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jeudi 30 septembre 2010

Un blog: pourquoi? pour qui?

Le jour où j'ai décidé d'écrire, quotidiennement, une chronique des jours qui passent, j'aurais pu décider que cela soit, et reste, un journal intime, conservé pour moi dans un coffret et dont mes héritiers auraient  fait la découverte lors de mon décès.

Comme je n'y dévoile pas non plus le plus intime de mon intimité, je me suis dit que mes réflexions, mes émotions, mes coups de coeur, mes rencontres, mes découvertes, mes découragements pourraient peut-être toucher, émouvoir, réjouir ou interpeler d'autres que moi, qui pouvaient s'y reconnaître. La formule du "blog" existait, je l'ai utilisée. Elle permettait en plus d'illustrer mon propos de photos, de liens musicaux.

Mon blog n'a jamais eu pour objet de faire la promotion d'un projet, d'une action, d'un programme, de mes réalisations professionnelles ou personnelles. Cela n'a jamais été pour moi une vitrine, mais un lieu de partage, le plus ouvert possible, tous les sujets y étant abordés, le plus simplement du monde et, je l'espère, avec un peu d'humour.

Dès le début, c'était une option, j'ai ouvert mon blog à tous et autorisé tous les commentaires extérieurs.

Certains se sont reconnus dans certains portraits, plus ou moins réalistes. Parfois, ils en ont été heureux, voire même très heureux; parfois, pas du tout. Certains ont ri de mes portraits en cachette, puis m'ont reproché de viser certaines personnes en particulier. Dans tous les cas, au vu des réactions, je devais viser juste.

D'autres ont aimé certains souvenirs que j'évoquais. Les mêmes parfois manifestaient leur désaccord sur certains sujets sensibles. Je trouve cela bien.

J'ai livré mon opinion sur certains thèmes de société: la fiscalité, l'université, les abus sexuels dans l'Eglise, par exemple. Le débat restant toujours ouvert.

Depuis quelques mois, quelques-uns ont adopté, à mon égard, un ton agressif, méprisant, insultant et parfois même injurieux. Venant d'inconnus, je serais sans doute resté insensible. Mais, il ne s'agissait pas d'inconnus. Il s'agissait de personnes que j'appréciais et sur lesquelles je me méprenais sans doute. Je m'interroge encore sur les raisons de leur attitude à mon égard.

Je me suis dit que j'avais eu tort d'ouvrir ma chronique des jours qui passent à tous.

Comment faire? Occulter mon journal jusqu'à mon décès ou le réserver à quelques-uns?

J'en conviens, un journal personnel ne devrait peut-être pas devenir un blog. Où se situe la limite?

Dès lors qu'il s'agit de partager des choses que l'on a en soi, n'est-il pas sain et raisonnable de les réserver à quelques-uns seulement, ceux qui le souhaitent ou ceux qui le méritent?

Je me pose la question.

mercredi 29 septembre 2010

Quelqu'un de bien, juste quelqu'un de bien

Comment expliquer que l'on puisse parler pendant trois heures avec quelqu'un? De tout et de rien. De beaucoup et de choses essentielles aussi et surtout.

Il se trouve parfois que, malgré la différence d'âge, une génération même, des êtres se sentent d'une même famille, quand avec d'autres cela vire à la catastrophe. J'ai mon explication: quand un tel moment de grâce se produit, il s'explique par le fait que ni l'un, ni l'autre, ne cherche à séduire. Il trouve chez chacun son fondement dans le désir de partager le meilleur de ce qu'il a en lui. Ce meilleur est parfois caché ou ignoré. Il arrive qu'on le découvre alors.

Ces deux derniers jours, j'ai vécu deux expériences de ce type: une avec quelqu'un qui est une génération au dessus de moi, une avec quelqu'un qui est une génération en dessous de moi. En d'autres termes, il aurait pu être mon père et moi j'aurais pu être son père. Vous suivez?

Première rencontre.

Il s'appelle monsieur R. Il est une figure bien connue du quartier. Monsieur R. est toujours polissé, attentif, courtois. Il a exploité, à la suite de ses parents, une glacière. Il fournissait de gros blocs de glace pour les mariages, les baptêmes, les fêtes, les "fancy-fair" ... voire les enterrements. Je me demande même s'il n'a pas aussi fourni la glace requise lors du tournage du film Hibernatus avec Louis de Funès.

Avec monsieur R, nous avons un point commun: le théâtre. Au fond de nous, cela nous titille. Nous avons fait du théâtre, il en fait encore, moi plus. Notre mémoire nous pose problème. Certains jours, je me dis: "Mais comment font Michel Bouquet et Michel Galabru? Est-ce parce qu'ils s'appellent Michel ?".

Nous soutenons des projets portés par des plus jeunes que nous et nous sommes alors les plus heureux du monde, surtout quand ces plus jeunes nous réservent une petite place parmi eux.

Monsieur R. a choisi de ne pas se marier et de ne pas avoir d'enfant, m'a-t-il dit. Mais il est en première ligne aujourd'hui pour des enfants qui ne sont pas les siens, mais ceux de son entourage familial. Il y a tant de manières d'être père. Et que pèsent nos choix?

Deuxième rencontre.

J'ai été son professeur il y a trois ans. J'aurais pu être son professeur cette année encore, si les circonstances de la vie ne m'avaient éloigné de ma chaire.

Elle a un point commun avec monsieur R. et moi: le théâtre. Mais aussi la musique.

Sa personnalité me plaît. Elle déborde d'enthousiasme. Elle peut mener un projet à bien, par son énergie, sa force de conviction, son charisme personnel.

Elle a fait la démonstration de sa capacité à être une excellente juriste. Mais, par dessus tout,  j'aime chez elle, sa capacité à prendre de la distance face aux défis, son ouverture d'esprit, sa sensibilité, sa chaleur humaine.

Elle n'est pas exactement comme les autres. Du  coup, je l'aime beaucoup.

A elle et à monsieur R. s'applique merveilleusement le titre de la chanson d'Enzo Enzo, "quelqu'un de bien, juste quelqu'un de bien".

Le choeur des vierges

Ma mère m'a plus d'une fois raconté les processions paroissiales de sa jeunesse.

Les reposoirs fleuris. Les autels familiaux à la fenêtre des maisons: une statue de "Notre- Dame" (on avait le choix entre celle de Lourdes, de Fatima ou de Banneux ... sans oublier Notre-Dame dite des sept douleurs! - une douleur par jour de la semaine) ou une statue du "Sacré-Coeur de Jésus", voire en plus douteux, "Le petit Jésus de Prague".  Les pétales de rose jetés sur la chaussée. La fanfare. Les enfants déguisés en anges ou en saints. On se disputait même pour savoir qui serait Saint Jean-Baptiste ou Sainte  Maria Goretti! J'aurais  bien aimé être Sainte Maria Goretti ... ou alors le curé.

Un "Sacré coeur de Jésus", cela ressemble toujours plus ou moins à cela.




Un "Petit Jésus de Prague" est toujours représenté plus ou moins comme ceci. Mon Dieu (si j'ose dire), quelle horreur!



Sur l'origine de cette aberration: http://fr.wikipedia.org/wiki/Enfant_Jésus_de_Prague

Quant à la madonne, qui a été représentée avec tant de talent par les peintres et sculpteurs de la Renaissance, comment accepter ses derniers avatars?




Notre-Dame de Fatima




Notre-Dame de Lourdes





Notre-Dame de Banneux



Il  faut en convenir, depuis que Notre-Dame fait des apparitions, elle ne suit guère la mode. Certains y trouveront une preuve que tout cela est bien vrai.

Ces icônes m'ont rendu "iconoclaste", quand les vrais icônes - celles de l'Eglise d'Orient - ont toujours touché mon âme




J'allais oublier le "Choeur des vierges"! Elles ne se contentaient pas de chanter des "Ave", elles sonnaient aussi les cloches d'un carillon portatif ... "Ave ... ding dong ...  Maria ... dong ding". Etaient-elles vraiment vierges? A voir leur tête, oui. Il s'agissait souvent,  il est vrai, de vieilles vierges. Des demoiselles. Toutes avaient depuis un certain temps, plus ou moins long, voire très (trop?) long, "coiffé Sainte Catherine".

Cette époque était quand même fort étrange, une certaine Thérèse est devenue sainte sous le nom de "Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus". Elle aimait Jésus, en bonne nonne qu'elle était, mais seulement sous sa forme enfantine. Bizarre! Un désir de maternité refoulé peut-être?

Arrivait alors monsieur le curé, paré d'atours, sous un dais, porté par de solides gaillards, avec le Saint Sacrement.

Cela est touchant, malgré tout, je trouve, mais fort trouble.






mardi 28 septembre 2010

Les modèles français

Quand j'étais lycéen, livré aux mains des bons pères jésuites (si j'ose dire), mon plus grand bonheur, chaque année, était la découverte de l'ouvrage qui s'appelait "Les Modèles français", il y avait un volume pour chaque année, soit six en tout. Il s'agissait d'une sélection de textes issus de la littérature française. La présentation était un peu aride, comparée aux "Lagarde et Michard", mais cela me passionnait. La sélection effectuée par les bons pères était peut-être sélective ou orientée, mais cela présentait un avantage: le désir exacerbé de lire les livres ou les textes interdits, ceux qui n'avaient pas été sélectionnés. Au moins, nous avions un repère.  Et, comme à l'adolescence, on aime plutôt se confronter à l'interdit, les bons pères se révélaient finalement meilleurs pédagogues qu'on ne croit. Aujourd'hui qu'il n'y a plus beaucoup d'interdits, que tout est offert à tout le monde, la curiosité a faibli.

Je vais faire du "coq à l'âne". Toujours intéressé par la politique en France, je me suis posé quelques questions sur le modèle français actuel: j'entends par là la cinquième République sous Sarko.

Notons en passant qu'on n'a jamais manifesté autant d'irrévérence vis-à-vis d'un Président de la République française. Appelait-on Georges Pompidou: "Pidou"? Appelait-on Valéry Giscard d'Estaing: "Gigi"? Appelait-on François Mitterrand: "Mimi"? Ou Jacques Chirac: "Monchichi"? Sauf sur Canal +, aux Guignols de l'info  ou lors de l'ancien Bêbêteshow de TF1 éventuellement. Aujourd'hui, la France a un président que tout le monde appelle Sarko (même à l'ONU, à la Commission européenne et au Parlement européen, et dans la presse internationale). Il est né Sarkozy, mais il finira Sarko.

Ce président est-il un modèle français?

Cette innocente question fait déjà pouffer plus d'un. Le verbe "pouffer" désigne un rire très particulier, que l'on contient avec peine, et qui, lèvres serrées, colore votre visage en rouge confus et met à l'épreuve le siège sur lequel vous êtes assis, car celui qui "pouffe", "tressaute" généralement aussi. S'il faut choisir un exemple de "pouffeur", le meilleur est Philippe Bouvard. Les jeunes générations le connaissent-elles seulement? Pouffe-t-on quand on est jeune?

Cela dit, et pour clôturer ce texte sans queue-ni-tête, je voudrais dire que mon attention a été attirée sur la motion publiée dans le journal Le Monde ( 28 septembre 2010) par des élus de la gauche française demandant la démission du président de l'Assemblée nationale.

Ce président d'assemblée - cela semble incontestable - n'a pas fait preuve de la neutralité, ni de l'indépendance, que la Nation et ses élus étaient en droit d'attendre de lui, à propos d'un débat aussi essentiel que celui portant sur la réforme des retraites. Il s'est comporté, dit-on, comme un "laquais" de sa Majesté, pardon, du Président (l'autre .... celui de l'Elysée, celui que tout le monde appelle Sarko). J'ai appris, à l'occasion, que certains collègues universitaires français étudient, et enseignent, le "Droit parlementaire". Enseigne-t-on le "Droit parlementaire" en Belgique? Il y aurait sans doute beaucoup de choses à dire.

Enfin, je dois le confesser, j'ai bu du "petit lait" à la lecture de ce qui suit: "le Président de la République a dû annoncer que la fin de la législature serait consacrée à délégiférer, c'est-à-dire à corriger les incohérences des textes votés, en supprimant les mesures inapplicables ou contradictoires". J'ai tellement lutté en ce sens dans mon petit domaine belge et fiscal. Evidemment, peut-il en être autrement quand "la majorité parlementaire est invitée à faire vite, harcelée par un exécutif qui considère les débats du Parlement comme une perte de temps"? Ces mots me sont pris de la bouche.

C'est la force et la faiblesse du modèle: modèle à suivre ou modèle à dépasser.

J'éprouve une certaine nostalgie des Modèles français de ma jeunesse. Ceux d'aujourd'hui me déçoivent.

lundi 27 septembre 2010

Petit coups de coeur musicaux

Quelques petites choses, très simples, sans grande prétention, qui bercent mes oreilles depuis quelque jours.

L'album "Music for a while" du groupe Revolver, tout d'abord. Ces très jeunes gens ont des voix douces, leurs harmonies sont simples et cela est agréable à écouter. Rien à voir avec Henry Purcell, bien entendu et l'interprétation historique qu'Alfred Deller a enregistrée de "Music for a while".

http://www.youtube.com/watch?v=jecG4hH2Wtk









J'ai découvert Katie Melua, grâce à mon ami JPR. J'ignorais qu'il était sensible aussi à ce genre de musique, je m'en réjouis et mesure, chaque jour, combien je connais peu de choses par rapport à lui. Le dernier album de Katie Melua "The house" mérite plus qu'une écoute distraite, on peut s'y arrêter.




http://www.youtube.com/watch?v=2Rmil_raUtU


C'était en fin de soirée devant la télé, avec Samuel. Tout à coup, je sors de ce que j'appellerais mon état méditatif, mais que certaines mauvaises langues qualifieront de somnolence. Il était près de 23 heures! Une voix, des choeurs, du swing! Il ne faut pas grand chose pour me réveiller! J'ai dit à Samuel: "note vite les coordonnées de cette chanson. J'aime ça". C'était Madjo et une chanson "Le nid des cent soucis".

http://www.youtube.com/watch?v=LGWYlS0Mz70

Les quatre garçons

Ils s'appellent: Daniel, David, Georges et Grégory.

Ils ne sont pas les membres d'un nouveau boys band. Ils sont les piliers du café Randaxhe: non seulement, ils assurent le service, mais aussi les relations avec le public.

Le patron n'est guère porté sur le service (il est un vrai patron: quelqu'un qui fait travailler les autres). Je ne l'ai jamais vu porter un plateau, ni servir un verre. Il est encore moins porté sur les relations publiques. Cela fait plus de dix ans que je fréquente quotidiennement son café: il n'est toujours pas fichu de me saluer. Il doit être un peu timide.

C'est là qu'interviennent les quatre garçons. Au fil du temps, ils sont devenus un peu des amis, un peu des confidents, un peu des membres de la famille. Ils m'appellent tantôt Xavier, tantôt "monsieur Xavier". Mes fils les embrassent. C'est un signe.

Ils sont soumis à un rythme de travail qui force l'admiration, surtout en été. Il leur arrive de travailler de 8 heures du matin à deux heures dans la nuit!

Je ne sais pas grand chose de leur vie personnelle, mais un peu quand même. Ils en savent un peu plus de la mienne. A vrai dire, je n'ai jamais rencontré cela dans mon milieu de travail. Peut-être cela m'a-t-il manqué?

Ces quatre garçons jouent un rôle salutaire qu'ils n'imaginent sans doute pas.

samedi 25 septembre 2010

Tempo color

Tempo color est une initiative liégeoise qui peu à peu s'impose dans la ville, depuis quelques années. Son propos: un autre monde, le développement durable, le commerce équitable, des utopies, des projets concrets de coopération au développement. Oserais-je dire: "plus de justice?" Bref,  tout ce qui me tient à coeur.

Ce week-end, Tempo color a investi la place des Carmes, avec des stands, des ateliers pour les adultes et les enfants, et des concerts gratuits; mais aussi, le rond-point de la place de l'Yser avec une éolienne et l'espace Tivoli.

Ce matin, j'avais rejoint mes parents au Bouquin, comme tous les samedis. Un groupe de jeunes gens offrait de la musique Klezmer. Ils devaient avoir entre 25 et 35 ans: violons, accordéons, guitares, clarinette, flûte, percussions et deux contrebasses. Ils n'étaient pas "bien mis" selon les critères de ma mère, mais quel enthousiasme communicatif! Et pour une bonne cause.

Un peu plus tard, dans mon quartier, je croise cinq grognards, ou plus exactement quatre colonels et un "majoret". Géniale parodie des cortèges folkloriques du 15 août et des fêtes de Wallonie. Je m'attarde un peu. Ils font leur parade et interpellent l'un après l'autre les spectateurs assistants.

Il s'agissait de dire à chacun ce qu'il pouvait faire pour rendre les autres plus heureux. Beau projet! Toi, ce sont tes dents; toi, c'est ton appétit; toi, c'est ton sourire; ... moi? Ne voilà-t-il pas qu'ils disent que "eux, ils n'ont pas de bide"! J'ai cru m'effondrer! Je m'attendais à ce qu'il dise que mon bide peut malgré tout donner du bonheur. Jusqu'au moment où le colonel-chef des faux grognards me vise et me dit: "toi, tu as de la lumière dans les yeux" (sic).

Je ne sais pas si c'est vrai.

Je suis retourné chez moi sous la pluie, avec 100 questions: pourquoi? en quoi? comment? Je venais d'être, la veille, qualifié de "séducteur" (dans le sens de "vil séducteur") par quelqu'un.

vendredi 24 septembre 2010

Le livre ouvert

Vieux réflexe de ma précédente existence "pseudo-monastique", certains jours où j'ai un peu le "vague-à-l'âme" ou quand je me tourmente à propos d'une action ou d'une non-action qui m'est imputable, j'ouvre la Bible au hasard et, puis je lis. Il ne s'agit pas alors de m'interroger sur l'historicité des personnages, la fidélité des témoignages, le caractère révélé ou non du texte.

Je cherche des mots qui vont me rejoindre ou me bousculer, au hasard. Et le plus extraordinaire, c'est que cela marche à chaque fois.

Tout récemment, me livrant à cet exercice, et alors que plusieurs tourments m'habitaient, je suis tombé sur le passage suivant du livre d'Esaïe (59, 3-4): " vos doigts sont tachés par la perversité... vos lèvres profèrent la tromperie, votre langue roucoule la perfidie ... Nul ne porte plainte selon la justice, nul ne plaide de bonne foi; on assoit son assurance sur du vide, on parle creux ...". Impossible d'imaginer paroles plus directes, à propos d'événements que je venais de vivre avec mes doigts (sur mon clavier relié à internet) ou dans des mots, les miens ou ceux d'un ou plusieurs autres.

Puis, ceci, dans la foulée: "Certains disaient: "c'est un homme de bien"; d'autres au contraire: "il séduit la foule" (Jn, 7, 12). Ou encore: "Cessez de juger selon l'apparence, ... jugez selon ce qui est juste" (Jn, 7, 24).

Je n'ai pas envie d'expliquer ici les événements précis, qui ont trouvé un écho dans ces mots bibliques. Je veux simplement témoigner de la puissance de ceux-ci, de l'interpellation qu'ils nous opposent. Des choses évidentes, peut-être, mais que nous avons si souvent tendance à oublier.

Le leurre et l'argent du leurre

La formule a fait date: "On ne peut pas à la fois vouloir le beurre et l'argent du beurre". Elle a été exploitée, et déformée, de multiples manières, que je vous laisse imaginer. Certains ont été jusqu'à la compléter en évoquant la crémière, son sourire ou ... , pour faire rire.

Une nouvelle variation de la formule sévit aujourd'hui, sans faire rire grand monde ou alors seulement quelques-uns.

"Le leurre et l'argent du leurre". Une politique en soi.

Il n'est pas le seul, mais il est le plus proche géographiquement. Il va sans doute encore piquer une nouvelle colère. Il n'aime pas qu'on s'en prenne à lui. Il se sent incompris, alors qu'il ne peut qu'avoir raison. Est-il besoin de l'identifier davantage? Il préside un  grand pays, la France.

Comme à peu près tout le monde s'en prend à lui, pourquoi m'en priverais-je?

Qui plus est, je ne suis pas français,
mais je dois avoir des racines françaises,
voire judéo-arabo-andalouses;
et j'ai même des cousins en Bretagne.

Soyons de bon compte: c'est tellement jubilatoire de trouver un peut-être "bon mot" (n'est-ce pas Laurent Ruquier?) que je me suis laissé aller.

J'implore le pardon de mes ancêtres judéo-arabo-andalous, de mes ancêtres français (et flamands), de mes cousins bretons et de tous mes lecteurs.

jeudi 23 septembre 2010

La nouvelle orthographe

Mon quotidien du matin La libre Belgique a publié, dans une de ses dernières éditions (21 septembre 2010), un poster sur les règles de la nouvelle orthographe. Celui-ci s'inspire d'un ouvrage intitulé: Les rectifications de l'orthographe du français, de Chantal Constant et Romain Muller, éd. de Boeck.

Je n'ai pas lu l'ouvrage, mais j'ai découvert le poster. Et je me demande encore s'il ne s'agit pas d'un gag.


Une fois de plus, je ne suis pas compétent pour traiter d'un tel sujet. Je ne suis vraiment compétent en rien, mais je m'intéresse à tout. Ceci confirme que je suis peut-être plus un humaniste qu'un universitaire.

Avec la mauvaise foi qui me caractérise, je voudrais épingler ici quelques bizarreries.

Oui, j'ai bien écrit: "bizarreries" et pas "bizareries"!

A la lecture du poster de La libre Belgique, j'ai trouvé que les nouvelles règles de l'orthographe proposées ne sont pas nécessairement plus simples que les anciennes. Elles cherchent surtout à faire coïncider la graphie avec le langage parlé, lequel évolue toutefois ou diffère localement, ou à franciser des mots étrangers. A Liège, beaucoup de personnes prononcent encore le mot "tilleul", en disant "tilieul". Le double "ll" indique que l'on doit "mouiller" (moulié) l'expression. Ce qui est exact.

Exemples pris au hasard (il serait plus exact d'écrire, selon la phonétique: "azar", je ne sais si cela a été suggéré).

Prenons le mot "shampooing", la nouvelle orthographe suggère "shampoing". Tant qu'à simplifier, et à s'affranchir de la graphie d'origine étrangère, pourquoi pas "champoin" ou mieux "chanpoin"?


Autre exemple: "joaillier" doit dorénavant s'écrire "Joailler". Le suffixe "-lier" se rencontre pourtant fréquemment dans les noms de métiers: un cordelier, un chapelier, par exemple. Il faut prononcer comme tel, le "-lier". Pourquoi, dans le cas des bijoux (écrivons dorénavant: bijous), faut-il écrire selon les mauvais usages de la prononciation, comme dans le mot "caille"? Il est en outre précisé que de cette règle sont exclus les noms d'arbres! Pourquoi? J'ai donc fait une recherche sur les noms d'arbres. Il existe bien le "micocoulier", mais personne n'a jamais pensé à écrire "micocouiller". Par contre, il existe bien une espèce appelée "cornouiller".


"Gageure" (ancienne orthographe) ou "gageüre" (nouvelle orthographe).  Quel est le plus simple?

"Aiguë" deviendra "aigüe", et il devrait en être de même de "ciguë-cigüe", j'imagine. Je souhaite bonne chance à l'instituteur ... Il sera, à mon avis, aussi désarmé qu'avant, pour expliquer ces curieux petits points à ses chères têtes blondes!

Ma grand-mère et ma mère ont été institutrices et je garde deux souvenirs:
- la "cime" et l' "abîme" ... je n'ai jamais oublié ma grand-mère qui m'expliquait que "le chapeau de la cime était tombé dans l'abîme";
- ma mère enseignait l'accord du participe passé avec quelques dessins. Un monsieur ou un couple avec un chien; parfois le chien était devant et tirait sur la laisse, parfois il était derrière. Je m'en rappelle encore aujourd'hui quand je dois accorder le participe passé.

Ma mère a enseigné dès l'âge de 20 ans jusqu'à 50 ans. Ma grand-mère a commencé à 18 ans et a continué jusqu'à l'âge de 70 ans. Après sa retraite comme directrice d'école, elle a encore enseigné, pendant 15 ans, les mathématiques, en 6ème primaire à l'école des bénédictines de Liège.


mercredi 22 septembre 2010

Le secret de la kinésithérapie

Généralement, on va chez un kinésithérapeute parce qu'on a mal. Tout aussi généralement, quand vous sortez de chez le kiné, vous avez encore plus mal qu'avant.

Le sentiment de la douleur étant relatif, vous réalisez que votre douleur antérieure n'est rien à côté de celle que vous venez de subir. Elle vous devient du coup plus supportable, à défaut d'être agréable.

Vous avez alors plusieurs options:
- retourner chez votre kiné, parce que vous aimez ceux qui vous font mal;
- prendre votre mal en patience;
- croire le kiné quand il vous dit  que ce mal est pour un bien ... ce qui est un acte de foi.

Ah si tout le mal pouvait être pour un bien!

Quand l'Etat se met à rembourser les contribuables

Le "bouclier fiscal" instauré par Nicolas Sarkozy a frappé les esprits: de grandes fortunes, grâce à ce mécanisme, ont reçu de l'Etat une "enveloppe" parfois confortable. Juste retour des choses, diront ces contribuables privilégiés, nous n'avons jamais cessé de remettre nous-mêmes des "enveloppes" au Président, à son parti ou à ses représentants.

Si vous souhaitez quelques chiffres, je vous renvoie à l'article suivant ... les chiffres devant toujours être pris avec des pincettes.

http://www.lepoint.fr/economie/bouclier-fiscal-pres-de-19-000-contribuables-en-ont-beneficie-en-2009-16-09-2010-1237261_28.php

Une dépêche de l'agence Belga,  s'intitule: "Le belge récupère toujours plus du fisc". Rien à voir avec la situation française.

http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/611314/impots-2009-342-euros-rembourses-en-moyenne.html

Pourquoi les belges récupèrent-ils toujours plus du fisc?

Pour deux raisons fort simples:
- la Belgique a adopté un régime de perception "à la source" de l'impôt sur les revenus professionnels des salariés, des fonctionnaires, des retraités. Seuls les indépendants sont soumis, en Belgique, à un régime comparable au "tiers provisionnel" français. Il s'agit du système des "versements anticipés";
- la Belgique connaît aussi des "niches fiscales", au moins autant qu'en France, elles concernent notamment, en ce qui concerne les particuliers, les économies d'énergie, le recours aux "titres-services" pour une assistance aux personnes, la possibilité de déduire les intérêts d'un emprunt contracté pour acquérir une habitation (voire une part de l'amortissement de l'emprunt), la constitution d'une épargne-pension. J'en passe, et des meilleures, car on pourrait aussi penser à la déduction des rentes alimentaires versées à un ex-conjoint ou à des enfants après divorce.

Il existe donc un problème structurel: l'employeur, qui doit retenir l'impôt à la source, ne peut pas tout savoir de celui qu'il rémunère. C'est ainsi que les retenues à la source peuvent être supérieures à l'impôt finalement dû. Et c'est pourquoi tant de belges récupèrent une partie plus ou moins grande de sommes qui ont déjà été versées au fisc pour leur compte.

Non sans raison, on peut faire remarquer:
- que ces sommes avancées et récupérables à terme constituent un emprunt forcé consenti à l'Etat (sans produire aucun intérêt);
- que tous les contribuables ne sont pas traités de la même façon: l'emprunt forcé n'est imposé qu'aux salariés et aux retraités. Les indépendants n'y sont pas soumis. A eux en effet de déterminer, en totale liberté, ce qu'ils sont disposés à verser par anticipation à l'Etat, comme peuvent le faire les contribuables français quand ils doivent payer le tiers provisionnel. J'en conviens, comme des sanctions s'appliquent aux indépendants, en cas de versements anticipés insuffisants, l'exercice auquel ils sont conviés peut s'apparenter à une "loterie", leur revenus étant moins stables que ceux d'un salarié, mais pas nécessairement.

Que retenir? Deux régimes coexistent: un régime forcé, non négociable, et un régime de liberté surveillée. Pourquoi ne pas appliquer, en Belgique, le système français? Un bon logiciel (qui pourrait être proposé gratuitement par les banques et les compagnies d'assurances, par exemple) devrait permettre au salarié de visualiser sa situation personnelle et l'aider à déterminer ce qu'il doit payer par anticipation.

Utopie, une fois de plus! Une fois que le choix a été fait pour la "retenue à la source", il est impossible de faire marche arrière, sous peine de déstabiliser le budget de l'Etat. Et puis, il y a tant de négligents ...

Le contraire, par contre, est tout à fait envisageable! Le débat est ainsi ouvert en France. sur l'introduction d'un système de retenue à la source.

http://www.minefi.gouv.fr/fonds_documentaire/Tresor_public/prelevement_source/prelevement_source.pdf

mardi 21 septembre 2010

Ali

Il faudrait interroger Samuel et Benjamin à propos d'Ali. Il a aujourd'hui 24 ans et vit au Mozambique, plus ou moins heureux.

Ali est d'origine libanaise. Il est venu passer deux mois d'été, chez nous, il y a 15-16 ans, dans cette drôle de famille qu'était la nôtre. Il avait 8-9 ans. Et son pays était encore marqué par la guerre.

Il a pourtant souffert le pauvre Ali, peut-être plus ici que là-bas.

Cette année-là, nous avions choisi de passer des vacances communautaires, avec une autre famille, quelques jeunes, et deux bénédictins (frère Bernard et soeur Jean-Baptiste), dans le val d'Aoste, dans le chalet de famille de frère Bernard. Ali était de la partie.

Entre deux offices, les repas et les veillées au coin du feu, nous faisions des randonnées en montagne. De très belles randonnées. Bernard était un bon guide.

Benjamin gambadait partout comme un cabri évidemment. Il avait déjà une petite amie: Elise. Samuel a atteint quelques sommets grâce aux ados plus âgés que lui. Ali s'endormait sur place à chaque fois qu'il y avait une pause. Bernard lui était toujours le chef de file, fasciné par les sommets. A chaque pause, Bernard attendait le dernier, mais une fois celui-ci arrivé, épuisé, hagard - est-il besoin de préciser que j'étais le plus souvent celui-là -, il repartait aussitôt.

J'ai  retrouvé Ali, il y a quelques années, à Bologne. Il cherchait encore un peu sa voie. Je sais qu'il la cherche encore au Mozambique aujourd'hui.

Je revenais d'un colloque universitaire à Ravenne. Il n'y a pas à dire: les italiens savent recevoir. J'y disposais d'une petite suite dans un hôtel de charme. Ma salle de bains comportait même un jacuzzi, mais je n'ai jamais réussi à m'y retrouver avec toutes les télécommandes. Après ce séjour "mi-paradis, mi-enfer", j'ai retrouvé Ali à Bologne et logé chez des amis à lui, deux étudiants qui m'avaient préparé un lit dans leur kot.  Nous avons parlé beaucoup, très tard dans la nuit, et je me suis senti bien.

lundi 20 septembre 2010

Sarko, la "tête à claque"

Tout le monde le massacre, comme dans ces fêtes foraines ou scolaires - des "fancy-fairs", comme on dit en Belgique - où on lance des balles de tennis sur l'effigie de quelques "têtes à claques".

La "tête à-claque" peut être alors, gentiment, et généralement avec l'accord de l'intéressé, le directeur de l'école, un instituteur, le professeur de gym, un notable local, le curé.

Aujourd'hui, la "tête à claque" s'appelle Sarko.

Pas seulement, lors de la "fancy-fair" de l'école privée, la mieux cotée, de Neuilly-sur-Seine, où il fut maire, mais à l'ONU, à la Commission européenne, dans la presse britannique, allemande, américaine ... Les diplomates ne savent plus quels mots trouver pour dire diplomatiquement ce qu'ils pensent réellement tout bas.

Chaque fois que Sarko ouvre la bouche, soit il ment, soit il gaffe, soit il bluffe, soit il se précipite, soit il témoigne de son inculture, soit il fait preuve de vulgarité, soit il crée la polémique. Quant à ses oeuvres?

Il est le président de la République française, une grande nation, bien plus grande à ses yeux que le Grand Duché de Luxembourg, mais son seul vrai ami, parmi les chefs d'Etats européens, s'appelle  Silvio Berlusconi, c'est dire. Il n'a pas de "surmoi", ont dit des psychiâtres.

A vrai dire, il est plus préoccupé par la propre grandeur qu'il est convaincu d'être sienne que par la grandeur de la France. Mais comme il est un peu étriqué pour gérer le destin d'une grande nation, il est devenu une "tête à claque" sur laquelle, tout le monde tape, partout et ailleurs, sans son consentement et à cause de tout ce qu'il dit ou fait.

Il se remonte le moral avec quelques affidés, avec quelques sondages ou de nouvelles rodomontades.

Rien ne l'arrêtera!

Prenons garde: une nouvelle variété de "tête à claque" a débarqué! La bonhomie des "fancy-fairs" paroissiales est passée de mode! Aujourd'hui, c'est le grand jeu!

Et si cela était resté un jeu?

Le pur plaisir qui consiste à relever les travers de quelqu'un et à s'en moquer,  plus ou moins sainement, plus ou moins objectivement.  Evidemment, si la "tête à claque" n'arrête pas d'alimenter le jeu, elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même.

dimanche 19 septembre 2010

En quelques mots tout est dit: les chambres de bonnes à Paris

Sur le site de Libé, j'ai entendu un témoignage audio sur la location, dans la capitale, d'un 9 m2, avec toilettes sur le palier, mezzanine, un évier et deux plaques électriques ... le loyer oscille autour de 750 à 850 euros. Aveu d'un proprio: oui, c'est cher, mais il n'y a pas de raison de ne pas en profiter, puisque c'est le marché qui veut ça! Ceci me glace. Et je n'ose pas suggérer à tous les étudiants français qui cherchent un logement à Paris de venir à Liège ... là où l'offre excède la demande et où les prix restent raisonnables. Il se pourrait qu'à Liège certains commencent à raisonner comme à Paris.

J'ai connu les chambres de bonnes à Paris, en deux circonstances. Dans les deux cas, il m'a semblé que les limites de la décence étaient dépassées.

Dans le premier des cas, le meilleur des deux, on n'était pas loin d'un loyer de 700 euros, il y a quinze ans (!), il y avait une douche et un micro coin cuisine, le lit était au plafond, l'ami de mon ami avait avec quelques coussins créé une espèce de salon, en dessous du lit, il y avait place pour une table bistrot et deux chaises.

Dans le deuxième cas, un autre ami vivait dans 9 m2, lui aussi, pour un loyer de 750 euros, il y a  dix ans: pas de douche, un WC dans l'unique pièce (!),  un évier de cuisine, un lit. Pas de table. Pas de chaises. Un tabouret. 6ème étage sans ascenseur. Nous avons pourtant, après sa garde à l'hôpital, vécu un des plus beaux réveillons de nouvel an de ma vie. J'avais été acheté quelques bonnes choses dans le quartier de la rue Lepic et de la rue des Abbesses, que je connaissais un peu, pour y avoir séjourné aussi. Nous les avons mangées, moi assis au bord du lit; lui, sur le meuble d'appoint, avec pour seule table un tabouret.

La vie de bohême, oui, d'accord, c'est bien dans les chansons ... "Paris vaut bien une messe" a déclaré Henri IV. J'étais prêt à assister à toutes les messes possibles, basses ou chantées, le soir ou le matin, 365 jours par an pour éviter à mes amis la précarité - l'indécence - que quelques uns créaient sans aucune mauvaise conscience.

http://www.liberation.fr/societe/06012325-a-louer-tout-petit-studio-tres-cher

Les conseillers en communication - Le mensonge pour convaincre

Je n'ai pas retenu son nom; d'ailleurs il vaut mieux l'oublier, me semble-t-il. L'inénarrable, Pascal Vrebos, lors de son débat dominical "Controverses" sur RTL-TVi, sollicite maintenant l'avis éclairé d'un conseiller en communication sur un des intervenants au débat.

Le sort avait désigné, ce dimanche, Aloys Jousten, évêque de Liège, le débat portant sur les faits de pédophilie et la sexualité dans l'Eglise.

Aloys Jousten, l'évêque de Liège, est un homme que j'aime bien, sans le connaître personnellement. Un homme sage, humble et ouvert. Il a, tout au long du débat, essayé de dire les mots justes, sans concession aucune. On a pu aussi assister, dans le même temps, à une altercation entre l'ancien bâtonnier Pierre Legros et le procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, débat entre deux juristes que l'on sait appartenir à deux courants de pensée différents. Triste.

Bref, tout ce qui a été dit, au cours de ce débat, je l'avais déjà écrit dans quelques articles postés sur ce blog,  il y a quelque temps.

Notamment:
http://xavierciconia.blogspot.com/2010/07/celibat-virginite-chastete-et.html

Je retiens un moment extraordinaire: celui où Pascal Vrebos pose la question de la différence entre le célibat ecclésiastique et la chasteté. Question pertinente! Devant l'embarras suscité par la question, on a pu constater que l'évêque de Liège était capable de sourire et donc d'humour ... et d'un vrai sens des réalités. Il est favorable à un débat sur le célibat des prêtres, précisant qu'un débat consiste à confronter des arguments, sans préjuger de l'issue. Très juste.

Arrive alors le conseiller en communication.

L'évêque de Liège n'était pas loin du 0/20. Le conseiller en communication aussi, si je puis m'exprimer. Si on tente de résumer un peu les fondements de son intervention, cela donne à peu près ceci. Deux règles de base:
1. -  ce n'est pas en parlant vrai que l'on convainc;
2. - pour convaincre, il faut toujours mentir (ne fût-ce qu'un peu et parfois beaucoup).

Ce monsieur n'a pas tout compris apparemment ... On reproche à l'Eglise ses silences et quand un de ses représentants essaye de parler vrai, le conseiller en communication déclare que ce n'est pas comme cela qu'on convainc. Connaissant Vrebos, capable de dire "Monsieur le bâtonnier", mais pas "Monseigneur" (il préfère alors monsieur), je doute qu'il ait fait appel au conseiller en communication du Vatican!

Ainsi, tout est dit et beaucoup de choses s'expliquent en ce bas monde: le discours politique presque toujours, le discours des banques après la "crise des subprimes", les plaidoiries de certains avocats, les propos de l'Eglise quand elle ne parle pas vrai, les estimations de fréquentation des syndicats lors des manifestations ...

Très sincèrement, cela vous plaît, vous, une société bâtie sur "le mensonge pour convaincre"? Moi pas.






samedi 18 septembre 2010

Impromptu policier un samedi après-midi

Je sors de chez moi. Deux "agents de la gent agente", comme auraient chanté les Frères Jacques, sont là au pied de chez moi. Ils sont armés, ils portent des lunettes solaires comme dans "Starsky & Hutch",  alors qu'il n'y a pas de soleil, et des menottes à leur ceinture. Ils scrutent les parages, avec un air plus conquérant que protecteur. L'un d'eux est l'oreille collée à une oreillette qui semble lui indiquer un potentiel attentat dans mon quartier et semble très absorbé. Un peu inquiet, je passe devant eux. Et j'entends cette réplique inattendue, inouïe: "Tracasse, dit-il à l'autre pandore, c'était ma copine". L'autre a opiné du chef. Quand on est policier, on a toujours un chef, n'est-ce pas?

J'y étais et j'y serai

Je veux parler des deux concerts gratuits que l'Orchestre philharmonique de Liège a offert hier et offrira encore ce soir au coeur de la cité de Liège, place Saint Lambert. J'y étais hier et ce fut un grand bonheur partagé.

Depuis quelque temps, l'Orchestre philharmonique de Liège s'appelle "Orchestre philharmonique de Liège - Wallonie Bruxelles". Liège abrite le siège du meilleur orchestre philharmonique de Belgique: en quoi les bruxellois, les namurois et les carolos ont-ils le droit d'annexer l'orchestre des liégeois? Ce que les liégeois aiment, c'est que leur orchestre porte haut les couleurs de la principauté à l'étranger, en Wallonie et à Bruxelles.

Disant cela, je ne pense pas du tout avoir un esprit étriqué, principautaire (la Principauté n'existe plus, le Royaume de Belgique peut-être plus, la Wallonie existe-t-elle?).

L'orchestre a judicieusement choisi d'honorer la Wallonie, non avec le Chant des Wallons, mais avec une marche de Joseph Strauss (le frère de l'autre) s'intitulant "La marche des Wallons", de quoi inviter le public présent à taper dans les mains sous les indications du chef d'orchestre Jean-Pierre Haeck, un peu comme à Vienne avec "La marche de Radetzky". Quand l'orchestre, et les choeurs de l'opéra, ont entonné le "Valheureux liégeois", j'ai entendu chanter autour de moi, et je chantais aussi, j'ai regardé autour de moi, il y avait ça et là quelques larmes à l'oeil, et pas seulement chez les plus âgés. Wallon, moi? Non, liégeois cosmopolite.

Le concert d'hier soir alternait quelques grands tubes de la musique classique, ceux que tout le monde a peu ou prou dans l'oreille, même quand on ne fréquente pas les salles de concerts. Mon ami, J.P., a estimé à 10.000 personnes le public présent (les chiffres de la police en témoignent).  Et quand une ville a le privilège d'avoir un orchestre de premier plan, il est important qu'elle ait l'occasion de s'en réjouir. J'aime cette idée selon laquelle l'orchestre est l'orchestre de tous et pas seulement de quelques-uns.

Je livrerai mon verdict après le concert de ce soir. J.P. a promis des "proms" à la liégeoise. Hier soir, cela manquait un peu de fantaisie, d'humour, de gags. Vivement ce soir.

Dans la même veine, j'ai craqué pour la vidéo suivante: l'opéra de Montréal au marché

http://www.youtube.com/watch?v=B13k7U-WyK0

Dans l'un et l'autre cas, ce qui donne le plus de bonheur aux gens, c'est quand ils se sentent associés, et plus seulement spectateurs, à ce que les musiciens leur proposent. "Toréador, prends garde ...", chanté par la foule, par exemple.

vendredi 17 septembre 2010

Mon amie solaire

Nous nous connaissons depuis bientôt 15 ans. Nous nous sommes rencontrés à l'occasion d'un périple au Portugal avec d'autres. Le contact n'a jamais été rompu depuis. Même si, je dois l'avouer, elle prend plus souvent que moi l'initiative. Un séjour ensemble, à Paris, hébergés par ma tante a beaucoup compté aussi.

Je connais peu de personnalités comme mon amie. Elle est don, envers et contre tout, même les déprimes passagères qu'elles croisent parfois et le souci de ses parents dont elle assume grandement la charge. Il faut dire qu'elle peut compter sur un mari solide et sur trois bambins adorables.

Mon amie est solaire dans tout ce qu'elle fait: comme épouse, comme mère, comme enseignante de français, comme violoniste, comme chrétienne engagée. Parfois, tout cela est un peu bohême, mais le feu intérieur est là.

Il y a en elle une extraordinaire capacité à  entreprendre, à être, qui ne peut s'expliquer que par le soupçon de fantaisie qui l'habite en toutes circonstances.

J'aime vraiment beaucoup mon amie solaire.

jeudi 16 septembre 2010

Le poids des mots, le choc des photos

Il sera brièvement ici question de photos ... elles en disent tellement long.

Les chefs d'Etats de l'Union européenne.



Même si l'on admet que l'attitude de Sarko résulte d'un photo-montage, cela en dit long quand même.

Les professeurs de la Faculté de droit de l'Université de Liège.


Analysez bien cette photo, elle en dit long aussi. Il y a quelques similitudes avec l'autre photo, ne trouvez-vous pas?  La communion dans les regards tournés vers un même objectif.


Non, je ne suis pas le personnage caché derrière le rideau.

Chapeau(x)

Sarko et les roms. L'Eglise et ses pédophiles.  Je me sens touché, mais j'ai envie aujourd'hui d'un peu de légèreté.

La Reine Elisabeth II d'Angleterre, reine de 16 Etats, chef du Commonwealth, et chef de l'Eglise anglicane, est fort experte en matière de chapeaux. Certes, elle a dû un peu chercher son style ...



Mais, elle aime tellement cela qu'elle a contraint son pauvre mari, consort, à faire de même.



Pendant 4 jours, elle va être l'hôtesse du pape Benoît XVI,  autre expert en matière de couvre-chef. Qui va l'emporter?

Dès le premier jour, il semble que l'avantage soit à Elisabeth.




Avez-vous vu la tête de la reine? J'ai l'impression que le courant ne va pas beaucoup passer entre ces deux octogénaires.

Benoît XVI ne sera pas nécessairement le vaincu: il nous réserve encore bien des surprises.


mardi 14 septembre 2010

L'Eglise chrétienne qui n'est pas évangélique

L'Eglise catholique romaine se prétend (c'est dans le Credo) "une, sainte, catholique et apostolique". C'est étrange: elle ne se dit même pas "évangélique". Elle est de moins en moins une, de moins en moins sainte, de moins en moins catholique et elle n'a pas choisi le bon apôtre. "Une, sainte, catholique et apostolique", tout est résumé dans ces quelques mots d'une rare prétention. Quant à être évangélique? Soyons de  bon compte, l'Eglise compte de vrais saints, mais je me dis souvent qu'ils l'auraient été de toute façon (même si l'Eglise n'avait pas existé). Ils ont été saints en quelque sorte "malgré l'Eglise", ce qui les distingue d'un certain nombre d'autres saints "de l'Eglise".

De Monseigneur Léonard, on ne pouvait pas attendre, lors de sa conférence de presse à la suite du rapport accablant sur les abus sexuels dans l'Eglise belge, des sentiments, des regrets profonds, une réelle compassion. En est-il capable? On ne lui a pas appris sans doute. Raide comme une trique, obséquieux, institutionnel. Monseigneur Léonard, avez-vous du coeur? Il est vrai que, pour devenir cardinal, ce n'est pas le plus important. Quant à Monseigneur Harpigny, il est d'accord avec tout le monde, même avec les plus critiques, puis répond de manière évasive. Lui au moins le fait sans morgue. Il récite benoîtement ce qu'on lui a demandé de réciter. On se demande, à certains moments, s'il est convaincu par ce qu'il dit. Quant au pape, son porte-parole a dit qu'"il souffrait"; certes, abstraitement, en son palais et il doit se dire en plus qu'avec tout ce qu'il souffre il va gagner encore plus son paradis.

Mais enfin qu'attendait-on? Chez les victimes, chez les chrétiens, et même chez les non-chrétiens, dans la société civile? C'est fort simple: on aurait aimé entendre une parole "évangélique" et cela n'a pas été le cas.

A quoi cette parole aurait-elle pu ressembler?

D'abord, à une vraie parole de compassion, venant un peu plus "des tripes", comme a dit Gabriel Ringlet. Un peu plus d'humanité en quelque sorte.

Ensuite, un réel aveu de toutes les fautes commises. Il ne suffit pas que l'Eglise distribue son pardon aux abuseurs et invitent les victimes à pardonner dans une démarche pastorale. L'Eglise aujourd'hui a à demander pardon, solennellement, publiquement devant la société (et pas seulement en interne) pour toutes les fautes individuelles de ses clercs et pour toutes ses fautes institutionnelles. Elle doit reconnaître devant tous qu'elle a engendré un système de pensée aliénant, qu'elle a tenu un discours sur la sexualité obtus et maléfique, qu'elle a négligé la vraie vie derrière une façade ... bref, qu'elle n'a guère été évangélique.

Car, le discours de l'Evangile, le vrai, n'est ni aliénant, ni obtus, ni maléfique, ni hypocrite. Jésus voulait précisément le contraire!

Tout ceci est grave et je voudrais terminer sur une note plus humoristique.

Les rares curés que l'on croise encore sont le plus souvent sapés sans grâce, ni charme. La coule monastique des trappistes reste pour moi le plus bel habit religieux. Quant à Benoît XVI, il aime les dentelles, les fourrures, les fanfreluches, les parures, les surplis, les mules brodées, les acolytes... C'est lui le "vicaire du Christ"? Une fo-folle, oui. Au moins, quand les prêtres orthodoxes se parent, ils restent virils et ce n'est pas pour eux-mêmes, c'est pour nous rappeler que quelque chose (Dieu?) nous dépasse et que c'est là peut-être que gît le meilleur de nous-même.

dimanche 12 septembre 2010

Les abus sexuels dans l'Eglise belge

Au moins, en Belgique, une commission - certes contestée, parce qu'interne à l'Eglise - a publié le résultat de ses travaux et révélé ce qui ne pouvait pas ne pas être connu, mais était tu. Le contenu est accablant, consternant et donne la nausée.


http://www.lesoir.be/mediastore/AFAC/_2008/septembre/du_1_au_10/rapport_pdf.pdf


On a entendu beaucoup de choses utiles, lors du débat "Mise au point" de la RTBF, ce dimanche, surtout de la part de Gabriel Ringlet, le seul participant à prendre un peu de hauteur, sans compromission, ni souci de défendre "sa chapelle".


J'aimerais ici faire part de quelques observations personnelles.


Au vu des statistiques présentées par le rapport de la Commission Adriaenssens et de mon profil à l'époque,  je me suis d'abord dit que je devais rassurer mes parents. J'aurais pu être abusé, mais ne l'ai pas été. Dieu sait pourtant, si j'ai fréquenté "les curés" de l'âge de 7 ans jusqu'à 35 ans.


J'ai rencontré des prêtres extraordinaires. Ainsi, le père jésuite, qui était mon professeur de poésie, nous enseignait le latin, le grec, la littérature française, la (les) religion(s), l'histoire et nous avions en outre le privilège (il était le seul à donner ce cours) d'une heure d'esthétique par semaine. Il avait voyagé, il avait pris des photos, il nous emmenait au cinéma, il nous partageait les expositions qu'il avait visitées. Cet homme a énormément compté dans ma vie. C'était un vrai humaniste. A l'université, je n'ai plus jamais rencontré pareil homme. J'y ai croisé des esprits brillants, voire très brillants, mais toujours dans le cadre  d'une discipline particulière. C'est très étrange, mais j'ai plus le sentiment d'avoir été à l'université auprès de mon professeur de poésie, que pendant toutes mes années à l'université.


Cependant, je puis en témoigner, mes relations avec les curés et les moines n'ont pas toujours été vierges d'une certaine ambiguïté. Jeune, je n'étais pas à même de le percevoir. Mais, avec le recul, je sais que plusieurs d'entre eux ont été platoniquement amoureux de moi et me l'ont exprimé chacun à leur manière, la principale voulant que je devienne comme eux, de m'assimiler à eux.


Je veux dire ici que, à côté des abus sexuels,  innommables, inqualifiables ... il existait aussi, dans ces années 50-70, un autre terrain, qui n'allait pas jusqu'à l'abus sexuel, mais relevait à tout le moins de séductions peu claires, voire malsaines.


Si le phénomène a perdu de son ampleur, c'est uniquement parce que l'Eglise, et ses clercs, ont perdu de leur influence.


Quitte à ramer à contre-courant, je voudrais dire que j'ai rencontré un très grand nombre de religieux en souffrance, en manque d'affection, en manque de tendresse, sans cesse appelés à sublimer leurs pulsions. Des religieux convaincus que le modèle et la discipline de l'Eglise les amputaient d'une part d'eux-mêmes, jusqu'à les rendre fous. Est-il raisonnable, et même simplement concevable, de confier charge d'âme, avec tout ce que cela implique, à des hommes condamnés à refouler quotidiennement leurs pulsions et leurs désirs d'homme? L'Eglise d'Orient n'a jamais succombé à cette folie, je la crois plus proche de Jean, l'Eclairé, que de Paul, l'Illuminé.


Dans le fond, il y a peut-être deux catégories de victimes: les abusés ET les abuseurs. Dans l'un et l'autre cas, l'Eglise porte une très lourde responsabilité. Il ne suffira pas d'une réponse de l'Eglise de Belgique. Il faut que l'Eglise de Rome s'exprime. Et pas, en implorant le pardon ou en manifestant sa compassion avec les victimes. Elle doit changer radicalement de discours et SURTOUT sa hiérarchie.

Je m'étonne néanmoins un peu que l'on s'étonne de tout cela, aujourd'hui, comme si on découvrait le pot aux roses. 

J'ai déjà évoqué, dans ce blog, le sulfureux roman (à l'époque)  de Roger Peyrefitte, Les amitiés particulières. Il date de 1943. L'amitié particulière - mais il faudrait dire l'amour - entre deux collégiens se heurte à la condamnation des religieux au pouvoir, alors qu'eux-mêmes font preuve des comportements les plus ambigus avec leurs élèves.






Faut-il rappeler Montherlant et La ville dont le prince est un enfant (1951)?








Faut-il une fois de plus rappeler qu'Eugen Drewermann, pour avoir mis un peu trop en lumière les faces cachées - notamment sexuelles et affectives - de la vocation religieuse, a été interdit d'enseignement? Fonctionnaires de Dieu, Albin Michel, 1993.










Songeons aussi au très beau, et très troublant, film de Pedro Almodovar, La mauvaise éducation, 2004.







La loi du silence dans l'Eglise n'était pas qu'un mode de protection interne. L'Eglise a réussi à imposer moralement la loi du silence aux victimes. Elle a alors été plus abjecte encore. A ce titre, elle a fait preuve de la perversité la plus extrême. Elle n'a pas d'excuse.


Contrairement à d'autres, je ne puis pas dire: "J'ai mal à mon Eglise". J'affirme que je ne fais plus partie de cette Eglise. Je reste néanmoins un être religieux et même un disciple de Jésus. Je le chercherai là où il est réellement.

samedi 11 septembre 2010

La science et la poésie

J'ai lu, il y a quelques jours, un article où il était exposé que le grand et médiatique physicien Stefen Hawkins avait aujourd'hui des preuves suffisantes pour affirmer qu'il n'était pas nécessaire d'évoquer une intelligence extérieure pour expliquer l'origine de l'univers (notre univers). Les lois de la physique suffisent. Dont acte.

L'intelligence des physiciens terriens finira par parvenir à comprendre le monde, même si elle n'y est pas encore parvenue. Un jour peut-être. Elle aura peut-être l'orgueil de vouloir créer quelque chose à son tour et non d'essayer seulement de comprendre.

A vrai dire, cette dernière victoire de la science me laisse de marbre. Je vais essayer d'expliquer pourquoi.

Je suis comme cela - et je ne dois pas être le seul, si j'en crois l'histoire de l'humanité -: je n'arrive pas à imaginer que ma vie puisse être totalement régie par la raison, la preuve scientifique. J'ai besoin, pour vivre, de poésie. C'est-à-dire d'une imagination créatrice, de mythes, de rêves, de visions, de musiques, d'interprétations, de divagations, de délires, d'une autre manière de voir.

Pour moi, les religions, dans leur essence, relèvent de cet ordre: celui de l'imagination créatrice
et de la poésie. L'homme ne serait pas l'homme, s'il n'avait aussi inventé les religions. Elles ont leur place et j'ai toujours trouvé stériles et inintéressants les débats contradictoires sur l'existence de Dieu.

On ne débat pas de Dieu. On s'ouvre - ou pas - à quelque chose qui fait partie de notre intimité profonde. Qu'on choisisse de parler alors de Dieu, ou pas, est sans intérêt. C'est cette ouverture qui compte.

Un monde où tout serait explicable par la science serait vraiment pour moi un triste monde.

Le plaisir des mots à la liégeoise V

Il a suffi d'une conversation pour que l'envie me reprenne de continuer mon petit lexique.

Badjawe: peut se traduire par "commère" ou "quelqu'un qui a la langue bien pendue". En règle, l'expression s'applique plus aux femmes qu'aux hommes, quoique certains hommes ne déméritent pas. J'en connais. Une célèbre actrice liégeoise, Henriette Brenu, morte en 1990, avait créé le personnage désopilant de "Titine Badjawe", une commère bavarde au grand coeur.

Crompîre: pomme de terre (on dit aussi, à Charleroi, des "canadas" et, chez les flamands, des "bintjes"). Rien à voir avec les grenailles, les rates, et surtout les "cwènes di gate" (cornes de chèvre), cultivées à Florenville,  qui  sont des pommes de terre de premier choix. Je me rappelle que, dans mon enfance, un commerçant ambulant déambulait (ce qui est le moins pour un marchand ambulant) en criant: "Les bonnes pommes de terre de Florenville ...". Rien à voir évidemment avec les Nicolas et les Charlottes vendues aujourd'hui en grande surface. Avec une bonne"crompîre", on doit pouvoir faire de  bonnes frites.

Estèné: selon ma mémoire, mais il faudrait la confirmer, ce terme désigne quelqu'un d'un peu demeuré, un échalas un peu bénêt.

Ewaré: peut se traduire par "étonné" ou "ahuri". Depuis des siècles, on vénère dans l'église romane de Saint Gilles (sur les dessus de Liège), "Saint Gilles l'èwaré". On le prie pour les maladies des yeux. La statue, datant de 1340, a été peinte et repeinte, plus ou moins maladroitement, à de nombreuses reprises.  le pauvre Gilles s'est vu ainsi, au fil du temps, représenté avec des yeux hagards anormalement grands et, qui plus est, avec un certain strabisme. Le pauvre! Une récente restauration lui aurait rendu des yeux normaux. Du coup, plus personne ne voit l'intérêt d'aller le prier. L'église liégeoise de Saint Gilles est exceptionnelle à plus d'un titre. Il s'agit d'un bel exemple d'une église monastique romane. Elle présente la particularité d'un choeur central avec deux nefs, celle des moines et celle du peuple.




Pas loin de là, vous pouvez aussi prendre un petit déjeuner québecquois au Québec Café, tenu par les deux Bernadettes.
http://www.quebeccafe.be/





Marêye-clap-sabot: une Marie qui, avec ses sabots sur les pavés, empêchait tout le monde de dormir dans le quartier et devait avoir une vie légère, sinon dissolue. Les étudiants lui ont dédié une chanson un peu grivoise, dont je ne puis reproduire les termes ici, par souci de convenance, mais que vous pouvez trouver à l'adresse suivante:
http://www.bitu.org/?x=150&chant=294


Mesbrudgî: mot intraduisible qui évoque avec compassion quelqu'un que la vie n'a pas épargné et qui se retrouve, physiquement et/ou mentalement, anéanti, estropié, caduc.


Morticot: quand j'étais petit, ce mot me faisait peur! On désigne par là un singe ou un babouin. Je ne suis toujours pas rassuré à ce jour.

Va-s-al' djote: expression populaire signifiant "va te faire voir" ou "va voir ailleurs si j'y suis" ou encore "va au diable". La "djote" désignant le chou, j'aimerais être informé sur l'association du diable au chou.

jeudi 9 septembre 2010

Petite homélie: Jésus et l'étrangère

"Parti de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il entra dans une maison et il ne voulait pas qu'on le sache, mais il ne put rester ignoré. Tout de suite, une femme dont la fille avait un esprit impur entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance. Elle demandait à Jésus de chasser le démon hors de sa fille. Jésus lui disait: "Laisse d'abord les enfants se rassasier, car ce n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens". Elle lui répondit: "C'est vrai Seigneur, mais les petits chiens sous la table mangent les miettes des enfants". Il lui dit: "A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille". Elle retourna chez elle et trouva l'enfant étendue sur le lit: le démon l'avait quittée". (Mc, 7, 24-30).

En voilà une drôle d'histoire! La première réponse de Jésus est choquante: "Laisse d'abord les enfants se rassasier, car ce n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens". Mais là n'est pas l'essentiel.

L'étrangère ne manquait pas d'audace:

- d'abord, elle parvient à s'introduire dans une maison où Jésus voulait que personne ne sache qu'il était là. Un Jésus qui se cache, qui se soustrait à la vue et à la présence des gens. L'étrangère pourtant finira par le débusquer. Elle ne respecte pas la volonté de Jésus. Elle est insistante, et même un peu sans gêne ...

- ensuite, elle profère cette réponse admirable: "C'est vrai, mais les petits chiens sous la table mangent les miettes des enfants". Ce qui me plaît, dans cette phrase, c'est le sens de la réplique de cette femme. D'une certaine manière, elle remet Jésus à sa place. Elle lui fait la leçon.

Ceci est important: dans notre prière, il n'est pas déplacé de dépasser les bornes, d'houspiller celui que nous appelons Dieu et de lui répondre du tac au tac.

J'ai lu ce jour le post d'un lecteur du Nouvel Observateur, à propos de la pensée économique et sociale de N. Sarkozy. Je cite de mémoire: "Il faut que la table des riches soit de mieux en mieux garnie, de sorte qu'il en tombe plus de miettes dans l'écuelle des pauvres". C'est moins mystique, mais c'est bien vu.

La haine et la hargne

Il s'agit d'un phénomène inquiétant. 

Les réseaux sociaux, l'espace de parole offert par les journaux, pour commenter l'actualité, véhiculent beaucoup (beaucoup trop) de haine et de hargne. Ces deux derniers jours, j'en ai pris plein la tronche. Mais, je m'en fous. Ces agressions ne m'atteignent pas, elles passent à côté, vu qu'elles sont bêtes et méchantes.

Un exemple précis cependant. 

Un jeune collègue est un peu aujourd'hui le fer de lance des "rattachistes" wallons à la France. Comme il s'agit d'un collègue, je délivre parfois l'un ou l'autre commentaire mesuré sur les messages qu'il laisse sur Facebook. A chaque fois, je recueille un torrent de commentaires hostiles, méprisants ou haineux. N'est-ce pas inquiétant? Existerait-il des gens à qui on peut parler et d'autres avec qui il ne sert à rien de parler?

Le message qui m'a valu cette volée de bois vert portait sur l'incapacité de la Wallonie à gérer son indépendance, à supposer qu'elle advienne, chiffres à l'appui. La solution est évidemment que, devant un tel scénario apocalyptique, une Wallonie française est la solution, sans chiffres à l'appui.

Pour donner un exemple de la hauteur de vue de ces interlocuteurs, on peut entendre ceci, par exemple: "la T.V.A., en Belgique, est de 21%; en France, elle est de 19,6% et il y a bien longtemps que je fais mes courses en France". 

Cela pourrait être cocasse, mais cela ne l'est pas, tant cela est énoncé avec hargne et mépris.

Je pense, en effet, qu'il y a des gens avec qui il ne sert à rien d'essayer de dialoguer. Laissons-les. C'est dommage quand même. C'est dommage pour mon jeune collègue.

Car, dans le fond, que retenir? Un message joue une fois de plus sur le registre de la peur: "Une wallonie indépendante n'est pas viable, mais nous avons la solution". Comment qualifie-t-on encore les mouvements politiques qui font de la peur leur fonds de commerce?















Le chauffeur de taxi et les japonais

Mardi, j'ai fait appel à un taxi pour me rendre au Sart-Tilman. Le chauffeur était un bavard. Il m'a raconté l'histoire suivante.

Sa société de taxis l'avait envoyé à l'aéroport de Zaventem, avec une toute nouvelle voiture, et en livrée, pour accueillir six japonais qui venaient à un mariage au Château de Modave. Il pleuvait des cordes. De leur jet privé, les six japonais débarquent en robes longues et capelines ou smoking.

Pas de chance, sur la bretelle d'accès au ring de Bruxelles ... paf! un pneu crève! Mon pauvre chauffeur ne sait même pas où se trouve la roue de secours, ni le "crick" dans ce nouveau véhicule. Après quelques coups de téléphone, il est contraint de demander aux japonais de sortir du véhicule, le temps de changer la roue défaillante. Ceux-ci réintègrent le véhicule dans un état que je vous laisse  imaginer.

Mais, mon chauffeur de taxi a des copains coiffeurs, à Liège. Je ne dirai pas où, ni qui. Mais il s'agissait bien de copains coiffeurs. Ceux-ci se sont mobilisés. Ils ont recoiffé à 8 heures du matin tous les japonais et fait sécher leurs vêtements dans leur séchoir. Ils sont arrivés au château de Modave, pimpants, à 10 h 05, avec à peine 5 minutes de retard.

Mon chauffeur de taxi avait pour mission de les attendre.

Une demi-heure plus tard, les japonais reprenaient la route vers Zaventem, pour retourner au Japon dans leur jet privé!

Et pas un pourboire, me dit-il.

Quelques semaines plus tard, le voilà convoqué chez son employeur. Il pensait à une faute grave. Les japonais lui avaient envoyé un chèque de 500 euros!

Mais on est en droit de s'interroger: quel est le lien entre mon chauffeur de taxi, les japonais et le château de Modave?




Le château de Modave, en  Condroz, représente aujourd'hui le "nec le plus chic" pour un mariage entre japonais. Je l'ai toujours dit: nos ressources sont insoupçonnées.

mardi 7 septembre 2010

Les quatre pipelettes

Une des choses que j'aime faire en terrasse, c'est lire. Je ne suis pas le seul. Certes, nous sommes plus nombreux le matin que le soir à pratiquer la lecture en terrasse.

Ce soir, je lisais tranquillement, quand une fine pluie s'est mise à tomber. Je me suis réfugié sous la terrasse couverte. Tout se passait bien. Trois garçons se sont assis à ma droite, non sans me saluer au préalable, et s'excuser parce qu'il fallait un peu remettre les chaises en place. Tout se passait toujours bien. Sont alors arrivées quatre personnes de sexe féminin, 40-50 ans, qui se sont assises à ma gauche ... et alors tout s'est passé très mal.

Le verbe haut de ces dames (?), leur rire envahissant, la fumée de cigarette dans la tronche .... je me suis vu contraint de fermer mon bouquin. N'ayant plus rien d'autre à faire, je n'avais plus qu'à écouter leurs conversations. Elles avaient un point commun: elles travaillaient au CHU, ai-je cru comprendre. Quelle vacuité dans leurs propos! Comment est-il possible de parler ainsi sans arrêt pour ne rien dire d'intéressant? On a bien raison de dire que les tonneaux vides font plus de bruit que les tonneaux pleins. Et ces rires surfaits, surjoués, envahissants. Car, finalement, le pire n'était-il pas cette façon d'occuper le terrain au mépris des autres?

Pour ne pas être taxé une fois de plus de mysogynie, je tiens à préciser qu'il aurait pu en être de même avec des supporters de foot ou des syndicalistes après une manif, par exemple. Mais les pipelettes sont peut-être les pires.

Ceux qui font tout à l'envers

Depuis qu'il est tout petit, un de mes fils fait tout à l'envers. Il brûle les étapes: il ne cesse de vivre précocement des expériences que d'autres attendent de longues années avant de les connaître. Pour mon fils, la vie ne consiste pas à faire d'abord des études, à avoir un bon métier, une base solide, avant de ... Je le disais, il fait tout à l'envers. Mais c'est mon fils et je l'aime comme il est.

D'après une étude récente de mon collègue Jacques Autenne, les négociateurs réunis autour d'Elio di Rupo ont fait un choix, en ce qui concerne la régionalisation des impôts et la gestion de ceux-ci, qui est exactement l'inverse de ce qui se fait ailleurs. Dans les autres Etats fédéraux européens (Allemagne, Suisse), mais aussi au Canada, par exemple, la perception des impôts qui ont une vocation redistributive (l'impôt sur les revenus essentiellement) relève de l'Etat fédéral, lequel gouverne la redistribution. Les négociateurs flamands demandent exactement le contraire.

http://www.lalibre.be/toutelinfo/belga/137244/europe-l-impot-davantage-percu-au-niveau-de-l-etat-federal.html

Un autre exemple: l'âge et le travail. La force de travail décline avec l'âge; mais ce déclin est compensé par une expérience et parfois une certaine sagesse. Comme l'Ecclésiaste, je crois profondément qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour être dans la mêlée de la vie et un autre pour prendre distance. Y a-t-il un âge pour cela? 65 ans? 67 ans? ou avant? Comme nous sommes aujourd'hui gouvernés par des comptables et non par des hommes de sagesse, on nous explique qu'il faudra travailler plus longtemps. On parle trop peu de l'aménagement des fins de carrière, de la qualité de la vie. J'en témoigne: moi, je ne me sens plus à même, à mon âge, de faire preuve du même investissement et de la même énergie que mes collègues plus jeunes; j'ai pourtant encore des choses à donner, à partager. Des collègues, j'en conviens, font la preuve du contraire. Le travail est-il la seule valeur importante dans la vie? Les valeurs ne sont-elles pas inversées?

Je me méfie de plus en plus des slogans. Rappelez-vous: "il faut travailler plus, pour gagner plus". Aujourd"hui, "il faut travailler plus longtemps pour ne pas perdre trop". Ne sont-ils pas creux? Ils font peser sur les travailleurs une espèce de fausse responsabilité: si vous ne gagnez pas plus, c'est par ce que vous ne travaillez pas assez ou pas assez longtemps. Curieuse conception. A quoi sert-il en effet d'asséner pareils slogans aux travailleurs, si les entreprises n'augmentent pas l'offre d'emploi? Or, que voit-on? Elles ont recours massivement à des délocalisations et les fermetures d'entreprises se succèdent. A quoi sert-il de responsabiliser (culpabiliser?) les travailleurs si les entreprises sont dispensées d'une réelle responsabilité sociale et collective? Une fois encore, certains posent peut-être les problèmes à l'envers, ou plus précisément en fonction seulement d'intérêts particuliers.

lundi 6 septembre 2010

C'est quoi la Flandre et c'est quoi un flamand?

Qui sont les flamands? Qu'est-ce que la Flandre? Du point de vue de la politique et de l'histoire.

Imaginons, pour éclairer autrement les errements politiques du moment, que l'on recrée, ne fût-ce qu'un instant, d'une part, le Comté de Flandre, et, d'autre part, la Principauté de Liège.

Le comté de Flandre, sans lequel on ne pourrait pas aujourd'hui parler de la Flandre, comportait, jusqu'au 17ème siècle, une partie, aujourd'hui rattachée à la France, où l'on parlait un dialecte plutôt thiois (à Duinkerke) et surtout picard (à Lille et aux larges alentours). Et une partie aujourd'hui belge où l'on parlait divers patois parfois peu compatibles entre eux. La Flandre d'alors était au moins bilingue. La ville de Lille le prouve, on y est flamand, mais on y parle français. Et c'est en France que va être ouvert un musée de la culture flamande! Que pensent les belges flamands de ces initiatives françaises?

http://www.musenor.com/Les-Musees/Cassel-Musee-Departemental-de-Flandre

La principauté de Liège, comme le Comté de Flandre, ignorait les frontières d'aujourd'hui. Le prince-évêque a été plus d'une fois un bavarois. En principauté de Liège, plusieurs langues coexistaient, compte tenu du territoire même de la Principauté. On y parlait le romand,  le wallon, le "plat-deutsch" ... et le latin, la Principauté étant ecclésiastique. Il n'est pas rapporté que ce multilinguisme fît problème.

Or, la Flandre belge, qui revendique aujourd'hui son autonomie, fait de la langue, en certains endroits du pays, son fer de lance. C'est cela que ne parviennent pas à comprendre les francophones du pays ... la logique: un territoire, une nation, une langue, un Etat. Ce n'est même pas une vision passéiste puisque le passé prouve le contraire. C'est une conception datée: l'Etat-nation du 19ème siècle.  Je suis un peu effrayé à l'idée que, dans la partie flamande de la Belgique, les idées majoritaires soient toujours celles d'il y a 150 ans. Je ne doute pas un seul instant que tous les flamands ne pensent pas de la sorte. Mais, il faut en convenir, un nombre important de flamands belges votent pour un projet politique totalement arriéré ... et empêchent les forces vives de s'exprimer, en Flandre comme en Wallonie ou à Bruxelles.

La presse a indiqué qu'à Bruxelles, capitale de l'Etat belge, mais aussi de la Flandre, il y a à peine 5 % de résidents néerlandophones. Les autres sont ou bien francophones (68 %), ou bien d'origine étrangère (et alors le plus souvent francophones par choix) ou internationaux (50 langues ... avec l'anglais comme base commune).

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2010-09-06/la-peripherie-bruxelloise-se-deflamandise-791580.php

Le gouvernement flamand a dû se rendre à l'évidence: Bruxelles et sa large périphérie sont de moins en moins flamandes.

Mais pourquoi donc Bruxelles, capitale de l'Etat fédéral Belgique (et de l'Union européenne) est-elle aussi capitale de la Flandre? C'est un peu comme si le Wisconsin choisissait Washington comme seule capitale. Les wallons, qui sont plus honnêtes, ont choisi Namur (ils auraient pu être mieux inspirés et choisir Liège), mais cela indique à quel point le détricotage de la Belgique s'illustre dans deux logiques inconciliables. Quand on fait miroiter aux wallons, la régionalisation, un Etat fédéral, aujourd'hui un Etat confédéral au mieux, deux (trois? quatre?) Etats, ils essayent de s'adapter au mieux et jouent le jeu. Les partenaires flamands pas.

Bien entendu, ceci n'est qu'un réaction d'humeur qui ne fait pas le tour de la question.

On ne m'a pas associé non plus, comme trouble-fête, aux négociations politiques ...