement en affaires courantes attendaient 200 millions, on est à plus de 5 milliards ! Vous m'avez bien entendu. Il n'est pas nécessaire d'inventer des choses alambiquées : quand l'Etat sollicite le bon père de famille, celui-ci répond présent. Vous rendez-vous compte du nombre de milliards apportés ainsi au budget de l'Etat ? En décidant que le taux du précompte resterait de 15 %, tout en affichant un taux d'intérêt de 4 %, le gouvernement en affaires courantes a fait fort et coup double. Il a aussi, comme qui dirait, désavoué les mesures du nouvel accord gouvernemental. Est-il nécessaire de préciser que la tentative d'aligner le taux du précompte mobilier sur les intérêts par rapport au taux du précompte mobilier sur les dividendes n'était pas une revendication socialiste. On s'indignait plutôt à droite que les pépères, comme mon père, ne paient que 15 % sur leurs placements prudents, alors que les flamboyants investisseurs à risque (oh ... que j'aime le risque, dirait un des Frères Jacques) devaient payer sur leurs dividendes 25 % de précompte. Quelle injustice ! Vous voyez à quoi cela tient !

Alors des hommes et des femmes vont descendre dans la rue. Seront-ils tous des syndicalistes de gauche ? Je n'en suis pas sûr. Est-il déplacé de penser qu'un nombre grandissant de citoyens  désire un autre modèle de société, d'autres valeurs ? Pour cela, il faut formuler des valeurs qui ne sont pas les valeurs dominantes. Il faut inventer et convaincre.

L'ermitage Saint Antoine à Bernister

Le lieu est au bout du bout d'une route serpentant dans les forêts sur les hauteurs de Malmédy, là où le relief est escarpé. Se niche là un ermitage fondé au XVème siècle et dont les bâtiments actuels datent de 1793. Une chapelle et un lieu d'habitation pour l'ermite.

Je me suis, un jour arrêté, à cet ermitage, alors qu'il était encore occupé par le père Winandy, un moine bénédictin de l'abbaye de Clervaux, qui terminait là dans la solitude une vie aux dimensions internationales.
C'est un lieu de solitude mais peu éloigné de la ville : l'ermite y descendait une fois par semaine pour faire ses courses et passer à la banque. De  temps en temps, des visiteurs s'arrêtaient chez lui. Il les accueillaient. Pour vivre, il réalisait des traductions. Dieu était sa compagnie.


Je n'ai pas pu trouver de photo de l'ermitage sur le net, en voici une gravure.



Les  frères de Wavreumont, tout proches, ont décidé d'assurer un avenir à l'ermitage aujourd'hui déserté. Un avenir à définir en partie encore, si j'ai bien compris. Il ne faudrait pas que ce lieu historique et attachant meure et s'écroule. Une A.S.B.L. a été créée "Les amis de l'ermitage Saint Antoine". J'en suis membre depuis ce matin, avec une grande joie.

Passez par ce lieu, c'est un haut lieu, si vos promenades vous conduisent par là ...

http://www.mini-ardenne.be/encyclopedie.php?display=view&fichetitre=Ermitage%20de%20Bernister

vendredi 2 décembre 2011

Le seul jour où j'ai manifesté dans la rue

Excepté contre l'allongement du service militaire obligatoire, quand j'avais dix-sept ans, je n'ai plus jamais participé à aucune manifestation. Il faut dire que j'étais jeune alors et que l'enjeu était de taille : ne devient pas militaire qui veut ! Alors imposer à tous les garçons (et uniquement aux garçons) un service militaire me paraissait une aberration. Pourquoi pas les filles ? J'ai été ainsi, précocement, à l'âge de dix-sept ans, un ardent défenseur de l'égalité entre les hommes et les femmes. Je n'en ai jamais obtenu aucun remerciement cependant. Quant aux objecteurs de conscience, ils me semblaient être de dangereux gauchistes, alors que moi j'étais catholique !

Imaginez-vous une armée composée de militaires comme moi qui s'effondrent ou fuient à la moindre déflagration, s'évanouissent à la vue de la moindre goutte de sang, contestent les ordres du sergent parce qu'il les trouve mal appropriés ... J'ai dû être pendant six semaines la terreur de l'armée belge : le conscrit qu'on ne peut pas objectivement réformer et pour lequel on cherche désespérément une affectation. Officiellement, j'ai donc été, pour l'armée belge, brancardier de combat, mon efficacité en ce domaine n'étant toutefois pas garantie. Il faut dire qu'un jeune officier vétérinaire nous apprenait les premiers soins.
Le choix était peut-être justifié, la guerre n'est-elle pas souvent une boucherie ? Moins officiellement, j'ai été le ""coq en pâte" de deux demoiselles, fort civiles, dans un service affecté à la médecine militaire. Ces deux demoiselles aimaient le thé, les gâteaux et l'opéra et avaient un sens de l'humour décapant. En leur compagnie, j'ai pris quelques kilos, ri beaucoup et un peu commenté les conventions de Genève sur le droit humanitaire en temps de guerre. En cette compagnie, j'étais comme un poisson dans l'eau. Le retour à la réalité n'était pas alors trop difficile - j'étais marié - même s'il s'agissait de tout autre chose. Simplement, c'était moins drôle. Il n'y avait pas de légèreté, juste des exigences et des désirs à combler sans cesse.

Par la suite, devenu professeur d'université, il eût été fort marginal, par rapport au corps auquel j'appartenais, de défiler ...  : "en toge, monsieur le Doyen ?". Non, la toge est réservée à d'autres usages : la remise des diplômes, les docteurs honoris causa, les Te Deum. Dommage. Pourtant quelques toges, parmi les citoyens, cela honorerait l'université. Faut-il considérer que la toge est liée à un ordre établi  et qu'elle n'a dès lors aucun pouvoir pour faire avancer celui-ci ?

J'ai beaucoup d'admiration pour toux ceux qui ont le courage de défiler pour des causes justes. Je regrette d'être aujourd'hui devenu trop frileux (je veux dire hésitant) pour cela. Bien entendu, je connais la réponse : ces manifestations n'ont de toute façon aucun effet, surtout quand elles contestent des décisions déjà prises. Moi, je leur vois un mérite au moins : elles expriment une conscience ; elles dénoncent ; elles mettent le doigt sur les dérives de nos sociétés. Il faut en effet dépasser la forme (qui peut déplaire) et se concentrer sur le fond.

J'en reparlerai.

lundi 28 novembre 2011

Une petite librairie va à nouveau fermer ses portes

Le contraste est saisissant.

J'étais ce matin, à Maastricht, avec mon fils Ben. Il avait des raisons personnelles de s'y rendre que je ne veux pas connaître. Je préfère retenir les moments de complicité, le shopping, le thé en terrasse. Nous avons fait, comme à chaque fois, deux haltes, une pour moi, une pour lui :

- ma halte : l'exceptionnelle librairie située dans l'ancienne église des dominicains ... on y vend même des lunettes pour lire, pour ceux qui, comme moi, ne peuvent plus s'en passer ! Et le site est grandiose. Une exceptionnelle reconversion. On se croirait dans la bibliothèque d'un "old english college".








- sa halte : le supermarché asiatique au niveau moins un du parking central, où il achète des nouilles à 0,59 euros, prix conforme à son budget. Nous en profitons pour découvrir et commenter les choses étonnantes et étranges qui sont vendues là-bas, non sans quelques fous rires. Nous avons ainsi pensé à Louise, notre cousine par alliance du Québec qui ne mange que de la salade et des graines. Je ne vous dis pas la mine qu'elle a !

Le bonheur éprouvé dans la librairie des dominicains à Maastricht était cependant terni par la triste décision de Christiane Pivont de fermer le beau projet qu'était L'échappée belle, boulevard Saucy, à la date du
31 décembre prochain. Une petite librairie de quartier, avec une libraire qui lit pour vous et avant vous, pour mieux vous conseiller.

Quand une petite librairie comme cela disparaît, cela est toujours, pour moi, une grande tristesse.

Le maître en voyage

Depuis les années que je parcours la Bible dans tous les sens, cela fait bientôt 40 ans, et pas toujours autant que je voudrais, je suis frappé par une chose : la parfaite adéquation des textes aux situations d'aujourd'hui.

Je devrais dire de toujours, car il semble que le Bible parle de choses qui ont toujours été, sont encore aujourd'hui et seront encore demain. Cette capacité à transcender le temps, à inviter à dépasser les situations du moment, les conjonctures et les sujets ponctuels me fascine depuis toujours et m'a conduit peu à  peu à reconnaître dans ces vieux textes - qui n'ont pas été dictés par Dieu (Allah) - mais, qui,  à l'épreuve du temps, semblent bien avoir été inspirés par "un je ne sais quoi, un je ne sais qui", qui transcende l'humain - une source, du souffle et une inspiration pour un homme d'aujourd'hui, jour après jour.

Une autre chose qui m'interpelle est l'extrême connivence des textes offerts par la liturgie chrétienne, au long des jours, avec l'actualité.

Ce dernier dimanche, le premier d'une période que les chrétiens appellent l'Avent, le temps d'une attente, d'une vigilance, le récit suivant leur était proposé (Mc, 13, 33-37) : un homme, un maître, est parti en voyage pour un temps indéfini ; à l'époque de Jésus, on ne savait jamais, quand on entreprenait un voyage si on rentrerait, ni quand. Ce maître confie à ses serviteurs tout pouvoir pour le temps de son absence. C'est dire s'il les estime aptes et compétents pour gérer les choses à sa place. Au moins autant que lui.

La parabole ne dit pas ce que le maître attend trouver à son retour ; elle dit seulement qu'il avait recommandé au portier de veiller son retour, qui aurait sans doute lieu à l'improviste.

A partir de là, on peut imaginer  ...

Première hypothèse : les richesses.

Les serviteurs diraient au maître : "Regardez, maître, vous êtes encore plus riche maintenant qu'avant ! Nous avons tout fait pour. Nous avons investi, spéculé, délocalisé. Nous avons exploité le monde que vous nous avez confié : la nature, les ressources naturelles, le travail des hommes. Certes, il y a des pauvres, des affamés et des exploités,  mais il y en a toujours eu. Ce qui compte, n'est-ce pas, c'est que vous êtes maintenant plus riche ! Enfin, au moins autant que nous".

Deuxième hypothèse : les êtres.

Les serviteurs diraient au maître : "Regardez, maître, vous êtes aussi riche qu'avant. Nous avons géré vos biens afin  qu'il y ait moins de pauvres et moins de riches. Nous avons cherché à assurer un juste équilibre dans ce que vous nous avez confié. Nos efforts ont eu pour but que chacune de vos créatures soit respectée. Nous avons tenté d'assurer à chacun de quoi se sentir digne, heureux et en sécurité".

Quelle sera la réponse du maître ?

La Bible ne le dit pas, car la Bible n'apporte jamais de réponse, elle pose des questions.

L'absinthe

Toujours curieux, j'interrogeais, hier, mon épicier tunisien sur quelques branches un peu séchées, à côté des bouquets de menthe, de coriandre et du persil plat. Il m'a dit que c'était de l'absinthe.

Il étaient là plusieurs maghrébins à ignorer que l'absinthe avait été, en Occident, l'objet d'interdictions et de bien des anathèmes des ligues anti-alcooliques, des syndicats, de l'Eglise catholique, des médecins, de la presse, à la fin du 19ème siècle. Il faut dire que l'absinthe des occidentaux entrait dans la composition de boissons (fort) alcoolisées dont les effets néfastes ont été narrés par Emile Zola, dans L'assommoir (1877). On parlait alors de "l'absinthe qui rend fou", Vincent Van Gogh en étant l'exemple le plus significatif. Il faut dire que les musulmans ne boivent généralement pas d'alcool. Et il n'est pas sûr du tout que l'absinthe ait joué un rôle quelconque dans la folie de Van Gogh. Par contre, il est établi que de grands créateurs de l'époque étaient aussi de grands consommateurs d'absinthe : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Oscar Wilde.

La grande Barbara l'a évoqué dans une de ses chansons :





Mon épicier était un peu inquiet de vendre une substance peut-être illicite. J'ai dû lui expliquer qu'aujourd'hui quelques distilleries peu nombreuses, en France et en Suisse, ont le droit à nouveau de distiller l'absinthe, dont le taux d'alcool se situe quand même entre 45° et 90 °, sinon ce n'est pas de l'absinthe!

Je lui ai conseillé d'aller lire le site suivant :
http://www.museeabsinthe.com/absinthe

Le haut degré d'alcool de l'absinthe explique qu'on ne la boive pas comme un vulgaire "pékèt". Il faut suivre un rituel et utiliser des accessoires spécifiques, fort beaux au demeurant.


" La préparation de l'absinthe est qualifiée de rituel en raison des nombreux accessoires spécifiques nécessaires à son élaboration ainsi qu'à son aspect codifié.
L'absinthe pure est tout d'abord versée dans un verre spécifique sur lequel on place une cuillère (appelée pelle) à absinthe. On place ensuite un demi-sucre ou un sucre sur la cuillère sur lequel on verse de l'eau glacée au goutte à goutte. Comme le pastis, l'absinthe se dilue dans trois à cinq fois son volume d'eau. La manière de préparer l'absinthe joue un rôle capital dans son goût final en permettant aux arômes de plantes de se libérer et de prendre de l'ampleur face aux autres arômes.
Durant ce processus, les ingrédients non solubles dans l'eau (principalement ceux de l'anis vert ou étoilé, ainsi que le fenouil) forment des émulsions ; ce qui trouble l'absinthe.
Avec l'accroissement de la popularité de la boisson au XIXe siècle, l'usage de la fontaine à absinthe se répandit. Cette fontaine particulière permet de verser l'eau au goutte à goutte sans avoir à le faire à la carafe, ainsi que de servir un grand nombre de verres à la fois.