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jeudi 28 octobre 2010

Madurodam

J'aime beaucoup les associations d'idées.

Il existe sur internet des sites de rencontre pour tous les genres et tous les fantasmes. Je suis membre d'un seul, juste pour rêver un peu. Il concerne les hommes poilus et/ou barbus (ne fût-ce qu'un peu) et ceux qui aiment ça. Ce site de rencontre me rassure: on a le droit d'y être un peu enrobé, sans complexe. Et il y règne une vraie convivialité. Ce site ne m'a pas permis de rencontrer grand monde, mais quand même. Il m'a surtout mis en contact avec des gens très intéressants de tous âges et le plus souvent avec une corde artistique à leur arc (musicien, chanteur d'opéra, écrivain, photographe, vidéaste ...). Certains avaient même une certaine notoriété. On pourrait appeler ce site: "Les alumnis du poil".

J'ai reçu récemment un message d'un correspondant qui portait le nom de "Maduro-dam". Cela m'a fait rire: tout était dit! Il aime les hommes mûrs et il habite aux Pays-Bas, là où on aime les mots qui se terminent par "- dam" (Amsterdam, Rotterdam, Edam ...).

Pourtant, Madurodam est aussi à La Haye ( 's Gravenhage, plus communément appelée  Den Haag) une ville miniature représentant, à l'échelle, des grands sites du pays (l'aéroport de Schiphol, les canaux d'Amsterdam, les moulins de la Frise ...). J'ai découvert Madurodam à un âge fort éloigné de la maturité (13-14 ans?).





Au fil des années, de séjour linguistique en séjour linguistique, j'ai bien dû vivre huit mois à La Haye. J'y ai même travaillé dans un hôpital gériâtrique dans des conditions que je préfère oublier aujourd'hui.

Ces séjours en immersion dans une famille ne m'ont pas appris que le néerlandais (d'autant que le néerlandais parlé à La Haye, accent compris, ne ressemble guère au néerlandais parlé couramment en Flandre). Cela a représenté, pour moi, une première ouverture à la différence et très sagement au sexe.

La famille qui m'accueillait ne comportait pas de père, juste une mère (Mevrouw Mook) et ses trois enfants. Elle tenait un magasin de couture et de vêtements sur mesure et louait des chambres à des étudiants. Le dimanche, elle allait au temple mormon. Son fils aîné, qui devait avoir 19-20 ans, avait des cheveux longs, fumait des joints, jouait de la guitare (mais ce n'était pas la même guitare que la mienne, trop classique), il écoutait des choses que je n'avais jamais entendues (Bob Dylan, Melanie, Peter, Paul and Mary).

A la devanture des marchands de journaux, étaient exposées en pleine rue - on était à la fin des années 60 et au début des années 70 -  des revues pornographiques montrant aussi bien des femmes que des hommes. Je découvrais ainsi ce dont on s'était bien abstenu de me parler. Et cela me troublait. Cela ne trouble plus les étudiants Erasmus/Socrates d'aujourd'hui. Je m'en réjouis.

Et puis, un peu plus tard, je devais avoir 17-18 ans, j'ai découvert par hasard la plage naturiste au nord de Scheveningen. J'étais bien trop timide pour faire comme eux. Ce fut ma première expérience de la vision en vrai du corps d'hommes et de femmes adultes nus.

Ils étaient libres et je ne l'étais pas. Ils étaient bien dans leur corps, je ne le suis toujours pas.

mercredi 27 octobre 2010

Le temps de la retraite

On parle beaucoup, ces temps-ci, des pensions et de leur financement. En France, particulièrement. On parle fort peu du temps de la retraite. Le temps où l'on se retire et où on peut prendre enfin le temps de se trouver.  On n'évoque pas les âges de la vie. Ce que chaque âge peut apporter à la vie en société. Les hommes de pouvoir raisonnent en comptables.

La semaine prochaine, je serai en retraite. Je veux dire par là que je passerai 7 jours dans un monastère, non pour fuir le monde, mais pour prendre quelque distance avec le monde et considérer d'un autre regard et ma vie, et le monde.

Je n'ai pas choisi au hasard le monastère où je passerai cette semaine. Je le connais depuis 30 ans. J'y ai rédigé, dans l'urgence, la plus grande part de ma thèse de doctorat. Après, il y a eu une profonde connivence et des raisons de rupture. Quand mes frères de là-bas me disent qu'ils vont m'accueillir aujourd'hui et qu'ils se réjouissent de me revoir, c'est comme une fenêtre qui s'ouvre.

On ne visite pas le monastère Saint Remacle,  à Wavreumont, sur la colline entre Malmédy et Stavelot, pour son architecture, pour la beauté du chant grégorien, pour son fromage ou pour sa bière. Ici, la simplicité règne.

J'aime ceci qui est, depuis le début, le projet de la communauté: être une présence, un peu en retrait du monde, mais ouverte au monde. Ici, les moines ne portent pas l'habit monastique; ils s'habillent comme tout le monde (sauf à l'office). Certains d'entre eux ont un engagement, professionnel parfois, à l'extérieur du monastère. Ils ne refusent pas le monde mais le monde vient à eux. La famille monastique au sens large, à Wavreumont, comprend des laïcs, des familles, des enfants, autour des moines. Il en est ainsi aussi dans leur fondation du Pérou. Ils sont aussi référents pour la communauté nouvelle qui assure la continuité à l'Abbaye du Val Dieu, après le départ des derniers moines cisterciens.

La famille vieillit et cela me rend triste.

Malgré 15 années, où j'ai coupé peu à peu tous les liens, je sais que j'ai là une famille.





mardi 26 octobre 2010

Swingle life

Un jour, un américain vivant en France - un américain à Paris - en ces années où l'on pouvait oser, sans être formaté par des producteurs ou des chaînes de télévision, Ward Swingle, a eu l'idée fort originale de faire interpréter uniquement par des voix des oeuvres du répertoire classique: dabadam, djing-djing, doum-bi-doum, fabadabala, ... avec un peu de swing, une basse et une batterie. Quatre voix féminines et quatre voix masculines, tout un clavier de sonorités.





Il me l'a dit: Jean-Sébastien a aimé. Bach sera éternellement revisité, puisqu'il est éternel. Il ne pensait pas, Jean-Sébastien, avoir tout dit; mais il ne savait pas que le swing et lui feraient aussi bon ménage. Un autre ensemble de jazz mythique lui a aussi rendu hommage: The Modern Jazz Quartet.

Ma mère, bien entendu, n'aime pas ces "chansons sans paroles", qui ne veulent rien dire.

Ward Swingle a pu compter sur des interprètes de talent: Christiane Legrand (la soeur de Michel) beaucoup, et surtout Mimi Perrin, qui la première avait ouvert la voie, avec les Double six.








http://fr.wikipedia.org/wiki/Double_Six


J'ai entendu les Swingle Singers en vrai ... à la Salle Philharmonique de Liège (que l'on appelait, à l'époque, le Conservatoire). Confirmation d'un lieu où l'acoustique autorise à peu près tout. Il s'agissait d'un concert Jazz Sébastien Bach.


Parmi tous leurs albums, il en est un que j'apprécie plus que les autres: celui qu'ils ont consacré à la musique espagnole: Spain.






Il existe encore aujourd'hui un ensemble appelé Swingle Singers, mais cela n'a plus rien à voir. Les voix restent belles, les arrangements aussi ... mais ils chantent le plus souvent des mots.

Une trahison?

lundi 25 octobre 2010

Du rôle salutaire des humoristes

Je vais être de bon compte, mes humoristes préférés ne me font pas toujours rire, mais quand même très souvent: ils s'appellent Kroll, Geluck, Bedos (père et surtout fils aujourd'hui), Guillon, Petillon et autres; ils utilisent tantôt le verbe, tantôt le dessin, le plus souvent, les deux.

Leur rôle consisterait-il seulement à faire rire? Non, bien entendu, ils délivrent aussi un message. Ils nous permettent de prendre de la distance, de remettre les choses en perspective. De ce seul point de vue, ils sont salutaires. Ils le sont aussi par le rire qu'il suscitent.

L'humour et la politique ne font plus bon ménage, ces derniers temps:
- le pouvoir en Sarkozie n'apprécie guère les humoristes ... sauf peut-être Patrick Sébastien et Jean-Marie Bigard;
- Philippe Geluck, ce week-end, lors d'un débat,  a vécu une vive altercation avec Eric van Rompuy, le frère du président de l'Europe;
- le ministre Paul Magnette se tape encore les doigts d'avoir osé proposer, dans une interview, un scénario absurde.

Tout ceci pour dire que, chez les politiques, on ne doit pas plaisanter!
Chez les politiques, on ne fait que du sérieux. Plus précisément, on se prend fort au sérieux.
Il en est ainsi aussi à l'Université parfois.

Le cas Geluck pose néanmoins question: dans un débat politique, faut-il donner une place parmi les politiques et les spécialistes de la science politique à un humoriste? Ou faut-il que l'humoriste se cantonne, comme Kroll, à un commentaire extérieur décalé?

L'humoriste a bien le droit de participer à un débat comme citoyen et il a bien le droit d'avoir des opinions de citoyen, voire même d'être un peu le porte-parole d'un certain nombre de citoyens. Il semblerait pourtant qu'il doive alors renoncer à sa vision d'humoriste. Car l'humour n'est pas sérieux bien sûr. Les politiques et les politologues le sont-ils?

Le rêve du Vieux

Quelques lignes d'un livre que j'ai ouvert avec réticence. Ces lignes pourtant me paraissent belles, vraies et d'une grande profondeur.

Le Vieux dit:

Est-ce que j'existe? Dans la tête et le coeur d'une foule innombrable, oui, sans le moindre doute. Jamais rêve de gloire ou d'amour n'a occupé les esprits avec tant de force et de constance que la folie de Dieu. Sous les noms les plus divers, sous les formes les plus invraisemblables, il y a quelque chose qui court de génération en génération: c'est moi. Que feraient les hommes s'ils ne me cherchaient pas? Ils me cherchent - et ils ne me trouvent pas. S'ils me trouvaient, ils ne penseraient plus à moi. Parce qu'ils me cherchent sans me trouver, parce qu'ils me nient, parce qu'ils m'espèrent, la seule pensée de Dieu ne cesse jamais de les occuper tout entiers. Je suis un Dieu caché. Dieu vit à jamais parce que les hommes doutent de lui.


Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont, Paris, 2010, p. 79.



Le Vieux, celui qui réfléchit avec ces mots-là, a trouvé dans l'auteur un porte-voix, mais il n'est pas l'auteur. A-t-il inspiré l'auteur? L'auteur s'est-il pris pour lui?

Je le précise: en intitulant cette rubrique "Le rêve du Vieux", je ne pensais pas à l'auteur. Il est, à certains égards, plus jeune que certains jeunes et moins vieux que certains jeunes.

Je craignais un ouvrage à l'image de l'auteur dans les débats télévisés: brillant, bavard, coquin, quand il le faut; un bel esprit capable de donner un peu de piment à un dîner mondain.

Ce n'est pas du tout le cas. Ce livre est à la fois dense, simple, et lumineux.

Je me demande même s'il ne pourrait pas constituer le fil conducteur d'un enseignement "global" à inscrire obligatoirement au programme de nos lycéens de dernière année. Se confronter à l'histoire des idées, des sciences, des religions, de la littérature, dans une langue irréprochable. Peut-on imaginer meilleur exercice?

Pour délivrer pareil enseignement, il faut avoir atteint un certain âge et considérer les mondanités pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire peu de choses.

dimanche 24 octobre 2010

Fado ou flamenco?

C'est étrange, un correspondant sur internet vient de me demander si j'aimais le flamenco. J'ai répondu: non, je préfère le fado. Pourquoi?

Peut-être parce que je ne connais pas bien le flamenco. Je n'ai jamais aimé les danseurs ou danseuses de flamenco:  ils incarnent à la fois une féminité et une virilité dans laquelle je ne me reconnais en rien; je  veux dire ni dans l'une, ni dans l'autre. On a toujours l'impression d'assister à une espèce de combat, assez animal, entre deux coqs arrogants ou entre un paon vaniteux et sa possible conquête. Tout est dans l'extériorisation. Comme lors des animales parades amoureuses. Cela doit être ça: cette musique est animale. Mais comme j'aime découvrir, je serais ravi si un compagnon pouvait m'entraîner sur des chemins de flamenco ...

Dans le fado, j'entends autre chose: un chant intérieur. La saudade, bien sûr, qui ne se réduit pas à la nostalgie ou la mélancolie; elle est indéfinissable. Comment expliquer ce chant-là? Et pourquoi il me touche au plus profond de moi, qu'il soit chanté par une femme ou par un homme. Il est vrai, le fado semble avoir trouvé dans les voix féminines sa plus belle expression (Amalia Rodrigues hier, Misia ou Ana Moura aujourd'hui, sans compter l'ensemble Madredeus, qui a réussi à fédérer un grand public). J'ai découvert Antonio Zambujo, à Faro, avec L., en décembre dernier. Depuis, je n'ai cessé d'être sous le charme.

Il m'a d'abord séduit par sa voix (simple, souple, naturelle, sans effort). Elle ressemble un peu à la voix de Caetano Veloso. Ensuite, par la formation qui l'accompagne: une basse, une guitare portugaise, une guitare. J'ai apprécié aussi l'audace consistant à chanter a cappella afin d'être ensuite uniquement rejoint par la contrebasse. Et puis, une grande émotion. Surtout, un grand dépouillement.

http://www.youtube.com/watch?v=pYSNcl0usNY



Encuentro
María del Reposo,
te vuelvo a encontrar
junto a la fuentefría
del limonar.
¡Viva la rosa en su rosal!
María del Reposo,
te vuelvo a encontrar,
los cabellos de niebla
y ojos de cristal.
¡Viva la rosa en su rosal!
María del Reposo,
te vuelvo a encontrar.
Aquel guante de luna que olvidé,
¿dónde está?
¡Viva la rosa en su rosal!
Federico García Lorca. Dans : Suites.




A contrario, démonstration pourtant réduite à presque rien du flamenco. Il s'agit de Miguel Poveda.


http://www.youtube.com/watch?v=UPA-ThRg-PU

samedi 23 octobre 2010

On risque de n'être pas compris quand on raisonne par l'absurde

Un passage anodin d'une interview du ministre belge socialiste Paul Magnette (ma mère s'obstine à dire Charles Magnette, allez savoir pourquoi) a suscité des réactions inattendues.

http://www.lalibre.be/actu/elections-2010/article/618334/magnette-oui-on-reussira-car-il-n-y-a-pas-d-alternative.html

La déclaration.

Interrogé par un journaliste sur un éventuel plan B (C ou D), en cas d'échec des négociations gouvernementales, en Belgique, il s'autorise à dire, tout en précisant qu'il s'agit d'une vue de l'esprit (il parle même de mode "lunaire"), qu'il est peu favorable à un rattachement de la Wallonie (+ Bruxelles?) à la France et trouve des raisons, à supposer que ce scénario se présente, de préférer un rattachement à l'Allemagne. Il souligne une différence de culture. Il cherchait à démontrer de la sorte que l'issue à la crise, que vit actuellement la Belgique, n'est pas dans le "rattachisme" à qui que ce soit.

L'information a été illico relayée par la presse étrangère, notamment française.

Certains, même certains de mes collègues, ont immédiatement dénoncé le dérapage. De tels propos ne sont dignes ni d'un ministre, ni d'un professeur d'université, ai-je pu lire sur Facebook.

Le ministre Magnette (oui, maman, Paul, pas Charles, lequel, d'après Wikipédia, est surtout connu comme franc-maçon et accessoirement pour avoir donné son nom à une rue et à un parking de Liège), celui qui est aussi professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles (ULB) (et que tu trouves bel homme) soulignait une différence de culture politique et sociale entre la Belgique et la France et une plus grande convergence entre la Belgique et l'Allemagne, avec des arguments non dénués de pertinence: une structure étatique fédérale, un système électoral proportionnel (induisant l'art du compromis), une pratique éprouvée de la concertation sociale. Non sans raison, il évoquait la manière dont la France résout ses grands conflits sociaux (comme la réforme des retraites aujourd'hui).

Les réactions.

J'imagine que les partisans d'un rattachement de la Wallonie à la France ont dû avaler, ce matin-là, leur café de travers. Ils n'arrêtent pas de nous dire que la Wallonie et la France partagent la même culture et que le plan B ne peut être qu'un rattachement de la Wallonie à la France. Le même amour de la langue française et de la culture française sûrement. Pour le reste? Le ministre ne parlait pas de la culture en général, mais de la culture politique. On ne peut lui en faire le reproche étant professeur de sciences politiques.

Comme décidément certains sont totalement hermétiques à un discours par l'absurde, des voix se sont aussi élevées pour dire que les déclarations du ministre Magnette étaient scandaleuses, car il ne faut pas oublier que notre pays a lutté contre l'Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Comment pourrait-on s'y associer? Un ministre régional a même relayé cette opinion. Le ministre Magnette a peut-être mal évalué l'impact de ses propos; la réaction, quant à elle, est franchement stupide.

http://archives.lesoir.be/lutgen-%AB-blesse-%BB-par-la-proposition-allemande-de_t-20101022-013V75.html?query=lutgen&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=lutgen&pos=0&all=5164&nav=1

La voix de la raison.

Mon collègue Ch. Berendt, qui a été appelé comme expert pour un plan B, a choisi d'exclure de son raisonnement, explicitement, le recours à la force, implicitement, les solutions rattachistes. Il expose avec un réel talent pédagogique les différences entre une sécession unilatérale, ou concertée, d'une partie d'un Etat et un démembrement de cet Etat aboutissant à plusieurs Etats nouveaux et envisage les seules voies praticables et raisonnables: une sécession ou un démembrement concertés.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/618825/ne-pas-changer-de-nationalite-c-est-capital.html

Il souligne aussi, ceci, qui est fort intéressant, compte tenu du contexte spécifiquement belge:

"Vous ne pouvez faire sécession que sur un territoire que vous dominez exclusivement, ce qui n’est pas le cas de Bruxelles pour la Flandre. Et dans le scénario de démembrement, les négociateurs francophones ne marqueraient jamais leur accord sur le fait de concéder Bruxelles à la Flandre. Dans un cas comme dans l’autre, donc, la Flandre perdrait sa prétention sur Bruxelles. C’est très utile de le rappeler : les deux scénarios sont défavorables à la Flandre".




Mais une fois de plus, c'est Kroll qui livre le meilleur.



Rangement

J'ai toujours eu en horreur les grands nettoyages, pourtant nécessaires, où l'on sort tout de partout et où on découvre des choses insoupçonnées, à  cause du chaos plus grand que cela crée et de l'obligation de remettre tout en place après.

Mon fils Samuel aime les défis de ce genre. Il me complète.

Nous avons entrepris, en ce jour gris, un nettoyage à fond de la cuisine. C'est ainsi que nous avons découvert que je stockais, sans le savoir, une quantité hallucinante de sacs en plastic. Honte à moi, qui me prétend écologiste!

Voici le résultat.





vendredi 22 octobre 2010

Fertilité et fécondité

N'étant pas fertile, j'ai longtemps cru que je pourrais à tout le moins être fécond.

Il y a une différence fondamentale entre la fertilité et la fécondité.

La fertilité a un aspect "terre à terre". Ne parle-t-on pas d'une terre fertile? On n'hésite pas, pour la rendre plus fertile, à lui donner d'ailleurs quelque engrais.

Un couple fertile ne peut être que masculin et féminin, la fertilité étant liée à la reproduction de l'espèce. Une dimension "terre à terre" étrangement érigée en modèle. Des couples qui pourraient être féconds cherchent dès lors à être fertiles. Ils ont, par exemple, recours aux méthodes de procréation médicalement assistées. Que veulent-ils alors? Un enfant à tout prix? Pour qui?

L'adoption est un autre défi. Il est des adoptions qui ont pour but de combler un manque, d'autres totalement désintéressées. Le sujet est difficile. Adopter est un projet toujours délicat. Il s'agit de croiser des histoires, un vécu, parfois peu compatibles. Il ne suffit pas alors d'être de bonne volonté. Heureusement, l'amour peut faire tomber bien des barrières.

Il existe aussi des couples non-fertiles, mais féconds. J'en ai rencontré un, lors de mon séjour à Wavreumont: un couple sans enfant. On raille parfois ces couples très unis, mais sans enfant. Celui que j'ai rencontré a réussi à rendre fécond son état, avec un grand esprit d'ouverture et beaucoup d'humilité. Ils m'ont impressionné.

La fécondité autorise des parcours bien plus variés que la fertilité.

A défaut d'avoir été fertile, ai-je été fécond?

Précis de fiscalité ... et défi à mes lecteurs!



J'emprunte ce texte à un lecteur du journal Le Monde qui l'a publié dans le courrier des lecteurs sur le net. Prenez la peine de le lire ...


Imaginons que tous les jours, 10 amis se retrouvent pour boire une bière et que l'addition totale se monte à 100 euros. Normalement, cela devrait représenter 10 euros par personne.

Mais nos dix amis décidèrent de payer cette facture selon une clé qui s'inspire de l'impôt qu'il paie sur leurs revenus, ce qui donna ceci:

 
Les 4 premiers (les plus pauvres), ne paient rien 
Le cinquième paye 1 euro 
Le sixième paye 3 euros 
Le septième paye 7 euros 
Le huitième paye 12 euros 
Le neuvième paye 18 euros 
Le dernier (le plus riche) paye 59 euros 

Les dix amis se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblaient assez contents de leur arrangement. Jusqu'au jour où le tenancier décida de leur faire une remise de fidélité. "Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j'ai décidé de vous faire une remise de 20 euros sur la facture totale. Vous ne payerez donc désormais plus vos 10 bières que 80 euros".

Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu'ils auraient payé leurs taxes. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres (les clients payants), allaient-ils diviser les 20 euros de remise entre eux?

Ils réalisèrent que 20 euros divisé par 6 faisaient 3.33 euros; mais que s'ils soustrayaient cette somme chacun de leur part alors le 5ème et 6ème homme devraient "être payés" pour boire leur bière!

Le tenancier du bar suggéra qu'il serait plus équitable de réduire l'addition de chacun d'un pourcentage du même ordre que celui qui avait présidé à leur premier partage. Il fit donc les calculs, ce qui donna ceci:


Le 5ème homme, comme les quatre premiers, ne paya plus rien (un pauvre de plus?) 
Le 6ème paya 2 euros au lieu de 3 (33% réduction) 
Le 7ème paya 5 euros au lieu de 7 (28% de réduction) 
Le 8ème paya 9 euros au lieu de 12 (25% de réduction) 
Le 9ème paya 14 euros au lieu de 18 (22% de réduction) 
Le 10ème paya 50 euros au lieu de 59 euros (16% de réduction) 

Chacun des six "payants" paya moins qu'avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement, rejoints par le 5ème.
 
Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie : "J'ai seulement eu 1 euro sur les 20 euros de remise, dit le 6ème,
 lui, a eu neuf euros!"

"Oui, dit le 5ème, moi aussi j'ai seulement eu 1 euro d'économie"



"C'est vrai, s'exclama le 7ème, pourquoi aurait-il 9 euros alors que je n'en ai eu que 2? C'est le plus riche qui a eu le plus gros de la réduction".


"Attendez une minute, cria le 1er homme, nous quatre n'avons rien eu du tout. Le système exploite les pauvres!"
 
Les 9 hommes cernèrent le 10ème et l'insultèrent.

La nuit suivante, le 10ème homme (le plus riche) ne vint pas.


Les neuf autres s'assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer leur note ils découvrirent quelque chose d'important : ils n'avaient pas assez d'argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l'addition".



Voici un texte qui, sur le fond, ravira certains que je connais notamment parmi mes collègues. 


Un bel exercice de style pour qui accepte le jeu.


Je lance un défi et me pose une réflexion amusée (désabusée).


Le défi: ce serait amusant qu'un opposant joue le jeu et propose un exercice comparable! Appel à l'imagination et aux calculettes!


La réflexion amusée (désabusée): à quoi tient l'amitié chez certains!


Variante! On pourrait soumettre ce texte à un étudiant en droit et lui demander:
- d'identifier les techniques fiscales évoquées dans le propos,
- de déterminer à quelle sensibilité politique l'auteur du texte appartient,
- de tenter de relever s'il existe d'éventuelles failles ou lacunes dans le raisonnement proposé,
- d'articuler son argumentation en commençant chaque phrase par "attendu que ..." ou "considérant que ...",
- de ne faire aucune faute d'orthographe et de respecter la concordance des temps.


Je déconseille naturellement à un professeur de droit fiscal de soumettre ce texte à ses étudiants dès le premier cours, au risque de susciter un profond découragement!









mercredi 20 octobre 2010

Les étourneaux étourdis

Plusieurs milliers d'étourneaux ont envahi la place de l'Yser, tout près de chez moi, depuis quelques jours.

Ils représentent une réelle nuisance.

Mais ils offrent aussi de superbes spectacles lors de leurs vols en groupe au gré des vents. Ils me fascinent. Ils créent sous mes yeux ébahis des tableaux abstraits, des oeuvres d'art d'un artiste tellement discret qu'il préfère chuchoter son nom plutôt que le dire.





Pourtant, pris individuellement, l'étourneau sansonnet ne paie pas de mine. Il est même franchement antipathique.


lundi 18 octobre 2010

Bloc contre bloc

La lecture des quotidiens de ce matin m'a interpelé, sur des sujets fort divers, tous réunis cependant par un même dénominateur commun: ils expriment une situation de refus et/ou de blocage.

Premier exemple.

La Belgique, Etat artificiel, doit sa création, sa longévité, sa raison d'être, à des compromis. La nécessité à tout moment de concilier et faire cohabiter les différences, voire les contraires. Cela représente, de mon point de vue, un fort beau projet. Car il n'est pas seulement politique; il est symbolique. Les tensions, les périodes critiques ne peuvent pas être absentes d'un tel projet, c'est sûr. J'espère que la Belgique continuera à être ce symbole du vivre ensemble. Pourtant, un nouvel épisode d'un désaccord profond entre le Nord et le Sud nous est donné, ce jour ...

En écho de cette réflexion:
- les propos de la chancelière allemande, Angela Merkel constatant l'échec du multiculturalisme en Allemagne;
http://www.france24.com/fr/20101018-angela-merkel-multiculturalisme-mort-allemagne-revue-presse-populisme-politique
- les propos du grand mufti du Liban déclarant que la présence chrétienne au Liban est indispensable à l'Islam (et inversement);
http://www.zenit.org/article-25727?l=french
- l'opposition des orthodoxes à la création d'une nouvelle mosquée à Moscou.
http://www.lepoint.fr/monde/cette-mosquee-qui-embarrasse-moscou-29-09-2010-1242873_24.php
http://www.pointdebasculecanada.ca/breve/1256-russie--orthodoxes-au-roi-darabie-si-vous-voulez-une-mosquee-moscou-nous-voulons-une-eglise-riyad.php

Etrange paradoxe: on nous parle sans cesse de mondialisation, de libre circulation des personnes, des biens, des idées, de planète Internet, et on n'a jamais assisté autant qu'aujourd'hui à diverses formes de repli identitaire. S'agit-il simplement d'un équilibre à trouver ou d'un vice, d'un biais, dans le processus?

Le compromis - c'est-à-dire l'aptitude à exister avec le différent - deviendrait-il un modèle dépassé? Combien de temps la situation sera-t-elle bloquée?

Deuxième exemple.

En France, dont le gouvernement n'est pas, comme en Belgique, "en affaires courantes" - quoique - le débat fait rage à propos de la réforme des retraites.

Alors que la France est un pays où le taux d'affiliation à un syndicat est un des plus faibles, on constate un large mouvement populaire, et des jeunes, prêts à se mobiliser contre cette réforme.

On voit bien ici l'opposition entre le discours comptable des politiques et les aspirations de la population.

Les arguments donnés par le pouvoir ne convainquent plus:
- le "travailler plus pour gagner plus" n'aura été qu'un slogan de campagne pour le président Sarkozy. Qu'en est-il dans les faits?
- le "travailler plus longtemps" angoisse et les jeunes et les actifs. Les jeunes, étant déjà confrontés à la difficulté de trouver un emploi, seront mis demain en concurrence avec des plus âgés, plus expérimentés, mais parfois dépassés. Les plus âgés, parce qu'ils savent que, dans certaines fonctions, cela peut coûter moins cher pour l'employeur d'engager un jeune (surtout s'il bénéficie d'aides à l'embauche). Or, le volume de l'emploi n'est pas extensible à merci.  Et  puis ils aimeraient, peut-être et surtout, les vieux, un aménagement de leur fin de carrière. Ce n'est pas le travail qu'ils refusent, ils réclament une spécificité dans le travail en fonction de l'âge. Le pouvoir oppose ainsi, d'une certaine manière, les jeunes aux vieux et aux futurs vieux. Et il voudrait que tout cela soit accepté dans le calme?

Contrairement à d'autres, je trouve plutôt sain que les jeunes s'inquiètent et se mobilisent. Qu'ils utilisent des moyens propres à leur âge, je veux dire par là "un peu trop fougueux", ne m'attriste pas. Le gouvernement du président français n'a guère privilégié le dialogue avec les syndicats. Quant aux jeunes, qui seront les principaux concernés demain ... rien. Il y aura toujours malheureusement des casseurs pour permettre au pouvoir de dénoncer des débordements inacceptables. Ne me dites surtout pas qu'il sont payés par le pouvoir à cette fin! Enfin, j'espère que non.

Faute de concertation, la France va connaître, ces prochains jours, une période de blocages désastreux ...

C'est un fait, la France aime descendre dans la rue et les lycéens ne sont pas les derniers. En Belgique, tout le monde a l'air de se foutre de ce qu'il se passe. Indifférence, fatalisme ou sagesse?

Troisième exemple.

Les cabinets des avocats d'affaires ne désemplissent pas en France. En cause: la possible abrogation du bouclier fiscal, dont on n'est pas sûr qu'elle s'accompagnera d'une abrogation de l'impôt sur la fortune. Les riches de France n'ont plus confiance dans leur président. Plus que jamais, ils pensent à la délocalisation en Suisse ... ou en Belgique. Et dire que des wallons veulent à tout prix devenir français!

http://www.lefigaro.fr/impots/2010/10/17/05003-20101017ARTFIG00246-france-de-plus-en-plus-de-candidats-a-l-exil-fiscal.php

Je ne dirai rien ici du rôle que les cabinets d'avocats jouent en la matière, mais je n'en pense pas moins.

Cet opportunisme des riches ne serait rien si leurs choix étaient profitables à d'autres qu'eux.

A eux, on propose des "paradis fiscaux", que propose-t-on aux autres?

Ne vous étonnez pas si, un jour, tout cela aboutit à un blocage persistant, le pire qui soit ... deux blocs, deux mondes. Les révolutions sont nées sur cette base ...

samedi 16 octobre 2010

Sous les ponts

Le projet s'intitulait: Sous les ponts.


Lumière, musique et danse.
16 danseurs, 4 cracheurs de feu jouent les “habitants de l’ombre” dans la ville avec leurs joies, leurs peines et leurs colères. De la Passerelle à l’Aquarium du quai Van Beneden, le spectacle déroule une trame pleine de poésie qui vient questionner le vivre ensemble dans les villes d’aujourd’hui et de demain. Des mots de lumière sur les façades et les berges environnantes ponctuent une chorégraphie urbaine servie par une musique inspirée.


C'était au pied de chez moi. Spectacle dans la ville et avec la ville pour cadre.


Cela se préparait depuis quelques jours:
- l'éclairage en bleu des arbres;
- les tentes rouges disposées le long du fleuve, en écho des tentes des SDF parisiens le long du canal Saint Martin;
- la musique qui n'a pas fait l'unanimité chez les riverains ... On ne peut pourtant pas toujours programmer "Le lac des cygnes" ou "Gloire immortelle de nos aïeux" ...


J'ai assisté au spectacle, jeudi, avec Sam et son copain Nicolas. Avec bonheur. Mon bonheur était d'autant plus grand qu'il y avait du monde à 20h00, à 21h00 et à 22h00. L'OPL faisait concurrence pourtant. Quant à vendredi, les éléments naturels se sont déchaînés et les pauvres danseurs ont dû déclarer forfait après la première prestation. Il reste une chance ce samedi.


Une fois de plus, la démonstration a été faite que les gens, comme vous et moi, avons besoin, un urgent besoin, d'événements, de rêves, de communion, d'émotions partagées. Hier soir, cela était gratuit (comme étaient gratuites les prestations de l'OPL, place Saint Lambert, à l'occasion des Fêtes de Wallonie, et les prestations des chorales lors du rassemblement "Voix sur Meuse").


Je n'ai qu'un souhait: c'est que les initiatives de ce type se multiplient avec le soutien des pouvoirs publics. Il s'agit d'une action de salubrité publique.


Le drame est que les pouvoirs publics doivent aussi engager beaucoup d'argent pour encadrer les matches de foot ou la "City parade".


J'ai essayé de réaliser quelques clichés du spectacle "Sous les ponts". Ils ne me satisfont pas, mais je les livre quand même.










Un ami de mon fils Samuel, Nicolas, qui est vidéaste, a réalisé d'autres clichés qu'il m'autorise à reproduire.




vendredi 15 octobre 2010

Monseigneur Léonard, le sida et l'incompréhension

Monseigneur Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, doit porter une grande souffrance: celle d'être souvent incompris ou régulièrement mal compris. Ceci est quand même inquiétant de la part d'une intelligence brillante et d'un professeur d'université. Les autres ne comprennent pas ce qu'il dit et s'en offusquent, les journalistes et les hommes politiques toujours prompts à dégaîner en remettent une couche.

Voici le passage incriminé:


Précisément, que pensez-vous du sida ? Y voyez-vous une ‘punition de Dieu’ suite à la libération sexuelle ?
On a posé à Jean-Paul II un jour cette question-là : « Est-ce que le sida est une punition de Dieu ? » Il a répondu avec beaucoup de sagesse : « Il est très difficile de connaître les intentions de Dieu ». Pour ma part, je ne raisonnerais pas du tout en ces termes. Tout au plus je verrais cette épidémie une sorte de justice immanente, pas du tout une punition, un peu comme, sur le plan écologique, quand on malmène l’environnement, il finit par nous malmener à son tour. Et quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se venger, sans qu’il faille y faire intervenir une cause transcendante. Peut-être s’agit-il d’une justice immanente, mais quant aux causes immédiates, ce sont les médecins qui seront aptes à dire où cette maladie est née, comment elle s’est transmise au début, quelles ont été les voies de sa propagation… Si vous souhaitez une considération plus générale, je la verrais plutôt dans l’ordre d’une certaine justice immanente. Malmener la nature physique amène celle-ci à nous malmener, et malmener la nature profonde de l’amour humain finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux. »
(Monseigneur Léonard : Entretiens avec Louis Mathoux, p. 243)

Voici mon analyse, car tout le monde n'a peut-être pas bien lu:
- il se refuse à parler de punition, mais il ne l'exclut pas; il dit qu'on ne peut connaître les intentions de Dieu. On appelle cela un "jésuitisme";
- il parle de "justice immanente" et, pour faire comprendre son propos, se livre à une comparaison. Le comportement de l'homme, ses excès sur le plan environnemental, donnent lieu aujourd'hui à des désastres climatiques. La nature répond au comportement de l'homme. Il ne s'agit point ici de Dieu (il exclut la transcendance à ce propos). Il sous-entend qu'un processus d'auto-régulation existe dans la nature;
- il applique ensuite la comparaison au SIDA: quand on malmène l'amour humain, cela finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux. Monseigneur Léonard semble oublier que le virus du SIDA ne touche pas que les libertins: il touche des transfusés, des enfants contaminés par leur mère, des familles entières en Afrique. Le SIDA n'est pas toujours lié à un comportement qui malmène l'amour humain.

Monseigneur Léonard, ayant avec surprise "l'impression" d'avoir été mal compris, a jugé utile de faire une mise au point qui n'en est pas une:
http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2010-10-15/mgr-leonard-a-l-impression-d-avoir-ete-mal-compris-798418.php
Pour lui, il va, sans dire, que ses propos ne concernaient pas les transfusés et les enfants contaminés! Ils visaient ceux qui ont des relations sexuelles avec des partenaires multiples. Il fallait lire ceci entre les lignes!

Imaginons un instant que l'interview ait été un examen universitaire, le professeur et Monseigneur Léonard aurait sans doute été recalé pour une réponse aussi mal formulée, peu nuancée, détachée des réalités.

Vu les responsabilités qu'il a aujourd'hui, je pense qu'il est souhaitable qu'il se taise. Mais, il parlera, vu que sa fonction l'habilite à parler.

Je n'ai pas la réponse, mais j'aimerais qu'il me la donne: où se situe la "justice immanente" dans les scandales liés à la pédophilie dans l'Eglise?

jeudi 14 octobre 2010

Le sens des mots

M. me disait tout à l'heure ceci, évoquant le passé: "Avec toi, j'ai fait l'amour avec amour et pourtant nous n'étions pas amoureux l'un de l'autre". Nous n'étions pas amoureux l'un de l'autre, c'est vrai. Mais il y avait entre M. et moi une sorte de connivence, de compréhension, physique sûrement, mais aussi quant à la vie, à la société, au monde, aux autres. Cette certitude que l'amour nous rassemblait a fait que nous nous sommes vus à plusieurs reprises. Puis, chacun a repris sa route, pour vivre ce qu'il avait à vivre.

Un autre amant m'a dit, un jour: "Avec toi, ce n'est pas comme avec les autres que j'ai rencontrés. Tu t'intéresses à moi et tu as une présence".

L'expression "Avec toi, j'ai fait l'amour avec amour" m'a questionné.

On peut faire l'amour sans amour, en effet, quand on consomme le sexe; mais aussi, parfois, au sein de couples où les partenaires ont, un jour, été très amoureux l'un de l'autre, mais ne le sont plus guère.

Bref, il n'y a aucune raison de vouloir faire coïncider absolument l'état amoureux, l'amour et le sexe.

Pourquoi un couple ne pourrait-il pas être amoureux et s'aimer sans sexe et vivre comme cela? Pourquoi un amour profond pour un tiers au couple ne pourrait-il pas exister? Pourquoi cet amour ne pourrait-il pas s'exprimer avec le corps?  Même dans un couple marié, chacun reste seul maître de son corps et l'autre n'a aucun droit sur lui.

Je ne prône pas ici une forme de relativisme libertaire, ni une sexualité débridée, mais je m'interroge sur l'amour, la capacité à aimer, à incarner l'amour dans nos relations. L'amour, s'il est vrai et sincère, ne peut pas se heurter à des barrières, c'est contraire à son essence même. J'aime penser que notre corps peut aussi exprimer l'amour. Sinon pourquoi le Créateur n'a-t-il pas fait de nous de purs esprits?

Je suis pourtant arrivé à un âge où le corps comptera de moins en moins pour exprimer mon amour ou alors ce sera autrement. Je n'en serai pas moins désireux d'aimer.





mercredi 13 octobre 2010

Et Dieu vit que cela était bon

Mon rapport à la religion est très particulier. Je ne puis pas croire à n'importe quoi. Mais j'ai aussi la conviction profonde que dans les textes sacrés se trouvent beaucoup de réponses. Les moines expérimentent tous les jours la Parole vivante. Ils la ruminent (on appelle cela la lectio divina).

Cela est difficile à faire comprendre de manière abstraite. Aussi vais-je prendre un exemple, le mien. Peut-être sera-t-il profitable à d'autres.

Je crois d'abord fermement que les textes sacrés ont pour but de nous libérer de nos entraves, de nous donner un surcroît de vie, même s'ils ont été, et sont encore malheureusement parfois, exploités à des fins contraires.

Ce message de libération, je le trouve particulièrement dans l'essence du message chrétien.

Existe-t-il un autre message religieux qui propose de passer de la mort à la vie, pas dans l'absolu, mais dans le concret, dans l'incarnation?

J'ai connu, dans ma vie, plusieurs mutations, des périodes de mue généralement très douloureuses.

Une d'entre elles a été plus importante que toutes les autres: l'acceptation sereine de mon homosexualité, dans un contexte qui disait et m'imposait le contraire.

Comment franchit-on une telle étape?

Parfois, à cause de quelques mots.

"Et Dieu vit que cela était bon". Ce sont ces mots qui m'ont conduit à considérer que je n'avais pas le droit de penser le contraire. Dieu me voulait comme cela, dans sa création, et il trouvait que cela était bon.

Je ne sais pas plus que d'autres si Dieu existe, mais cette parole, ce jour-là, m'a donné des ailes Je me suis senti libre. J'étais "remis debout". J'ai pleuré. J'ai pensé après au paralytique qui a pu remarcher, à l'aveugle à qui la vue était rendue, à Lazare sorti du tombeau de la mort. Tout cela devenait chose vivante, et non pas témoignage historique ou hagiographie.

Cela a été mon chemin. D'autres se posent moins de questions, ont besoin de moins de repères. Et il peut arriver, au cours d'une vie, que plusieurs "remises debout" soient nécessaires.

Mais je témoigne ici - avec force - que la religion peut ne pas être aliénante, mais libératrice.

On pourra me répondre que tout cela représente des détours bien inutiles: si je n'avais pas été élevé dans la religion, je ne me serais pas posé toutes ces questions, ni proposé toutes ces réponses. Aurais-je été plus heureux?

A tous les psys, je voudrais dire aussi combien il est essentiel de connaître cette part de l'humanité. Pas seulement, pour arriver à comprendre leurs patients marqués par la religion, mais parce que beaucoup (tout?) est dit, dans les textes. Ceux-ci représentent un extraordinaire outil pour une thérapie.

mardi 12 octobre 2010

La tête et les jambes

J'en ai la conviction: une séance chez un kiné est beaucoup moins efficace qu'une séance chez un psy ou un accompagnant spirituel. Dans le premier cas, on ne touche pas les causes; dans le second, oui.

En d'autres termes, le corps n'est jamais que le miroir de l'âme (sauf maladies graves).  A quoi sert-il de soigner le corps, si l'âme n'est pas en paix? On parle généralement alors de maladies ou de douleurs psychosomatiques. Beaucoup de choses s'expliquent par là, et peuvent se guérir, voire se guérissent d'elles-mêmes, une fois l'âme en paix.

Je suis donc un fervent partisan d'une médecine de l'âme.

Je retrouverai une aisance dans mon corps, si je me sens bien avec moi-même, pas en faisant des exercices de gymnastique, emplâtres sur une jambe de bois.

J'ai deux grandes chances:
- ma psy est géniale. Elle comprend avec beaucoup d'empathie ce que je lui dis et le fait de lui dire me fait beaucoup de bien. Et dire qu'elle voulait être pédiâtre!
- je connais une communauté monastique, qui a accompagné une grande part de ma vie, et que je vais retrouver bientôt pour un temps de désert, de retraite. Retraite, un même mot, pour désigner la fin de la vie active et le retour à l'essentiel.

Je suis persuadé de n'avoir pas assez fait retraite ces dix dernières années, d'avoir négligé la source.

Se relier "A la source de la force intérieure", c'est le titre d'un beau livre de Anselm Grün (Salvator, Paris, 2009).


 
Anselm Grün est un moine bénédictin né en 1945. Il appartient à la communauté bénédictine de Münsterchwarzach en Bavière.  Il est docteur en théologie, mais a aussi fait des études de philosophie et d'économie. Il est cellérier de son monastère (gestionnaire en quelque sorte). Une petite entreprise: ils sont 110 moines! Il a beaucoup étudié la tradition des moines de l'antiquité et a confronté celle-ci aux apports de la psychologie moderne. Ses ouvrages sont nombreux et sa renommée internationale.




      

lundi 11 octobre 2010

Les grincheux

J'ai la chance d'habiter un quartier multiculturel, où il se passe toujours quelque chose.


Après le festival "Voix sur Meuse", ce dernier dimanche, la quartier se prépare à un autre événement.


Les 14, 15 et 16 octobre prochains, les alentours de l’Aquarium et de la passerelle accueilleront un spectacle mêlant sons, lumières et danses. Ce sera au pied de chez moi. Chaque jour, à partir de 19h00, le dessous de la passerelle, les quais, la façade néoclassique de l’aquarium et son agora seront animés et éclairés jusqu’à minuit. A 20h, 21h et 22h, des danseurs s’inviteront sur les quais pour 3 représentations sous la direction de la chorégraphe Dominique Duszynski et de la scénographe Isabelle Corten.


Ceci pose une question fondamentale: qu'attendent les habitants d'une ville du fait de vivre en ville? Toutes ces initiatives, gratuites pour la plupart, donnent l'envie de vivre en ville. Elles favorisent la cohabitation, la convivialité. Elles réunissent beaucoup de monde et, je puis en témoigner, les étudiants étrangers qui viennent à Liège n'en reviennent pas.


Mais il y aura toujours des grincheux. J'en ai croisé quelques-uns, ces derniers jours.


Des riverains qui tiennent à leur place de parking, à leur tranquillité et que la présence des autres dérangent.


Où va-t-on? Ils accusent la ville de Liège. Ils se montrent parfois agressifs avec tous ces autres. Ils ne participent pas à ces événements. Ils sont grincheux.


Ils ne sont que quelques-uns. Comment les convaincre?









dimanche 10 octobre 2010

Le noir et le blanc

Je ne parviens pas à m'expliquer comment d'un jour à l'autre, je puis passer de la noirceur la plus totale (perte de toute envie, absence de but, image négative de moi-même, me rendant inapte à rencontrer d'autres que moi, même les amis auxquels il m'arrive dès lors de manquer de respect, ne plus manger, fuir, chercher une porte de sortie qui ne se présente pas) et me sentir beaucoup mieux deux jours après, ragaillardi (comment? par qui? par quoi?).

La réponse est en moi, elle n'est pas chez les autres.

Les amis, proches ou lointains, qui doivent subir ces variations d'humeur, je les plains; je ne me sens pas digne de leur amitié.

Vendredi, je devais assister à un concert prometteur à l'OPL. J'en avais envie, très envie. J'avais invité un ami à m'y rejoindre. Puis, l'après-midi, tout s'est effondré. Je devais aller chez ma kiné, j'ai décommandé inventant un prétexte. Au concert, je ne suis pas allé et je n'ai même pas prévenu mon ami. Le noir me submergeait.

Ce dimanche a été plus lumineux. J'ai assisté au festival Voix sur Meuse, quasiment du début jusqu'à la fin. Le ciel était bleu, le soleil généreux. Une fois de plus, je l'ai vécu en solitaire (deux autres solitaires que moi y étaient aussi, je les croise souvent).

J'ai retrouvé l'ensemble vocal Amarillys, totalement rajeuni. Les plus anciens m'ont invité à revenir. C'est mon désir. Mais comme j'ai été éduqué à tuer mes désirs pour faire mon devoir, y arriverai-je? Pourquoi ce qui est simple pour les autres, est-il si compliqué pour moi?

M. qui dirige l'ensemble Amarillys  ne changera jamais! Alors qu'il s'agissait d'une prestation en plein air, elle propose des oeuvres pas toujours très adaptées. Elle aime aussi que l'entrée et la sortie du choeur sortent de l'ordinaire. Dans son esprit, c'est clair, mais pas nécessairement dans celui du public. Ainsi, le choeur a chanté derrière le podium, à côté du podium, devant le podium ... avant d'entrer en scène. Le public est décontenancé. Le concert a-t-il commencé? Sont-ils en train de répéter? De se mettre en voix? C'est dommage, parce que de tous les ensembles que j'ai entendus - dix chanteurs - c'est celui où les voix sont les plus belles et les plus épanouies.

J'ai découvert aussi des ensembles très talentueux (et d'autres moins).  Un ensemble venant des Pays-Bas, Odeon, m'a particulièrement impressionné. Je les ai vus notamment chanter, et jouer le chant d'un point de vue scénographique, avec des voix exceptionnelles particulièrement chez les hommes (une vraie basse, sonore même en plein air, et un ténorino agile).

Le succès de foule a été offert au groupe liégeois Pour quelle fête et aux Disciples de Grêtry.


Le groupe Pour quelle fête témoigne d'une belle cohésion et d'un répertoire accrocheur. Sans son accompagnement (de bon niveau) - je veux dire quand ils chantent a cappella - c'est pourtant la catastrophe totale! Les chanteurs sont de toute évidence heureux de chanter. Cet ensemble ne serait rien sans son chef. Je trouve néanmoins qu'il en fait un peu trop, dans la mesure où il se met beaucoup en scène lui-même. Un petit côté "Patrick Sébastien" peut-être, en plus subtil.

C'est la première fois de ma vie que j'entends chanter les Disciples de Grêtry. Une chorale liégeoise qui a été créée en 1878! Le dernier choeur d'hommes à Liège.

Qu'est-ce qu'un choeur d'hommes? Je pense aux Compagnons de la chanson ou, en beaucoup mieux, aux King's singers. Ici, l'ambition est clairement affichée: échapper à sa conjointe, le vendredi soir, pour se retrouver entre mecs pendant le temps de la répétition et de l'after. Toujours ce besoin des mâles de se retrouver entre eux. Je ne me sentirais cependant guère à ma place dans ce choeur pour cette raison même. Cela dit, alors que je m'attendais à des voix chevrotantes, compte tenu de la moyenne d'âge, j'ai été impressionné: une bonne trentaine de voix d'hommes, ça en impose. Dans le genre, ce n'était pas mal du tout. Les seconds ténors donnent généreusement de la voix quand les premiers ténors peinent parfois ... notamment dans le Choeur des soldats de Gounod (Faust). Mais la prestation était très sympathique et a même séduit des jeunes.

J'ai décidé de rechanter ... à la merci d'autre jours noirs.

vendredi 8 octobre 2010

Le droit, la justice et le citoyen

Deux décisions de justice récentes ont frappé les esprits:

- en Belgique, lors du procès dit "Habran bis", après cassation, un accusé a eu la surprise - c'est lui qui a confessé son état de surprise - de passer du statut de condamné à perpétuité au statut d'acquitté! S'agissant d'un procès en assises, le jury populaire n'était plus le même et il peut remercier son avocat d'avoir trouvé la faille ayant justifié un pourvoi en cassation. Belle victoire pour son avocat!

- en France, lors du procès "Kerviel", un trader a fait perdre 5 milliards d'euros à la Société générale pour avoir poussé un peu trop loin le jeu spéculatif. Il a été condamné à 3 ans de prison ferme et à indemniser son employeur, la Société générale, pour la totalité du préjudice subi.

Dans l'un et l'autre cas, il faut faire comprendre au citoyen que tout cela est bien légal: le droit, dans les deux affaires, a été en tout point respecté, appliqué. Or, ce que souhaite le citoyen lambda, ce n'est pas tant que la décision soit juridiquement irréprochable, c'est qu'elle soit juste. Dans les deux cas évoqués, je comprends qu'il éprouve certains doutes. Et peut-être une forme de méfiance vis-à-vis des gens de lois.

Approfondissons le sujet.

Dans le premier cas, le citoyen, dont je vais ici me faire le porte-parole, ne parvient pas à comprendre que les mêmes faits puissent, à deux moments rapprochés dans le temps, donner deux résultats aussi diamétralement opposés. Je vais devoir expliquer au citoyen des choses difficilement compréhensibles pour lui.

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un fait? Un fait est un fait, me direz-vous. C'est faux. En droit, il doit d'abord passer par le filtre de la preuve. Le fait doit être prouvé. Le fait peut exister mais ne pas être suffisamment prouvé. De plus, il est possible qu'il soit prouvé, mais que la preuve n'ait pas été régulièrement apportée. Ainsi, en droit, un fait peut exister, mais peut ne pas être un fait pour les juristes qui vont le considérer. La décision rendue en droit se fonde par conséquent le plus souvent sur une fausse réalité. Et ne parlons pas des erreurs de procédure qui peuvent aboutir à ce que la réalité soit purement et simplement ignorée. Il en va ainsi aussi avec la prescription.

Ces mesures ont leur raison d'être, mais allez faire comprendre cela au citoyen!

Il faut ensuite expliquer au citoyen que le droit n'est pas une science exacte. Le juge applique la loi et doit même s'en tenir à appliquer la loi. Il n'en reste pas moins qu'il est le détenteur d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cas du jury populaire, cela est encore un peu plus le cas. Une fois qu'il s'agit de juger "en âme et conscience" deux jurys, composés différemment, peuvent juger différemment.

Le citoyen dira, avec raison: où est la vérité?

La vérité est un concept étranger au droit. Seules les religions (et les dictatures) prétendent détenir la vérité.

Venons-en au procès Kerviel.

Le citoyen, dans ce cas précis, attendait, au fond de lui-même, la condamnation d'un système, d'une finance irresponsable, des excès qui ont mené à une crise financière mondiale. Il oublie qu'en droit on ne juge jamais un système, aussi pourri soit-il.

Je ne suis pas à même de me prononcer sur la culpabilité, l'honnêteté, de Jérôme Kerviel, mais je retiens deux choses de la décision qui a été rendue:
- le jugement fait peser toute la responsabilité du préjudice subi par la Société générale sur le seul Jérôme Kerviel. En d'autres termes, la banque n'a jamais rien voulu, ni vu, ni su ... ce qui paraît un peu gros;
- que cherchait le juge en condamnant le sieur Kerviel à dédommager la banque de la totalité du préjudice subi? Décision à ce point irréaliste et inapplicable qu'elle ne peut être que symbolique. Etait-ce pour permettre à un représentant de la Société générale d'annoncer peu après que, par humanité, la banque renonce à l'indemnisation qu'elle s'est acharnée à obtenir devant le juge?

Tout ceci est bien légal, cher citoyen, et plusieurs hommes de lois ont contribué à appliquer le droit. Pourquoi restez-vous insatisfait? Parce que quelque part tout cela ne vous semble pas juste. Et vous pensez que ce qui se décide dans les palais de justice doit être juste.  Ne vous étonnez pas si la vérité judiciaire n'est pas toujours à l'aune de vos attentes.

Droit et justice? Ne conviendrait-il pas, à vrai dire,  de débaptiser nos "Palais de justice", pour les appeler "Maisons du droit"? Cela ne serait-il pas plus juste?