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dimanche 28 novembre 2010

Abdullah Ibrahim

Je ne sais plus à qui je dois cette découverte musicale faite la semaine dernière: un ami ou une amie sur le site Facebook, sans doute. Je ne saurais trop le remercier.

Abdullah Ibrahim est un grand musicien de jazz. Depuis que j'ai découvert sa musique, avec cet habituel souci de l'exhaustivité qui me caractérise en pareil cas, je suis littéralement tombé sous le charme. Encore un homme avec qui je me sens en résonance.





Il ne s'est pas toujours appelé Abdullah Ibrahim. Avant sa conversation à l'islam, il s'appelait Adolph Johannes Brand (je dis bien Brand, pas Bach, ni Brahms ... cela aurait été pourtant amusant d'avoir un  rejeton métis dans la longue lignée des Bach, s'appelant Adolph Johannes Bach!).

Né au Cap, en 1934, il a, à l'âge de 29 ans, fui l'apartheid et trouvé refuge en Suisse. Les clubs de jazz, prospères à cette époque, lui ont permis non seulement de vivre, mais d'affiner son style jusqu'à la rencontre, décisive pour lui, avec le grand Duke Ellington, qui le soutiendra.

Né métis, il réalise dans son oeuvre musicale un subtil mélange d'influences et même mieux, une synthèse de celles-ci, ce qui est évidemment encore plus fascinant.

Il y a, dans les oeuvres de Abdullah Ibrahim, une base classique, l'influence de  Duke Ellington et puis le terreau toujours fertile de la musique noire africaine. La lutte et le blues ne sont en effet jamais bien loin.

Impossible de sélectionner dans une discographie abondante le meilleur album. Peut être ceux-ci que j'écoute plus que les autres.








Et puis, j'aime toujours quand un musicien inspire un peintre.



Pour plus d'informations, http://www.abdullahibrahim.com/indexf.html

samedi 27 novembre 2010

Théodore

Je remercie un de mes correspondants de m'avoir fait découvrir ce texte, qui est, paraît-il, celui d'une chanson d'Alain Souchon.

On s'ennuie tellement
Alors la nuit quand je dors
Je pars avec Théodore
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Marcher dans les pierres
Marcher des journées entières
Marcher dans le désert
Dormir dehors
Couché sur le sable d'or
Les satellites et les météores
Dormir dehors
Il faut un minimum
Une bible, un coeur d'homme
Un petit gobelet d'aluminium
Il faut un minimum
Si loin de la nature ici
Le coeur durcit
On est si loin de l'air
On est si loin du vent
Si loin du grand désert
Si loin de l'océan

Alors la nuit quand je dors
Je pars avec Théodore
Dehors, dehors, dehors, dehors
Marcher dans le désert
Si loin de la nature ici
Le coeur durcit
Chercheur de trésor
De brindilles et de phosphore
D'amour humaine et d'effort
Chercheur de trésor
Il faut un minimum
Une bible, un coeur d'homme
Un petit gobelet d'aluminium

Je n'irai pas skier

J'adore la neige. Le silence incomparable, quand le matin on se réveille et que tout est enneigé. L'idée aussi que la nature puisse imposer son rythme à nos sociétés "du tout à l'économique" si peu naturelles. N'est-ce pas une invitation, quels que soient les désagréments, à prendre distance? Une invitation à s'arrêter, à contempler.

Mais, dans nos sociétés si peu naturelles, s'arrêter est inconcevable. Il faut que la machine immonde tourne envers et contre tout.

Dans nos sociétés si peu naturelles, profiter de quelques jours de contemplation du paysage enneigé n'est plus naturel. Il faut enlever la neige sur les axes routiers, prévenir les accidents, assurer la mobilité, permettre aux entreprises de fonctionner, à la Bourse de ne pas sombrer dans la torpeur. Dans cette société si peu naturelle, d'autres ont fait de la neige un business. Dès le premier flocon, les media renseignent les pistes de ski praticables. Et des cohortes de skieurs se déplacent, malgré les embouteillages, sur l'autoroute, au pied du télésiège, pour skier. Beaucoup parmi eux sont ravis, non par la neige, mais parce qu'ils font ce que d'autres font. "En être" est devenu plus important aujourd'hui que "être".

J'ai essayé le ski de fond, à la demande de A., pour le bien des enfants. Je skiais moins bien que je ne marchais et je n'éprouvais aucun plaisir à skier. Pour que cela aille mieux, il fallait suivre des pistes déjà tracées par d'autres, précédés et suivis par de multiples autres sans pouvoir cheminer à son rythme. Avec le service militaire, c'est une des expériences les plus négatives de ma vie.

J'aime la montagne, la randonnée en montagne, en été. J'avais l'impression,  à ma mesure, de traverser des espaces naturels respectés, à défaut d'être inviolés. Les montagnes ont pourtant été défigurées par les remonte-pentes des commerçants de la neige. La neige est souillée. La montagne est souillée. Je crains qu'elles ne le soient à tout jamais. Les consommateurs de la neige privent les contemplatifs de la neige de l'essentiel.

Je n'irai jamais skier. Vous savez pourquoi.

Le mur

Je vais essayer de retranscrire, d'après mes souvenirs, l'homélie de frère François,  dimanche dernier, à Wavreumont, à l'occasion de la fête du Christ-Roi et y ajouter un regard personnel.

Frère François nous a parlé en parabole et il parlait d'un mur.

Il y avait donc un mur infranchissable s'étendant à l'infini à droite comme à gauche. D'un côté, les hommes, de l'autre côté, Dieu. De temps en temps, certains hommes entendaient des voix venant de l'autre côté du mur: on les a appelés "prophètes". Ils ont entendu beaucoup de lamentations et parfois quelques encouragements ou révélations.

Frère François nous a invités à marcher le long du mur, non point vers l'avenir, mais vers le passé. Nous y avons revu notre naissance, des personnes proches décédées, des personnages historiques, des penseurs, des philosophes, des artistes. Nous aurions pu continuer ainsi émus par chacune des rencontres faites.

Mais, remontant la muraille, nous sommes tombés sur une fissure, une brêche, un interstice ... assez pour jeter un oeil sur ce qu'il y a derrière le mur. Nous nous sommes bien entendu précipités et qu'avons nous vu?

Dieu avait fait cette fissure pour que nous puissions le voir.

Il était comme nous, mais il avait été torturé, humilié, crucifié ...
Etrangement, pourtant, il semblait heureux.

Pourquoi? Parce qu'il avait brisé la muraille, ce que nous n'étions pas parvenus à faire. Il a donc pris des risques pour cela. Il aurait pu rester en son domaine de l'autre côté du mur.

Je suis convaincu que, quelles que soient sa foi, sa croyance, sa religion, son idéologie, son athéisme ... l'être humain ne cessera de chercher toujours, et éperdument, le moyen de voir ce qu'il y a de l'autre côté du mur.

vendredi 26 novembre 2010

Le grand Vizir et Iznogoud

Cela fait longtemps que je me demande à qui Nicolas Sarkozy me fait penser. Certains l'ont comparé à Louis de Funès dans ses rôles de patron agité, ignoble avec ses subordonnés, puis rampant face aux pires individus dès lors qu'ils sont puissants ou riches (les deux allant souvent de pair).

Finalement, la meilleure caricature qui existe de lui (... encore qu'il soit lui-même, en soi, une caricature) se trouve dans une bande dessinée de mon enfance. Iznogoud, le Vizir qui voulait devenir Calife à la place du Calife.











Comme toujours, d'autres y ont pensé avant moi.




PS. J'invite mes lecteurs belges à s'interroger sur le personnage qui décore "Sarko-Iznogoud". Ne s'agirait-il pas de Didier  Reynders?


Je dialoguais, jeudi soir, avec un nouveau compagnon choriste. Il est ingénieur et designer pour des produits pharmaceutiques. Je n'arrive pas à réaliser exactement en quoi consiste son travail, mais il a réussi. Il expliquait que, dans les métiers de création, il faut toujours s'abstenir de savoir comment les autres ont fait face au même défi. Cela me semble une évidence.

Prenons mon exemple. Chaque fois que j'ai tenté d'inventer et d'écrire une mélodie ... je me suis rendu compte a posteriori qu'un autre que moi l'avait déjà inventée et avait fait mieux que moi.


Benoît XVI et l'homosexualité

"L'homosexualité est injuste et ne correspond pas à la volonté de Dieu". Ces propos sont tenus par le pape Benoît XVI, dans un ouvrage à paraître, et relatés par quelques journaux. Le pape insiste néanmoins sur "le respect qui doit être dû aux personnes". Il indique aussi que l'homosexualité est incompatible avec une fonction sacerdotale. Cet ouvrage, qui souffle le chaud et le froid, avant même d'être paru, suscite des réactions.

Je suis consterné à la lecture des propos que je viens de relater.

http://www.lalibre.be/actu/international/article/625084/benoit-xvi-l-homosexualite-s-oppose-a-la-volonte-de-dieu.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/11/23/benoit-xvi-l-homosexualite-s-oppose-a-la-volonte-de-dieu_1444026_3214.html

Tout d'abord, n'est-ce pas faire preuve de beaucoup de prétention que d'affirmer connaître la volonté de Dieu? Rien ne permet de dire que Dieu n'avait pas l'intention de faire une place dans sa création aux homosexuels, cette création qu'il voyait bonne, quand il la contemplait. La position du pape consiste à considérer l'homosexualité comme un "phénomène" étranger à la volonté de Dieu, sans préciser toutefois qui aurait créé ce "phénomène". Les homosexuels seraient-ils des créatures du rival de Dieu, Satan?

Non content de prétendre connaître la volonté de Dieu, le Pape en déduit ce qui est juste et injuste. L'homosexualité est donc injuste. Par rapport à quoi? Pour qui? On retrouve ici le même état d'esprit que dans les propos de Mgr Léonard, quand il parlait de "justice immanente" à propos du sida. Les partisans de ces propos n'ont cessé d'expliquer aux autres qu'ils ne comprenaient rien à l'immanence ... Ce n'est pas l'immanence qui me choque, c'est qu'elle soit associée à l'idée de justice.

http://www.lalibre.be/culture/divers/article/625733/sur-un-divan-virtuel.html

Que veut dire le pape, quand il dit que l'homosexualité n'est pas juste? Pense-t-il alors aux homosexuels eux-mêmes? Veut-il dire, par exemple, que, comme on ne choisit pas d'être homosexuel, les difficultés pour vivre cette identité, dans le monde, sont peut-être plus difficiles que pour les hétéros et que cela mérite d'être considéré comme injuste? J'en doute. Quand le pape parle de justice, il sous-entend plus vraisemblablement jugement. Il décrète ce qui est bon et pas bon, naturel ou pas naturel, tolérable ou pas. L'homosexualité est injuste en soi. Elle ne relève pas du plan divin. Pour tenir de tels propos, il faut au moins se croire l'égal de Dieu. Se croire l'égal de Dieu, n'est ce pas ce que l'on appelle de tout temps le péché d'orgueil? N'est-ce pas, selon la Genèse, le péché d'orgueil qui a valu à l'humanité de n'être plus dans l'Eden?

Bien entendu, charité chrétienne oblige, le pape indique que les personnes concernées méritent le respect ... mais leur identité non: elle est injuste et contraire à la volonté de Dieu!

La preuve de ce que j'avance est apportée, quand Benoît XVI parle du sacerdoce: il s'en tient bien alors à l'identité, pas à la personne. Un prêtre ne peut pas être homosexuel, quelles que soient ses qualités humaines, sa capacité à aimer, sa foi, sa sensibilité, sa compassion, son dévouement, bref, tout ce qui le constitue en tant que personne. Son identité homosexuelle le condamne.

Je trouve cela glaçant.

Je suis profondément triste.

jeudi 25 novembre 2010

BPost

Cela fait, un peu plus d'un an, que le bureau de poste de la Place du Congrès, dans le quartier d'Outremeuse où j'habite, a fermé ses portes. Les dirigeants de la poste (devenue BPost) avaient annoncé que, pour le client, cela ne changerait pas grand chose, car des "Points Poste" allaient être créés dans des commerces de proximité. Les commerçants ayant accepté cette fonction, sans doute contre rétribution, mais aussi moyennant parfois des désagréments pour la clientèle non postale, ont dû suivre une formation à cette fin.

Aujourd'hui, sans même qu'ils aient été prévenus, les gérants du Carrefour près de chez moi ont assisté médusés à la venue d'agents de BPost venant démanteler le point Poste et annonçant que celui-ci était dorénavant fermé. Des clients, surpris et mécontents, s'en prenaient au personnel du Carrefour. Ils auraient dû s'en prendre aux agents de BPost.

Après cette décision, il apparaît que, sur la rive droite de la Meuse, à Liège, il n'y a plus aucun point Poste (sauf à Bressoux et à Fétinne) et qu'il ne reste qu'un seul bureau de poste, au coeur de la Médiacité, dans le quartier de Longdoz.

Vous devez aller retirer un recommandé ou un colis, il n'y a plus qu'un seul endroit possible: le bureau de poste de la Médiacité. Vous avez remarqué qu'un point poste est plus près de chez vous sur l'autre rive, ce sera peine perdue, étant donné que vous habitez la rive droite! Pour acheter des timbres, vous avez plus de latitude, mais aucun endroit là où vous habitez.

Je pense aux personnes âgées. Je songe à la difficulté de garer sa voiture aux abords de la Médiacité, à moins d'utiliser le parking payant. Invité, il n'y a pas si longtemps, à aller y chercher un colis, disponible le lendemain du jour où le facteur s'était présenté chez moi, je me suis entendu dire que j'étais trop tôt (10h du matin), les colis n'arriveront pas avant 14 heures. Revenez plus tard. J'imagine mon vieux père, prenant un taxi, pour aller jusque là, et renvoyé chez lui dans ces conditions.

Vous me direz que dans les campagnes isolées, ce n'est pas mieux. J'en conviens, les alternatives y sont encore plus rares. Il n'en reste pas moins, une fois de plus, qu'on assiste à un total démantèlement de ce qui était naguère un service public.

Je ne suis ni passéiste, ni grognon, juste choqué, autant par le fond que par la forme.

lundi 22 novembre 2010

Thomas Ier, pape

Les papes portent souvent de drôles de noms: Antère, Eusèbe, Gélase, Innocent, Landon, Honorius, Pie, Sixte, Urbain ... Les derniers papes portent des noms moins exotiques et ont fait preuve de peu d'imagination: Jean, Paul, Jean-Paul (I puis II), et maintenant Benoît.

Moi, qui ai une réelle admiration, pour Saint Benoît (Benoît de Nurcie), j'ai beau chercher, je ne parviens pas à trouver en quoi le pape, Joseph Ratzinger, Benoît XVI, se révèle bénédictin.

Je me suis mis, comme d'autres sans doute, à rêver d'un autre pape, du prochain pape, du dernier pape, car, après, il n'y aurait plus besoin de pape. Voici mon rêve.

D'abord, j'aimerais que le prochain pape choisisse de s'appeler, pour la première fois, Thomas. L'apôtre du doute, le "didyme", le jumeau, celui qui est double, c'est-à-dire lui et son contraire, deux faces pour un seul, comme nous bien souvent.

Il choisira ce nom pour ne pas occulter le doute qui l'envahit parfois, son besoin de choses tangibles pour être convaincu. Il le dira surtout, pour rassurer, tous ceux qui sont dans la même situation que lui.

Thomas Ier, n'aura pas commencé sa vie à 18 ou à 20 ans dans un petit ou un grand séminaire. Il ne sera pas issu de la Curie romaine.

Il aura plus sillonné le monde que les bibliothèques et les dicastères.

Il aura partagé la vie des hommes, tous, pour bien faire, mais surtout ceux que quelque chose enferme ou limite, ceux qui ont perdu goût à la vie ou ne savent plus ce que c'est la vie, ou qui rament avec la vie, pour s'en imprégner et pouvoir comprendre, pour pouvoir ressentir comme eux et avec eux. Le berger des hommes doit connaître ses brebis, une à une, surtout celles qui sont à la marge du troupeau ou qui ont quitté le troupeau.

Il aura nourri sa foi au contact des autres traditions religieuses du monde, qui se rejoignent tellement. Il sera humble à leur égard. Il s'y trouve parfois autant de perles précieuses que dans la sienne.

Il aura été, au moins une fois dans sa vie, amoureux d'un homme ou d'une femme, de cet amour qui dans la relation entre deux êtres donne des ailes. Il sera bon aussi qu'il ait vécu des relations sexuelles épanouissantes. Il pourra même avoir des enfants, mais qui ne seraient pas des bâtards, comme à l'époque des Borgia. Qu'il trouve son équilibre dans une relation privilégiée, affectueuse et tendre, avec une femme ou un homme, ne me choquerait en rien.

Le jour de son élection:
- il imposera aux cardinaux, au camerlingue, aux évêques, aux servants de laisser là leur soutane, leurs dentelles, leurs barettes, leur surplis, leur chasuble ... Il se présentera lui-même, non pas au balcon de Saint-Pierre, mais au-dessus des marches, vêtu d'une simple coule blanche;
- il demandera qu'on l'appelle Thomas; il n'acceptera pas qu'on parle de lui comme "Sa Sainteté", tous les monsignori seront priés d'en faire de même à tous les niveaux du plus élevé au plus subalterne, chacun quant à son titre.

Ce jour-là, il dira des mots qui pourraient être ceux-ci:

"Aujourd'hui, je suis appelé à être auprès de vous. Je ne serai pas celui qui sait, mais celui qui accompagne. Je ne serai pas celui qui enseigne, mais celui qui dialogue. Je ne serai jamais un père, encore moins un Saint-Père. Je veux être pour vous tous un frère.


Une seule chose nous réunit: notre humanité. Ni la race, ni la religion, ni le pouvoir, ni l'argent, ni le statut social ne parviendront à détruire cette humanité, qui est notre bien commun.


Au fond de chacun de nous, au plus profond de nous, une source existe. Nous en faisons tous l'expérience à certains moments de notre vie, je dis bien tous, car ce n'est ni une question de foi, ni de croyance. Elle nous interpelle particulièrement dans nos émotions et nos détresses. Parfois aussi au coeur de joies intenses.


Moi, Thomas, je vous invite à chercher inlassablement cette source qui n'est pas tout à fait du monde, mais se cache aussi dans le monde.


Il n'y a pas un seul chemin. Chacun est appelé à vivre son chemin. Pour puiser à la source, les "voies de Dieu sont impénétrables". Le chemin ne compte pas. Seul le désir compte.


D'autres avant nous en ont fait l'expérience, trouvons en eux une inspiration. Les religions, toutes, dans leur bon côté, quand elles sont débarrassées de leurs scories,  nous invitent au même chemin.


Moi Thomas, que le destin projette là où je ne cherchais pas à me trouver, je veux vous partager ce qui, pour moi, est le fondement de ma foi d'homme, disciple de Jésus: toute parole, tout acte, toute démarche, toute initiative qui rend l'homme vivant et libre est digne de foi. Toute parole, tout acte, toute démarche, toute initiative qui lie l'homme et tue la vie en lui n'est pas digne de foi.

P.S. A mes amies féministes, j'aurais pu rêver mon pape en papesse, bien entendu, mais j'aurais dû l'appeler "Thomate Ière". Je me suis donc abstenu.

dimanche 21 novembre 2010

A propos de chiffres et de fiscalité

En France, en Belgique, ailleurs aussi, les méninges sont fort sollicitées pour le moment, car, dit-on, il faut réformer la fiscalité.

Constatation avant toute autre chose: s'il faut réformer la fiscalité, c'est que la fiscalité existante n'est pas satisfaisante. Pourquoi ne l'est-elle pas? En quoi? Faut-il considérer que les choix opérés, ces dernières années, par les politiques n'ont pas été opportuns? Comment les politiques, auteurs de ces choix, vont-ils parvenir à justifier certaines réformes, qui risquent bien de contredire leurs promesses électorales et leurs slogans de campagne?

La ministre française des Finances et de l'Economie, Christine Lagarde, qui, tous les jours, est confrontée aux chiffres, a apporté un début de réponse, quand elle a affirmé que le remaniement ministériel orchestré par "son" Président était totalement "révolutionnaire", opérant un virage à "360 degrés". Ceci a fait rire, surtout en Belgique. Un virage à 360° n'augure-t-il pas une "fuite en avant", comme l'a fait sournoisement remarquer un belge, Nicolas Ancion.

Méfiez-vous des chiffres! On arrive toujours à leur faire dire n'importe quoi.

Ainsi, l'église orthodoxe grecque a demandé au gouvernement hellène que la suite "666", symbole de l'Antéchrist, ne figure sur aucune carte d'identité électronique. Demande acceptée par le gouvernement en ce pays où la religion et l'Etat ne sont pas encore tout à fait séparés. Convenons-en, cela ne fait de mal à personne.

Revenons à la fiscalité.

Cela craque partout ... et, en plus, les Etats font face à des déficits budgétaires hallucinants issus aussi bien de politiques de gauche que de droite. Les premiers font peser sur l'Etat des charges trop élevées, les amenant à s'endetter; les seconds, avec leur baisse d'impôts, assèchent les caisses de l'Etat, ne leur permettant plus de jouer le rôle que l'on est en droit d'attendre de l'Etat.

Et un point à l'envers, et un point à l'endroit ...
(Jacques Brel, Les dames patronnesses).


In fine, le résultat est toujours caca d'oie, sauf pour quelques-uns.


http://www.youtube.com/watch?v=kMw8nIZw2js&feature=related

Cette chanson sarcastique n'a pas pris une ride. Elle dit, dans le fond, tout ce que je pense.

Dans la marge de manoeuvre réduite qu'ont encore les Etats européens, que reste-t-il?

On a déjà tellement taxé le travail et la consommation que les regards se tournent nécessairement vers ... le capital et les entreprises.

Halte-là! Pas touche aux entreprises! Pourtant, elles ne paient parfois pas d'impôts du tout (ou presque rien). Mais on n'attire pas une mouche avec du vinaigre, me rétorque-t-on! On a ainsi offert des ponts d'or à des investisseurs étrangers, français, américains ou chinois, qui n'en ont rien à foutre de tout cela. Ils empochent les avantages, puis ils restructurent et licencient. Qu'est ce qu'on est con en Europe et en Belgique! En effet, il eût peut-être mieux valu résister à ce capitalisme mondialisé qui n'apporte pas grand chose de bon pour nos économies. Mais les tenants de la croissance et du libéralisme n'en démordent pas! Ils raisonnent en boucle ... alors que la croissance ne bouge pas, ou plus, ou seulement pour d'autres! Bien entendu, ce n'est pas leur faute, c'est toujours la faute des autres (les syndicats et leurs revendications abjectes, la compétitivité insuffisante, ...). Et ne parlez pas de protectionnisme à des européens convaincus par la libre circulation.

Donc, ne touchons pas aux entreprises. Moi, je suggère pourtant de leur imposer, de manière ferme et contraignante, une charte de responsabilité morale et sociale. La Belgique ne doit pas (ne peut pas) être un pays où des capitalistes étrangers viennent s'en mettre plein les poches et puis, trois petits tours après, s'en vont "petit pon patapon". Restons dignes!

Alors, le capital? Quoi le capital? Le capital comme tel? Les revenus du capital? Les plus-values générées par le capital?

La France, qui est un des derniers Etats européens, à imposer le capital comme tel (l'impôt de solidarité sur la fortune - I.S.F., depuis toujours considéré comme injuste et inadapté) est prête à le supprimer. Après elle, il ne restera plus que la Finlande et la Grèce.

Les plus-values générées par le capital? Il y a là une matière imposable anormalement négligée. Pourquoi les plus-values sur le capital échappent-elles si aisément à l'impôt, sauf exception, en Belgique? Les nombreux français fortunés, qui ont choisi de devenir résident belge, ne se sont pas demandé pourquoi. Ils en ont profité.

Les plus-values? Quelles plus-values? Il en existe de deux sortes: les plus-values réalisées et les plus-values non-réalisées, mais que l'on peut constater à un moment donné. Les premières ont pour avantage d'être incontestables. Les secondes sont moins certaines. Taxons donc les premières et pas les secondes. La question est fondamentale: un enrichissement virtuel, mais bien réel, doit-il être exonéré de toute contribution une fois qu'il s'agit du bien commun?

Et puis, il y a les revenus du capital. Celui-ci peut être immobilier ou mobilier. Une fois encore, la marge de manoeuvre est fort réduite.

Personne, à mon avis, n'osera jamais plaider pour un accroissement des impôts sur la maison d'habitation familiale, au risque d'un lynchage public, avec goudron et plumes. Sur les immeubles donnés en location, une marge existe: il serait opportun, en Belgique, d'imposer le revenu réel net. Mais, la plus grande marge existe, à mon avis, sur les immeubles vides et inoccupés. Ils sont légion. Certes, on ne sait pas pourquoi ils restent en l'état (étages inoccupés au dessus d'un magasin de la rue Léopold à Liège, hôtel de maître place des Vosges dont les squatters sont expulsés ... pour prendre deux exemples aux antipodes l'un de l'autre). La volonté clairement affichée par un propriétaire de rendre un lieu improductif, inhabité, vide ne mérite-t-elle pas d'être taxée? Si l'impôt a pour vocation le bien commun, la réponse ne fait aucun doute.

Quant aux revenus du capital mobilier, j'ai lu récemment la réflexion suivante. En Belgique, les revenus du capital mobilier "à risque" sont plus lourdement taxés (25 %) que les revenus du capital mobilier "non à risque" (15 %). Cette inégalité de traitement, réelle, est injustifiable, disent certains: n'est-ce pas le contraire qui devrait exister? L'investissement à risque contribue en effet à la création d'entreprises et donc d'emplois; celui qui investit dans des placements non à risque cherche la sécurité, il n'apporte rien en termes de croissance. Pourquoi pénaliser celui qui prend des risques?

Une proposition médiane circule actuellement, dans certains milieux autorisés: une taxation uniforme à 20 % pour les deux catégories d'investissement.

Il faut se montrer extrêmement méfiant face à des propositions de ce genre. Elles se parent d'une apparente logique, qui n'est bien souvent qu'un voile de fumée.

Sans chercher à épuiser le sujet, je ne suis pas compétent pour cela, deux remarques quand même:

- d'abord, il n'est pas sûr du tout que l'on trouve les mêmes investisseurs dans les deux catégories d'investissement citées: le petit épargnant a bien raison de ne pas prendre de risques et de chercher une certaine sécurité, il agit en bon père de famille; on ne peut prendre des risques que si on a les moyens de le faire et même certains moyens. Il en est toujours ainsi, dans le domaine de la fiscalité: les paramètres sont nombreux et on est toujours injuste quand on refuse de prendre en compte tous les paramètres;

- ensuite, la plus grande part des placements sans risque correspondent à de la dette publique, ce qui correspond au financement de ce que l'on est en droit d'attendre de l'Etat: des missions régaliennes bien sûr (défense, justice, affaires étrangères), mais aussi une mission en matière d'enseignement, de culture, d'aide à l'emploi, d'encadrement et de reconversion des travailleurs licenciés, à tort ou à raison, d'assistance aux plus démunis, de protection du patrimoine. Bref, ce qui relève de la solidarité et du bien commun. Ai-je la berlue? Il y aurait alors une grande masse d'individus, aux moyens modestes ou raisonnables, qui financent toutes ces fonctions collectives, et une autre, beaucoup plus réduite, qu'il faut protéger, parce qu'elle finance l'activité économique, grâce à son remarquable esprit d'entreprise et son goût du risque.

Le bien commun. Toute la question n'est-elle pas là? Le système fiscal d'un Etat devrait être l'expression d'une juste participation de tous aux charges collectives en vue du bien commun. Il faut, pour cela admettre, que raisonner au-delà de soi peut être un plus et même un bien pour tous.

"Le problème, ce n'est pas l'argent en soi, mais les inégalités" (Eric Orsenna).

La cinquantaine

Mieux encore que Linda Lemay et sa chanson sur l'homme de 50 ans, ce très beau texte d'une chanson de Serge Reggiani "La cinquantaine", que je ne connaissais pas jusqu'à ce jour.

On arrive à la cinquantaine, moitié sage, moitié fou
Le cul assis entre deux chaises à tenter d'en joindre les bouts
Sur la route de la chimère on se retrouve souvent un jour
Pour faire le compte de ses guerres, des petites joies, des grands amours
Et c'est tout

On arrive à la cinquantaine, moitié figue, moitié raisin
Le cœur absous de toute haine, le cœur absous de tout chagrin
On a troqué sa destinée contre des hauts, contre des bas
Rêves vendus à la criée pour faire le vendredi gras
Et c'est tout

On arrive à la cinquantaine, moitié déçu, moitié content
Un quart de joie, un quart de peine, et l'autre moitié aux enfants
On se souvient de sa jeunesse comme d'un joyeux chapardage
Au seuil de la prime vieillesse on pose un instant ses bagages
Et c'est tout

Et on repart vers la centaine, un demi-siècle dans les reins
Avec tout juste la moyenne à notre devoir de terrien
Comme elle est lointaine, la rive où l'on se couchera un jour
Il reste tant et tant à vivre qu'on pourra faire un long détour
Si tu veux, mon amour




Serge Reggiani, une voix qui n'a cessé de me bouleverser au fil des ans.





samedi 20 novembre 2010

Ces hommes-là sont dangereux

A en croire, le président Sarkozy, que ne démentira pas Monseigneur Léonard, les media ne mettent en lumière que des broutilles, alors que leurs discours valent bien mieux que cela. Leurs interventions à l'un et à l'autre ne parviennent pas à convaincre du contraire pourtant. Le problème est réel.

Pourquoi? Leur personnalité est-elle en jeu? Je le crois. Leur manière de communiquer est-elle en cause? Sûrement. A chaque fois qu'ils prennent la parole, ils ne sont pas compris (ce qui implique généralement rectificatif ou démenti, pétition ou manifestation). L'un et l'autre sont incapables de parler vrai. Le premier parce qu'il accumule, dans tous ces discours, avec une réelle conviction sinon de la hargne, inexactitudes, approximations statistiques, pétitions de principe, raccourcis, mensonges éhontés. Le second, parce que la cléricature n'a sans doute fait que renforcer en lui une tendance naturelle: il sait qu'il a raison (fût-ce seul contre tous) et il ne voit pas en quoi il aurait à céder un pied de terrain et encore moins à reconnaître et regretter une erreur.

Les hommes de cette espèce sont dangereux.

Coutumier des rapprochements inattendus (Saint Paul - Mahomet), je ne résiste pas à la tentation d'en faire un autre ici.

http://xavierciconia.blogspot.com/2010/08/paul-et-mahomet.html

Voici ce qui, à mon estime, rapproche André Léonard et Nicolas  Sarkozy:

- l'ambition du pouvoir poursuivie inlassablement depuis toujours: c'est le sens de leur vie;
- une méconnaissance des réalités: l'un comme l'autre sont déconnectés des réalités communes. Leur discours est idéologique. De la réalité, ils ont une vue abstraite. Avec une différence toutefois: André Léonard est inféodé à une idéologie précise, Nicolas Sarkozy hésite, change d'avis, fait parfois le contraire de ce qu'il dit, tout en gardant le même discours (fortiche le Sarko!);
- un mépris certain pour ceux qui les assistent ou les entourent. Il y a eux et les autres; eux au-dessus des autres (avec un petit quarteron d'inféodés entre les deux);
- l'un et l'autre aiment apparaître dans les media, tout en ayant pour eux un total mépris;
- incapables d'admettre leurs erreurs de jugement, leurs interventions tournent le plus souvent à l'auto-justification ou à dénoncer les media, ces faiseurs d'événements à partir de broutilles;
- ils ne sont pas représentatifs du peuple qu'ils sont amenés à accompagner ou diriger, lequel le leur dit inlassablement, sans que cela puisse atteindre, à leurs yeux, leur légitimité.

Dans le fond, il leur manque à l'un et à l'autre une vertu: l'humilité.

Choucroute

On n'imagine pas les effets bienfaisants de la choucroute.

Hier soir, pour ma première "choucroute party", je recevais mes deux fils et un ami de l'un d'eux. J'avais prévu assez de saucisses (et autres viandes) pour les combler et ma choucroute était à point (savoureuse et digeste). Choucroute et purée ont été servis dans des plats marocains ...

Le plus important a été l'excellent climat de la soirée. Chacun se sentait bien, détendu (les jeunes et le vieux). Les deux frères, qui s'accrochent souvent, étaient joyeux, complices.

Dans un tel contexte, je prends un coup de jeune. Peut-être mon côté "ado" inabouti. Ou simplement l'absence d'envie de jouer au pater familias, sûr de tout et gardien de la loi.

Sam et Nicolas me font revivre des souvenirs. Ils projettent de partir trois jours en randonnée la semaine prochaine (un "hike", comme on dit chez les scouts). Une fois de plus, j'en fais un peu trop: j'ai proposé mes cartes d'Etat major, suggéré un gîte possible ... et, même, proposé de leur apporter quelques bières le soir. Oui à mes deux premières tentations. Non à la troisième.

mercredi 17 novembre 2010

Je n'y connais rien, mais j'aime les couleurs

J'aime la couleur, les couleurs. Elles me touchent même (et surtout) quand elles ne représentent rien, mais veulent dire beaucoup. J'aime même l'absence de couleur, qui dit encore plus parfois.

Je n'y connais rien. Cependant et, régulièrement, je fais de nouvelles découvertes. Il n'y a rien à dire. Juste contempler, si possible longuement, jusqu'à être ému.

Voici une sélection subjective, sans référence, sans nom, juste pour l'émotion, la contemplation.































mardi 16 novembre 2010

A propos de mélange: en deux temps

Premier temps

Quand un professeur d'université arrive au terme de sa carrière, la coutume est de préparer, dans le plus grand secret, un volume de Mélanges qui lui sera remis en hommage. Il s'agit généralement d'articles scientifiques relevant - plus ou moins - des domaines de prédilection du professeur partant, proposés par ceux qui l'ont fréquenté au cours de sa carrière. Il est fort rare de trouver, dans ces Mélanges, des hommages un peu personnels. Je veux dire humains et non scientifiques. De plus, le professeur concerné fait comme s'il ne savait pas, alors qu'il attend cet hommage.

Je vais quitter la carrière avant terme pour raisons de santé. Cela veut dire, pour moi, que je suis en train de naître comme un prématuré. Car il s'agit bien d'une nouvelle naissance. Un être un peu diminué physiquement,  qui cherche encore un peu ce qu'il va faire de sa vie restante. On ne m'offrira pas des Mélanges, tant mieux, je n'aime pas les hommages officiels, mais vous pouvez envoyer des faire-parts de naissance.

Deuxième temps

Je vous convie à un autre mélange: celui des infos glanées depuis deux jours dans les media et dans les salles d'attente des médecins. De tout et de rien: "Points de vue et Images du mois".

La France, tout d'abord.

Le repas gastronomique des français est dorénavant inscrit au patrimoine immatériel de l'humanité par l'UNESCO. C'est la première fois qu'une pratique culinaire relève de cette haute qualification. Elle devrait être, en bonne logique, suivie alors de beaucoup d'autres.

http://www.liberation.fr/vous/01012302579-le-repas-gastronomique-des-francais-inscrit-au-patrimoine-de-l-humanite

Les punaises envahissent les lits de Paris. Il faut que le ministre de l'intérieur Hortefeux (ex ante et ex post: cela reste le même) se mobilise et qu'il organise leur rapatriement à la frontière.

http://www.liberation.fr/terre/01012302580-la-punaise-de-lit-pullule-a-paris

Tout le monde, même en Belgique, s'interroge sur les réelles aptitudes du président Sarkozy à exercer sa fonction. Il y a aussi lieu de s'interroger sur ceux qui le conseillent. Après le remaniement ministériel annoncé dimanche soir, les commentateurs politiques (et pas seulement l'opposition) ne parlent que de fautes: éthique, politique, psychologique, stratégique. N'en jetez plus!

Même mon ami JPR s'y met.

http://rousseaumusique.blog.com/2010/11/16/remaniement/

Le Royaume-Uni, ensuite

Le prince William se mariera l'année prochaine. Zut alors! Voilà encore un de mes prétendants dévoyé par une donzelle.



Les toilettes de la princesse Camilla non seulement sont fort anglaises, mais sont aussi un peu datées. Il est toutefois impossible de les dater précisément. Cela est beaucoup plus facile avec la reine du Danemark. Elle a une silhouette des années 30. Toutes les deux sont parfaites pour une série télé autour d'Agatha Christie.







Sur la troisième photo, la Princesse  Camilla a emprunté un des chapeaux de Sylvie Joly.








Les Etats-Unis, enfin

Une étude très sérieuse émanant de l'université de Harvard révèle que faire quelque chose en pensant à autre chose rend triste. Ce n'est sans doute pas faux, puisque Saint Benoît disait déjà qu'il faut "habiter" son travail. Encore faut-il que le travail soit adapté, mesuré, exercé avec humilité. Plus étonnant, la même étude indique que la seule activité humaine où l'homme est entièrement concentré est l'activité sexuelle. Si c'est sur le partenaire, tant mieux, si c'est sur les fantasmes, éventuellement au mépris du partenaire, je trouve cela dommage. Et puis, l'étude ne dit rien sur les pensées sexuelles qui nous assaillent à tout moment, même dans notre travail. Tout cela augure de beaux jours de tristesse.

samedi 13 novembre 2010

Mélancolies et introspection

Oui, j'ai mis "s" (dit-on un "s" ou une "s"?) à la fin du mot mélancolie. Mon professeur de poésie, ne disait pas "un" (nasalisé) homme (avec le "h" créant rupture), mais plus fluidement "unome". Cela nous perturbait un peu, mais il avait peut-être raison.

Je ne choisis pas d'aborder ce sujet à cause du temps morose et pluvieux, mais parce qu'un ami blogger a récemment abordé le sujet, dans une chronique d'une grande érudition.

http://jmomusique.skynetblogs.be/archive/2010/11/08/introspection.html

Il évoque, dans sa chronique, l'introspection et l'illustre à travers des représentations sculpturales s'échelonnant du haut Moyen-Age jusqu'à aujourd'hui. Un fil conducteur: le regard qui se porte ailleurs. On ne sait pas, et on ne dit pas, où il se porte. Mais on devine au fond de ces regards une part de tristesse. Comme si l'intérieur et l'extérieur ne coïncidaient pas.

La lecture de cette chronique m'a remis en mémoire un ouvrage qu'une amie, qui doit bien me connaître, m'a offert pour mon 50ème anniversaire: MELANCOLIE - Génie et folie en Occident (sous la direction de Jean Clair). Cet ouvrage, daté de 2005, a été composé à l'occasion d'une exposition organisée conjointement à Paris et à Berlin.

La mélancolie est-elle le propre de "ceux qui pensent les choses jusqu'au bout", comme le dit en préface la ministre d'Etat allemande, chargée de la culture et des media? Il est remarquable que, dans le monde mondialisé, le terme "mélancolie" s'identifie presque toujours au vague à l'âme et à une espèce d'abandon complaisant à la paresse. C'est oublier la puissance créatrice - cette énergie de la profondeur - de ceux qui, de tout temps, passent par des moments d'humeur noire. 

Je suis convaincu, pour ma part, que, sans une plongée "au fond du fond" de l'être, les oeuvres peuvent exister, mais pas bouleverser. 

Une fois de plus, je vais passer pour plus catholique que le pape ... mais l'ascension de Jésus, n'aurait pas pu avoir lieu, s'il n'était d'abord passé par le fond du gouffre. Il est intéressant de noter que, dans les églises orientales, l'accent est mis davantage sur l'ascension que sur la résurrection. "Qui s'abaisse sera élevé". Un double mouvement que comprennent bien les maniaco-dépressifs et les cyclothymiques.

Je précisais qu'il me paraissait convenable de parler de "mélancolies" (avec -s). Il est en effet des mélancolies stériles et d'autres fécondes, sans lesquels certains génies n'auraient pu nous livrer ce qu'ils nous ont livré.


vendredi 12 novembre 2010

Chez Colson, tout est bon

A l'époque où j'étais collégien, puis lycéen, il y avait, boulevard de la Sauvenière, un lieu mythique où l'on mangeait les meilleures gaufres aux fruits de la ville. Aujourd'hui, en ces lieux, on trouve une pizzeria, comme toutes les pizzeria. En ce théâtre de la gaufre aux fruits, la devise était "Chez Colson,  tout  est bon".

Je suis totalement "accro" à la gaufre aux fruits, spécialité liégeoise. Quand j'étais écolier, avant de rentrer à la maison, en fin de journée, ma mère institutrice, allait nous acheter des gaufres aux cerises chez un petit boulanger près de l'école. La pâte était moelleuse et généreuse, les cerises goûtues et pleines de jus. La cannelle était le petit plus. J'ai mangé de ces gaufres tous les jours de la semaine pendant six ans. Arrivé au collège (Saint Servais, en l'espèce), il y avait, à la récréation, une bawète où l'on vendait pour trois fois rien des gaufres aux pommes. Je faisais la file tous les jours pour savourer ma gaufre aux fruits en ce monde de mecs qu'était alors un collège jésuite. Petite jouissance personnelle. Aujourd'hui dans mon quartier, la tradition se perpétue. Si vous devez acheter un jour une "vraie" gaufre aux fruits, il faut aller chez Massin (rue Puits-en-Sock). C'est dans mon quartier, je puis vous montrer la voie.

La famille Colson ne s'est pas seulement illustrée dans la gaufre aux fruits. Une autre adresse liégeoise affiche le slogan "Chez Colson, tout est bon". Il s'agit d'une boucherie minuscule en Neuvice. Une lignée de Colson. Dans cette artère moyen-âgeuse, qui  revit peu à peu aujourd'hui, les artisans d'antan cohabitent avec les jeunes artistes et créateurs et le réveil de cette antique artère piétonnière balbutie son nom. La devanture de Chez Colson donne faim et les clients ici sont appelés par leur prénom ou surnom.

Aujourd'hui, j'ai décidé de me faire plaisir: pâté en croûte, rillettes d'oie, boudin aux poireaux ... et, comme je serai seul ce soir, un plat préparé: parmentier de saumon et épinard. J'aurais pu me le préparer moi-même, mais, quand on est seul, c'est toujours plus réjouissant de manger ce qui a été préparé par un autre.

jeudi 11 novembre 2010

Les chômeurs, le travail et les politiques

Il y a, d'une part, des employeurs et, d'autre part, des demandeurs d'emploi. Quand les demandeurs d'emploi deviennent chômeurs, il y a  deux causes possibles: soit, il n'y a passez d'emploi pour eux; soit, ils n'ont pas les qualifications requises pour les emplois proposés.

Les remèdes: créer de l'emploi (c'est avant tout la responsabilité des entreprises dans une économie libérale) et assurer une meilleure formation avant et après l'école (c'est avant tout la responsabilité de l'Etat dans une économie responsable). Pour créer des emplois, les entreprises libérales réclament assidument des aides de l'Etat (et menacent de délocaliser leur activité, dans le cas contraire). Pour assurer la formation, l'Etat ne peut compter que sur lui-même et n'y consacre pas, à mon estime, autant qu'il faudrait.

Qu'il puisse exister des "profiteurs", j'en conviens, à la condition d'accepter que les profiteurs ne sont pas que les chômeurs.

Pour réduire le taux de chômage, la gauche a défendu plusieurs idées, en vue d'un partage du temps de travail: les fameuses 35 heures, en France; la retraite à 60 ans; des statuts sûrs pour les jeunes qui débutent une carrière; la création d'emplois publics. A Liège, par exemple, de jeunes demandeurs d'emploi exercent la fonction de stewards urbains. Ils sont utiles.

La droite, elle, a défendu les heures supplémentaires (en les assortissant d'avantages fiscaux); elle a reculé l'âge de la retraite. A-t-elle ainsi créé des emplois nouveaux? Elle a dit qu'il fallait travailler plus pour gagner plus, mais n'a pas véritablement contribué à créer du temps de travail en plus.

Aujourd'hui, la droite estime qu'un chômeur indemnisé doit travailler "bénévolement" pour conserver le droit à son indemnité. L'adage "tout travail mérite salaire" est devenu "tout salaire mérite travail". Ce n'est pas inexact, mais décidément fort alambiqué. Des propositions en ce sens ont été formulées en Grande-Bretagne et en Belgique (au sein du MR).

http://www.lameuse.be/politique/2010-11-10/le-mr-veut-faire-travailler-benevolement-les-chomeurs-822783.shtml

Quel travail? Des travaux d'intérêt général, dit-on.

Pardonnez-moi de sourire, mais je ne vois pas bien la différence entre les emplois publics créés par la gauche, au salaire minimum, et les chômeurs travailleurs "bénévoles" réclamés par la droite.

La droite, qui aime à se prétendre "réformatrice" (en France comme en Belgique), a encore bien du chemin à faire. Il est vrai que les chômeurs ne sont pas sa principale préoccupation.

mercredi 10 novembre 2010

Fertilité et fécondité


Il y a une profonde différence entre la fertilité et la fécondité.

La fertilité a un aspect "terre à terre". Ne parle-t-on pas d'une terre fertile? On n'hésite pas, pour la rendre plus fertile, à lui donner d'ailleurs quelque engrais.

Un couple fertile ne peut être que masculin et féminin, la fertilité étant liée à la reproduction de l'espèce. Une dimension "terre à terre" érigée en modèle. Des couples stériles cherchent à devenir fertiles. Ils ont, par exemple, recours aux méthodes de procréation médicalement assistées. Que veulent-ils alors? Un enfant à tout prix? Pour qui? Pourquoi? 
L'adoption est un autre défi. Il est des adoptions qui ont pour but de combler un manque, d'autres totalement désintéressées. Le sujet est difficile. Adopter est un projet toujours délicat. Il s'agit de croiser des histoires, un vécu, parfois peu compatibles. Il ne suffit pas alors d'être de bonne volonté. Heureusement, l'amour peut faire tomber bien des barrières.


Il existe aussi des couples non-fertiles, mais féconds. J'en ai rencontré un, lors de mon séjour à Wavreumont: un couple sans enfant. On raille parfois ces couples très unis, mais sans enfant. Celui que j'ai rencontré a réussi à rendre fécond son état, avec un grand esprit d'ouverture et beaucoup d'humilité. Ils m'ont impressionné.

La fécondité autorise des parcours bien plus variés que la fertilité.

A défaut d'avoir été fertile, ai-je été fécond?

mardi 9 novembre 2010

Le mort et moi

Le frère Hugues, que je connaissais bien, est décédé, à l'âge de 87 ans, pendant mon séjour à Wavreumont. Il était un homme hypersensible, profond et attentionné. Nous étions un peu frères en humanité lui et moi. Bien entendu, il était passionné de musique.

Le jour même de son décès, Renaud, le frère prieur, m'a proposé d'aller me recueillir sur sa dépouille. J'ai décliné l'invitation. Il me semblait que ces premiers moments devaient être réservés à ses intimes: ses frères, sa famille, ses amis proches. Mais il y avait une autre raison.

Une fois que la vie a quitté le corps et que celui-ci n'est plus que dépouille, je ne puis comprendre l'attachement de certains à voir encore une dernière fois l'enveloppe charnelle de celui qu'ils ont aimé. On est alors généralement déçu: le défunt ne ressemble plus à celui qu'on avait connu, surtout s'il a souffert d'une maladie. Ne vaut-il pas mieux conserver le souvenir d'un vivant que d'un mort? Et puis, qu'aimait-on en lui? Son corps ou son esprit?

Il faut accompagner la mort de nos proches, être à leurs côtés au moment du passage, quand cela est possible. Mais une fois le dernier souffle expiré, il me paraît sain de fermer le cercueil au plus tôt.

Cela permettrait d'éviter des situations que je trouve déplacées.

Ma tante Anne n'a été mise "en bière" (curieuse expression) qu'au moment des funérailles. C'est apparemment la coutume en France. Elle est restée pendant 4 jours sur une table dans la morgue de la seniorie où elle résidait. C'était sinistre et indigne d'elle et de ses proches. Le comble a été atteint quand la famille a été invitée à regarder sur un écran de télévision la crémation. Je me suis enfui. C'était au Mont Valérien.

Sans jugement, je n'ai pu m'empêcher de relever ces quelques commentaires de personnes qui avaient été voir le frère Hugues pour la dernière fois: "on dirait qu'il a un sourire", "on lui a mis les chaussures qu'il aimait" ... Propos dérisoires, pour exorciser la mort ou l'inconfort face à la mort?

lundi 8 novembre 2010

Le centre et la périphérie

Je viens de passer une semaine au monastère Saint Remacle de Wavreumont, un lieu auquel je suis fidèle depuis 30 ans.

Une semaine sans journaux, sans ordinateur, sans télé, sans facebook, sans alcool, sans téléphone, sans urgence. Je n'ai ressenti aucun manque. Je me suis senti heureux, serein, en paix et ouvert. Mon quotidien a été le plus banal, mais il était équilibré. Les temps de silence, le travail manuel, la lecture, le chant à l'office, les conversations avec le frère Pierre et, le soir, avec quelques hôtes comme moi ont été fort enrichissantes. Que de belles personnalités, riches et rayonnantes! De belles âmes plutôt que des esprits brillants. De beaux parcours de vie aussi. Un retour à l'essentiel de la vie. Il n'importe pas, quand on vit à ce rythme, d'être absolument au courant des dernières nouvelles, d'assister à la première d'un spectacle ou d'être le premier à avoir vu un film, aussi bons soient-ils.

Après avoir demandé à son père sa part d'héritage, l'avoir réalisée et dilapidée dans une vie éclatée, le fils prodigue connaît le manque, la faim, l'indigence. Il a cherché son bonheur, son plaisir, en dehors de lui-même et, au moment de la famine, il mendie aux autres sa nourriture. Tout change à partir du moment où il "rentre en lui-même", où il retrouve, en d'autres termes, le chemin de sa source intérieure. Il revient alors à la vie. Il trouve l'audace de revenir vers son père. Peu importe alors aux yeux du père les mots d'excuse qu'il avait préparés; il n'aura même pas l'occasion de les dire, le père l'interrompt. Il retrouve ce que le père n'a jamais cessé de lui réserver: la vie en plénitude (Lc, 15, 11-32). Retrouver le centre, se délier de tout ce qui n'est en fin de compte que périphérique.

La nature, particulièrement belle en ce temps d'automne, et la prière de l'office contribuent grandement à ce processus de "recentrage".

Mais mon séjour est aussi marqué par trois prénoms: Amandine, Bruno et Guy.

Amandine était de retour d'un séjour d'un an aux Philippines. Comptable de formation, elle avait fait le pari d'une année comme volontaire là-bas pour s'occuper des enfants des rues à Manille. Elle en est revenue transformée. Elle était à Wavreumont pour réfléchir à son avenir, pour discerner sa place en ce monde. Elle voudrait devenir missionnaire laïque, non pour évangéliser, mais pour travailler à des projets concrets sur le terrain. Amandine, c'est aussi un très beau sourire et un rire communicatif. J'espère la revoir un jour.

Bruno faisait retraite au monastère, alors qu'il n'est pas chrétien, ni même baptisé. Travaillant pour  Caritas international, il est licencié en sciences économiques et titulaire d'un master en développement. Il est en congé sabbatique. Une décision courageuse, parce que comportant des répercussions financières, pour prendre distance. Il a beaucoup voyagé. Nous avions plusieurs points communs: il suit des cours de chant classique, il anime deux groupes vocaux, il vient de se lancer dans le théâtre et aimerait faire de l'impro. Il reviendra, a-t-il dit, à Wavreumont.

Guy a 21 ans. Il est parti six mois en Inde. Les moines ont décidé de permettre à des jeunes de partager leur vie communautaire pour une durée indéfinie pouvant aller jusqu'à un an. Un temps d'expérience et de discernement. Cela me paraît une excellente idée. J'aurais aimé en bénéficier à l'âge de Guy. Ma vie aurait peut-être été toute différente. Il a l'air heureux et il fait souffler sur la communauté un vent de jeunesse. Il faut le voir faire son jogging le matin et travailler le soir ses exercices de violoncelle.

J'ai découvert la vie monastique à Orval en 1972. Les moines m'y apparaissaient comme des icônes distantes, hiératiques, inaccessibles. A Wavreumont, les moines sont des hommes simples, avec leurs faiblesses et leurs qualités, ouverts aux familles, aux enfants. C'est la raison pour laquelle je me sens relié depuis 30 ans à ce monastère hors du commun.