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vendredi 31 décembre 2010

2011

Nous allons, cette nuit, passer de 2010 à 2011. En soi, cela ne signifie rien. 2011 ne sera ni pire, ni meilleur que 2010. Je n'en dirai pas autant de 2012 ...  Des prophètes de mauvaise augure annoncent en effet pour 2012 la fin du monde, rien moins que cela.

Il est vrai qu'en 2012 des perspectives inquiétantes se profilent:
- la Belgique n'aura toujours pas de gouvernement;
- Sarkozy pourrait être réélu à la présidence de la République française pour un deuxième mandat;
- Berlusconi pourrait être toujours en place;
- la Chine aura racheté davantage encore de fleurons de notre industrie pour s'approprier nos technologies;
- Poutine aura repris la place de Medvedev et Medvedev se battra pour prendre la place de Poutine;
- l'Eglise catholique n'aura plus de pape ... mais monseigneur Léonard se présentera en sauveur;
- la reine d'Angleterre se présentera en public sans chapeau, ni couronne, pour la première fois;
- le président Gbagbo sera de retour;
- Ben Laden sortira de sa grotte;
- un tsunami est prévu à Ostende;
- les américains éliront un nouveau président nommé Bush Jr2;
- un volcan islandais paralysera une fois de plus toute l'aviation;
- des tomates transgéniques bleus seront en vente dans les supermarchés;
- les petits pois seront carrés et on ne pourra pas en exiger des ronds;
- une viande de synthèse sera commercialisée;
- les jeux olympiques d'hiver en Russie devront être annulés faute de neige;
- Brigitte Bardot, au bout de ses forces, laissera à leur triste sort les phoques et les ânes ...

J'en passe et des meilleures, car nul ne peut prédire de quoi demain sera fait.

Alors, je me dis qu'en attendant 2012, autant essayer d'aborder 2011 avec grandeur d'âme et en profiter!

Bonne année à vous qui me lisez et que je ne connais pas nécessairement!

mardi 28 décembre 2010

Le pouvoir des chansons

Cela a compté dans ma vie, il y maintenant un peu plus de quinze ans.

P. parlait surtout en chansons. Trois ont particulièrement compté.

La première, de François Hardy, m'a fait pleurer au-delà de l'imaginable. Je pleure encore aujourd'hui. P. avait glissé dans ma poche un CD. C'était lui et moi. Tu ressembles à ...


Tu ressembles à tous ceux qui ont du chagrin
Mais le chagrin des autres ne m'intéresse point
Parce que les yeux des autres sont moins bleus que les tiens

Et comme tous les gens qui ont eu du chagrin
Ton visage souvent a l'air dur et lointain
Mais le visage des autres est moins beau que le tien

A cause d'un regard, à cause d'un chagrin,
Je voudrais dire "je t'aime" et je voudrais dire "viens"
Mais ce n'est pas possible d'être sûr du bien,
ni du mal qu'on va faire, alors je ne dis rien

J'aurais peur moi aussi de te faire du chagrin
Et pourtant aujourd'hui c'est à toi que je tiens
Et pourtant toi aussi peux me faire du chagrin
Parce que les yeux des autres sont moins bleus que les tiens


http://www.youtube.com/watch?v=t4bl_2N_OcU

Puis, il y a eu un texte: "Point" de Françoise Hardy, encore. C'était lui. Un texte photocopié dans une enveloppe. La photocopie est toujours, pliée en 8, dans mon portefeuille.


point
je n'en ai qu'un
c'est ce qui m'inquiète, 
car il me met bien mal en point
et il me tient
fort comme un point faible 
sait faire à ce point
c'est un point pas acquis
un point noir dans ma vie
jamais un point d'appui


point 


pour faire le point
j'essaie de l'interroger plus ou moins
c'est en vain
de point en point
je tourne en rond
point d'interrogation
point sensible qui fait mal
et pourtant point vital
et peut-être point final

point
je n'en ai qu'un
c'est ce qui m'inquiète



Et puis, plus tard, quand les choses ont été moins tourmentées et plus heureuses, cette dernière chanson "Plus je t'embrasse, plus j'aime t'embrasser ...", qu'un ami Facebook vient de mettre en ligne et qui m'a replongé, avec émotion, dans ces années-là.

http://www.youtube.com/watch?v=9JftdyvyrAU

Il a fallu un garçon pour que cela me soit dit, cela que je trouve essentiel. Je dois être une midinette, mais on ne parlait pas en ces termes-là dans mon couple légitime. A cette époque, il n'y était question que de désir d'enfant à tout prix, d'achat d'une maison, d'une deuxième voiture et d'un travail à mi-temps (pas pour moi évidemment). Pour la façade, tout était en ordre: la messe du dimanche, le repas dominical chez les beaux-parents, les réunions de parents, les fancy-fairs, les équipes Notre-Dame, etc. On construisait, mais où était l'amour?

Et aujourd'hui?















Appelons-le B., le multiple

Nous devions aller au restaurant, j'ai préféré l'inviter à venir manger chez moi quelques bons restes.

Délicieuse soirée avec un convive que j'ai envie de qualifier de "multiple".

Délicieuse soirée, parce qu'elle a été faite d'écoute réciproque, de partage, de projets. Un moment d'exception.

J'aurais pu être multiple, comme lui - mais ne l'ai-je pas été? Il m'a convaincu que je pouvais l'être encore.

Est-ce l'amour de la littérature, de la musique, des arts qui nous réunit? Sans doute, un peu, mais il en sait tellement plus que moi, qui resterai toujours en ces domaines un intuitif. Ce qui nous réunit, ce n'est en tout cas pas notre statut de juriste.

Un moment a particulièrement manifesté ce qui nous rapprochait.

Je lui expliquais mon dernier séjour à Wavreumont, et comment, pendant une semaine, j'ai vécu avec un petit texte. Je l'ai lu, relu, écrit, dit à haute voix, récité, chanté. Je me suis arrêté sur l'un ou l'autre mot. J'ai associé les mots entre eux. J'ai associé les mots du texte avec ceux d'autres textes. Je me suis attardé aux personnages du texte. J'ai réfléchi à leurs relations entre eux, à ce qu'ils disent, à ce qu'ils éprouvent, à ce qu'ils expriment. Après tout cela - il fallait bien une semaine - le texte me renvoyait à moi-même. B. alors m'a dit qu'il avait fait de même avec des poèmes de Baudelaire ou d'Apollinaire ou des fables de Lafontaine. Il me disait qu'à certains moments de sa vie ces textes resurgissaient, quand des zones profondes en lui se réveillaient ou criaient famine.

Il m'a quitté avec un projet auquel il voudrait m'associer.

Je ne m'y attendais pas, mais je lui ai dit que j'acceptais.

lundi 27 décembre 2010

Entre "Famille, je vous hais" et Sainte Famille

Cela est étrange comme les messages peuvent être contradictoires. Certains vivent les réunions familiales à l'occasion de Noël dans le plus parfait bonheur et la plus parfaite harmonie et ils ne se privent pas de le dire ou le montrer; chez d'autres, cela finit toujours par un conflit et un grand clash et ils s'abstiennent de le dire; d'autres disent: "ces Noëls en famille, c'est vraiment ch..."; d'autres encore, que la famille laisse seul, en ces jours, disent:"Ne me souhaitez surtout pas Joyeux Noël". Et puis, il y a ceux qui n'ont plus de famille. J'ai tout entendu, ou vécu, autour de moi ces derniers jours.

J'ai entendu aussi un correspondant me dire ceci: "Jésus n'a pas demandé qu'on commémore sa naissance; d'ailleurs il n'est pas né le 25 décembre. La seule fois où il a dit de faire mémoire de lui, c'était, lors de la dernière cène, juste avant sa mort". Ce n'est pas faux.

J'ai eu beau expliquer à mon correspondant qu'il ne s'agissait pas de célébrer le jour de la naissance de Jésus pour ajouter, chaque année, une bougie à son gâteau d'anniversaire, mais de célébrer une révolution pour l'humanité, un basculement, une nouvelle alliance entre Dieu et l'homme, un avenir, un devenir, une espérance: il n'était pas convaincu. Il m'a dit prier tous les jours, plusieurs fois par jour même, mais il croit en Jésus pour ce qu'il a dit et fait. A sa naissance, il n'avait encore rien fait, m'a-t-il dit. Mon correspondant vit en France et aura bientôt 30 ans. Il a finalement rejoint sa soeur pour ne rien célébrer du tout, juste pour ne pas être seul.

Je suis, confronté à ces situations, souvent à court de mots.

Comment parler à celui qui est sceptique, à celui qui adhère au message dans les conditions que je viens de décrire?

Dimanche matin, j'ai rejoint, pour la messe, la communauté des bénédictines de la Paix-Notre-Dame, boulevard d'Avroy. La liturgie offrait à la réflexion et à la méditation l'exemple de la Sainte Famille. L'homélie entendue ne m'a été d'aucun secours. Ce fut un flot ininterrompu de paroles, sans respiration, sans accent, dont je n'ai rien retenu. Etais-je peu réceptif ou le prédicateur peu éloquent?

Il y avait pourtant tellement de choses à dire. Comment concilier l'exemple de la Sainte Famille avec le "famille, je vous hais" de Gide?

Dans ma micro-famille à moi, particulière, non biologique, les réunions de famille finissent souvent mal. Pourquoi? Chacun est prêt à y mettre du sien pourtant - ne fût-ce que pour offrir la fête à mes vieux parents - mais cela dérape. On sort de ces réunions de famille ébranlés, meurtris, tristes. Il m'est d'autant plus difficile de recevoir le message de ceux qui affichent, avec complaisance, leur réussite familiale, le bonheur des retrouvailles que rien n'entache. Où gît le mal?

Les bons conseils prodigués par Ben Sirac le Sage (3, 2-6, 12-14) et même Paul, dans sa lettre aux Colossiens (3, 12-31) y feront-ils quelque chose? La bonne volonté peut-elle suffire?

Reconnaissons à Paul, que je n'aime pas trop, de dire aux Colossiens quelques évidences, qui n'ont rien de spécifiquement chrétien (on doit trouver, dans d'autres livres de sagesse, des propos semblables). Extraits essentiels: "tendresse, bonté, humilité, douceur, patience ... supportez-vous ... pardonnez ... vous, les enfants écoutez vos parents ... vous les parents, n'exaspérez pas vos enfants; vous risqueriez de les décourager".

Mais comment faire, quand on a beau essayer, que cela ne marche pas, qu'on recommence à l'infini ... jusqu'à l'épuisement?











dimanche 26 décembre 2010

Connaissez-vous Catherine Seret?

J'ai passé une partie de mon enfance et de mon adolescence d'enfant unique dans une petite ferme de Hesbaye, à Borlez, plus précisément, un village rural aujourd'hui envahi de demeures formatées pour citadins en mal de verdure, mais qui comporte encore de très belles fermes hesbignonnes en carré, un petit château et deux vrais châteaux juste à côté, à Aineffe et à Les Waleffes.

Ci-dessous: une vue de la ferme et du château situés à Les Waleffes.





Le nom des familles qui vivaient là - Potesta de Waleffes ou d'Otreppe de Bouvette - me paraissaient très beaux. Plus beaux que le mien.

Il y a aussi, en cet endroit, beaucoup de chapelles, au détour d'un chemin, ou à un carrefour.



Ma mère avait conservé là des liens avec une famille qui avait accueilli ses deux soeurs pendant la guerre. On allait donc de temps en temps chez Georges et Alénie. On en revenait toujours avec des pommes, des prunes et des reines-claudes et des produits de la ferme. Quand Alénie nous accueillait, elle avait tué une poule (j'ai un jour assisté à l'épisode sanglant et à la poule qui courait sans tête dans la  cour de la ferme) et on mangeait ensuite de la poule - la poule que j'avais vue courir sans tête! - accomodée de toutes les façons.

C'est dans cette petite ferme que j'ai, lors de mes vacances, goûté, en toute insouciance, à un certain nombre de plaisirs de la vie ... notamment avec le fils d'Alénie, un peu plus âgé que moi, et qui s'appelait Lucius, comme son grand-père. Le grand-père Lucius restait toute la journée dans son fauteuil et il s'occupait avec des ficelles. Il faisait des noeuds et puis il défaisait les noeuds. Dans l'agitation de la ferme, il était le seul qui ne bougeait pas, mais il était là. "Ca va, monsieur Raikman?". Il ne répondait pas. Puis, nous partions à vélo, ou Lucius m'emmenait au jardin me faire manger des feuilles de menthe ou boire de la prunelle en cachette, dans la cave. Nous avions squatté un ancien grenier à blé qui était devenu notre QG. Il m'emmenait même voir, cachés dans un buisson, les filles du docteur qui bronzaient en bikini dans le jardin de leur père. Moi, j'aimais surtout le soir, quand Lucius et moi, nous retrouvions le lit que nous partagions. Et aussi le matin.

Dans le village, on parlait souvent d'un fermier qui, suite à un accident, avait eu la gangrène et qui avait été guéri par l'eau de Catherine Seret. Cela était pour moi fascinant. Qui était donc cette guérisseuse à laquelle on croyait dur comme fer? Même le curé semblait y croire.

Je suis un jour allé, avec mes parents, chez les descendants de cette dame, à Saint Georges-sur-Meuse. La famille, encore aujourd'hui, détient les secrets. A mon époque, c'était comme un rituel. On était accueilli dans la salle à manger et religieusement on apportait le remède: l'eau, l'onguent ou le bâton. Aujourd'hui, les descendants semblent commercialiser un peu la chose. Tout se perd. Mais rien ne dit que les remèdes de Catherine Seret soient inefficaces. Elle aurait, on ne sait en quelles circonstances, recueilli les confidences d'un médecin des troupes napoléoniennes ...

http://www.saint-georges-sur-meuse.be/commune/histoire/catherine_seret.htm





mercredi 22 décembre 2010

Pourquoi autant d'agacement à propos des chants de Noël?

Comme toujours à pareille époque, certains manifestent leur agacement pour les chants de Noël, parfois même d'une manière fort radicale. N'ai-je pas entendu récemment quelqu'un affirmer que son seuil de tolérance ne dépassait pas l'Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach?

Cela m'attriste. Car n'est-ce pas faire preuve d'une étonnante étroitesse d'esprit et se priver de bien des joyaux? Que serait la musique, sans les thèmes religieux, qu'il s'agisse de la musique populaire ou de la musique dite sérieuse? Le thème de Noël, en particulier, a été une source d'inspiration féconde.

Evidemment, si l'on se réfère aux 50 Hits de Noël en deux CD diffusés par les media commerciaux et sur les marchés de Noël ... les mêmes depuis trente ans réutilisés à l'infini.

Je ne suis pas un spécialiste de la musique dite "sérieuse", mais je l'écoute quand même beaucoup. Outre Bach et son oratorio de Noël, je réécoute chaque année, avec émotion des oeuvres que je n'écoute qu'en cette période de l'année, ce sont mes favoris. Par exemple, de Marc-Antoine Charpentier l'Oratorio de Noël, la Pastorale de Noël, Noël sur les instruments, de Heinrich Schütz, Weihnachthistorie, différentes versions du motet "O magnum mysterium" (principalement celle de Tomas Luis da Victoria) ou encore "A ceremony of Carol" de Benjamin Britten (j'adore pour les voix, une version enregistrée par l'Escolania de Montserrat).

  

Le répertoire de Noël m'a toujours fasciné, parce qu'il est avant tout vocal et choral. 

Voici quatre raisons qui m'ont conduit à ne pas le mépriser:

- même les thèmes les plus éculés peuvent être transformés, un jour, par un nouvel arrangement, qui leur donne une nouvelle jeunesse. Je pense ici à ce très bel album comprenant des arrangements de John Rutter (en ce compris l'inusable Stille Nacht).



Mais je découvre de nouveaux arrangements chaque année. Comme toujours, deux groupes excellent dans ce répertoire grâce aux nouveaux arrangements qu'ils proposent: The King's Singers et Chanticleer. Mais ne négligeons pas The Swingle Singers (old and new).


 
   

- l'invasion de certains standards, véhiculés par les media américains, est, il faut le dire, assez désespérante. Est-ce une raison pour ne pas s'intéresser aux traditions locales? Quelle richesse dans le répertoire traditionnel français, italien, espagnol, sud-américain ... et liégeois. Car il existe un répertoire de chants de Noël purement liégeois harmonisés notamment par quelques musiciens locaux Charles Radoux, Raymond Micha, Edouard Senny, par exemple  (Vouss vini cuzène Mareye? Bondjou vwèzenne, O souh! Mareye, qui fait-i freud ). Les seules traces qui me restent sont quelques partitions et un enregistrement auquel j'ai participé avec les Colibris, il y a 25 ans. Le répertoire des Christmas Carols  n'est fait que de bijoux, surtout chantés par ces incomparables choeurs de garçons que comptent les cathédrales anglaises.

- comment enfin négliger la part de ces mélodies populaires dans la musique dite "sérieuse"?

- il y a sans doute enfin un peu de nostalgie, chez moi, à réécouter les Compagnons de la chanson (c'est ce que préfère mon fils, dans mon répertoire de Noël!) qui restent dans ma mémoire, comme reste dans ma mémoire ce conte de Noël raconté sur disque, que j'avais reçu comme cadeau "Bouli la loutre", ou encore "La pastorale des santons de Provence", rééditée aujourd'hui.




     

Je ne dédaigne pas non plus le répertoire kitsch ou inattendu, à la condition qu'il ne soit pas le seul. J'aime ainsi écouter aussi Bing Crosby et les Andrews sisters, Ray Connif, The  Boston Pops orchestra, The Golden Gate Quartet et The Stars of faith! Et connaissez-vous la seule chanson, sans doute, écrite par  Charles Trenet pour Noël? Il y est question de jeunes bergers qui sautent au milieu de gentils animaux au détour de quelques routes de France ...

Le papa pélican

Ma psy, tellement géniale, dit que je suis un "papa pélican".

Françoise Dolto nous avait familiarisé avec le "complexe du homard".




Me voilà promu au rang de "papa pélican"!

Les psy aiment les comparaisons animales. Ne parle-t-on pas de "femmes cougar"? Exemple de "femme cougar": Catherine  Deneuve, comme on l'aime, classe, mais néanmoins audacieuse.



Non, mais arrêtez, j'aimerais bien aussi être cougar! Pourquoi devrais-je être seulement pélican?

A partir de quand, d'abord, devient-on un papa pélican? C'est très simple ...

Cela commence quand un de vos fils vous dit: "tu peux me refiler 30 euros pour sortir; j'ai découvert sur le net une nouvelle copine; je ne te demande que 30 euros, papa, juste pour remettre un peu d'essence dans la voiture et assurer ...". S'il s'agit d'assurer, comment dire non?

Ensuite, on se dit qu'on est plus souvent pélican qu'on ne le croit!

Papa, je peux t'emprunter ton tournevis (tournevis qui ne réapparaîtra jamais)?. Papa, t'as pas un cable usb pour relier mon portable à ... Papa, je peux prendre ton appareil photo? Papa, j'ai encore tous les tupperware d'avant - je te les rapporterai - mais, si tu as de la sauce spaghetti .... Papa, je dois aller à Seraing, il ne te reste pas une carte de bus, par hasard ... Papa, mon ordi est en panne, je peux aller sur le tien ... Papa, je n'ai pas encore touché, tu peux m'aider ... Papa, j'ai dévié mes appels téléphoniques sur ton numéro, comme ça, je suis sûr qu'ils arriveront, c'est quand même plus simple comme cela, tu ne trouves pas? Papa, tu peux me passer une paire de chaussettes. Tant que t'y es, t'as pas un slip pour moi ...

Parfois, le papa pélican n'en peut plus.

Parfois,  il souffle un peu, quand ses fils tout à coup prennent la décision de prendre les choses en main.

mardi 21 décembre 2010

La paternité de Joseph

Il existe un évangile selon Matthieu. Comme toujours avec les évangiles, on ne peut être sûr qu'un dénommé Matthieu soit bien l'auteur de ces lignes. Ils ont dû être plusieurs qui conservaient un souvenir. J'ai entendu, ce dimanche, une parole très belle: "on ne signe pas plus un évangile qu'on ne signe une icône, ce n'est pas l'auteur qui  compte; c'est ce qui est dit ou montré. L'auteur ne compte pas".


Il n'y a pas non plus de titre à l'évangile selon Mathieu, pas plus sans doute, à l'origine, que de chapitres et de versets. Cela commence néanmoins comme ceci: "Livre des origines de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham". N'est-ce pas là le titre?

Les origines, comme du temps de la Genèse, de la création du monde et de l'homme. Fils de David et d'Abraham. Une lignée, mais aussi, surtout peut-être, une nouvelle genèse.

J'aime à penser que Dieu n'est pas aussi parfait que nous le croyons, qu'il lui est arrivé d'avoir du regret pour ce qu'il avait fait et qu'il est prêt à recommencer son oeuvre. Il faut dire qu'avec nous, les hommes, il a fort à faire. Ne fait-il pas, d'une certaine manière, aveu d'échec quand il expulse Adam et Eve du paradis?

Dans une lignée, on est engendré de père en fils (les lignées sont moins souvent fondées sur la filiation maternelle, alors que la filiation maternelle est plus aisée à établir que la filiation paternelle). L'évangile selon Matthieu propose, en son début, une filiation de Jésus selon la lignée paternelle pour le rattacher, sans doute de manière fort artificielle, à David et à Abraham.

Ce n'est pas cela qui est important. Le plus important se trouve au verset 16 du chapitre 1er de l'évangile: "Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle Christ".

Extraordinaire renversement: une femme est mentionnée tout à coup dans la lignée. C'est que quelque chose d'important se passe. Un cycle est rompu. Un nouveau cycle commence, qui sera suivi peut-être d'autres cycles.

Le début de l'évangile selon Matthieu ne précise pas non plus ce qu'il va se passer après la dernière étape de la litanie. On n'y parle pas de la descendance de Jésus. Pourquoi tout s'arrête-t-il là? A-t-il eu des enfants? On nous dira que cela n'est pas très important de le savoir. On occultera d'ailleurs le fait. Cela me réjouirait pourtant qu'il en ait eu, pour confirmer encore un peu plus son humanité, son incarnation.  Jésus aura néanmoins une grande descendance (comme Abraham). Il y aurait beaucoup à dire sur cette descendance-là de Jésus.

Pauvre Joseph?

Joseph sera l'époux de Marie, mais il n'aura pas engendré son enfant. Il lui faudra un certain temps, le temps de la patience, pour accepter de la prendre chez lui. Dans la Bible, quand un ange vient pour révéler la solution, cela veut toujours dire que le destinataire a surtout beaucoup réfléchi, qu'il est "rentré en lui-même". Joseph aurait pu sombrer dans la récrimination, dans le scandale, répudier Marie. Il en avait le droit.

Pourquoi ne l'a-t-il pas fait?

Parce qu'il lui a été concédé un grand privilège, celui de donner un nom à l'enfant de Marie. Donner un nom, c'est reconnaître. Donner un nom, c'est créer une identité. Donner un nom, c'est faire un pari pour l'avenir. Jésus, Josué, Yeshouah veut dire "le Seigneur sauve". La responsabilité et la clairvoyance de Joseph ont donc été capitales, quand il a donné à cet enfant un nom.

Je suis fort interpelé par la paternité de Joseph, parce qu'elle me rejoint, dans ma vie personnelle. Moi non plus, je ne suis pas le géniteur de mes deux fils. Mais je leur ai donné un nom et fait ainsi un pari sur leur avenir.

Samuel veut dire, en hébreu, "son nom est Dieu".
Benjamin veut dire, en hébreu, "fils de la chance".

Je n'avais pas pensé à tout cela au moment de leur donner un nom, avec Anne. Nous avions pensé à d'autres choses. Avec le recul, cela me paraît tellement juste et interpelant pour moi-même.

Pour en parler, il me faudrait des pages et des pages ...

lundi 20 décembre 2010

Des hommes et des dieux

Comme toujours, je n'ai pas vu ce film au moment où tout le monde s'est précipité pour le voir. Je préfère, en règle générale, voir les films après les autres. Tout ce que les autres ont pu en dire ne m'empêche pas de me faire une opinion. En toute chose, j'aime prendre du recul. Là maintenant, je l'ai vu, ce film.








C'est un film qui me touche à plusieurs niveaux, ce qui est plutôt une qualité pour un film.

Tout d'abord, il propose une vision très juste de la vie monastique. Des hommes ordinaires se vouent au sublime. Ils restent pourtant des hommes, avec leurs expériences propres, leur passé, leurs doutes, leurs peurs, leurs faiblesses, malgré leur idéal. Ce qui structure ces hommes, c'est la prière personnelle, la liturgie, la vie communautaire, la fréquentation des textes saints (ou plus largement de sagesse) et l'ouverture aux hommes. N'est-ce pas un beau programme de vie, l'un des plus beaux peut-être?

Le film révèle de très beaux moments de vie communautaire. Je retiendrai particulièrement celui où le frère le plus âgé, Amédée, masse les épaules d'un frère plus jeune, pour l'apaiser, après une attaque violente. J'ai repensé alors à un autre film Le grand silence, consacré aux chartreux, un film exceptionnel en silence tourné à la Grande Chartreuse près de Grenoble. On y découvre aussi pareils gestes d'attention entre frères.




Une deuxième chose me touche très profondément. Ces moines sont très bien intégrés dans le village de l'Atlas où ils se sont établis. Les gens simples savent reconnaître les gens de bien. Un ancien du village ne dit-il pas, aux frères Christian et Luc: "Les oiseaux, c'est nous; la branche, c'est vous". Il y a ceux que la religion réunit et ceux que la  religion oppose. Le frère Christian avait fait le pari de la réunion. Il se sentait porté quand, pendant l'office des vigiles, à 5 heures du matin, il entendait résonner le chant du muezzin. Il savait que, dans son village, d'autres hommes priaient à cette heure-là, musulmans ou chrétiens, peu importe dans le fond. Il connaissait aussi bien la Bible que le Coran. Avec ses moines, il pouvait prier aussi en écoutant le Coran. Il était tout donné à cet idéal de rapprochement. Oui, un idéal.

Chacun de ces frères - tous les acteurs sont excellents - véhicule un torrent d'humanité.

Il en est un pourtant qui surpasse tous les autres dans le film: Frère Luc. Est-ce dû à la personnalité de Michael Lonsdale, qui trouve sans doute là son plus beau rôle? Le vrai frère Luc était-il comme cela? J'aurais aimé le rencontrer.

Lambert Wilson, frère Christian dans le film, a hérité d'un rôle très difficile, plus difficile que celui de frère Luc. Un rôle comportant beaucoup de silences. Frère Christian n'est pas éloigné des hommes, mais, pour lui, ce n'est peut-être pas l'essentiel. Il brûle d'abord d'un rêve. Il pense et, quand il est confronté aux hommes, il a un peu de peine à se mettre tout à fait à leur niveau. Lambert Wilson rend cela très bien.

De certains films, on sait qu'on ne les regardera qu'une fois. Je sais déjà, quant à moi, que cela ne sera pas le cas de celui-ci.



dimanche 19 décembre 2010

Un noël blanc, un noël sans dieu


Il neige sur Liège. Il y a bien longtemps que nous n'avons pas connu en ville une aussi longue période de neige et ce n'est pas fini apparemment. Se déplacer est devenu difficile. Il faut affronter les routes et les trottoirs glissants, s'équiper pour lutter contre les flocons. Pourtant, les arbres en face de chez moi n'ont jamais été aussi beaux qu'aujourd'hui, comme si la beauté devait s'accompagner de désagréments.






Et si la neige était tombée pour nous mettre en question?

Qu'allons-nous faire de Noël?

Rien peut-être, parce que cela ne nous dit rien ou que nous n'en avons pas les moyens. Noël sera alors comme un autre jour, banal, sans signification. Puisse-t-il ne pas y avoir trop de jours sans signification pourtant dans nos vies.

Je me dis aussi que la neige pourrait bien nous empêcher d'aller acheter nos cadeaux ou décorations de Noël, d'aller chercher notre foie gras ou la traditionnelle bûche, de nous déplacer pour le réveillon. Je me dis que, à cause de la neige, chacun pourrait être réduit à rester chez soi et à faire avec ce qu'il a. On fêterait Noël simplement. Peut-être, irait-on rechercher la vieille crêche du temps de nos enfances au grenier? Il n'y aurait pas de télé et les vieux contes resurgiraient. Il n'y aurait pas d'autre cadeau que celui de la présence à l'autre. Il y aurait du rêve autour des bougies.

Bien entendu, mon rêve à moi est un cauchemar pour les volaillers, les parfumeurs, les traiteurs, les commerçants du marché de Noël, les restaurateurs, etc. Tous ceux pour qui Noël est l'occasion de faire des affaires ou la fête. Je ne puis les blâmer, car il est bon aussi parfois de faire des cadeaux et de faire la fête.

Il existe pourtant un grand oublié dans tout ceci. Celui dont on célèbre la naissance. Celui qui a constitué un "grand pas pour l'humanité" (comme aurait dit je ne sais plus quel astronaute américain), le Nouvel Adam, comme a dit un autre, qui n'était pas astronaute. Y aura-t-il un autre nouvel Adam, après lui? La tâche de Dieu est tellement immense avec les hommes qu'il me paraît normal qu'il s'y reprenne à plusieurs fois. Qui a dit d'ailleurs que Dieu devait tout réussir du premier coup?

Si Noël représente vraiment un grand pas pour l'humanité, il semble bien qu'on l'ait oublié.








vendredi 17 décembre 2010

Se sentir à l'étroit

Je n'avais jamais connu auparavant cette impression: me sentir à l'étroit dans mon corps. Cela est le cas pourtant, depuis plusieurs années maintenant, et toujours de plus en plus. La cause et le remède, s'ils existent, relèvent de la médecine. Moi, je me contente de gérer le symbole.

Concrètement, cela signifie une résistance moindre, une fatigue plus rapide, une douleur de tous les instants, mon corps rétrécit. Les gestes, les attitudes, les déplacements deviennent limités. La vie sociale aussi, par conséquent.

Il reste le coeur et l'esprit. Puissent-ils trouver, dans cette situation nouvelle, une occasion de se déployer.

J'ai déjà évoqué, dans ce blog, mon rapport à la parole; plus précisément, celle qui figure et est offerte dans la Bible des Chrétiens. Le jour même, où mon esprit nomme ce sentiment de me sentir à l'étroit dans mon corps, un texte de Saint  Grégoire de Nysse (mort en 394) m'est tombé sous les yeux. Et surtout cette phrase: "Et pourtant, lui, si grand, lui tel qu'il est, capable de tenir dans sa main toute la création, devient tout entier contenu en toi; il habite en toi, sans se sentir à l'étroit". 

Zut, alors!

mercredi 15 décembre 2010

Madame Tchoupette


J'ai une grande chance: je vis dans un quartier qui est l'opposé de Neuilly-Passy ou,  pour prendre une comparaison locale, par exemple, Embourg (dans la périphérie de Liège).

Quartier multiculturel par excellence, on y croise en outre, tous les jours, des personnages locaux "hauts en couleurs". On comprend mieux, en les observant, ce qui a inspiré les créateurs des célèbres marionnettes liégeoises. A l'inverse du théâtre de Guignol, qui s'inspire de la commedia dell arte, ici, les marionnettes représentent toujours quelqu'un qui a existé. Seuls les "gens de la haute" sont représentés de manière codifiée.

Ceux "de la haute":






Observez bien la photo ... un petit "de la haute" se cache parmi les autres. Il attend son tour ... Il ferait pourtant tellement mieux de pendre un peu de hauteur ...

Ceux de mon quartier:



Un mélange:



Roger fait partie de ces personnages. Rondouillard et la barbe abondante, Roger est omniprésent dans le quartier: soit il est habillé en vert pour aller défiler avec la C.S.C. (syndicat chrétien), soit il est habillé en cantonnier pour défiler dans les cortèges folkloriques, qui ne manquent pas dans le quartier. Roger aime les cortèges et les défilés. Souvent en tête, avec sa canne, il faut le voir marcher de moins en moins en droit, lors des fêtes du 15 août! Quand on le croise au Carrefour (le magasin), dépouillé de ses attributs, on a peine à le reconnaître. On ne doit pas croiser beaucoup de Roger à Neuilly. Ici, dans mon quartier, tout le monde connaît Roger et aime bien Roger!






Mais Roger n'était pas le sujet de ma contribution. Je dois encore vous parler de madame Tchoupette. On la croise dans les magasins, à la banque, à la pharmacie, au carrefour (le vrai, pas le magasin). Quand elle sort, madame Tchoupette, qui doit avoir un âge respectable, a toujours les joues roses et les cheveux blonds ... au prix de quelques artifices utilisés avec abondance. Partout, elle a besoin qu'on vienne à sa rescousse. Elle est souvent un peu perdue. Alors, on vient à sa rescousse. Comme elle appelle tout le monde "M'tchou" (mon chou) - "Merci, hein, m'tchou" - tout le monde, dans le quartier, l'appelle "madame Tchoupette", même les marocains.


mardi 14 décembre 2010

Mes Colibris

Je ne supporte pas la nostalgie, l'adoration béate du passé, mais je puis être fort touché par la redécouverte d'un passé, d'une partie de mon passé.

L'aventure des Colibris, une manécanterie à laquelle j'ai été associé, entre deux âges (17 ans, lors de mon entrée, 35 ans, quand j'ai quitté), a été une des plus belles expériences de ma vie. Je ne parlerai pas ici des tournées, ni des concerts.

Rassemblant les chants de Noël en ma possession, j'ai redécouvert le CD que les Colibris ont édité pour leur 50ème anniversaire, en 1993.

Je suis frappé par plusieurs choses, que je n'ai plus trouvées dans aucun des choeurs que j'ai fréquentés par la suite: d'abord la justesse extrême (on chantait juste avec les Colibris), la précision des attaques, les nuances (du plus doux au plus fort),  toujours à bon escient, la cohésion des voix, le sens de l'interprétation qu'avait Marcel, notre chef.

C'était vraiment du très, très, bon travail, alors qu'il s'agissait d'abord de gamins (de 8 à 14 ans) et de quelques adultes. Une répétition en choeur, tous les vendredis; une répétition par pupitre, en semaine; trois week-ends de travail par an, des concerts ... et quelques récompenses.

Je n'ai plus jamais rencontré dans les choeurs d'adultes amateurs, que j'ai fréquentés par la suite, la même ferveur, ni le même résultat. Les adultes sont sans doute moins malléables que les jeunes enfants. Ou bien l'engagement n'est plus le même.

Le disque de Noël des Colibris est une vraie réussite.

Je suis ému en l'écoutant. Certes, les ténors "ténorisent" un peu. Il n'y avait pas de vrai ténor, dans le groupe: j'avais été désigné pour faire illusion au sein du pupitre. Résultat: on est plus proche de Tino Rossi que de Roberto Alagna, sauf dans les graves.

Le CD Noël et le CD 50ème anniversaire représentent la période d'excellence des Colibris. Je suis heureux d'avoir participé à l'un et à l'autre. Ils sont surtout l'oeuvre d'un homme d'exception: Marcel Warny, qui a été un ami très cher. Musicien et pédagogue (hors profession), totalement donné au merveilleux projet des  Colibris.

De toutes ces aventures, il subsiste aujourd'hui un réseau étonnant, de par le monde, comptant même des personnes connues.

lundi 13 décembre 2010

Un mauvais procès

Que nous dit la presse? Que pensent les citoyens? Que dit le droit?

Le procès KB et KBLux, initié il y a quinze ans, pour une fraude fiscale présumée de 400 millions d'euros ne sera sans doute jamais jugé au fond. Les avocats des banquiers ont réussi à déceler une faille: certaines preuves n'auraient pas été recueillies régulièrement par le juge d'instruction. Disons les choses comme elles sont: des banquiers, en parfaite connivence avec certains de leurs clients, ont proposé des mécanismes frauduleux, au préjudice de l'Etat, et évidemment pas de manière désintéressée. Pour avoir fait cela, ils ne seront jamais jugés, ni condamnés. Ils ne seront pas non plus blanchis: la justice a refusé de se prononcer à leur sujet. C'est déjà cela: ils resteront, par conséquent, pour toujours suspects et objets de méfiance. L'opprobre, par contre, pèse, en cette affaire, sur le juge d'instruction: il aurait notamment exercé certaines pressions sur des témoins. Les banquiers échappent à un jugement. Le juge d'instruction est, quant à lui, désavoué ; il est même possible qu'il ait à subir des sanctions disciplinaires.

Peut-on dire que justice a été rendue, dans ce cas, si l'on met en balance la faute du juge d'instruction et celle des banquiers prévenus, leur faute étant connue, mais pas assez régulièrement établie pour être finalement prise en compte? Qui a commis la plus grande faute?

Oui, diront les juristes. L'exercice du pouvoir judiciaire trouve sa légitimité dans le strict respect des règles de la procédure. Ils ont raison.

Non, dira le citoyen. Tout le monde sait que cette fraude a existé. Certains clients de ces banquiers ont même été condamnés pour cela. Le citoyen a raison aussi.

On a parlé, dans la presse, à propos de cette affaire, d'un "mauvais procès". Il s'agit en effet d'un très mauvais procès, car il laisse à peu près tout le monde insatisfait, après quinze ans de parcours judiciaire, sauf les banquiers. Le droit est en cause. L'habileté des avocats est en cause. L'application du droit peut donc conduire à une vérité judiciaire qui ne donne pas le sentiment que justice a été rendue. Deux fautes ont été mises en balance: celle du juge d'instruction et celle des banquiers présumés complices de fraude fiscale organisée. On a beau invoquer tous les grands principes du droit, il semble bien que, dans ce procès, on ait eu peu de souci de trancher "en vérité". Et il n'est pas sûr que le citoyen soit au courant  et pleinement convaincu par le concept de "vérité judiciaire".

La vérité, qui n'existe pas, sauf comme un idéal, sort-elle grandie d'un procès comme celui-là?

Mais qui a dit que le droit parlait de choses vraies? Et qui a dit qu'une décision de justice doit être perçue comme juste?


« Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. 
Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité » 
(Jean Giraudoux)

Le juge et l'avocat, selon Benoît XVI

Le texte que je vais reproduire est incompréhensible pour le commun des mortels. Il est offert à la méditation des chrétiens dans certaines publications. Oserais-je ajouter qu'il est aussi incompréhensible pour le commun des chrétiens. Un peu plus averti du christianisme que d'autres, je dois bien avouer que je n'y comprends rien non plus.

L'avènement du Seigneur


Le jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. S'il était seulement grâce qui rend insignifiant tout ce qui est terrestre, Dieu resterait pour nous un débiteur de la réponse à la question de la justice - question décisive pour nous face à l'histoire et face à Dieu lui-même. S'il était pure justice, il ne pourrait être à la fin pour nous tous qu'un motif de peur. L'incarnation de Dieu dans le Christ a tellement lié l'un à l'autre - justice et grâce -  que la justice est établie avec fermeté. Nous attendons tous notre salut dans la crainte de Dieu et en tremblant (Ph. 2, 12). Malgré cela, la grâce nous permet à tous d'espérer et d'aller pleins de confiance à la rencontre du Juge que nous connaissons comme notre "avocat" (parakletos).

Ce texte est de Benoît XVI, pape et théologien.

Je ne sais pas ce que mes collègues juristes pensent de ceci.

Et la poésie dans tout cela? Ces paraboles de Jésus, par exemple, qui n'avaient d'autre but que de nous rendre meilleurs.

Quand je fais la vaisselle, je chante toujours. Cela fait rire Sam. Je chante des psaumes. J'invente les mélodies, mais aussi les textes ... j'emprunte des petits morceaux de texte, à gauche et à droite,  je les relie, je les associe, et cela fait un nouveau psaume! Cela a même du sens!

Quand je veux entendre des choses qui ont vraiment du sens, je vais à Wavreumont!

vendredi 10 décembre 2010

Un édicule ... qu'est-ce donc que cela?

Dans la mémoire infaillible de mon ami Robert, le mot "édicule" se trouve entre "édicter" et "édifiant".

Je m'attends donc à un sujet de haut niveau. Le premier sens du mot ne me déçoit pas: "Petit temple, chapelle ou dépendance d'un édifice religieux". A Liège, par exemple, la cathédrale dédiée à Saint Lambert comportait une petite église, Notre Dame-aux-Fonts, jointe à la première, où se trouvaient les fonts baptismaux. Il s'agissait d'un édicule. Cette pratique, on parle alors de "baptistère", est très répandue. On peut admirer, en Toscane, nombre de baptistères, qui sont autant d'édicules. L'édicule n'est pas que chrétien. Robert me chuchote que Pierre Loti, en terre musulmane, relevait la présence "d'édicules secondaires, portiques ou mirhabs dont le sanctuaire est entouré". Parfois l'édicule, surtout quand il s'agit d'un baptistère, peut prendre des proportions importantes.




 




A partir de 1900, le mot désigne de plus en plus, et surtout, de petites constructions dans l'espace public, telles que les colonnes Morris, les kioskes à journaux sur les boulevards, les cabines téléphoniques ou les "abribus". Plus fonctionnelles, elle n'ont pas toujours la grandeur de leurs ancëtres, mais parfois ne manquent pas de charme.


  





Parmi les édicules, on range aussi généralement les "vespasiennes", en voie progressive d'extinction. 


La vespasienne est un lieu dont la fonction est de permettre aux mâles de la société d'uriner là où ils passent dans une intimité plus ou moins relative. Malgré leur fonction fort prosaïque, les vespasiennes se parent parfois d'atours esthétiques.








La vespasienne se distingue de l'urinoir par le souci qu'elle a de garantir une certaine intimité.

La ville de Liège ne compte aucune vespasienne, mais bien quelques urinoirs. Le plus célèbre se situe à l'ombre de la cathédrale Saint-Paul. Les urinoirs liégeois ne dégagent certes pas des effluves plus agréables que les vespasiennes parisiennes. Comment dire? Peut-être sont-ils plus conviviaux ...

L'importance de cet endroit stratégique n'a pas échappé à tout le monde! N'a-t-il pas été proposé pour un classement au patrimoine mondial de l'Unesco!




Bon courage quand même!


Juristes incongrus et économistes atterrés

Il y a quelque temps déjà, sur Facebook, j'avais lancé l'idée d'un Cercle des juristes incongrus. Un jeune collègue français s'y était associé et plusieurs de nos amis, disciples ou étudiants s'y étaient ralliés.

D'après mon cher Robert, qui vit avec moi depuis quarante ans, "congru" veut dire "qui convient exactement à une situation donnée". A l'origine, sous l'ancien régime, il s'agissait pour un prêtre de niveau supérieur de répartir entre ses subordonnés ce qu'il avait pu percevoir en fonction des besoins de chacun de ceux-ci. On peut aussi dire "adéquat, convenable ou pertinent", me chuchote Robert, qui sort à l'instant de la douche. Ce n'est pas le moment! "Va plutôt faire la vaisselle", lui ai-je répondu. Si je puis vous donner un conseil, n'épousez pas un Robert! Qu'il soit grand ou petit, il a toujours réponse à tout et il en sait toujours plus que vous; en plus, il gagne toujours au jeu Questions pour un champion, avec l'inusable Julien Lepers.

Imaginant le concept de "juristes incongrus", j'avais bien entendu cherché à réunir des juristes qui puissent faire preuve d'impertinence et ne pas être toujours convenables. La liste de ceux qui ont souscrit à ce groupe en dit long. A vrai dire, ce qui en dit long surtout, c'est la liste de ceux qui n'y ont pas souscrit.

Récemment, des économistes ont signé un manifeste et organisé un colloque, sous le label d'un collectif appelé Les économistes atterrés. Je trouve réjouissant que des économistes aient l'impertinence de dénoncer la pensée unique qui règne, en économie, plus encore qu'ailleurs. Cela est pire que dans l'Eglise catholique, tant les dogmes qui gouvernent l'économie mondiale semblent résister à toute mise en cause. Dans l'Eglise catholique, par contre, ils ne cessent de s'effondrer l'un après l'autre.

http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html

Quel bonheur d'entendre des économistes atterrés s'exprimer! Enfin! Certes, ils doivent encore fournir quelque effort pour être audibles, compréhensibles, crédibles. Mais c'est un pas dans la bonne direction!

Tous des gauchistes dogmatiques affirmeront ceux de l'autre camp: dogme contre dogme!

On a beaucoup pointé le rôle des écoles de commerce dans la propagation du dogme néo-libéral, aujourd'hui fragilisé par les faits. Ces écoles, souvent financées par des capitaux privés, pouvaient-elles tenir un autre discours que celui de leurs pourvoyeurs de fonds? A Liège, HEC, institution privée à l'origine, fait dorénavant partie de l'Université, institution publique, neutre, soumise à la critique scientifique. Ce mariage,  à l'époque où il a été conclu et consommé, me paraissait contre nature. Il semble que tout le monde s'en accommode aujourd'hui. Je ne cesserai de penser qu'un des deux partenaires de cette union a bien dû vendre un peu de son âme dans l'aventure. Lequel des deux?

Des écoles de commerce, toujours promptes à saisir la balle au bond,  vantent aujourd'hui la responsabilité sociale de l'entreprise. L'enjeu n'est-il pas celui-là?

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/12/08/des-ecoles-de-commerce-vantent-la-responsabilite-sociale-de-l-entreprise_1450462_3224.html

mercredi 8 décembre 2010

Simone Pacot

Ma vie a connu plus d'une rencontre présentant un point commun: venant au bon moment, ces rencontres m'ont orienté vers des voies inconnues, mais qui me correspondaient très justement.

Est-il possible de vivre pleinement serein, libéré, si l'on traîne au fond de soi, depuis longtemps parfois, des blessures qui ne parviennent pas à se refermer, de la culpabilité, de l'insécurité, de la peur, de la tristesse infinie, de la honte parfois, de la haine même? On peut alors se sentir, puis se retrouver, fort seul, enfermé.

Seul? C'est sans compter que d'autres, que nous ne connaissons pas personnellement, ont vécu la même chose avant nous et que d'autres l'expérimentent sans doute au même moment que nous.

Découvrir que d'autres ont franchi l'expérience et ont des choses à nous en dire est salutaire. Soeur Madeleine, à l'abbaye de la Paix-Notre-Dame, boulevard d'Avroy, m'a dit, il y a quinze jours: "ce que tu me dis de ta vie me fait penser à quelqu'un ... Simone Pacot; cherche sur internet, peut-être trouveras-tu là quelque chose qui te correspond".

De Simone Pacot, on sait fort peu de choses, juste ce qu'elle veut bien nous dire. Elle a été avocate au Maroc, où elle est née, puis à la Cour d'appel de Paris. Elle est de confession protestante. Issue d'une famille tolérante, et non pratiquante. Assez jeune, elle a pris conscience d'une part de la vie qu'on peut appeler la vie spirituelle. Elle a essayé de vivre sa foi, mais la vie l'a confrontée à des crises intérieures, des problèmes de vie qu'elle qualifie elle-même d'incompréhensibles et désespérants.

Elle s'est alors tournée vers la psychologie et confesse que le trajet de la psychothérapie a été pour elle irremplaçable, pour entrer en familiarité avec elle-même. La conviction est toutefois née en elle qu'il manquait un maillon à la chaîne, celui qui pourrait relier son travail sur les profondeurs, dans la psychologie, et son intuition de la vie spirituelle.

De là est né son projet d'une évangélisation des profondeurs. Considérant que la parole de Dieu (la Bible dans la religion chrétienne, mais il est évident qu'il peut en être de même pour d'autres textes dans d'autres traditions) est une parole qui peut libérer, permettre de quitter les chemins destructeurs ou de mort pour goûter à la vie, elle a donc tenté de concilier les techniques de la psychologie et de la spiritualité.

Ce n'est pas si original. Cela semble même évident.

Le résultat pourtant est là: les sessions qu'elle anime (d'autres qu'elle aujourd'hui ont en partie pris le relais à sa suite) ont mené à la guérison de très nombreuses personnes et les listes d'attente sont longues aujourd'hui pour les suivre en France, en Belgique ou en Suisse.

Je ferai partie de ceux-là, un jour.


L'ouvrage de base:




Le site de la fondation créée par  Simone Pacot:

http://www.bethasda.org/

lundi 6 décembre 2010

Personnes croisées ce jour

De chez moi au coin la rue des Anges, il me faut entre 20 et 25 minutes à pied. J'avais rendez-vous, pour la deuxième fois ce matin, chez mon chiropractor. Ce trajet-là, je veux le faire à pied, malgré la douleur à chaque pas.

Pour un peu changer, je décide, ce jour, de ne pas remonter la rue Saint Gilles, mais de suivre le Boulevard d'Avroy. A hauteur du n° 54, se profile un petit personnage plein d'énergie, en jeans avec un bonnet sur la tête en train de balayer la neige. Je l'avais reconnue à 50 mètres de distance. "Quelle énergie Soeur Jean-Baptiste!". "Oh, Xavier!" Petit moment de gêne. Ma vie passée a laissé des traces et sans doute brisé quelques illusions. "C'est la troisième fois depuis ce matin. J'ai balayé à 5 heures du matin, puis après la messe, et maintenant. En plus, quand on a pignon sur rue, comme nous, cela en représente des mètres de trottoir!". Oui, en effet. Soeur Jean-Baptiste est de ma génération, mais plus vaillante que moi. Vivre au couvent conserve, semble-t-il. Rassurez-vous, je n'ai pas croisé Frère Simone au coin de la rue Darchis.

Mon chiropractor, toujours aussi bourru - mais j'arriverai à le détendre un peu: juste retour de choses - m'a manipulé, trituré, fait craquer, mis la main là où ça fait vraiment mal. Le plus étonnant, c'est que ça marche!
Voilà un métier extraordinaire qui s'intéresse à notre architecture corporelle et à tout ce qui a pu la perturber. Que de choses par conséquent. Au coeur du cabinet, une énorme machine où tout est manuel. Elle m'impressionne. Est-elle là pour impressionner? J'y adhère, en tenant soigneusement les poignées, et hop ... me voilà dans une position que je ne pouvais prédire.

Deuxième rendez-vous médical de la journée: radios de ma colonne vertébrale et de ce qui va avec. Le docteur qui me reçoit ressemble un peu au Comte de Saint Germain. Longs cheveux grisonnants, coiffés dans un savant brushing. Il me reçoit 10 minutes avant l'heure, ce qui est en soi exceptionnel. Je me retrouve confronté à une machine, similaire à la première, mais plus sophistiquée.  Je me suis retrouvé couché à plat, de moitié, de trois quart, de cinq huitième, à gauche, à droite, le bas en haut et le haut en bas, entouré de bruits inquiétants entre chaque prise. Le comte de Saint Germain, bon prince, m'a remis les clichés, alors même que je n'avais pas de prescription médicale ... ah oui, je dois encore appeler, à ce propos, mon cher docteur Federico Ruiz Sanchez.

Traversant la ville, une deuxième fois,  j'ai rencontré de nombreux jeunes gens qui urinaient partout (les filles entre deux voitures, les garçons sur les murs de l'Université ou sur la devanture de  commerces privés). Je me suis dit que ces jeunes-là manquent d'éducation. J'avais oublié: c'est la Saint Nicolas des étudiants. Ils n'ont donc pas d'autre moyen de faire la fête? Puis, une petite voix m'a dit: "tu ne vas pas devenir un vieux grognon quand même".

Le refuge

Aucun des films de François Ozon ne m'a déçu, aucun non plus ne m'a laissé indifférent.

Hier soir, étant seul, j'ai regardé un film que je n'avais pas vu lors de sa sortie en salle. A la fin, j'avais les larmes aux yeux. Certes, il ne me faut pas grand chose ... mais là.

Hier soir, j'ai regardé Le Refuge de François Ozon (2009). J'en avais retenu ce qu'en disaient les media: Isabelle Carré, vraiment enceinte et lumineuse. Il est vrai qu'elle habite le film. Louis-Ronan Choisy tout autant.

Tout dans cette histoire me renvoyait à du vécu proche, ou plus ou moins proche:
- l'addiction, la drogue;
- l'enfant né d'une relation qui avait sombré dans le chaos;
- le poids de la famille (une seule, en l'espèce): il vaut mieux un avortement; nous ne souhaitons pas que notre fils ait une descendance post mortem ... nous vous aiderons: "Voici l'adresse d'un bon médecin";
- la mère, Isabelle Carré, qui décide néanmoins de le garder et de se libérer de la drogue à l'occasion;
- l'adoption et l'homosexualité: le frère du géniteur, adopté et homo, qui vient et promet de revenir ... et cette scène sublime où sur la plage, il carresse le ventre de la mère, puis passe la nuit dans ses bras;
- le final, à la maternité: la mère qui finit par reconnaître qu'elle n'est pas prête à être mère, s'enfuit, avec l'assurance que sa petite sera mieux aimée par ce beau-frère, adopté et homo, que par elle-même.

Comme toujours, chez François Ozon, diront les critiques, on assiste à un essai de dé-construction des conventions bourgeoises et des schémas attendus. Ce qui fait la force de ce film, c'est son humanité, à la fois dans ce qu'elle peut avoir de fragile, de fort, d'instable et  finalement d'amour.